Ce que lire fait au voyage
Lapérouse au Kamtchatka (1787)

Nathalie VUILLEMIN

Résumé : Cet article analyse à nouveaux frais le problème de l’intertextualité dans la littérature de voyage, en s’arrêtant sur un passage spécifique du Voyage de Lapérouse : la halte au Kamtchatka. Littéralement hanté par Cook, Lapérouse semble par moments confondre espace réel et espace du récit, se livrant à une étrange tentative de « remettre en scène » les personnages rencontrés par son prédécesseur. On propose ici une relecture de cet épisode à la lumière du système de la « triple mimesis » développée par Paul Ricoeur. Il s’agit notamment de tenter de mesurer l’effet non seulement du passage des voyageurs, mais également du récit de voyage sur la réalité. On verra que Lapérouse, réécrivant Cook, accomplit un geste aussi bien littéraire que politique.

Abstract: This article tries to propose a new analyse of the problem of intertextuality in travel literature, examining a specific passage of Lapérouse’s “Voyage”: the stopover in Kamchatka. Literally haunted by Cook, Lapérouse sometimes seems to confuse real space with the space of the story, making a strange attempt to “re-stage” the characters his predecessor had met. We propose here a re-reading of this episode in the light of the "triple mimesis" system developed by Paul Ricoeur. We’ll try to measure the effect of the travel narrative on reality. Lapérouse, re-writing Cook, performs a literary as well as a political gesture.



Entre texte et action

Nous étions à peine mouillés que nous vimes monter à bord le bon curé de Paratanka avec sa femme et tous ses enfants. Il fut dès lors facile de prévoir que nous pourions remettre sur la scene dans le chapitre suivant tous les acteurs du dernier voyage du Capitaine Cook ou du moins leur histoire car plusieurs étoient morts et le Major Beem étoit retourné à Petersbourg1.

1Le récit de l’arrivée de l’expédition Lapérouse au Kamtchatka, le 7 septembre 1787, offre une plongée vertigineuse dans l’aporie que constitue, pour tout lecteur de récit de voyage, l’accès aux événements tels qu’ils sont réellement advenus, à la réalité telle qu’elle a pu être vécue. Toujours inaccessible, relayé, remplacé – parfois même effacé – par un récit, le moment de l’action ne peut être approché que par la lecture croisée de plusieurs témoignages relatifs au même épisode, l’examen de traces inscrites dans les manuscrits, éléments textuels ou matériels qui ne sont jamais que les médias ou les filtres de notre lecture. Dans cet extrait, que Lapérouse place à la fin du chapitre xvi de sa relation, se joue pourtant sous nos yeux la rencontre entre les dimensions existentielle et textuelle du voyage : l’arrivée de personnalités qu’on a côtoyées à la lecture du troisième voyage de Cook donne lieu non pas à l’expression d’une surprise, d’une satisfaction, ou à la description des échanges qui prirent place à cet instant, mais à la projection du chapitre à écrire. Maladresse stylistique ? Loin de là, car cette annonce, nous le verrons, fait office de plan d’une partie importante du texte à venir. Dès lors, elle ouvre à nouveaux frais la question de l’intertextualité et de son statut dans le récit de voyage2 : si le voyageur est guidé par ses prédécesseurs, s’il en suit les traces tout en amendant leur lecture du monde, s’il tente de reconquérir par le récit, en somme, des espaces déjà parcourus et racontés, toute l’entreprise semble pouvoir être envisagée comme un itinéraire à travers le langage, traversé de relations antérieures et tendu vers celle qu’il souhaite proposer. Le voyageur lui-même adopte une lecture littéraire de récits antérieurs qu’il informe ainsi en textes littéraires.

2Posée brutalement, l’hypothèse de travail dont nous partirons ici pourrait suggérer que le voyageur, lorsqu’il repasse sur les traces d’un prédécesseur, voit le monde dans les termes du récit qu’il a lu, mais également de celui qu’il écrit, et qu’il n’écrit pas uniquement la plume à la main dans les moments spécifiquement consacrés à la rédaction, mais en permanence, mentalement – au même titre que le photographe perçoit immédiatement, au sein d’une action, la scène qu’il en tirera. Intenable sur le plan épistémique au même titre que la question, en théorie littéraire, de l’intentionnalité auctoriale, cette proposition sera reformulée en repartant du concept de « triple mimèsis » que développe Ricœur dans Temps et récit3.

3Selon le philosophe, il y aurait en amont de l’opération de « représentation » à laquelle on associe en général la mimèsis (que Ricœur appelle mimèsis II), une phase de configuration de la réalité, basée sur des expériences pratiques et artistiques antérieures (mimèsis I) ; toute œuvre serait par ailleurs refigurée par le destinataire au moment de la lecture, actualisée en quelque sorte dans sa réalité (mimèsis III). Cette théorie, chez Ricœur, a pour but de montrer en quoi le récit est un ingrédient essentiel, dans l’expérience humaine, de la compréhension de la temporalité – problème spécifique que nous laisserons de côté ici. On utilisera en revanche cette tripartition afin de mettre en évidence la difficulté du lien à la réalité pour un voyageur (et des lecteurs) évoluant dans un contexte culturel où la connaissance des territoires lointains n’est possible que par le biais de récits.

