Lucia Vişinescu, L’héroïsation du voyageur dans la revue Le Tour du Monde (1860-1914), Paris, L’Harmattan, 2018, 219 p., ISBN : 978-23-431-3397-3.

Gilles Louÿs

1Que savons-nous de l’impact des relations de voyage sur la sensibilité et l’imaginaire en France depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’à la Belle Époque ? Quel lien exact et vérifiable peut-on établir entre ce corpus d’époque et la propagande coloniale ? Comment et depuis quand le récit de voyage a-t-il donné lieu à une industrie culturelle ? C’est tout l’intérêt de l’ouvrage de Lucia Vişinescu, issu d’une thèse de doctorat soutenue en 2011, que d’apporter des réponses nourries à ces questions, à travers l’exploration méthodique d’un vaste corpus de récits viatiques, constitué par les livraisons de la revue Le Tour du Monde, de 1860 à 1914.

2Certes, on disposait déjà à travers les travaux des historiens de ces dernières années (Sylvain Venayre, tout particulièrement) d’études précieuses sur le sujet, mais la thèse de Lucia Vişinescu a le mérite de revisiter ce moment daté où « la gloire de l’aventure » voit le jour, par le biais d’une analyse minutieuse d’une grande quantité de ces relations de voyage (son corpus porte sur les relations de 83 voyageurs, dont 12 voyageuses), et d’apporter ainsi un constat documenté sur les pratiques ainsi que sur les mises en récit des voyageurs, à l’intérieur d’une revue à forte audience (100 000 abonnés, soit près d’un million de lecteurs effectifs : page 22), et dont la longévité, avec des livraisons régulières de 1860 à 1914, témoigne de « sa continuelle adaptation au paysage culturel de son époque et aux attentes du public1 » (page 11). Cet intérêt documentaire – et on ne dira jamais assez à quel point il est important de faire émerger des textes que l’histoire littéraire « officielle » laisse de côté – se double de plus d’un enjeu épistémique : l’ouvrage croise en effet de multiples références, empruntées à diverses disciplines (l’histoire, l’analyse de discours, l’anthropologie, l’étude littéraire), pour restituer à son objet d’étude toute sa complexité sociale et culturelle.

3La revue elle-même est parfaitement replacée dans son contexte, à la fois historique et médiatique : l’introduction de l’ouvrage, particulièrement nourrie (29 pages) apporte ainsi de multiples informations qui permettent de situer Le Tour du Monde à l’intérieur d’un champ éditorial et journalistique en pleine effervescence (développement de la presse à grand tirage, multiplication des titres, influence des périodiques anglais, recours systématique aux illustrations grâce à la gravure sur bois, puis sur reproduction photographique à la fin du siècle). La revue, qui est publiée par Hachette et paraît par livraisons hebdomadaires, s’inscrit dans la lignée des périodiques à bon marché qui fleurissent durant la seconde moitié du XIXe siècle, et le parcours de son directeur, Édouard Chardon (fondateur du Magasin pittoresque), présente de grandes ressemblances avec celui d’Émile de Girardin. Mais au-delà du champ médiatique proprement dit, l’intérêt de la présentation qu’en fait Lucia Vişinescu tient à ce qu’elle restitue son « écosystème » idéologique, notamment par la mise en évidence des liens qui existent avec d’autres institutions, tels les sociétés de géographie, les courants philanthropiques saint-simoniens, et surtout les différentes associations promouvant le colonialisme, à une époque où, durant la IIIe République, le « parti colonial » est particulièrement influent, et où la propagande coloniale a valeur d’idéologie d’État. Cet « écosystème », qui nous semble si curieusement paradoxal aujourd’hui, intègre également des courants républicains progressistes, agissant en faveur de l’instruction populaire ; de fait, Le Tour du Monde s’inscrit dans le contexte idéologique très particulier de la IIIe République, où la croyance démocratique dans les valeurs de progrès et d’affranchissement de l’individu par l’éducation coexiste avec les préjugés racistes et le colonialisme le plus outrancier. Dans cette atmosphère d’époque, l’auteure ne mentionne pas ce best-seller de la IIIe République qu’est Le Tour de la France par deux enfants, mais on y retrouverait les mêmes valeurs à la fois républicaines et colonialistes et la même croyance dans les vertus didactiques et éthiques du voyage : ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Augustine Fouillée, l’auteure de ce best-seller éducatif qui est le parfait contemporain de la revue Le Tour du Monde, a recours au récit de voyage pour dérouler son programme éducatif et civique2.

