Variations littéraires sur l’échec scientifique
L’herborisation désastreuse de Jean-Jacques Rousseau au Pilat (1769)
Literary Variations on Scientific Failure. When Botanizing Turns to Disaster : Jean-Jacques Rousseau at the Pilat (1769)

Timothée LÉCHOT

Résumé : En août 1769, Jean-Jacques Rousseau herborise avec trois botanistes débutants dans le massif du Pilat. Parmi toutes les expéditions botaniques de Rousseau, cette herborisation de plusieurs jours est celle que le philosophe commente le plus abondamment dans sa correspondance. C’est aussi probablement la plus désastreuse : Rousseau raconte et analyse l’échec de l’excursion sur les plans scientifique, organisationnel et social. D’un côté, le botaniste réinvestit littérairement l’échec scientifique en construisant un récit plaisant de l’aventure. De l’autre, l’échec du voyage met en cause la place et le rôle de Rousseau dans les réseaux de naturalistes, alimentant chez lui une forme de « crise botanique ». La maigreur de sa récolte contraste en particulier avec les herborisations fructueuses de son ami lyonnais Marc-Antoine-Louis Claret de La Tourrette qui prépare une flore du mont Pilat et qui comptait manifestement sur la collaboration de Rousseau. Complexe, l’épisode nous aide à saisir les codes de l’échange savant, tels que Rousseau les comprend, ainsi que le statut parfois ambigu du botaniste amateur dans la communauté scientifique.

Abstract: In August 1769, Jean-Jacques Rousseau herborizes with three novice botanists in the Pilat Massif. Of all Rousseau’s botanical expeditions, this herborization of several days is the one that the philosopher comments the most abundantly in his correspondence. It is also probably the most disastrous: Rousseau recounts and analyses the failure of the excursion on scientific, organisational and social levels. On the one hand, the botanist reinvests scientific failure in a literary way by constructing a pleasant account of the adventure. On the other hand, the failure of the trip calls into question Rousseau’s place and role in the networks of naturalists, contributing to a form of “botanical crisis”. The thinness of his collection contrasts in particular with the fruitful herborizations of his friend from Lyon Marc-Antoine-Louis Claret de La Tourrette, who is writing a flora of Mount Pilat and who apparently counted on Rousseau’s collaboration. Complex, the episode helps us understand the codes of scientific exchange, as Rousseau comprehends them, as well as the sometimes-ambiguous status of the amateur botanist in the scientific community.



1Août 17691 : Jean-Jacques Rousseau vit dans le Dauphiné, à demi caché, et sous un nom d’emprunt. Il revient tout juste d’un voyage à Nevers et ne se sent guère en forme. De surcroît, il traverse une crise conjugale avec Thérèse, qu’il a épousée l’année précédente. Dans ces circonstances, l’herborisation qu’il projette au mont Pilat se présente comme une aubaine. Pendant toute une semaine, Rousseau va suspendre ses obligations épistolaires et sociales, et profiter du bien que lui fait d’habitude la marche en plein air. Il s’enfermera dans un cercle étroit de botanistes amateurs et n’aura d’autre horizon que la flore de montagne. Cette excursion devrait être sa « derniére Caravanne de Botanique2 » comme il l’écrit allusivement à l’un des participants. Elle pourrait même constituer son tout dernier voyage, comme il le laisse entendre à Thérèse en prenant ses dispositions avec elle, au cas où l’aventure lui serait fatale, et pour éviter que le public ne suspecte un suicide3. L’instant est donc, sinon solennel, du moins sensible. Or l’excursion échoue sur tous les plans, scientifique, organisationnel et social.

