L’enfant, l’adolescent : Enjeux et représentations de la jeunesse dans Le Roman de Thèbes et Le Roman d’Énéas

Children and Adolescents: Issues and Representations of Youth in Le Roman de Thèbes and Le Roman d’Énéas

DOI : 10.52497/pensees-vives.512

Abstracts

Au xiisiècle, la figure de l’enfant prend une importance et se fraye une place dans la société médiévale. C’est cette place qu’il s’agit pour nous d’interroger, grâce à la littérature de l’époque qui contribue, au moins partiellement, à la forger, et qui lui donne une visibilité. Cette étude propose donc une comparaison des figures de jeunesse dans deux romans, fondateurs du genre, Le Roman de Thèbes, et Le Roman d’Énéas.

In the 12th century, the figure of the child took on importance and carved out a place for itself in medieval society. It is this place that we wish to examine, thanks to the literature of the period which contributed, at least partially, to forging it, and which gave it visibility. Therefore, this study proposes a comparison of the figures of youth in two novels, founders of the genre, Le Roman de Thèbes, and Le Roman d’Énéas.

Index

Mots-clés

roman, Moyen Âge, enfance, Roman de Thèbes, Roman d’Énéas

Keywords

novel, Middle Ages, childhood, Roman de Thèbes, Roman d’Énéas

Outline

Text

S’il existe dans la société médiévale, l’enfant est sous-représenté dans la littérature de cette époque. En témoigne l’article de Béatrix Vadin : « L’absence de représentation de l’enfant et/ou du sentiment de l’enfance dans la littérature médiévale1 » dans lequel l’autrice écrit que si « l’enfant apparaît çà et là dans les textes du xiie et du xiiie siècle, et singulièrement dans les œuvres narratives [,] il n’est que très rarement promu au rang d’acteur du récit ou même simplement de personnage pouvant prétendre à une vraie caractérisation2 ». Pourtant le Roman de Thèbes composé au xiie siècle, considéré comme le premier représentant du genre, et le Roman d’Énéas de la deuxième moitié du siècle, rédigés par des clercs anonymes, pourraient obtenir le titre de « romans familiaux » dans le sens où ces deux romans dits antiques, qui réécrivent la Thébaïde et l’Énéide, prennent pour sujet principal les relations familiales, et mettent en scène l’enfant, orphelin ou bâtard, dont le statut interroge véritablement au sein de la société médiévale. Ainsi, bien que les figures enfantines semblent peu nombreuses dans ces textes, le vocabulaire relatif à la jeunesse, l’enfance et l’adolescence, apparaît varié et régulier. L’infans, d’où provient le terme « enfant/enfanz », désigne dans la langue latine :

celui qui ne sait pas encore parler : qui fari non potest, puis de sept à quatorze ans, c’est la pueritia et enfin, de quatorze ans jusqu’à l’âge adulte, c’est l’adolescentia3.

Cette répartition des différentes étapes de l’enfance persiste durant le Moyen Âge central, durant lequel la notion d’enfance « peut être définie comme la période de la vie qui s’étend de la naissance à l’adolescence4 », l’adolescence se terminant, au xiisiècle, vers l’âge de quinze ans5. Nous nous intéresserons donc aux figures d’enfants et de jeunes adolescents. Jusqu’aux années 1960, notamment avec l’étude de Philippe Ariès, développée dans son ouvrage L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime6, les médiévistes ont considéré que le Moyen Âge ignorait le « sentiment de l’enfance » et ses spécificités7. Cependant, cette théorie a été, depuis, remise en question et nuancée, comme en témoigne l’ouvrage récent de Didier Lett, Enfants au Moyen Âge. xiie-xve siècle8, lequel s’attache à montrer que l’enfant avait, à partir des xiie et xiiisiècles, une place au sein de la société médiévale, chrétienne, et ce, avant même qu’il ne paraisse, dès lors qu’il est doté d’une âme, in utero. Didier Lett constate que le xiie siècle constitue un point de départ en ce qu’il « marque une prise de conscience de plus en plus nette de la nécessité de protéger l’enfance, corps et âme, à cause de sa fragilité9 ». L’étude des figures de l’enfance dans les premiers romans semble alors d’autant plus pertinente que leur date de composition coïncide avec cette prise de conscience. Il s’agit donc de se demander dans quelle mesure ces ouvrages témoignent de la vision de l’enfance durant cette période, et comment la littérature participe à la construire.

Il s’agit donc d’abord pour nous d’établir un relevé du vocabulaire de l’enfance dans les deux romans et de dégager un certain nombre de figures de jeunesse, avant d’analyser ces dernières. Pour cela il conviendra de s’intéresser à la technique du portrait, et d’étudier sa fonction narrative, puis de se pencher sur les questions relatives à la mort de l’enfant et d’interroger son lien avec l’animal, afin de dégager les grandes tendances de représentation du foyer dans les romans. Nous analyserons enfin les relations inter-familiales et leurs implications narratives.

Dans le Roman d’Énéas, « anfanz » est assez fréquent. Il désigne les fils de Priam tués par les Grecs (v. 17-18), illustrant simplement la filiation des personnages, et la mère de Lavine évoque plus généralement les « anfanz » que n’aura pas Énéas lorsqu’elle l’accuse d’homosexualité (v. 803). De même, Pallas est aussi caractérisé comme l’« anfant » de ses parents (v. 6203). Le terme prend un autre sens lorsque Didon appelle ensuite « anfant » Ascagne (v. 8511), dont l’âge n’est jamais mentionné mais qui est alors très jeune, et dont elle ignore alors l’identité : l’enfant n’est reconnu que comme tel, caractérisé par le sème de la jeunesse. C’est cette deuxième acception du terme qui suscite notre intérêt. Le Roman de Thèbes présente quelques enfants, et le terme ponctue régulièrement le récit. Deux nourrissons se distinguent : Œdipe dans le prologue mythologique, et Archémore, enfant du roi Lycurgue. Œdipe est qualifié d’enfant, v. 51, 55, 62, 63, 66, 91, 103, 133, 139, 142, 143 et 16110. Passé quinze ans, il n’est plus appelé « enfant » mais « dameis(i)als » (v. 185, 218, 231, 291), terme qualifiant dans la langue médiévale un « jeune gentilhomme qui n’était point encore reçu chevalier11 ». Devenu un véritable personnage, Œdipe est ensuite nommé « danzel » (v. 371, 376) après qu’il a vaincu le Sphinx. Il n’est requalifié de « dameisel » (v. 458) qu’après sa relation incestueuse avec Jocaste, avant leur mariage. Il ne sera plus ensuite caractérisé par le vocabulaire relatif à la jeunesse, et ce n’est qu’après avoir décapité son père qu’il est appelé « Edypus » (v. 273). L’identité du personnage ne lui est accordée que lorsqu’il s’extrait du monde de l’enfance, au moment des premiers faits d’armes. Le personnage est nommé une dernière fois « enfant » (v. 563) lorsque Jocaste découvre à son tour son identité, et reconnaît sa progéniture en même temps que son péché. Si Œdipe est un personnage du prologue, il ne réapparaît pas au cours du roman, et ne constitue qu’un héros secondaire. Archémore, figure également secondaire, est un enfant toujours qualifié comme tel12. Dans les deux textes, les synonymes du mot sont nombreux. Après sa mort, Archémore est qualifié de « dameisel » (v. 2590, 2739). « Enfant » et « dameisel » sont donc interchangeables et qualifient ici un nourrisson. Dans Thèbes, c’est un « enfes » (v. 4183) qui mène Antigone jusqu’au camp de Polynice, et les neveux de Ménécée, qui s’entretuent faute de s’être reconnus, sont désignés comme étant « assez enfanz » (v. 6208). Ce sont encore « dui enfant » (v. 7160) qui amènent son bouclier à Étéocle, et un « enfez » (v. 7208) prénommé Nestor qui accompagne Polynice au combat. « Enfant » peut donc aussi désigner l’adolescent faisant ses premières armes. Les quatre « enfanz » d’Œdipe sont aussi présentés comme les enfants de leurs parents (v. 493), et sont caractérisés par leur jeunesse, puis distingués en fonction de leur genre entre « vallet » (v. 494) pour les garçons Étéocle et Polynice, et « meschine » (v. 563) pour les filles, Antigone et Ismène. Les filles du roi Adraste, Argie et Déiphile, sont régulièrement qualifiées de « puceles » avant leur mariage avec Polynice et Tydée (v. 1114), l’un des termes les plus fréquents pour qualifier les jeunes filles dans Thèbes, synonyme dans le roman de « Dameisel(e) », qui désigne les jeunes gens à partir de quatorze ou quinze ans. Isiphile est ainsi appelée tour à tour « pucele » (v. 2335), « dameisele » (v. 2615, 2298) et « meschine » (v. 2326) ; « meschin(e) » désignant au masculin, un « jeune gentilhomme13 », pareillement à « danzel », autre terme relatif à la jeunesse, assez fréquent dans le roman, qualifiant Atys (v. 6639). Dans l’Énéas, le héros éponyme désigne Pallas comme « meschin » après sa mort : « sos ciel n’avoit plus gent meschin » (v. 6098). Au féminin, le mot s’applique, non à des enfants, mais à de jeunes personnes, à Lavine (v. 8293, 8320, 8357), Silvia (v. 3465, 3474, 3503, 3531), et Camille (v. 3869, 3888, 3918, 7354). Toutes sont également qualifiées de « damoisel(le) », qui se lit encore à propos d’Euryale (v. 4857), autrement désigné comme « danzel » (v. 5115). Dans ce dernier cas, « damoisel » se substitue à pueri employé dans l’Énéide, preuve que le terme appartient au champ lexical de l’enfance. Il se lit encore dans le roman à propos de Silvius (v. 2923), des compagnons d’Ascagne (v. 3510), et d’Ascagne lui-même (v. 3677, 3494). La fréquence régulière de ce terme s’explique par le fait que « damoiseau attire aussi l’épithète riche14 », et que les deux romans mettent en scène des personnages nobles, des princes, des rois et des reines. L’Énéas ajoute « donzelle », un terme dénotant la jeunesse caractérisant d’abord les jeunes filles qui chantent lors de la fête donnée à Troie à l’arrivée du cheval (v. 1171), puis les suivantes de Didon (v. 1233), les amazones Larine (v. 6919) et Tarpeia (v. 7048), Silvia (v. 3469, 3675) et Camille (v. 4003, 7171). Ressort de ce relevé non exhaustif, mais significatif, qu’« enfant » est un terme au sens large, désignant à la fois les fils et filles de, le nourrisson, et les adolescents de moins de vingt ans. Deux âges semblent donc désigner un passage d’un monde à un autre : quinze ans qui correspondent à l’entrée dans l’adolescence, et vingt ans, qui marque l’entrée dans l’âge adulte. Ce vocabulaire de la jeunesse accompagne parfois les portraits de personnages ou les descriptions d’enfants en bas âges, qui sont toujours caractérisés par leur beauté.