4Une autre particularité notable de la revue tient au fait qu’elle se présente à la fois comme un médium de diffusion du récit viatique et comme une instance prescriptrice, tant auprès des auteurs qu’elle publiait que des lecteurs et lectrices auxquels elle s’adressait, et ceci dans le but de promouvoir la production et la diffusion des récits de voyage. La revue n’est pas qu’une revue, elle fonctionne comme une sorte d’« agence » officialisant les départs et les retours des voyageurs et voyageuses et validant leurs performances. Le but est d’encourager les voyageurs à publier afin qu’ils suscitent des vocations de voyages chez les lecteurs de la revue, de sorte que ceux-ci, à leur tour, les mettent en récit et alimentent cette « industrie » du voyage. Lucia Vişinescu montre ainsi, de manière très probante, en quoi Le Tour du Monde relaie un discours sur l’appropriation du monde par le voyage – et par la science, puisque nombre de ces récits sont rédigés par des savants. Le succès du Tour du Monde s’explique sans aucun doute par cette position de médiation entre auteurs, lecteurs et ces autres instances de légitimation du voyage d’exploration que sont les sociétés savantes ou les sociétés de géographie.

5Partant du constat d’une certaine uniformité de ce corpus viatique, uniformité qui est d’ailleurs renforcée par le fait que les efforts de la revue visant à encourager les voyageurs à publier ont pour effet de contribuer à un certain « formatage » de leur discours, l’auteure élabore une grille de lecture fondée sur une double conceptualisation. La première consiste à neutraliser l’évidente diversité, professionnelle ou personnelle, de tous ces voyageurs et voyageuses en ayant recours au concept de « sur-identité ». En effet, quels que soient leurs statuts (voyageur-géographe, voyageur-archéologue, voyageur-militaire, voyageur-diplomate, voyageur-administrateur colonial, voyageuse-épouse, voyageuse indépendante, etc.), et au-delà de la spécificité que peuvent revêtir leurs relations, tous ces voyageurs ont en commun de se conformer à un certain nombre de contraintes, tant dans leur façon de vivre le voyage (et il y a là tout un ethos d’époque du voyageur), que dans leur façon de le relater, à travers un certain nombre de topoï. L’auteure s’appuie précisément sur la récurrence de ces formes de discours stéréotypé pour postuler que s’y manifeste un modèle de voyageur, une sorte d’« archi-voyageur » ou de « sur-voyageur », si l’on veut, et c’est à la caractérisation de ce modèle, à la façon dont il est investi dans le corpus du Tour du Monde, que son étude est consacrée. C’est donc moins à la singularité de ces récits que Lucia Vişinescu s’intéresse qu’au discours de ce « sur-voyageur », porté par une voix anonyme, désincarnée, abstraite, stéréotypée, en bref une doxa.

6Le second concept utilisé pour interroger ce corpus est celui d’héroïsation, catégorie qui permet à l’auteure de rassembler tout un ensemble de caractéristiques qu’on retrouve dans le récit des voyageurs eux-mêmes, dans leur façon de relater leurs faits et gestes, de se situer par rapport à l’autre (héroïsation implicite), et qu’on retrouve également dans la revue, à travers les discours d’escorte, comme les notices biographiques, qui présentent ou accompagnent les récits (héroïsation explicite).

7L’héroïsation implicite se constitue donc d’une « auto-héroïsation » (par le voyageur lui-même) tandis que l’héroïsation explicite consiste en une « hétéro-héroïsation », assurée par le discours de la revue – et perceptible à travers un vocabulaire récurrent du type « intrépide », « vaillant » ou « héroïque » (page 33) – qui fonctionne comme une instance de reconnaissance ou de légitimation du voyageur. L’analyse de Lucia Vişinescu porte alors sur les « protocoles d’héroïsation » (page 42) qui régissent les modes d’expression des voyageurs, et qui passent par un certain nombre de topoï :

  • l’emphatisation du danger, notamment à l’aide du « micro-récit hypothétique » (formule empruntée à Réal Ouellet, page 43) ;
  • la comparaison avec les prédécesseurs (page 44) ;
  • l’héroïsation « dans le miroir » (page 46), consistant à attirer l’attention sur les qualités des compagnons, notamment indigènes, du voyageur ;
  • l’héroïsation par antithèse, qui présente l’Autre comme un « contretype du voyageur » (page 48) ;
  • l’héroïsation par hyperbolisation de l’adversaire (page 89).