4On pourrait en effet partir du principe que la « précompréhension du monde de l’action4 » (mimèsis I) relève, dans le cas de Lapérouse, chargé d’une mission « répliquant » celle de Cook5, d’une préfiguration essentiellement narrative : l’expérience, mais également le récit à écrire, sont à tel point préparés par du « déjà-raconté », qu’ils peuvent difficilement être actualisés autrement que selon la structure et dans les termes même du récit antérieur. La mise en intrigue (mimèsis II) serait ainsi imitation aussi bien du texte servant de guide, que de l’action du voyage à proprement parler, composantes que le récit va tenter de réunir en un tout homogène6. C’est le sens précis, d’un point de vue théorique, de cette « scène », entre réalité et représentation, que Lapérouse voit s’écrire au moment de son arrivée au Kamtchatka. En imitant et corrigeant, parfois, ses prédécesseurs, le voyageur fait dès lors bien plus qu’introduire une forme de dialogue avec eux sur le plan du savoir et des représentations. Il conduit le lecteur à faire une nouvelle expérience du monde (mimèsis III), expérience par procuration qui ne relève pas ici du pacte fictionnel. Le récit de voyage décrète ce qu’est la réalité :

Ce que reçoit un lecteur, c’est non seulement le sens de l’œuvre mais, à travers son sens, sa référence, c’est-à-dire l’expérience qu’elle porte au langage et, à titre ultime, le monde […]7.

5En analysant le statut de la halte au Kamtchatka dans l’économie générale du voyage de Lapérouse et en tentant d’établir une archéologie de l’épisode et de son récit, on montrera comment celui-ci passe de l’imitation de modèles antérieurs à l’instauration d’une réalité nouvelle. Celle-ci n’émerge pas grâce au déploiement, sur le plan argumentatif et documentaire, d’une démonstration de la validité de l’information ; elle est mise en acte au sein de la narration comme une évidence, à partir du moment où le voyageur ne peut plus suivre le canevas que lui proposait son prédécesseur.

Le Kamtchatka comme tournant du texte

6Sur les plans commerciaux et politiques, l’un des buts principaux de l’expédition Lapérouse visait à faire de la France un acteur central du commerce des peaux entre le Nord-Ouest de l’Amérique et la Chine8. D’un point de vue scientifique, la reconnaissance de « toutes les terres et îles situées au Nord Est du Japon9 » et de la Tartarie était également essentielle et pouvait permettre à Lapérouse de cartographier une partie du globe encore mal explorée. Dans le but d’arriver au plus vite dans cette zone, Lapérouse décide de ne pas se conformer à l’itinéraire qu’il avait reçu à son départ de France : après un bref passage à l’Île de Pâques en avril 1787, au lieu de procéder à l’exploration du Pacifique sud initialement prévue, les frégates prennent la route du Nord, explorent les côtes septentrionales de l’Amérique, traversent le Pacifique en direction du Japon puis gagnent la Tartarie et le Kamtchatka. De la baie d’Avatcha, trois jours après son arrivée, Lapérouse livre à Fleurieu un compte rendu de la campagne jusque-là accomplie et explique ce nouveau plan de voyage :

Vous savez que j’ai déjà interverti une partie du premier plan tracé dans mes instructions, parce que j’y étais autorisé. J’ai pensé qu’il serait plus expéditif de commencer par l’hémisphere du Nord, et de finir par celui du Sud, puisque je devais terminer ma course par relâcher à l’île de France […]. Je vous avouerai aussi que j’avais quelque crainte d’être prévenu par les Anglais, qui, avant mon départ, avaient annoncé le projet d’un nouveau voyage de découvertes : je craignais pour la côte de Tartarie, &c., qui était la seule partie vraiment neuve dont j’eusse à faire la reconnaissance ; et pour rien au monde je n’aurais voulu être devancé10.

7Dans une lettre qu’il écrit en parallèle au ministre de la Marine, Lapérouse ajoute à ces raisons stratégiques la possibilité, à partir du Kamtchatka, de renvoyer en France par voie terrestre Jean-Baptiste Barthélémy de Lesseps11, dont le rôle était spécifiquement de servir, en Russie, d’interprète aux Français12. Il lui confiera à cette occasion la copie de la seconde partie de son journal, organisée sous forme de relation en quatre chapitres numérotés de xiv à xvii13, et plusieurs mémoires spécifiques.