Le bel enfant, l’adolescent, le chevalier

Le bel enfant

Ainsi le prologue de Thèbes donne à voir l’image du nouveau-né souriant et soulève la question du salut de l’enfant par le sourire du petit Œdipe :

Cil fu petit : ne sot la sort,
Ne ne s’aparçut de la mort.
Sez mains tendist, et si lor rist
Come a sa norice feïst.
Enz por le reis qu’il a geté,
Commeü sont de pitié
Et dient tout : Pecchié ferron,
Quand il nous rit, se l’ocïon (v. 114-120).

Ce sont ses pleurs qui attirent le roi de la cité d’Orces (v. 139-147) et le sauvent, après que son sourire aux bourreaux amène ceux-ci à l’épargner. Selon Daniel Poirion, ce motif serait issu de la littérature antique15. Cela semble vraisemblable du fait que ce prologue reprend la légende d’Œdipe et réécrit la Thébaïde latine de Stace. L’image du nouveau-né est celle d’un enfant beau, idéalisé, comme l’est aussi Archémore puisque, selon les termes d’Isiphile, « onc plus bele ne forma nature » (v. 2445). L’enfant apparaît comme un être innocent, rappelant dans ces romans écrits par des clercs qu’« avec la diffusion des idées chrétiennes, l’enfant reprend toute sa valeur. Le Christ n’avait-il pas loué l’innocence de ces petits16 ? » Effectivement, dans l’Évangile selon saint Marc, Jésus embrasse et bénit les enfants qu’il juge innocents et auxquels appartient le royaume de Dieu17. Dans le roman, l’innocence du petit enfant est redoublée par l’idée de pureté qui l’entoure et qui est véhiculée par la comparaison du sourire qu’Œdipe adresse à ses bourreaux avec celui qu’il adresserait à sa nourrice. Le rapprochement de la figure nourricière et protectrice de la nourrice avec les bourreaux accentue cette image de l’enfant innocent incapable de saisir le danger qui le guette. L’enfant est donc ici la parfaite illustration du rapport entre « infantia et fari (parler), entre puer et pueritas (la pureté) 18 […] ». Précisons que le prologue dont Œdipe est le personnage principal est un ajout du clerc à la Thébaïde qui témoigne bien de l’importance de l’enfance dans le roman, bien qu’Œdipe ne soit pas le protagoniste19. Ces représentations d’Œdipe et d’Archémore rappellent encore qu’au xiie siècle, « les livres liturgiques mentionnent l’office des enfants le jour des Innocents20. Puisque l’enfance est mise en scène au début du roman, qui évoque les origines des personnages, qu’elle marque le début des malheurs des Labdacides, et qu’elle ressurgit dans le roman par le biais d’Archémore juste avant les affrontements entre les Grecs et les monstres, elle apparaît « d’une manière ni positive ni négative mais toutefois particulière, comme une étape qui précède les préoccupations sérieuses21 ». Ces préoccupations correspondent tantôt aux problèmes familiaux, tantôt aux batailles initiatiques et fratricides, qui sont alors étroitement liées.

Portraits d’adolescents 

Dans Thèbes comme dans l’Énéas, l’enfance comprend l’évolution de personnages adolescents. Une bascule d’âge s’effectue vers quinze ans, lors de l’adoubement des jeunes chevaliers comme Œdipe, alors caractérisé par les valeurs morales développées parallèlement à son aspect physique : « Et quant li enfez ot quinze ans,/Genz ert et proz, sages et granz » (v. 161-162). Cela peut s’expliquer par le fait qu’à cet âge l’adolescent obtient son statut dans la société médiévale. Selon Pierre Riché, ce dernier peut alors porter les armes et entre dans l’adolescence à quatorze ou quinze ans22. Cela se vérifie puisque c’est à quinze ans qu’Atys et Nestor sont respectivement nommés et portraiturés, et la mention de cet âge précède leurs premiers combats : l’adolescence semble donc consister en un ou deux ans correspondant à l’étape initiatique du premier combat pour les jeunes hommes, et à celle du mariage pour les filles. Ainsi, la nomination évolue véritablement en fonction de l’âge et des étapes de la vie des personnages. Concernant les portraits des jeunes adolescents, celui de Polynice témoigne particulièrement bien du statut hybride du personnage en cours de formation puisque le « juvenceals » « n’ad pas vingt ans » (v. 826), et se présente les cheveux longs, blonds et bouclés, le visage blanc, « cler et colouré » (v. 820), mais avec une physionomie virile plus que suggestive (v. 823-824). Il incarne l’idéal de la jeunesse, et son portrait le présente comme le parfait chevalier en devenir. Le vocabulaire de la gaité et de l’éclat témoigne d’une représentation stéréotypée de la jeunesse apparaissant comme l’âge du bonheur et de l’innocente insouciance par excellence. La comparaison avec la blancheur révèle la candeur enfantine du personnage qui n’a ni barbe ni moustache (v. 6654). Ce dernier point constitue un topos du jeune adolescent, et les joues roses dénotent la vitalité et la jeunesse des personnages, notamment dans le portrait de Pallas dans l’Énéas. Le héros éponyme considère d’ailleurs Pallas comme la « flor de jovente » (v. 6057) au sein du planctus qu’il livre sur le corps de ce dernier. Cette fois le portrait du jeune homme s’effectue en creux, grâce à l’évocation de ce qu’il n’est plus :

Ta blanchor est tote nercie
Et ta color tote persie.
Bele faiture, gente chose,
Si com soloil flestist la rose,
Si t’a la morz tot tost plessié
Et tot flesti e tot changié (v. 6101-6106).