8Remarquant avec quelle fréquence reviennent, dans ce corpus, toute une série de topoï renvoyant aux dangers encourus, aux fatigues ou souffrances endurées, voire à l’esprit de sacrifice du voyageur (contribuant à l’accroissement ou à l’administration du patrimoine colonial pour la plus grande gloire de la patrie, pour les hommes, ou en s’accommodant avec dignité des inconvénients du voyage, pour les femmes), l’auteure propose une lecture anthropologique de ces récits « héroïsés », dans lesquels le voyage se présente souvent comme une épreuve à surmonter, mais une épreuve nécessaire, comme programmée, permettant au voyageur de s’accomplir en révélant ses qualités d’homme. Elle compare ce temps d’épreuve et d’éloignement du voyage au parcours initiatique que les Baruya de Nouvelle-Guinée imposent aux jeunes gens, tel que ce parcours est décrit par Maurice Godelier dans La production des grands hommes, et en déduit qu’il y a analogie entre ces rites d’entrée dans la masculinité et la forme de « re-virilisation » affichée ou revendiquée par les voyageurs européens (page 67 et suiv.) : à la séparation brutale des garçons du monde féminin, « enlevés » et conduits dans un espace autre, limitrophe du village ou aux confins de la forêt, un espace exclusivement masculin, où, entre hommes, les aînés infligent aux cadets un certain nombre d’épreuves, à caractère physique ou sexuel, ferait ainsi écho la séparation assumée du voyageur loin de sa famille et de la mère patrie et déterminé à s’aguerrir en surmontant tout ce qui mettra à l’épreuve son identité de « civilisé ». Le voyage aventureux fonctionnerait ainsi comme la conquête d’une nouvelle identité pour des occidentaux élevés dans le cocon protecteur de leur communauté d’origine, et contraints à s’endurcir au contact d’un ailleurs exotique où tous leurs repères sont absents, et qui les contraint par là même à se ré-individualiser comme hommes, d’une manière plus affirmée.

9On notera que la comparaison du voyage lointain ou aventureux avec les épreuves rituelles des sociétés dites « primitives » a souvent été faite3, en tout premier lieu par Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques 4 : mais la comparaison de Lévi-Strauss était ironique, elle avait surtout pour but de souligner la médiocrité avec laquelle on obtient honneurs et reconnaissance dans les sociétés du spectacle contemporaines, moyennant une « performance » viatique dûment monnayée auprès des médias. Reste que le rapprochement opéré par Lucia Vişinescu a le mérite de montrer que c’est précisément parce que les sociétés européennes ont perdu ce sens des rites de passage initiatique des communautés indigènes – ou plutôt que ces rites se sont affadis à travers leurs propres institutions – que certaines formes de voyages peuvent apparaître comme une façon de rouvrir cet espace symbolique disparu, et réveiller en nous le souvenir d’un monde social que nous avons perdu5.

10Un autre intérêt de l’approche de Lucia Vişinescu tient à la mise en relation qu’elle établit entre cette promotion de l’héroïsme et la recherche de l’adhésion du grand public à la cause de la colonisation, à une époque où la propagande coloniale s’exerce à travers de multiples canaux, politiques comme médiatiques : l’armée (et tout particulièrement le ministère de la Marine), les institutions politiques (c’est en 1894 qu’est institué un ministère des Colonies6), les lobbies (en particulier le « parti colonial »), la presse, les sociétés de géographie, sans oublier l’Église7. Le voyage et le récit de voyage n’échappent donc pas à cette emprise mais au contraire la relaient d’autant plus efficacement que nombre des voyageurs publiés par Le Tour du Monde sont des militaires (l’auteure parle même de « militarisation du voyage » page 102), des administrateurs coloniaux, ou des explorateurs agissant dans un cadre de reconnaissance de territoires à des fins d’expansion coloniale. Cette pression à la fois coloniale et patriotique est telle qu’elle fait dire à Lucia Vişinescu que, derrière la figure héroïsée du voyageur (ou de la voyageuse) il y a une forme de « méta-héros » (page 91), qui n’est rien moins que la « mère-patrie », omniprésente dans la façon dont sont relatés les souffrances et les sacrifices des voyageurs. Empruntant à Jean-François Lyotard la notion de « métarécit » (page 113), et à Benedict Anderson celle de « communauté imaginée » (page 97), l’auteure peut ainsi identifier à travers les récits publiés par Le Tour du Monde une forme de saga paradoxale, celle du « héros libérateur » (page 114), par laquelle les territoires coloniaux, pensés comme une simple expansion du territoire national, sont investis d’une même ferveur patriotique.