8L’annonce de la rencontre avec les « acteurs du dernier voyage de Cook », nous l’avons dit, clôt le seizième chapitre. Or le « chapitre suivant », dans lequel Lapérouse prévoit de raconter la suite de leur histoire, sera en fait le chapitre xviii de la relation, le dix-septième prenant la forme d’un « Supplément au chapitre précédent » qui détaille les observations effectuées sur les côtes de Tartarie. D’un point de vue narratif, ce dernier constitue donc pour le lecteur une longue pause dans la progression chronologique, retardant l’épisode annoncé. Cette structure offre un premier objet de réflexion relatif à la rupture des temporalités de l’écriture et de l’action : lorsque Lapérouse arrive en baie d’Avatcha, le 7 septembre 1787, il vient de passer plus d’un mois en mer, dont une partie a été consacrée à la reconnaissance des différentes îles et côtes tartares depuis la Baie de Castries14. C’est au cours de cette longue navigation que sont rédigés le chapitre xvi et une partie conséquente du chapitre xvii. Dans les lettres qu’il adresse en France le 10 septembre, le commandant annonce en effet la mission de Lesseps, chargé de rapporter en France la relation qu’il a rédigée « depuis Macao jusqu’au Kamtschatka15 » et quelques mémoires particuliers. Au moment où il projette « le chapitre suivant » de sa relation, Lapérouse fait donc référence à la temporalité de l’écriture, et non à la structure de son texte : ce qu’il a désormais à écrire, c’est bien le séjour qui s’ébauche au Kamtchatka, dont le troisième voyage de Cook semble offrir le plan de narration. Cette co-présence des événements et de la référence est, là encore, à mettre en relation avec la temporalité de l’écriture. Lus et relus pendant les phases de mise au propre et de rédaction du journal, en mer, les voyages de Cook servaient à la fois à documenter les observations que Lapérouse et ses hommes avaient pu effectuer au cours des différents moments de la mission, et à préparer les escales à venir16. Au moment d’accoster à Avatcha, le navigateur était donc imprégné des scènes décrites par le Capitaine King17, qui constituaient un horizon d’attente précis dans une contrée où le séjour des Français revêtait d’importants enjeux commerciaux. Or loin de rester à l’arrière-plan documentaire, le troisième voyage de Cook devient explicitement le scénario d’une part importante de la relation dédiée au Kamtchatka. L’enjeu pour Lapérouse sera toutefois de parvenir, avec des ingrédients similaires, comme livrés à l’avance, à inscrire un récit plus intéressant pour les Français que ne le fut celui du troisième voyage pour les Anglais. C’est un heureux hasard, au sein de la configuration « déjà jouée » qui semblait se présenter à Lapérouse, qui lui permettra de procéder à ce dépassement du récit premier, et à faire du passage au Kamtchatka le lieu d’inscription d’une réalité nouvelle.

Du canevas au texte intégral : pré-configuration narrative et re-création de l’expérience

9Les vingt jours que passent les Français au Kamtchatka apparaissent comme l’une des étapes les plus agréables du voyage, grâce à l’hospitalité exemplaire dont font preuve les Russes. Le chapitre se clôt d’ailleurs sur un hommage appuyé de Lapérouse :

Nous emportames de ce pays le souvenir le plus doux et la certitude que dans aucune contrée, dans aucun siécle on n’a jamais poussé plus loin les égards de l’hospitalité18.

Or le navigateur, à son arrivée, avait habilement préparé cet accueil : apprenant du lieutenant de la place que le Gouverneur de la Province s’acheminait à leur rencontre, il avait adressé à ce dernier une lettre expliquant que « la relation du troisième voyage du Capn Cook avoit rendu célèbre l’hospitalité du gouvernement du Kamtchatka et que j’osois me flater de recevoir dans la Baye d’Awatska le même acceuil [sic] que les navigateurs anglais […]19 ». L’efficience performative de cette remarque est immédiate, puisque le lieutenant « dit qu’il prevenoit ses ordres et ceux de son auguste souverain en nous priant de nous regarder comme dans notre patrie et de disposer de tout ce que le pays offroit20. » Cook semble ainsi non seulement servir de guide aux Français, mais proposer un modèle d’expérience qu’il s’agira de reproduire au plus proche du texte, pour les voyageurs comme pour leurs hôtes, et ce malgré le fait que « le gouvernement du Kamtchatka étoit entièrement changé depuis le départ des Anglais21 ».

10Si le séjour est occupé à l’exploration du territoire, à l’établissement de cartes, au ravitaillement des bateaux, il est surtout rythmé par de nombreux moments de sociabilité – discussions, dîners, collaboration étroite des autorités locales pour faciliter le travail des Français – dont la plus remarquable semble, là encore, ne pouvoir être vécue – et écrite – que grâce au récit antérieur sur lequel elle vient se calquer. Arrivé à Avatcha, le Gouverneur Kozlov organise un grand bal à l’intention des Français et leur remet plusieurs présents de valeur. Lapérouse, pris au dépourvu pour rendre la pareille à son hôte, souhaitant lui offrir « ce que nous imaginions pouvoir lui être utile ou agréable22 », opte pour un livre. Se joue alors une étrange scène de reconnaissance :