Néanmoins certains de ces portraits idéaux de jeunes hommes sont entachés par la notion de bâtardise. C’est notamment le cas d’Œdipe qui, devenu un illustre guerrier, attire sur lui la jalousie de ses compagnons, qui « plus de cent feiz l’ont apelé/filz a putaine, bastard gieté » (v. 179-180). Si la bâtardise est un élément constitutif important de la figure de l’enfant dans Thèbes, c’est également le cas dans l’Énéas puisqu’Énéas est le fils de Vénus et d’un mortel, Anchise. La construction des figures d’enfants et d’adolescents est donc principalement orientée autour de cette question de la naissance hybride, double, qui constitue un élément de l’écriture romanesque23. Quant à Œdipe, il est un adolescent en quête de son identité, un être « en manque » : en manque de nom, de terre, de passé. Catherine Gaullier-Bougassas relève d’ailleurs qu’au début du Moyen Âge, la figure de l’enfant bâtard, que Marthe Robert juge fondatrice du genre romanesque, est centrale dans de nombreux autres récits médiévaux que l’on considère généralement comme romanesques ou fondateurs du genre romanesque [… et] permet la constitution de héros problématiques en raison de leur ascendance […], qui leur confère des caractéristiques, des pouvoirs ou des désirs étranges, et de la faute qui entoure leur naissance et pèse sur eux comme une malédiction24.

L’enfant, en ce qu’il détient et cristallise le secret des origines, apparaît donc comme une figure cruciale dans ces premiers romans, qui s’emparent de questions fondatrices, tant du point de vue littéraire, avec la création de personnages romanesques, que du point de vue historique et socio-culturel, avec l’établissement ou l’anéantissement de villes (Rome, Thèbes) et de lignées. Or, l’enfant n’a pas seulement un rôle de fondateur comme Œdipe ou encore Ascagne, destiné à engendrer la lignée romaine prestigieuse qu’Anchise annonce à Énéas lors de la catabase de ce dernier. Il est une figure littéraire ambivalente dont la comparaison peut servir à rabaisser un personnage, notamment un chevalier.

Procédés d’infantilisation du chevalier

Ainsi, dans Thèbes, l’enfant-adolescent peut provoquer le rire, qu’il s’agisse d’un rire moqueur ou de l’expression d’une forme d’affection. C’est le cas lorsque Tydée rit en voyant Atys désarmé mais néanmoins déterminé à combattre et qu’il le compare à un enfant :

Tydeüs desarmé le vit,
Guenchié li ad, et si s’en rit,
Desarmé et enfant le veit,
Pitié l’en prist et si ot dreit (v. 6677-6680).

Le sentiment de pitié face à la jeunesse prête à mourir humanise certes le personnage de Tydée par rapport à la Thébaïde, mais concourt aussi implicitement à dénoncer la réalité médiévale que constitue le recrutement des adolescents dans les armées. L’enfant est donc un outil littéraire au service d’une forme de dénonciation de l’auteur-narrateur du roman. L’équipement chevaleresque mal ou non utilisé représente l’une des erreurs fréquentes, sinon principale, de l’enfant-adolescent combattant dans Thèbes. Ainsi le gab d’Alexis, consistant à frapper d’un bâton un chevalier mal armé et sans heaume, provoque le rire au sein de l’armée grecque :

Bien li bat le dos et le ventre,
Forment [le fiert] sur le cropon,
Sil chastie come clergeon ;
Ne se gardot joi, ce li crie
Et come clerzon le chastie (v. 5937-5941).

La comparaison avec l’écolier que l’on frappe pour le corriger rappelle la réalité médiévale du châtiment corporel dans l’éducation25. Aussi l’attitude d’Alexis, qui peut surprendre le lecteur moderne et pourrait être interprétée comme une forme de violence particulièrement humiliante, représente-t-elle dans le récit un acte de générosité visant à épargner la vie du « clerzon », tout en préservant l’image chevaleresque des Grecs. Effectivement, ces derniers refusent de passer pour de sanguinaires bourreaux en combattant sérieusement cet ennemi mal armé dans un combat aux forces déséquilibrées, mais ils refusent également de passer pour des lâches qui n’oseraient riposter face à un aussi piteux adversaire. La solution de la correction par l’humiliation suscitant le rire désamorce donc une situation complexe, et réintroduit un rapport de forces équilibré entre les deux parties, en attribuant un statut plus approprié d’enfant à ce cavalier qui n’a de chevalier ni l’aspect ni les armes. Aussi cette action d’Alexis suscite-t-elle l’envie de ses compagnons « plus que d’une chevalrie » (v. 5947). L’enfant, ou celui qui agit comme tel, provoque le rire et se fait corriger, à condition de vivre assez longtemps pour cela. En effet, dans les deux romans, l’adolescent est souvent l’image d’un chevalier inexpérimenté, commettant des erreurs fatales. Dans Thèbes, Euryale se fait capturer à cause du heaume qu’il ne pense pas à enlever et qui, trop brillant, trahit sa présence (v. 5031). Contrairement à Euryale, Atys ne porte pas le sien quand il le devrait, préférant pavaner tête nue, ce qui lui vaudra d’avoir le chef tranché : dans les deux cas le jeune chevalier meurt à cause de son inexpérience et de sa négligence, directement imputables à son jeune âge qui le mène à prendre de mauvaises décisions, et à faire un mauvais usage de l’équipement défensif, notamment du heaume. Dans le Roman d’Énéas, c’est encore à cause d’un heaume qu’elle ramasse que Camille, distraite, est tuée.

La comparaison enfantine peut encore être perçue comme une insulte dans Thèbes, par exemple lorsqu’Étéocle répond à Othon plein de colère : « Ore me tenez vous por enfant » (v. 3878). L’enfant est donc perçu comme « une ébauche, un homoncule que rien, sinon la petite taille et la faiblesse physique, ne distingue des adultes26 ». Il est considéré comme un être inférieur, ridiculisant celui qui lui est comparé. L’enfant est d’ailleurs rabaissé par des allusions triviales au sein des proverbes médiévaux27. De ce fait, il apparaît d’autant plus insultant pour un chevalier, ou un roi guerrier, de se voir traité comme un être caractérisé par sa faiblesse et son incapacité à se défendre lui-même. D’ailleurs, si Ascagne survit à sa première bataille, c’est parce qu’elle est menée contre des paysans et non des chevaliers, et parce qu’il est protégé par les siens : il apparaît trop jeune pour se défendre seul. Aussi des écuyers sont-ils là « por lo damoisel garder » (v. 3494). En revanche, Pallas meurt lors de son premier duel – contre Turnus (v. 5668). Ainsi l’enfant est souvent, mais non toujours, voué à mourir dans les deux romans.

L’enfant, l’animal et la mort

Le lien entre l’enfant et la mort est très étroit dans ces romans, et tient souvent à la présence d’un animal.