11Lucia Vişinescu termine son parcours par un chapitre consacré aux voyageuses, qui, bien que moins nombreuses que les hommes, n’occupent pas une place négligeable dans Le Tour du Monde, puisque l’auteure en a recensé près de trente, qu’elle répartit entre deux types : celui qu’elle appelle les « indépendantes », telle Ida Pfeiffer, et les « malgré elles » (page 144) : les exilées comme Ève Felinska, ou les épouses dévouées à leur mari comme Agostina Libarona.

12Mais en quoi l’héroïsation pratiquée par la revue s’applique-t-elle aux voyageuses, à une époque où les qualités attribuées aux voyageurs (esprit d’initiative, intrépidité, endurance physique) ne peuvent en aucun cas être reconnues ni acceptées chez les femmes ? De fait, l’héroïsation explicite qu’on trouve dans Le Tour du Monde concerne surtout les hommes, ce qui ne veut pas dire que la figure de la voyageuse échappe à son discours. C’est donc dans le cadre d’une approche de genre que l’auteur repère des formes d’héroïsation féminine spécifiques, ce qu’elle appelle un « héroïsme genré » (page 141) :

  • l’héroïsation par adhésion aux attributs du genre féminin conformes aux représentations du XIXsiècle ;
  • l’héroïsation par adhésion aux attributs du genre masculin (et donc contestant les rôles féminins culturellement imposés à l’époque), typique de la « voyageuse rebelle » (comme une Jane Dieulafoy) ;
  • l’héroïsation par « transgression de la catégorie de genre » (page 142), soit par le dépassement de la bipartition des rôles masculin/ féminin, lorsque la voyageuse est identifiée non comme femme mais comme professionnelle : artiste, comme la violoncelliste Lise Cristiani, ou scientifique, comme l’aristocrate néerlandaise Alexine Tinne.

13Reste qu’il est difficile de se faire légitimer comme voyageuse, dans un monde social où les femmes, par définition, ne se montrent pas dans la sphère publique, et il est donc très intéressant d’identifier les filtres à travers lesquels Le Tour du Monde présente leurs contributions. Le premier filtre consiste à mettre leur féminité au premier plan. Une femme qui voyage ne peut en effet être acceptée et reconnue à ce titre qu’à la condition qu’elle soit conforme à l’archétype de la féminité. Ce qui explique que soient particulièrement mises en valeur dans le discours de la revue des qualités telles que modestie, dévouement, sens du devoir et du sacrifice, spécialement pour les femmes qui accompagnent leur mari, car, comme le note l’auteure, « voyager avec un époux est déjà une manière de légitimer le voyage » (page 151). Lucia Vişinescu parle même de « surféminisation de la voyageuse » (page 148), comme si, en survalorisant des qualités traditionnellement reconnues aux femmes, on pouvait ainsi rétablir les règles de la bienséance publique là même où celles-ci semblent transgressées, et par là mieux faire accepter le voyage des femmes, et donc le récit qu’elles en font.

14On voit ainsi très clairement comment les femmes, même lorsqu’elles se distinguent et par leur voyage et par leur relation sont reconduites à l’intérieur des limites de leur condition, puisque le modèle d’héroïsme féminin proposé par la revue se ramène, ni plus ni moins, à un modèle de féminité. Ce qui explique du même coup que les femmes ne peuvent vivre dans leurs voyages un parcours initiatique analogue à celui que connaissent les hommes, sauf à considérer que le renoncement temporaire au confort et à certains plaisirs typiquement féminins constitue paradoxalement une réaffirmation de leur identité (page 161).