La relation du 3e Voyage de Cook parut lui faire grand plaisir et il avoit a sa suitte tous les acteurs que l’éditeur anglais à mis sur la seine, M. Schemalet, le bon curé de Paratonka, le malheureux Iwaskin ; il leur traduisait tous les articles qui les regardoit et ils repetoient à chaque fois que tout étoit de la plus exacte vérité. Le Sergent seul qui commandoit au havre de St Pierre et de St Paul à l’arrivée du Capitaine Cook étoit mort, tous les autres jouissoient de la meilleur santé et habitoient encore le pays excepté Port qui était retourné a Irkuts ; je lui temoignai ma surprise de trouver le vieillard Iwaskin au Kamtchatka, les relations anglaises disant qu’il avoit enfin obtenu la permission d’aler [sic] habiter Okots23.

11Comme à la fin du chapitre xvi, et par le recours à des termes exactement similaires, les espaces de l’action et de la diégèse semblent soudain se confondre. Si les Russes vérifient et confirment l’exactitude du texte, attestant d’un même geste sous les yeux du lecteur leur propre existence, Lapérouse examine pour sa part la conformité de la scène et des acteurs qui évoluent devant lui avec le canevas écrit dont il dispose. Les personnages sont nommés sans qu’il soit nécessaire de les présenter : Lapérouse les a fréquentés à la lecture du Troisième Voyage et présuppose une même familiarité de son lecteur. L’un d’eux, pourtant, n’est pas à sa place : « le malheureux Iwaskin », annoncé déjà dans le sommaire du chapitre comme digne du « plus vif interet24 ». L’homme, convoqué en 1779 par le major Behm pour servir d’interprète entre les Russes et les Anglais, avait fait l’objet, dans le récit du Capitaine King, d’une attention très particulière : « ce qu’on nous avoit dit de lui nous donnoit un grand desir de le voir25 ». Pieter Matteioss Ivashkine avait été exilé au Kamtchatka, selon King, en 174126, pour un délit dont on ignorait la nature, mais qui devait être « très-grave27 », compte tenu de la violence du châtiment subi (nez fendu et knout28) et de la durée du bannissement. Les Anglais avaient malheureusement dû renoncer à en savoir plus, l’interprète ayant en réalité, comble d’ironie, « complétement oublié l’Allemand & le François : il ne pouvoit construire une phrase, & il ne comprenoit qu’avec peine ce que nous lui disions dans l’une ou l’autre de ces langues29 ». Le récit de King relatif au personnage, quoiqu’annoncé en tête de chapitre comme « Détails sur un gentilhomme russe exilé au Kamtchatka30 », est donc le compte rendu – un peu pathétique – d’un rendez-vous manqué, d’une narration impossible, frustrant l’attente des Anglais :

Nous avions d’ailleurs espéré que le récit de son histoire nous causeroit un grand plaisir car il est vraisemblable qu’il n’auroit pas craint de la raconter à des étrangers qui pouvoient lui rendre de petits services & qui sûrement ne devoient avoir aucune raison d’abuser de sa confiance31.

12King s’obstinait à remplir l’inconsistance de l’épisode en présentant quelques détails sur la dramatique situation d’Ivashkine, dont il semblait malgré tout avoir pu obtenir une ébauche de récit :

[I]l nous dit qu’il avoit passé vingt ans sans manger de pain ; qu’on ne lui avoit accordé des subsistances d’aucune espèce durant cet intervalle & qu’il avoit vécu parmi les Kamtchadales du produit de ses pénibles chasses […]32.

Le Commandant de la Discovery avait rencontré à Avatcha un homme « décrépit », profondément marqué par le malheur33, devant sa survie à la générosité du major Behm qui venait d’obtenir, à défaut du relèvement de la peine, l’autorisation de poursuivre le bannissement à Ochotsk.

13Lapérouse, on s’en doute, ne ménagera pas son plaisir à pouvoir reprendre l’histoire d’Ivashkine là où King l’avait laissée, afin de transformer les informations approximatives des Anglais en un récit cohérent, véritablement digne d’intérêt. À cette fin, le Français ne se contente pas de compléter la version précédente mais il propose de l’exilé un nouveau portrait :

Nous ne pumes nous empêcher de témoigner le plus vif interet à ce genti-homme infortuné lorsque nous apprimes que son seul crime étoit quelques propos indiscrets sur l’imperatrice Elisabeth au sortir d’une partie de table, où le vin avoit égaré sa raison, il étoit âgé de moins de vingt ans, officier aux gardes, d’une famille distinguée de Russie, d’une figure dont le temps n’y les malheurs [sic], n’ont point encore effacé la noblesse ; il fut dégradé, envoyé en exil au fond du Kamtschtka et reçut le knout après avoir eu les narines fendues ; l’imperatrice Catherine dont l’œuil vigilant s’étent jusques aux victimes des regnes qui ont précédé le sien à [sic] fait grâce depuis plusieurs années à cet infortuné gentil-homme, mais un séjour de plus de cinquante ans au milieu des vastes forêts du Kamtschatka, un souvenir, [sic] amer du supplice honteux qu’il à subi, peut être un secret sentiment de haine pour une autorité qui à si cruelement puni un crime que les circonstances rendoient si pardonnable, ces divers motifs l’ont rendu insensible à la justice qui lui est trop tard rendue et il se propose de mourir en Sibérie34.