Archémore, le serpent du verger et la mort

C’est le cas d’Archémore, tué par un serpent, avatar de la mort et du péché. Contrairement au récit de Stace, il ne dévore pas l’enfant, mais en suce le sang. Sa monstruosité est renforcée par cet aspect vampirique28. De plus, cette modification semble motivée par une volonté du clerc de rendre la représentation de la mort de l’enfant moins violente, plus pathétique : là où Stace donne à voir un enfant mutilé, à la tête, la poitrine, et aux entrailles arrachées, Thèbes donne une image idéalisée, christianisée, de la mort de l’enfant puisqu’il n’est question que de sa pâleur et de ses membres froids. La faute d’Isiphile est alors renforcée par ce tableau qui met en lumière la faute originelle. Archémore meurt à cause d’Isiphile, sa nourrice, qui l’abandonne au verger le temps de conduire les chevaliers à un cours d’eau. Puisque l’irruption du serpent aux allures de dragon est la conséquence directe de la négligence de la nourrice, le monstre apparaît comme un allié de la figure féminine meurtrière et fautive. Le clerc médiéval apporte plusieurs modifications au texte de Stace qui visent à christianiser la symbolique de cette rencontre, dans une volonté didactique. La jeune femme est située sur le même plan narratif que le monstre. Celle qui est un substitut maternel devient la cause de la mort de l’enfant. Ce transfert de la figure maternelle sur Isiphile est illustré par l’usage du possessif (« son enfant » désignant Archémore, v. 2477), qu’elle emploie d’ailleurs elle-même (« mon enfant », v. 2514), contrairement au texte de Stace dans lequel elle déplore de devoir s’occuper d’un autre enfant que de ses propres jumeaux. La figure d’Isiphile, presque celle d’une Vierge à l’enfant lors de sa première apparition dans le roman, se voit transformée par une ré-activation de l’épisode de la Genèse, qui réécrit la Chute d’Ève, que le serpent du jardin incarne. Isiphile, qui n’a pas su tenir son rôle de substitut maternel devient une pécheresse. De plus, elle devient symboliquement une figure d’amante potentielle en accompagnant les chevaliers au lieu de protéger Archémore. Or, pour le Moyen Âge, une femme ne peut être à la fois mère et amante. La jeune fille faillit donc à son rôle de gardienne d’enfants et s’accuse elle-même de la mort d’Archémore : « par mei ad il perdu la vie » (v. 2591). Néanmoins, elle s’empresse de l’abandonner. Cet épisode témoigne d’une réalité sociale, la forte mortalité infantile au Moyen Âge, qui est trop souvent attribuée à la négligence de sa mère ou nourrice29. Au xiiie siècle, Philippe de Beaumanoir expliquera même dans Coutumes que les parents doivent prendre garde à la nourrice à laquelle ils confient leurs enfants car plusieurs cas ont été rapportés de « nourrices peu soigneuses [ayant] mis maint enfant à mort30 ». Quoiqu’il en soit, à « toutes les périodes du Moyen Âge, l’abandon des enfants est signalé31 » et fortement condamné par l’Église. Les archives témoignent aussi de certains cas de parents faisant mourir intentionnellement leurs enfants32. Isiphile commet l’équivalent d’un infanticide en abandonnant Archémore, qui symbolisait l’« espoir du couple royal dans l’avenir33 ». Le lit d’herbe qu’elle fabrique à Archémore devient une sorte de tombe avant l’heure : « A terre assiet l’enfant petit,/D’erbe et de fours li fait un lit » (v. 2338-2339). Le jardin devient un « jardin de mort34 », semblable par son aspect initial de locus amoenus au jardin de la Genèse « où s’initie l’histoire mortelle et fautive des hommes, entre arbre, source et serpent35 ». Le jardin protecteur devient « le jardin de mort que le diable et les hommes ne cessent d’en faire36 » car si le lieu idyllique devient mortel, c’est bien à cause d’Isiphile et des chevaliers. L’enfant constitue donc un prétexte à l’action épique, au discours de contre-exemple du narrateur : il relance le récit « par le procès de celle qui avait à le garder, comme dans le Roman de Thèbes, lors de l’épisode du verger », ou bien il apparaît « divinement rayonnant et beau, porteur d’un destin immense qui reste à venir37 », comme Ascagne dans l’Énéas, « mais il ne saurait avoir encore la dimension d’un actant. […] Il n’a pas de statut propre, puisqu’il n’exerce pas encore de responsabilités sociales38 ». Néanmoins, la mort d’un enfant constitue un évènement au sein des romans et, « toujours provoquée dans nos sources par la violence, entraîne invariablement le chagrin et l’horreur39 ». En effet, les morts d’Archémore, d’Atys ou de Pallas provoquent de grandes démonstrations de chagrin. Les parents d’Archémore pleurent et crient jusqu’à ce que leur fils soit enseveli, dans un cercueil qui s’avère être le plus simple tombeau du roman puisqu’il est dépourvu d’or, d’argent ou de pierreries. Les riches ornements sont réservés aux adultes, aux guerriers, aux nobles, non aux enfants, même de haute naissance. Dans Thèbes, le micro-récit de la naissance du cheval hybride de Capanée présente aussi au lecteur un discours sur la parentalité et la condition humaine. En revanche, cette fois, la figure maternelle (la jument) se sacrifit pour sauver sa progéniture, renversant la situation initiale du sacrifice de l’enfant exigé par Laïos pour se sauver lui-même, et redouble le thème de la faute envers l’enfant40.

La mort de l’enfant, un motif christianisé ?

Les deux neveux de Ménécée, qui s’entretuent, préfigurent la mort des fils d’Œdipe. Les enfants sont bien voués à mourir dans Thèbes. Ainsi la mort des fils entraîne la mort de la terre puisque Thèbes ne représente finalement plus qu’un « pays gasté » et « la question que le lecteur lui-même doit résoudre est celle de la relation entre une malheureuse filiation et la dévastation du pays41 ». De plus, la violence de la mort de l’enfant rappelle que, dans la religion chrétienne, le sacrifice du Fils est voulu par le Père. Les luttes intestines, les guerres fratricides omniprésentes, et la tentative d’infanticide de Laïos, rappellent aussi le sacrifice d’Isaac. D’ailleurs la rime « engendrera/ocirra » du début du roman (v. 40-41) donne le ton du récit. La mort de l’enfant est donc à lire sur le plan religieux comme l’expression de la faute originelle transmise, comme un rappel de la condition humaine.

Dans l’Énéas, la catabase du héros l’amène à faire face à une horde d’enfants. Ces derniers sont les premiers spectres qui accueillent Énéas de l’autre côté du Styx :

Premieremant i ont trové
Les conpaignies des anfanz,
Des petitez, des alaitanz,
Çals qu’as mères tolirent mors.
Braient et crïent, plorent fort ;
Illuec avoit noise molt grant
Del duel que moinent li enfant (v. 2604-2610).

Les enfants sont les premières âmes présentées au lecteur, comme si les enfers étaient organisés selon une hiérarchie de l’âge. Les enfants morts en bas âge pourraient être ceux qui sont morts sans baptême, et dont l’âme, selon la religion chrétienne, est vouée à l’errance. Ces enfants ne se trouvent pas dans les champs élyséens, équivalent païen du Paradis, ce qui interroge leur innocence. Ils véhiculent une vision particulière de la vie au Moyen Âge prenant en compte celle de l’enfant qui n’a pas grandi, qui n’a rien accompli mais qui n’est pas obligatoirement un innocent. Au contraire, ce dernier pourrait même apparaître comme un intermédiaire porteur du péché originel qui n’aurait pas eu le temps de s’en laver. Cette théorie de l’âme enfantine rejoint alors la pensée augustinienne, redécouverte et prisée au xiisiècle, selon laquelle l’enfant d’un seul jour n’est jamais une âme innocente mais une âme chargée du péché originel42. Saint Augustin écrit en effet à propos de la « prétendue innocence des enfants » qu’il « n’y en a point en eux » et lègue au Moyen Âge une image « profondément pessimiste et négative » de l’enfant, « considéré comme un petit être malade, atteint d’une maladie causée par un péché qu’il n’a pas commis lui-même, mais qui lui vaut d’être baptisé43 ». Selon Vincent Le Grand, l’enfant des Écritures est un symbole, et non un être à part entière, ce qui explique sa place ambiguë au sein de la société médiévale44. L’innocence de l’enfant dans Thèbes aurait donc une valeur plus symbolique qu’historique, tandis que l’Énéas s’empare de la question de la place de l’enfant, débattue dans la société médiévale45. Après la traversée des enfants défunts, Énéas apprend que Minos interroge les morts sur leur vie afin de les répartir soit dans les Champs Élysées, soit en Enfer, selon leur vie passée et leur moralité. L’auteur médiéval modifie alors l’Énéide, dans laquelle ces enfants occupent la place que Minos leur a assignée, grâce à tout un tribunal infernal, à côté de ceux qui ont péri en étant victimes d’accusations infondées. Si dans le texte latin les âmes des enfants sont explicitement situées du côté de l’innocence, sous prétexte qu’elles « n’ont pas eu leur part de douceur dans la vie46 », leur place est plus ambiguë dans le roman médiéval car elles précèdent l’endroit où le dieu infernal effectue les répartitions des âmes, dans une sorte d’entre-deux, de hors-temps, échappant même au temps des morts. Elles se trouvent dans un espace indéfini. La place des enfants mort-nés et en bas âge est donc une préoccupation médiévale qui transparaît jusque dans la fiction. Le roman soulève la question suivante : où vont les âmes des enfants morts ? Sans prétendre y répondre, le texte s’empare de cette interrogation en essayant de dédier un espace, aussi vague et imprécis soit-il, à ces petits êtres humains ; espace qui pourrait correspondre au « limbe pour enfants » dans lequel ces derniers sont « à jamais privés de la vision béatifique […], mais échappent aux peines infernales47 » et qui apparaît dans la croyance médiévale dans la deuxième moitié du xiisiècle48. Cela prouve que le statut de l’enfant, mort ou vif, est pris en compte et non laissé de côté par le clerc anonyme. En outre, opposée à ces figures pathétiques s’élève celle d’Ascagne.