15Comment alors présenter des héroïnes, perçues comme masculines, telles Ida Pfeiffer ou Jane Dieulafoy, qui s’éloignent de ce modèle, et dont l’audace est ressentie comme incompatible avec leur identité de femme ? C’est là qu’intervient un second filtre, qui consiste à rendre acceptable l’inacceptable en présentant l’héroïne comme ayant été précocement sous une influence masculine : celle d’un père, par exemple, pour Alexine Tinne (page 166), ou, pour Ida Pfeiffer, par le fait que, unique fille sur sept enfants, elle ne pouvait qu’être influencée par la fratrie (page 167). Justifier par une éducation atypique un goût « transgressif » pour le voyage revient ainsi à sauver les apparences – d’autant plus dans le cas d’Ida Pfeiffer, dont la revue souligne qu’elle a attendu d’avoir 45 ans et d’avoir accompli tous ses devoirs de mère envers ses enfants pour céder à ses désirs de voyage, d’ailleurs « justifiés » par le fait de collecter des spécimens de plantes ou d’insectes.

16Est-ce à dire que les femmes ne parviennent pas à forcer l’espace social pour s’y faire reconnaître en tant que voyageuses ? La publication de leurs écrits par Le Tour du Monde est précisément la preuve du contraire, et là réside sans doute la principale conquête des femmes : dans leur accès à l’écriture et à la publication, qui leur permet non seulement de se faire accepter comme telles, femmes, voyageuses et écrivaines, mais encore de se découvrir une nouvelle forme d’identité. Lucia Vişinescu remarque en effet une différence notable entre voyageurs et voyageuses en termes d’énonciation : autant le voyageur masculin a tendance à se dissoudre dans un « nous » collectif et patriotique (page 138), autant la voyageuse, précisément en raison de son statut qui l’exclut de la communauté masculine, pratique l’écriture à la première personne et trouve ainsi dans le voyage le moyen d’une affirmation identitaire. Le corpus viatique féminin de l’époque se caractériserait ainsi par « l’émergence d’un sujet féminin autre », selon la formule de Bénédicte Monicat citée page 138, et ce constat est la preuve que, décidément, le récit de voyage, dans toute son épaisseur historique et culturelle, a encore bien des choses à nous apprendre.

Notes

1 L’auteure ne le mentionne pas, mais il faut noter que le système de diffusion du Tour du Monde lui assurait un impact certain auprès du public populaire : les numéros hebdomadaires étaient vendus à travers le réseau des gares de chemin de fer, puis étaient rassemblés tous les six mois en un volume, qui, lui, était proposé en librairie. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Tour_du_monde [consulté le 06/09/2018]

2 Le Tour de la France par deux enfants a été publié pour la première fois en 1877 et constamment réédité : plus de 400 rééditions en 1914 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Tour_de_la_France_par_deux_enfants [consulté le 06/09/2018]

3 Récemment encore dans l’ouvrage de Guillaume Thouroude, La Pluralité des mondes : le récit de voyage de 1945 à nos jours, Paris, PUPS, coll. « Imago Mundi », 2017, p. 48.

4 Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, Paris, Plon (Pocket), 1984 [Plon, 1954], p. 40.

5 L’anthropologue David Le Breton expliquait par ce défaut de symbolique l’apparition d’une « mythologie de l’extrême » dans nos sociétés de confort contemporaines : David Le Breton, Passions du risque, Paris, Métallié, 2000, p. 177.

6 Mais l’administration officielle des colonies françaises, notamment par le ministère de la Marine et des Colonies, remonte à la Révolution.

7 Cf. la célébration dans la presse de l’époque de l’héroïsme des Pères blancs en Afrique (page 124), mis sur le même plan que le sacrifice auquel consentent les militaires, accroissant au péril de leur vie les territoires coloniaux pour la plus grande gloire de « l’empire » – c’est le mot utilisé officiellement par la IIIe République pour définir ses possessions coloniales d’outre-mer.


Pour citer ce document

Gilles Louÿs, «Lucia Vişinescu, L’héroïsation du voyageur dans la revue Le Tour du Monde (1860-1914), Paris, L’Harmattan, 2018, 219 p., ISBN : 978-23-431-3397-3.», Viatica [En ligne], n°6, mis à jour le : 28/03/2019, URL : http://revues-msh.uca.fr/viatica/index.php?id=125.

Auteur

Quelques mots à propos de :  Gilles Louÿs

Université Paris Nanterre, Centre des Sciences des littératures en langue française (CSLF)