14Le crime affreux que les Anglais avaient déduit du traitement infligé à Ivashkine devient ici une bagatelle, soulignant l’immense injustice du châtiment initial, certes, mais également la clémence de Catherine II – qui, dans la version de King, était restée sourde aux appels de ses gouverneurs35. Ivashkine, dont les traits affichent la fermeté d’âme, acquiert la stature romanesque d’un paria volontaire. Il devient donc, par rapport au scénario fixé par King, le lieu d’une bifurcation du récit de Lapérouse qui, tout en reprenant les motifs et les termes principaux de ce dernier (l’intérêt suscité par le personnage, le mystère qui s’en dégage, le drame qu’il incarne), en modifie en profondeur l’économie.

15Il faut distinguer ici deux niveaux de réécriture : Lapérouse aurait pu se contenter de souligner que, les intentions d’Ivsashkine ayant changé depuis le départ des Anglais, il se trouvait toujours sur la place. Le personnage aurait alors participé à l’impression de parfaite réduplication de la scène décrite par King neuf ans auparavant et la « correction » aurait porté sur des éléments que ce dernier ne pouvait anticiper. Mais si Lapérouse peut rétablir la véritable histoire d’Ivashkine, ce que l’on pourrait envisager comme sa « version officielle », c’est qu’il bénéficie d’un outil d’accès aux Russes que les Anglais avaient négligé : la traduction36. Parfaitement bilingue, familier de la culture russe, Barthélémy de Lesseps joue au Kamtchatka le rôle qui lui avait été réservé dans le voyage et permet d’accéder à la lettre de l’histoire d’Ivashkine. On se souvient que celui-ci, dans la version anglaise, endossait le rôle assez pitoyable d’un traducteur privé des ressources linguistiques indispensables à l’échange qu’il était censé faciliter. Ici, Lapérouse précisera qu’Ivashkine « retrouv[e] beaucoup de mots [en français] pour […] exprimer sa reconnoissance37 » lorsque les Français lui offrent « du tabac, de la poudre, du plomb, du drap38 ». Mais les détails de son histoire ne peuvent être reconstitués que par le biais du traducteur qui comprend ce qui, vraisemblablement, n’avait pu être entendu par les Anglais. Le bon récit consiste donc à corriger non seulement la version précédente, mais également la méthodologie boiteuse des prédécesseurs.

16L’épisode de cette rencontre ouvre dès lors un nouveau rapport à la réalité, en même temps qu’il modifie le statut du Troisième voyage de Cook. Si tous les autres « acteurs que l’éditeur anglais à mis sur la seine39 » semblaient reprendre vie à l’identique, comme si le temps s’était arrêté à Avatcha, attestant l’« exacte vérité » du récit de Cook, Ivashkine sort littéralement de l’espace livresque qui l’avait renvoyé à Ochotsk sans avoir permis au lecteur d’accéder aux détails de son histoire. Le récit de King bascule du côté de la fiction, tandis que s’inscrit la réalité nouvellement expertisée dans celui de Lapérouse, qui prend soin d’éliminer les circonstances relativement attendues que les Anglais prétendaient tenir d’Ivashkine lui-même (la privation de pain, la nécessité de ne vivre que de chasse, etc.) et de modifier jusqu’à l’apparence de l’exilé, non plus simple personnage, mais interlocuteur à part entière. Mieux encore, Ivashkine servira de guide aux Français, et permettra d’accéder à une autre histoire ancienne, elle aussi inachevée : le vieil homme les conduit en effet à l’emplacement du tombeau de Louis de l’Isle de la Croyère, disparu en 1741 au cours de la deuxième expédition de reconnaissance du Kamtschatka40 ; ils apprendront à cette occasion « que Mr de la Croyer s’étoit marié à Tobolsc et que sa postérité y jouissoit de beaucoup de considération41 ».

Reconfiguration de la réalité

17Nous avons prétendu au début de cette réflexion qu’un voyage, avant la démocratisation des déplacements et des expériences de longue distance, pouvait être envisagé comme une trajectoire entre deux textes. Dans le cas du voyage de Lapérouse, et plus spécifiquement encore de cette halte au Kamtchatka, ce passage d’un écrit à un autre apparaît comme la tentative de rejouer sur la scène du réel la trame narrative proposée par Cook, le récit nouveau étant à la fois imitation du premier et création nouvelle sur la base des écarts constatés. Reste à présent à aborder l’aspect le plus problématique de cette lecture : l’hypothèse selon laquelle ce récit nouveau reconfigurerait non seulement les représentations, mais également la réalité en tant que telle. Si nous n’y avons jamais accès que par le biais d’un texte écrit après coup, nous l’avons dit, l’action réelle nous échappe nécessairement. Il n’empêche : après le passage de Lapérouse, le Kamtchatka n’est plus ce qu’il était à son arrivée. Et dans un même mouvement, le Troisième voyage de Cook n’a plus la même valeur documentaire.