Ascagne et le blanc cerf

Le fils d’Énéas et Créuse est à l’origine d’un évènement crucial dans la narration : le meurtre du blanc cerf domestiqué par Silvia, ce qui déclenche la guerre contre les Troyens, et constitue pour Turnus le parfait prétexte pour engager les hostilités. Le meurtre de l’animal par l’adolescent qui se positionne alors en prédateur pour la première fois au sein du roman, marque un moment de bascule du personnage dans le monde adulte. La chasse au cerf précède ici les chasses initiatiques des lais médiévaux. L’enfant est alors le trait d’union entre le monde merveilleux et protégé de l’enfance et celui, adulte, de la chevalerie et de la guerre. L’adolescent vient perturber le déroulement des évènements puisque la mort du cerf, résultant d’une erreur de jugement d’Ascagne, aura pour conséquence celle de plus de mille hommes, d’autant de blessés et de prisonniers. Le motif de l’animal associé à la mort est inversé par rapport à Thèbes : Ascagne tue le cerf alors qu’Archémore est tué par le serpent. De plus dans l’Énéas le meurtre de la bête incombe en partie au père, qui autorise son fils à chasser seul. L’erreur d’Ascagne est semblable à une bêtise enfantine, comme le dénote le terme de « vallez » (v. 3479), suggérant que le jugement de ce dernier n’est pas encore tout à fait celui d’un adulte responsable. Ainsi la faute du fils tient-elle en partie à une autorité paternelle défaillante ; c’est pourquoi il s’agit à présent de s’intéresser aux liens qui relient les enfants à leurs parents ou qui les désunissent dans nos romans.

Les dignes enfants de leurs parents ?

Dans l’Énéas, l’autorité paternelle est affirmée, bien qu’elle ne soit pas infaillible. En revanche dans Thèbes, les enfants semblent perpétrer les fautes de leurs parents et anéantir leur autorité.

Enfants et autorité parentale

Le thème du conflit interfamilial constitue le noyau narratif du roman de Thèbes. Les relations père/fils comme les relations fraternelles sont mises en échec, s’achèvent dans le meurtre, qu’il s’agisse de fratricide (Étéocle/Polynice, Tydée et son frère, les neveux de Ménécée) ou d’infanticide (Isiphile, Laïos). La tentative d’infanticide de Laïos est d’ailleurs réitérée par la malédiction qu’Œdipe lance sur ses fils, comme si l’enfant, pour succéder à son père, devait à son tour faire preuve de violence. « Les luttes fratricides sont rapprochées du parricide49 » puisqu’elles sont les causes directes de la faute paternelle, et proviennent d’une naissance donnée « a tort » (v. 25), contre-nature (v. 26-30). Or, cette faute se répète : Œdipe tue son père, et ses propres enfants foulent aux pieds les yeux que ce dernier s’arrache, accomplissant ainsi symboliquement le projet d’infanticide de Laïos avec mépris : Thèbes « établit un lien entre deux malédictions paternelles, tendant à sacrifier l’enfant, ou à le punir50 » et :

Le parricide lui-même se répète symboliquement […] Mais dans le premier cas [celui d’Œdipe] c’est un accident qui, ironiquement, inflige au père le sort qu’il avait préparé pour son fils, tandis que dans le second cas [Étéocle et Polynice piétinant les yeux de leur père,] c’est la manifestation d’une méchanceté qui s’acharne sur le malheur du père. Finalement les enfants d’Œdipe accomplissent le crime prémédité par leur aïeul à l’égard de son fils : leur geste symboliquement parricide rejoint, dans sa cruauté, le premier projet d’infanticide51.

Ainsi le roman semble-t-il se conformer à la théorie scientifique médiévale que développe Guillaume de Conches, selon laquelle « la semence paternelle a le pouvoir de transmettre à son fils ses propres infirmités » et ses défauts, physiques et moraux52. Le roman, s’il emprunte aux encyclopédies dans une démarche de (re)création littéraire, lors d’épisodes qui ont suscité les travaux de nombreux critiques, semble aussi partager avec les écrits scientifiques et médicaux une accointance concernant la théorie de la transmission du péché par la chair. La figure de l’enfant semble donc dépendante de cette vision médicale influencée par la religion chrétienne, et se construit tout entière autour d’elle. Piétiner les yeux du père se donne comme un acte de réponse biologique au péché parental, d’autant plus si l’on prend en compte le fait que « l’enfance est caractérisée par un aveuglement temporaire, et la conséquence la plus directe c’est que l’enfant ne tolère plus le poids de l’autorité paternelle53 ». Fouler aux pieds les yeux revient donc à s’affranchir de cette autorité, à en repousser la faute. Cela exprime une sorte de vengeance correspondant à une volonté divine dans le texte, qui s’exerce par le biais d’une réaction puérile : le piétinement revient symboliquement à refuser de « voir ». Mais ce geste brutal témoigne aussi paradoxalement d’une prise de conscience, d’un dévoilement de la terrible vérité (l’inceste), qui arrache les personnages à leur enfance, et les propulse dans le monde adulte, caractérisé par la violence. Le motif de la parenté, et des liens familiaux, est donc bien une « caractéristique des romans antiques54 ».

Ce dernier motif transparaît encore à travers celui de la séparation d’avec la mère, qui se donne comme une figure protectrice absente ou en échec, et qui problématise la question des rapports que l’enfant entretient avec son foyer. Ces séparations sont mises en scène lors de planctus pathétiques, comme celui de Jocaste au moment où son enfant lui est retiré pour être tué. Les phrases interrogatives et l’anaphore « Petit enfanz » (v. 64, 68) accentuent le pathos de la déploration. Jocaste avoue ensuite son péché, son impuissance à défendre son fils face à la décision toute-puissante du père, témoignant alors de la prédominance de l’autorité paternelle sur l’autorité maternelle dans la société médiévale :

Blamez serron tout de ta mort,
Tis pieres ad dreit, et je a tort.
Il t’ad oscire comandé,
Cherisme filz, estre mon gré (v. 73-76).