2C’est du moins ce que Rousseau se plaît à raconter ultérieurement à plusieurs correspondants, n’omettant aucune de ses péripéties. Depuis le moment où naît sa passion pour la botanique, en 1763, jusqu’à sa mort en 1778, jamais le philosophe ne commente si abondamment une herborisation. L’écriture du voyage scientifique forme-t-elle, chez lui, un réinvestissement littéraire de l’échec ? En lisant sous cet angle les Rêveries du promeneur solitaire, on serait tenté de répondre par l’affirmative. Malgré tout le bonheur que l’auteur éprouve dans ses herborisations solitaires, et qu’il évoque notamment dans les Cinquième et Septième promenades, les exemples sont fréquents d’herborisations dysfonctionnelles ou avortées. L’accident de Ménilmontant, où Rousseau perd connaissance après qu’un chien l’a renversé, se déroule en marge d’une promenade botanique (Deuxième promenade)4. À la Robella, dans le Val-de-Travers, une autre herborisation bouleverse Rousseau lorsqu’il tombe sur une manufacture de bas, à l’endroit du monde où il se croyait le plus éloigné des hommes (Septième promenade). De même, à proximité de Grenoble, l’herborisateur est stoppé net dans ses explorations lorsqu’il réalise que son guide Gaspard Bovier (1732-1806) l’a laissé s’empoisonner avec des baies toxiques (Septième promenade). Or ce dernier passage entraîne un contre-récit : après la mort de Rousseau, Bovier tentera de s’innocenter en donnant une version radicalement différente de l’aventure grenobloise de l’été 17685. À en juger par ce texte-ci, la part de fiction est grande dans les mésaventures botaniques des Rêveries. Chaque accident narré suscite une crise, plus ou moins passagère, plus ou moins profonde. Chacun questionne le rapport de l’auteur à la nature et aux hommes, et s’inscrit dans la logique introspective de l’œuvre.

3Quelques années plus tôt, l’herborisation au Pilat apparaît déjà comme une expérience aux résonances personnelles et philosophiques. Toutefois, elle s’inscrit dans un cadre savant défini, celui du voyage naturaliste, limité ici à l’étude de la flore. Même au sein d’un groupe de botanistes amateurs, une telle herborisation implique la définition d’objectifs. Sans constituer une expédition lointaine, elle repose sur des préparatifs, suit un itinéraire, met en œuvre des méthodes. Elle vise à produire des résultats exploitables par les participants ou leurs correspondants. Dans le cas de l’herborisation au Pilat, il s’agit de graines à récolter, de plantes à sécher et de données à réunir sur la flore du lieu. Ce lieu même est au cœur de l’actualité scientifique lyonnaise, à en juger par l’intérêt que lui porte le nouveau secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, belles lettres et arts, Marc-Antoine-Louis Claret de La Tourrette (1729-1793), un des principaux correspondants botaniques de Rousseau. Revenant les mains presque vides, ce dernier subit la loi cruelle de la mission scientifique inaboutie : « Sans traces matérielles, le voyage s’efface6. »

4Cependant, là où le voyage meurt aux sciences, il renaît à la littérature sous la plume de l’épistolier : Rousseau et ses accompagnateurs deviennent les personnages d’un petit drame burlesque et plaisant, ancré dans la réalité de l’excursion, qui semble remplir le vide laissé par l’échec. Le botaniste redevenu homme de lettres rééquilibre a posteriori l’équation entre les objectifs et les résultats du voyage. D’un côté, Rousseau joue sur la plasticité du statut d’amateur : un acteur tel que lui s’expose moins qu’un naturaliste de profession – ou différemment – aux déceptions d’une mission infructueuse, parce qu’il peut facilement prendre ou abandonner la posture du botaniste. De l’autre, cette plasticité a un prix : l’épisode alimente une interrogation sur l’appartenance du philosophe au milieu des botanistes et sur la pertinence d’une activité à laquelle il consacre du temps et de l’argent. Questionnant la légitimité scientifique de l’amateur, le cas de l’herborisation au Pilat fait de l’écriture de l’échec le lieu d’une réflexion sur le sens de l’activité naturaliste et viatique.

Littérarisation et amplification du récit

5À s’en tenir aux faits principaux, l’herborisation au mont Pilat est facile à résumer7. Au début du mois d’août 1769, Rousseau la prépare depuis la ferme de Monquin, près de Bourgoin, avec un certain Baurin, abbé du village voisin de Sérézin8. Un autre personnage dont l’identité reste mystérieuse, le jeune docteur Meynier, sera également du voyage9. Dernier participant, le gouverneur de Bourgoin Luc-Antoine Donin de Champagneux (1744-1807) complète le groupe qui aurait dû compter deux membres supplémentaires10. La défection de ces derniers prive les voyageurs d’un cheval pour porter les vivres et le matériel. Nonobstant le contretemps, les quatre compagnons partent le 13 août de bonne heure en direction de Vienne où ils passent la nuit, après une marche d’environ 35 kilomètres. Le lendemain, il leur reste à traverser le Rhône et à explorer sans guide le massif du Pilat qui culmine à 1431 mètres, ce qui les occupe plusieurs jours11.