18On a vu tout d’abord que le personnage d’Ivashkine, en permettant à Lapérouse de s’engouffrer dans un manque du récit précédent – lié en grande partie, le fait est important, à un défaut de préparation de celui-ci, à une erreur de méthode –, intégrait une stratégie globale de changement de mise en scène des forces en présence : en le faisant passer du statut de simple victime à celui de révolté intraitable, Lapérouse flattait au passage la bienveillance des autorités locales et la magnanimité de Catherine II. L’évocation du conscrit devenait dès lors l’un des ressorts narratifs de l’entente franco-russe qui semble se resserrer au cours de ce séjour, et ce non seulement parce que Lapérouse aurait interprété différemment le personnage, mais parce que les Anglais n’avaient pas compris réellement son histoire. Dès lors, ce qui est vrai pour Ivashkine l’est aussi pour d’autres points du récit de King, et notamment la certitude d’avoir fait du Kamtchatka un comptoir central dans l’économie générale du commerce des peaux. Le Gouverneur fait ainsi lire à Lapérouse une lettre que lui ont adressée en français les autorités anglaises du Bengale suite au passage de Cook, ce qui, dans le texte, donne lieu à une mise en question de la stratégie commerciale anglaise :

Ils reclamoient au nom de l’étroite alliance qui regne en Europe entre les deux courronnes, la permission de faire commerce au Kamtchatka en y apportant tous les effets de l’Inde et de la Chine, tant en étoffes qu’en sucre, thé, arak & ils offroient de recevoir en payement les peleteries du pays ; Monsieur Coslof étoit trop éclairé pour ne pas sentir qu’une pareille proposition étoit ruineuse pour le commerce de Russie, qui vendoit avec grand bénéfice ces mêmes articles aux Kamtchadales, e[t] en faisoit un plus grand encore sur les peaux que les Anglais devoient exporter […]. [Q]uoi qu’il en soit Monsieur Coslof navoit [sic] pas voulu juger cette question et avoit permis que les Anglais fissent passer cette proposition à la Cour de Petersbourg, mais il sentoit que quand même elle seroit accordée le pays consommoit trop peu d’effets de Linde [sic] et de la Chine et trouvoit un débouché des peleteries trop avantageux dans les marchés de Kiakia pour que les negotiants du Bengual pussent suivre avec profit cette spéculation42.

Si toute la lecture du problème est déléguée dans le texte à Kozlov, faisant de Lapérouse un confident neutre du Gouverneur, le message délivré n’en est pas moins clair : là encore, les Anglais ont manqué quelque chose.

19Dans ces différents moments du récit, le Voyage de Lapérouse s’affiche donc comme une relecture de la réalité telle qu’elle semblait être dessinée après le passage de Cook. On reste sur un plan purement textuel. Mais, ici comme ailleurs, le passage des Français laissera une trace concrète, sur le territoire même, qui fait mieux que ce qu’avaient tenté les prédécesseurs. À l’issue du petit pèlerinage sur le tombeau de La Croyère, Lapérouse reçoit de Kozlov l’autorisation de déposer sur les lieux une « inscription gravée sur cuivre43 » en hommage au géographe. Par la même occasion, il demande « la permission de mêtre sur cuivre l’inscription du tombeau du Capitaine Klerck qui n’étoit tracée avec un pinceau que sur une planche de bois, matiere trop fragile pour la memoire d’un navigateur aussi estimable44. » Voué à disparaître, le souvenir des deux hommes est ainsi inscrit de manière pérenne sur le territoire, et ce d’autant que le gouverneur promet en outre d’ériger un monument « plus digne de ces deux homme célèbres45. » Le geste de Lapérouse, tel qu’il est décrit ici, symbolise remarquablement la transformation du canevas (une fragile planche de bois peint) que constituait le récit de King en texte définitif et officiel, gravé dans le cuivre. Marquer l’histoire est, ici encore, une question de méthode.