La rime « mort/tort » renforce l’intensité de la double faute, paternelle et maternelle. L’enfant est perçu comme un individu par sa mère qui caractérise l’infanticide d’« omicide » (v. 61), mais pour Laïos, il est une simple menace qu’il suffit d’éliminer pour maintenir sa position de force. D’ailleurs, le roi n’exprime aucun regret. La rime « s’endort/mort » (v. 99-100) qui rappelle qu’Hypnos, dieu du sommeil, est frère de Thanatos, dieu de la mort, renforce le lien entre la figure maternelle et l’enfant : la mère, qui s’endort alors épuisée de chagrin, meurt symboliquement lorsqu’elle échoue à protéger son enfant. Ainsi « l’apparition ou la disparition de l’enfant est généralement calculée pour amener une réaction affective intense […] elle-même génératrice de rebondissements dramatiques55 ». Jocaste cristallise la plupart des types de relations mère-enfant. Ainsi, si Étéocle répond plein de fureur à ses sujets, à Othon, il n’ose contrarier l’autorité maternelle malgré son ressentiment lors du procès de Daire : « li reis s’enbronche et esprent d’ire ; /a sa miere ne volt rien dire » (v. 3907-3908). De plus, l’inceste de Jocaste semble évincé assez rapidement dans le roman, contrairement à celui d’Œdipe : aussi impuissante soit-elle, elle semble donc en partie réhabilitée, contrairement au père, qui est remplacé. Les mères éplorées pourraient donc témoigner des préoccupations et de l’attachement que l’enfant suscite à partir du xiisiècle. En outre, si Thèbes se donne comme le reflet « d’un conflit de génération doublé d’un conflit social56 », c’est aussi parce que sa période de composition est marquée par la tentative de coup d’État des frères de Louis VII, roi de France, ainsi que par les conflits intergénérationnels opposant Henri II à ses trois fils. Avant de devenir une figure littéraire, le fils déshérité est une figure aux racines historiques qui a pu influencer l’auteur anonyme. En éliminant le père, l’obstacle au pouvoir, les fils résolvent les conflits internes d’un système « où s’affrontent, au niveau familial et au niveau politique, les forces en place, sclérosées, et les forces virtuelles, dynamiques57 ».

Dans l’Énéas, l’expression du désespoir est particulièrement développée par les deux parents de Pallas : le roi arrache sa barbe et ses cheveux avant de frapper sa tête en pleurs, et la reine lacère son visage, sa poitrine, et s’évanouit plus de mille fois (v. 6177). Dans son planctus sur le cadavre de son enfant, elle exprime son désir de le suivre dans la mort et le compare à sa vie entière quand elle déplore la venue des Troyens : « Maudite soit lor sorvenue/Tote ma vie an ai perdue ! » (v. 6233-6234). L’enfant est donc un élément déclencheur qui permet l’expression des sentiments, et justifie entièrement la présence de certains personnages féminins comme celle de la mère de Pallas. À la mort du fils, c’est tout le sentiment religieux qui est remis en question et renié par cette dernière, qui s’engage à ne plus croire aux divinités (v. 6272-6274). Ainsi, si l’enfant permet une réflexion sur la vie et la mort, il cristallise aussi les questionnements envers le sentiment religieux. La mère de Pallas soulève une interrogation vis-à-vis de l’existence même d’un pouvoir divin et son propos mène à la question suivante : comment concilier les injustices comme la mort d’un enfant avec la croyance en une entité supérieure et toute-puissante ? L’enfant apparaît donc comme une figure autour de laquelle s’érigent des réflexions religieuses mais aussi sociales, et soulève la question de la justice divine, liée à l’amour dans ce roman.

L’enfant et l’amour

C’est par le biais d’Ascagne que Vénus rend Didon follement amoureuse d’Énéas. Le clerc remplace d’ailleurs Cupidon, qui se déguise dans l’Énéide pour insuffler son amour pour Énée à Didon puisque, dans le roman, c’est en embrassant Ascagne que les sentiments de celle-ci se manifestent. Dans le texte médiéval, l’enfant est donc utilisé comme un substitut, un médiateur des actions divines, donnant raison à Pierre Riché lorsqu’il écrit que « l’enfant, comme la vierge, est considéré comme un intermédiaire entre l’homme et la divinité58 ». Cette substitution au dieu de l’amour de l’enfant inscrit le roman dans une dimension courtoise puisqu’au Moyen Âge, dans la littérature courtoise, Cupidon est représenté sous les traits d’un enfant rieur et innocent59. Le rôle de la mère de Lavine diffère de celui de Vénus et des autres mères : elle initie sa fille à la morale, à son devoir et à l’amour, or, dans le récit la découverte du sentiment amoureux est un élément qui fait basculer les jeunes gens dans l’âge adulte. Le thème de l’amour courtois constitue un élément de première importance pour distinguer l’enfant du jeune adulte, aussi n’est-il pas surprenant que celui-ci soit corrélé avec les premières actions de chevalerie des jeunes hommes dans Thèbes. C’est le cas d’Atys lorsque le narrateur nous livre dans un discours indirect que si le personnage combat avec éclat, c’est parce qu’il est désireux de plaire à Ismène dont il est épris : « Por la pucele qui l’esguarde,/Joint oue deus Grés sus en l’angarde » (v. 6563-6564). L’amour devient donc une motivation au combat, et représente une épreuve supplémentaire à relever pour les adolescents lorsqu’ils accèdent au statut de héros de roman. Contrairement aux garçons, les jeunes filles semblent relativement épargnées, d’une part de la malédiction paternelle dans Thèbes, d’autre part du courroux et des manipulations des Dieux qui n’hésitent pas à utiliser les jeunes hommes pour arriver à leurs fins dans l’Énéas. De plus, les jeunes filles préservent les liens familiaux. Ainsi Lavine est-elle conseillée par sa mère qui lui dévoile les causes et les effets de l’amour dans un discours se rapprochant d’un mode d’emploi amoureux à visée éducative. Dans le Roman de Thèbes, Jocaste, Antigone et Ismène naviguent à leur guise, comme lorsqu’elles tentent de restaurer la paix entre Étéocle et Polynice. Toutes les trois se donnent comme un trait d’union entre les camps opposés. Les filles seulement semblent pouvoir échapper à l’héritage malheureux de leurs parents (encore que cela ne soit pas entièrement vrai dans le cas d’Isiphile) puisqu’elles sont les seules survivantes de la première version du roman, exception faite du vieil Adraste. Le cas d’Ismène qui entre dans les ordres à la mort d’Atys est un cas particulier (v. 7060-7063), faisant écho au contexte historique du xiie siècle où de nombreuses jeunes filles se retiraient dans les couvents. Pour Lavine dans l’Énéas, le mariage représente le seul moyen de sortir de l’enfance. La jeune femme digne d’être épousée ou la mère : ce sont donc là les principaux statuts octroyés au féminin dans les romans, ce qui explique, au moins partiellement, l’absence de fille-enfant dans ces récits qui favorisent les représentations de jeunes femmes.

Pour conclure, l’enfant, à l’exception de l’enfant-fille, n’est pas absent de ces premiers romans du xiie siècle, même s’il peut paraître sous-représenté au sein d’ouvrages qui traitent pourtant des relations familiales, et bien qu’il n’accède pas encore au véritable statut de personnage. Les deux ouvrages le représentent, et lui offrent une place relativement importante, en particulier Thèbes qui oriente même sa narration autour de lui et de la construction de son identité. La pluralité du vocabulaire relatif à la jeunesse, comprenant l’âge de l’enfance et l’adolescence, en témoigne. La figure des « jeunes » est interrogée, notamment dans sa dimension sociale, mais soulève aussi des questions eschatologiques et religieuses. L’Énéas s’empare du problème que constitue le statut de l’âme enfantine, et Thèbes de celui de la mortalité infantile au Moyen Âge. La question de la mort de l’enfant soulève de véritables interrogations socio-religieuses, et son rapprochement avec l’animal interroge le statut de l’humanité de ce dernier. C’est en fonction des relations inter-familiales qui s’articulent autour de l’enfant que les différents personnages font leurs choix. Le motif de la bâtardise qui tient un rôle central dans la construction de l’enfant, participe à la dimension romanesque et à l’hybridité littéraire même de ces romans situés au carrefour des « genres littéraires ». L’enfant, qui condense toutes les questions relatives aux origines, symbolise le projet littéraire des auteurs, à savoir fonder un genre original, et devient la métaphore du genre littéraire romanesque, alors en pleine construction.