20Mais soyons juste : au sein de ce même chapitre, envisagé ici comme une forme de réécriture critique qui rendrait en partie caduque le voyage de Cook, Lapérouse souligne la qualité indépassable de certaines observations des Anglais46. On peut dès lors s’interroger sur la validité des interprétations que nous proposons, fondées sur une lecture et des méthodes d’analyse littéraires. C’est justement là le propre – et le problème central – du récit de voyage : s’il relève génériquement, au xviiie siècle, du récit historique, s’il en a les prétentions et se fait l’empreinte d’une modification de la réalité, il met malgré tout en acte un type de mimèsis qui interroge l’écart entre l’expérience du réel et l’expérience du texte, « emblème de ce décrochage qui […] instaure la littérarité de l’œuvre littéraire47. » Le texte viatique semble ainsi nous imposer une lecture littérarisante de la réalité même. Par-là il pose et repose sans cesse la question du passage de l’action à sa mise en intrigue, et de l’effet de tout récit sur notre ancrage au monde. Peut-être la tentation si impérieuse, pour de nombreux lecteurs, de « refaire le voyage », même à distance de plusieurs décennies, voire de plusieurs siècles, n’est-elle rien d’autre que l’espoir de pouvoir plonger dans le réel comme on plongerait dans un bon récit…

Notes

1 John Dunmore et Maurice de Brossard (éds.), Le Voyage de Lapérouse 1785-1788. Récit et documents originaux, Paris, Imprimerie Nationale 1985, t. 2, p. 375 (LD, p. 278). Nous citons cette édition de référence (désormais abrégée « Lapérouse, Voyage ») qui restitue le texte original de Lapérouse. Nous ne modernisons ni ne corrigeons l’orthographe et utilisons la mention [sic] pour les occurrences les plus problématiques à la lecture. Le numéro de page entre parenthèses précédé de LD permettra au lecteur de retrouver les passages cités dans l’édition la plus courante du Voyage, correspondant au texte édité en 1797 par Milet-Mureau : Jean-François de Lapérouse, Voyage autour du monde sur l’Astrolabe et la Boussole (1785-1788), Paris, La Découverte / Poche, 2005.

2 Pour une approche de l’intertextualité sous l’angle de la relation entre expérience individuelle et corpus textuel, voir Christine Montalbetti, Le Voyage, le monde et la bibliothèque, Paris, PUF, 1997 ; Sophie Linon-Chipon, Véronique Magri-Mourgues, Sarga Moussa (dir.), Miroirs de textes. Récits de voyage et intertextualité, Actes du 11e colloque international du Centre de Recherche sur la Littérature des Voyages (CRLV), Nice, Publications de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines de Nice, Nouvelle série n°49, 1998. L’intertextualité est également étudiée du point de vue de l’élaboration des « lieux communs » du voyage, entre rhétorique et encyclopédisme, dans les ouvrages suivants : Sylvain Venayre et Anne-Gaëlle Weber (dir.), Lieux communs du voyage, Québec, Nota Bene, 2010 ; Anne-Gaëlle Weber, Les Perroquets de Cook. De la fabrique littéraire d’un lieu commun savant, Paris, Classiques Garnier, 2013.

3 Paul Ricœur, Temps et récit I : l’intrigue et le récit historique, Paris, Seuil, coll. « Points », 1983, p. 93-162.

4 Ibid., p. 108.

5 Voir Catherine Gaziello, L’Expédition de Lapérouse, 1785-1788 : réplique française aux voyages de Cook, Paris, CTHS, 1984.

6 Sur l’intrigue comme « synthèse de l’hétérogène », voir Paul Ricœur, Temps et récit I  […], op. cit., p. 128-129.

7 Paul Ricœur, Temps et récit I  […], op. cit., p. 148.

8 Voir à ce propos Catherine Gaziello, L’Expédition de Lapérouse, 1785-1788 […], op. cit., p. 210 ; Maurice de Brossard, « Genèse et préparation de l’expédition », dans Lapérouse, Voyage […], op. cit., t. 1, p. 5-6.

9 « Projet d’une Campagne de Découvertes – 15 février 1785 », ibid., p. 18-19 et Catherine Gaziello, L’Expédition de Lapérouse, 1785-1788 […], op. cit., p. 55.

10 De Lapérouse à Fleurieu, « de la Baie d’Avatscha, le 10 septembre 1787 », dans Lapérouse, Voyage […], op. cit., t. 1, p. 269, nous soulignons.

11 Fils du consul général à St-Petersbourg, Jean-Baptiste Barthélémy de Lesseps (1766-1834) avait grandi en Russie et parlait parfaitement le russe. Il se trouvait en France au moment du choix de l’interprète russe pour le voyage. Voir Catherine Gaziello, L’Expédition de Lapérouse, 1785-1788 […], op. cit., p. 148-149.

12 De Lapérouse au ministre, « Avatska, le 10 septembre 1787 », dans Lapérouse, Voyage […], op. cit., t. 1, p. 267.

13 Sur la structuration du journal, voir Catherine Gaziello, L’Expédition de Lapérouse, 1785-1788 […], op. cit., p. 21. Les chapitres i à xiii avaient été envoyés en France de Macao en janvier 1787. Voir la lettre de Lapérouse au ministre adressée le 3 janvier 1787 de Macao, dans Lapérouse, Voyage […], op. cit., t. 1, p. 259.

14 L’expédition quitte la Baie de Castries le 2 août. Voir l’itinéraire reconstitué par Catherine Gaziello, L’Expédition de Lapérouse, 1785-1788 […], op. cit., p. 248.

15 Lettre de Lapérouse à Fleurieu, « de la baie d’Avatscha, le 10 septembre 1787 », dans Lapérouse, Voyage […], t. 1, op. cit., p. 268. Les frégates repartiront le 29 septembre, Lesseps commencera son périple le 7 octobre (Ibid., t. 2, p. 414, note 40).

16 Les lettres à Fleurieu et au ministère comparent elles aussi systématiquement les progrès du voyage aux résultats des Anglais.

17 Cook était mort à Hawaï le 14 février 1779 ; les Anglais séjournèrent au Kamtchatka en mai-juin de la même année, puis en août-septembre. Le récit officiel de cette partie du voyage est donc en grande partie celui de James King, second de Cook, qui lui succède après son décès.

18 Lapérouse, Voyage […], t. 2, op. cit., p. 417 (LD, p. 318).

19 Ibid., t. 2, p. 395 (LD, p. 297).

20 Ibid.

21 Ibid. (LD, p. 296).

22 Ibid., p. 407 (LD, p. 307).

23 Ibid. (LD, p. 307-308).

24 Ibid., p. 393 (LD, p. 295) : « Arrivée de Mr Coslof au havre de St Pierre et St Paul ; il est suivi de Mr Schemales, et du malheureux Iwaskin qui nous inspire le plus vif interet ».

25 James Cook, Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l’Océan Pacifique, traduit de l’anglais par M. D[emeunier], Paris, Hôtel de Thou, 1785, vol. 4, p. 254. Pour l’analyse des liens entre le texte du troisième voyage et celui de Lapérouse, nous nous servons des éditions de Cook que Catherine Gaziello mentionne parmi les titres de la bibliothèque du voyage (op. cit., p. 286). Nous citons en général par la suite cet exemplaire mais signalons d’éventuelles variantes importantes du texte dans les autres éditions (A Voyage to the Pacific Ocean…, vol. III by captain James King, London, G. Nicol. 1784, vol. 3 ; Troisième voyage de Cook, ou Journal d’une expédition faite dans la mer Pacifique sud…, Paris, Pissot, 1782).

26 Sur le personnage, voir Lapérouse, Voyage […], op. cit., t. 2, p. 406, note 19.

27 James Cook, Troisième voyage […], op. cit., p. 255

28 Ibid. Le knout signifie le fouet.

29 Ibid.

30 Ibid., p. 241 ; « Account of an Exile », p. 294, dans A Voyage to the Pacific Ocean […], op. cit..

31 James Cook, Troisième voyage […], op. cit., p. 255.

32 Ibid., p. 256, nous soulignons.

33 Ibid., p. 255 : « Il étoit d’une haute taille & maigre ; des rides profondes sillonnoient son visage ; & quoiqu’il n’eût que cinquante-six ans, toute sa figure annonçoit la décrépitude. »

34 Lapérouse, Voyage […], op. cit., p. 407 (LD, p. 308). Nous soulignons les variantes importantes par rapport au récit de King.

35 James Cook, Troisième voyage […], op. cit., p. 255 : « Les Russes établis ici ne savoient point la cause de son exil, mais ils pensoient généralement qu’il avoit commis un délit très grave : ils le croyoient d’autant plus que depuis l’avènement au trône de l’Impératrice actuelle, deux ou trois Gouverneurs du Kamtchatka s’étoient efforcés d’obtenir son rappel ; mais loin de réussir dans leurs sollicitations, ils n avoient pas même pu faire changer le lieu de son bannissement. »

36 Sur cette question de l’échec relatif des Anglais en Russie par manque de traducteur et du soin apporté à ce point dans la préparation du voyage de Lapérouse, voir Catherine Gaziello, L’Expédition de Lapérouse, 1785-1788 […], op. cit., p. 139.

37 Lapérouse, Voyage […], p. 407 (LD, p. 308).

38 Ibid.

39 Ibid., p. 407 (LD, p. 307).

40 Ibid. (LD, p. 308).

41 Ibid., p. 409 (LD, p. 309).

42 Ibid., p. 411 (LD, p. 312-313).

43 Ibid., p. 407 (LD, p. 309).

44 Ibid., nous soulignons. Charles Clerke était décédé le 22 août 1779 et avait été enseveli au Kamtchatka.

45 Ibid.

46 Ibid., p. 409 (LD, p. 310) : « Nous levames le plan de la Baye d’Awatska ou pour mieux dire, nous verifiames celui des Anglais qui est trés exact […] ».

47 Ricœur, Temps et récit I  […], op. cit., p. 93 : « le terme aristotélicien de mimèsis est l’emblème de ce décrochage qui […] instaure la littérarité de l’œuvre littéraire. »


Pour citer ce document

Nathalie VUILLEMIN, «Ce que lire fait au voyage», Viatica [En ligne], n°7, mis à jour le : 21/06/2020, URL : https://revues-msh.uca.fr:443/viatica/index.php?id=1296.

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Quelques mots à propos de :  Nathalie VUILLEMIN

Université de Neuchâtel (Suisse)