1 Vadin Béatrix, « L’absence de représentation de l’enfant et/ou du sentiment de l’enfance dans la littérature médiévale », dans Exclus et systèmes d’

2 Ibid.

3 Sigal Pierre-André, « Le vocabulaire de l’enfance et de l’adolescence dans les recueils de miracles latins des xie et xiie siècles », dans L’Enfant

4 Lett Didier, Enfants au Moyen Âge. xiie-xve siècle, Paris, Tallandier, 2025, introduction, p. 15.

5 Ibid.

6 Ariès Philippe, L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Plon, 1960, rééd. Seuil, 1973.

7 Lett Didier, Enfants au Moyen Âge, op. cit., p. 9-13.

8 Ibid.

9 Ibid., p. 15.

10 Toutes les citations du Roman de Thèbes sont extraites de l’édition du manuscrit S, trad., présentation et notes par Mora-Lebrun Francine, Paris

11 Ashby Genette, « Une analyse stylistique des formules épiques contenant "enfant" ou l’un de ses synonymes », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit.

12 Le Roman de Thèbes, éd. citée. On relève « enfant/z » v. 2266, 2268, 2275, 2311, 2338, 2311, 2464, 2457, 2460 (enfes), 24722477, 2470 (enfes), 2514

13 Ashby Genette, « Une analyse stylistique des formules épiques contenant "enfant" ou l’un des synonymes », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit., p.

14 Ibid.

15 Poirion Daniel, « Edyppus et l’énigme du roman médiéval », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit., p. 285-298, p. 292 [En ligne] DOI : https://doi.

16 Riché Pierre, Être enfant au Moyen Âge. Anthologie des textes consacrés à la vie de l’enfant du ve au xvsiècle, Paris, Fabert, « Pédagogues du

17 Ibid., p. 26.

18 Ibid., p. 10.

19 Le petit enfant est rarement le personnage principal dans la littérature médiévale. Voir Donnat-Aracil Claire, « Images et fonctions de la petite

20 Faaborg Jens N., Les enfants dans la littérature française du Moyen Âge, Copenhague, Museum Tusculanum, « Études romanes », 1997, p. 57-68, 1997, p

21 Paterson Linda M., « L’enfant dans la littérature occitane avant 1230 », Cahiers de Civilisation médiévale, 32e année, no 127, 1989, p. 233-245, p.

22 Riché Pierre, Être enfant au Moyen Âge…, op. cit.

23 Voir Gingras Francis, Le bâtard conquérant. Essor et expansion du genre romanesque au Moyen Âge, Paris, Champion, « Nouvelle bibliothèque du Moyen

24 Gaullier-Bougassas Catherine, Les Romans d’Alexandre. Aux frontières de l’épique et du romanesque, Paris, Champion, « Nouvelle bibliothèque du

25 Riché Pierre, Être enfant au Moyen Âge…, op. cit.

26 Vadin Béatrix, « L’absence de représentation de l’enfant… », dans Exclus et systèmes d’exclusion dans la littérature et la civilisation médiévales

27 Ibid., p. 368.

28 Même si le mot « vampire » n’apparaît qu’au xviie siècle, le xiie siècle connaît déjà la peur du mort-vivant et celle du monstre qui vide ses

29 Vadin Béatrix, « L’absence de représentation de l’enfant… », dans Exclus et systèmes d’exclusion dans la littérature et la civilisation médiévales

30 Faaborg Jens N., Les enfants dans la littérature française du Moyen Âge, op. cit., p. 153.

31 Ibid., p. 133.

32 Ibid., p. 134.

33 Besnardeau Wilfrid, « Le jardin d’Isiphile dans Le Roman de Thèbes », L’information littéraire, 2002/4, vol. 54, 2002, p. 29-38 [En ligne] DOI :

34 De Combarieu du Grès Micheline, « La mort en ce jardin », dans D’aventures en aventure. « Semblances » et « Senefiances » dans le Lancelot en prose

35 Ibid., p. 72.

36 Ibid., p. 73.

37 Payen Jean-Charles, « L’enfance occultée : note sur un problème de typologie littéraire au Moyen Âge », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit., p. 

38 Ibid., p. 187.

39 Paterson Linda M., « L’enfant dans la littérature occitane avant 1230 », art. cit., p. 234.

40 Ibid.

41 Poirion Daniel, « Edyppus et l’énigme du roman médiéval », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit., p. 292.

42 Faaborg Jens N., Les enfants dans la littérature française du Moyen Âge, op. cit., p. 177.

43 Le Grand Vincent, « La naissance de l’enfant dans l’histoire des idées politiques », Cahiers de la recherche sur les droits fondamentaux, no 5

44 Ibid. La fonction littéraire du petit enfant est analysée par Claire Donnat-Aracil au sein de la deuxième et troisième Vie des Pères, au xiii

45 Le Grand Vincent, « La naissance de l’enfant dans l’histoire des idées politiques », art. cit., p. 11-22.

46 Virgile, Énéide, Laigneau-Fontaine Sylvie (éd.), Lefaure Maurice (trad.) Paris, Livre de Poche, « Classiques », 2004, p. 252.

47 Alexandre-Bidon Danièle et Lett Didier, Les enfants au Moyen Âge ; ve-xve siècles, Paris, Hachette, « La vie quotidienne », 1997, p. 54.

48 Sur la création de « limbes » pour enfants, voir le chapitre IV intitulé « Les enfants morts sans baptême », p. 83-102 de Lett Didier, Enfants au

49 Poirion Daniel, « Edyppus et l’énigme du roman médiéval », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit., p. 292.

50 Ibid., p. 289.

51 Ibid.

52 Thomasset Claude, « Quelques principes de l’embryologie médiévale (de Salerne à la fin du xiiisiècle) », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit., p

53 Vitale-Brovarone Alessandro, « Le modèle du développement psychologique de l’enfant chez Fulgence le Mythographe », dans ibid., p. 161-176, p. 169

54 Kelly Douglas, « Guerre et parenté dans le Roman de Troie », dans Baumgartner Emmanuèle et Harf-Lancner Laurence (dir.), Entre fiction et histoire 

55 Plouzeau May, « Vingt regards sur l’enfançonnet, ou fragments du corps puéril dans l’ancienne littérature française », dans L’Enfant au Moyen Âge…

56 Vadin Béatrix, « L’absence de représentation de l’enfant… », dans Exclus et systèmes d’exclusion dans la littérature et la civilisation médiévales

57 Ibid., p. 379.

58 Riché Pierre, Être enfant au Moyen Âge…, op. cit., p. 20.

59 Buschinger Danielle, « L’enfant dans les romans de Tristan en France et en Allemagne », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit., p. 253-268, p. 264 [

Notes

1 Vadin Béatrix, « L’absence de représentation de l’enfant et/ou du sentiment de l’enfance dans la littérature médiévale », dans Exclus et systèmes d’exclusion dans la littérature et la civilisation médiévales, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 1978, p. 363-384, p. 365 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.4000/books.pup.3227.

2 Ibid.

3 Sigal Pierre-André, « Le vocabulaire de l’enfance et de l’adolescence dans les recueils de miracles latins des xie et xiie siècles », dans L’Enfant au Moyen Âge (Littérature et civilisation), Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 1980, p. 141-160, p. 144 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.4000/books.pup.2708.

4 Lett Didier, Enfants au Moyen Âge. xiie-xve siècle, Paris, Tallandier, 2025, introduction, p. 15.

5 Ibid.

6 Ariès Philippe, L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Plon, 1960, rééd. Seuil, 1973.

7 Lett Didier, Enfants au Moyen Âge, op. cit., p. 9-13.

8 Ibid.

9 Ibid., p. 15.

10 Toutes les citations du Roman de Thèbes sont extraites de l’édition du manuscrit S, trad., présentation et notes par Mora-Lebrun Francine, Paris, Livre de poche, « Lettres gothiques », 1995 ; toutes celles du Roman d’Énéas proviennent de l’édition bilingue et trad. du manuscrit A présenté et annoté par Besnardeau Wilfrid et Mora-Lebrun Francine, Paris, Champion, « Classiques, série Moyen Âge », 2018. Pour plus de clarté, nous ne préciserons entre parenthèses que les vers du texte en ancien français.

11 Ashby Genette, « Une analyse stylistique des formules épiques contenant "enfant" ou l’un de ses synonymes », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit., p. 219-231, p. 225 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.4000/books.pup.2714.

12 Le Roman de Thèbes, éd. citée. On relève « enfant/z » v. 2266, 2268, 2275, 2311, 2338, 2311, 2464, 2457, 2460 (enfes), 24722477, 2470 (enfes), 2514, 2520, 2565, 2568, 2604, 2620 (enfez), 2724, 2730, 2731.

13 Ashby Genette, « Une analyse stylistique des formules épiques contenant "enfant" ou l’un des synonymes », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit., p. 225 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.4000/books.pup.2714.

14 Ibid.

15 Poirion Daniel, « Edyppus et l’énigme du roman médiéval », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit., p. 285-298, p. 292 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.4000/books.pup.2719.

16 Riché Pierre, Être enfant au Moyen Âge. Anthologie des textes consacrés à la vie de l’enfant du ve au xvsiècle, Paris, Fabert, « Pédagogues du monde entier », 2010, p. 19.

17 Ibid., p. 26.

18 Ibid., p. 10.

19 Le petit enfant est rarement le personnage principal dans la littérature médiévale. Voir Donnat-Aracil Claire, « Images et fonctions de la petite enfance dans quelques contes de la Vie des Pères (xiiisiècle) », Histoire culturelle de l’Europe, no2, Regards portés sur la petite enfance en Europe (Moyen Âge-xviiisiècle), 2017, [En ligne] URL : https://mrsh.unicaen.fr/hce/index.php_id_548.html [consulté le 08-08-2025].

20 Faaborg Jens N., Les enfants dans la littérature française du Moyen Âge, Copenhague, Museum Tusculanum, « Études romanes », 1997, p. 57-68, 1997, p. 10.

21 Paterson Linda M., « L’enfant dans la littérature occitane avant 1230 », Cahiers de Civilisation médiévale, 32e année, no 127, 1989, p. 233-245, p. 236 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.3406/ccmed.1989.2441.

22 Riché Pierre, Être enfant au Moyen Âge…, op. cit.

23 Voir Gingras Francis, Le bâtard conquérant. Essor et expansion du genre romanesque au Moyen Âge, Paris, Champion, « Nouvelle bibliothèque du Moyen Âge », 2011.

24 Gaullier-Bougassas Catherine, Les Romans d’Alexandre. Aux frontières de l’épique et du romanesque, Paris, Champion, « Nouvelle bibliothèque du Moyen Âge », 1998, p. 169.

25 Riché Pierre, Être enfant au Moyen Âge…, op. cit.

26 Vadin Béatrix, « L’absence de représentation de l’enfant… », dans Exclus et systèmes d’exclusion dans la littérature et la civilisation médiévales, op. cit., p. 366.

27 Ibid., p. 368.

28 Même si le mot « vampire » n’apparaît qu’au xviie siècle, le xiie siècle connaît déjà la peur du mort-vivant et celle du monstre qui vide ses victimes de leur sang. Sur ce sujet, voir Schmitt Jean-Claude, Les Revenants. Les vivants et les morts dans la société médiévale, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 1994.

29 Vadin Béatrix, « L’absence de représentation de l’enfant… », dans Exclus et systèmes d’exclusion dans la littérature et la civilisation médiévales, op. cit.

30 Faaborg Jens N., Les enfants dans la littérature française du Moyen Âge, op. cit., p. 153.

31 Ibid., p. 133.

32 Ibid., p. 134.

33 Besnardeau Wilfrid, « Le jardin d’Isiphile dans Le Roman de Thèbes », L’information littéraire, 2002/4, vol. 54, 2002, p. 29-38 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.3917/inli.544.0029.

34 De Combarieu du Grès Micheline, « La mort en ce jardin », dans D’aventures en aventure. « Semblances » et « Senefiances » dans le Lancelot en prose, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2000, p. 193-216 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.4000/books.pup.4077.

35 Ibid., p. 72.

36 Ibid., p. 73.

37 Payen Jean-Charles, « L’enfance occultée : note sur un problème de typologie littéraire au Moyen Âge », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit., p. 177-200, p. 186 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.4000/books.pup.2712.

38 Ibid., p. 187.

39 Paterson Linda M., « L’enfant dans la littérature occitane avant 1230 », art. cit., p. 234.

40 Ibid.

41 Poirion Daniel, « Edyppus et l’énigme du roman médiéval », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit., p. 292.

42 Faaborg Jens N., Les enfants dans la littérature française du Moyen Âge, op. cit., p. 177.

43 Le Grand Vincent, « La naissance de l’enfant dans l’histoire des idées politiques », Cahiers de la recherche sur les droits fondamentaux, no 5, 2006, p. 11-22 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.4000/crdf.7117.

44 Ibid. La fonction littéraire du petit enfant est analysée par Claire Donnat-Aracil au sein de la deuxième et troisième Vie des Pères, au xiiisiècle. La chercheuse met en avant les représentations ambivalentes du petit enfant dans la pensée chrétienne et conclut qu’il peut être l’image du chrétien en général. Donnat-Aracil Claire, « Images et fonctions de la petite enfance dans quelques contes de la Vie des Pères (xiiisiècle) », art. cit. 

45 Le Grand Vincent, « La naissance de l’enfant dans l’histoire des idées politiques », art. cit., p. 11-22.

46 Virgile, Énéide, Laigneau-Fontaine Sylvie (éd.), Lefaure Maurice (trad.) Paris, Livre de Poche, « Classiques », 2004, p. 252.

47 Alexandre-Bidon Danièle et Lett Didier, Les enfants au Moyen Âge ; ve-xve siècles, Paris, Hachette, « La vie quotidienne », 1997, p. 54.

48 Sur la création de « limbes » pour enfants, voir le chapitre IV intitulé « Les enfants morts sans baptême », p. 83-102 de Lett Didier, Enfants au Moyen Âge…, op. cit.

49 Poirion Daniel, « Edyppus et l’énigme du roman médiéval », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit., p. 292.

50 Ibid., p. 289.

51 Ibid.

52 Thomasset Claude, « Quelques principes de l’embryologie médiévale (de Salerne à la fin du xiiisiècle) », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit., p. 107-121, p. 110 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.4000/books.pup.2705.

53 Vitale-Brovarone Alessandro, « Le modèle du développement psychologique de l’enfant chez Fulgence le Mythographe », dans ibid., p. 161-176, p. 169 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.4000/books.pup.2710.

54 Kelly Douglas, « Guerre et parenté dans le Roman de Troie », dans Baumgartner Emmanuèle et Harf-Lancner Laurence (dir.), Entre fiction et histoire : Troie et Rome au Moyen Âge, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1997, p. 53-72, p. 53.

55 Plouzeau May, « Vingt regards sur l’enfançonnet, ou fragments du corps puéril dans l’ancienne littérature française », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit., p. 201-218, p. 208 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.4000/books.pup.2713.

56 Vadin Béatrix, « L’absence de représentation de l’enfant… », dans Exclus et systèmes d’exclusion dans la littérature et la civilisation médiévales, op. cit. p. 378.

57 Ibid., p. 379.

58 Riché Pierre, Être enfant au Moyen Âge…, op. cit., p. 20.

59 Buschinger Danielle, « L’enfant dans les romans de Tristan en France et en Allemagne », dans L’Enfant au Moyen Âge…, op. cit., p. 253-268, p. 264 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.4000/books.pup.2717.

References

Electronic reference

Élise d’Inca, « L’enfant, l’adolescent : Enjeux et représentations de la jeunesse dans Le Roman de Thèbes et Le Roman d’Énéas », Pensées vives [Online], 5 | 2026, Online since 26 January 2026, connection on 18 February 2026. URL : http://revues-msh.uca.fr/pensees-vives/index.php?id=512

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Élise d’Inca

CELIS, Université Clermont-Auvergne

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