6Le 20 août, Rousseau est de retour à son domicile12. Il ne commence à raconter son herborisation qu’une semaine plus tard, avec une première lettre à son correspondant nîmois Henri Laliaud (1734-1783 ?)13 :

Un voyage de botanique, Monsieur, que j’ai fait au mont Pila presque en arrivant ici m’a privé du plaisir de vous répondre aussi tot que je l’aurois du. Ce voyage a été desastreux, toujours de la pluye ; j’ai trouvé peu de plantes, et j’ai perdu mon chien blessé par un autre, et fugitif ; je le croyois mort dans les bois de sa blessure, quand à mon retour je l’ai trouvé ici bien portant, sans que je puisse imaginer comment il a pu faire douze lieues et repasser le Rhone dans l’état où il étoit14.

Rousseau précise qu’il consacre désormais ses soins aux plantes et aux graines qu’il a rapportées, « le tout étant arrivé ici à demi pourri par la pluie15 ».

7Deux jours plus tard, il envoie une lettre plus développée à Julie-Anne-Marie Boy de La Tour (1715-1780) où il modère sa déception (l’adjectif désastreux disparaît), tout en agrémentant le récit de détails nouveaux :

Peu de jours après mon arrivée ici je repartis pour une herborisation sur le Mont Pila qui étoit arrangée depuis longtems. Notre voyage fut assez triste, toujours de la pluye, peu de plantes vu que la saison étoit trop avancée, un de nos Messieurs fut mordu par un Chien, Sultan fut estropié par un autre. Je le perdis dans les bois où je l’ai cru mort de ses playes ou mangé du loup ; à mon retour j’ai été tout surpris de le retrouver ici bien portant, sans que je sache comment dans son état il a pu faire sans manger cette longue route, et surtout comment il a retraversé le Rhone. Tout ce que nous avons eu de meilleur dans notre pelerinage a été d’excellent vin d’Espagne que vous connoissez qui nous a grandement reconforté tout au sommet de la montagne, et dont nous avions, je vous jure très grand besoin. Enfin me voila de retour depuis quelques jours, encore harrassé de cette longue et pénible course ; fort occupé d’arranger et sécher mes plantes à demi-pourries ; […]16.

Madame Boy de La Tour est une amie plus proche que Laliaud. La narration est non seulement personnalisée, avec la mention du vin d’Espagne, mais encore dramatisée : les attaques de chiens sauvages se multiplient et le fantasme du loup donne une touche picaresque au récit. Dans cette peinture de la montagne comme locus horribilis, Rousseau s’identifie peut-être au personnage de Robinson Crusoé qu’il admire et qui, à la fin du roman, traverse les Pyrénées dans la neige et sous la menace des loups. Comme nous le verrons bientôt, il se projettera en tout cas dans un autre roman d’aventures, celui de Don Quichotte. En attendant, sous sa plume, l’anecdote devient progressivement une histoire qui mobilise un imaginaire littéraire.

8Rousseau franchit une nouvelle étape dans l’amplification et la littérarisation de son expérience quand, le 16 septembre, il adresse une troisième lettre à Pierre-Alexandre DuPeyrou (1729-1793), un de ses amis les plus intimes et un de ses anciens compagnons d’herborisation dans le Jura suisse. Cette narration épistolaire oscille entre deux formes : un compte rendu divisé en « articles », comme dans certains mémoires d’histoire naturelle, et un récit suivi où l’auteur ménage ses effets. Rousseau commence par un aveu :

Vous aviez grande raison, mon cher Hôte, d’attendre la relation de mon herborisation de Pila : car parmi les plaisirs de la faire je comptois pour beaucoup celui de vous la décrire. Mais les premiers ayant manqué me laissent peu dequoi fournir à l’autre17.

À l’en croire, Rousseau conçoit donc le plaisir du récit comme un prolongement ou un redoublement du plaisir de l’herborisation, et même comme un des motifs initiaux du voyage. En vérité, malgré le voyage déplaisant, le botaniste n’a aucun problème à narrer ses mésaventures, et il semble même s’en amuser de plus en plus au fil du récit.

9La première déception porte sur les interactions des participants :

Je partis à pied avec trois Messieurs dont un Médecin, qui faisoient semblant d’aimer la Botanique, et qui desirant de me cajoler, je ne sais pourquoi, S’imaginérent qu’il n’y avoit rien de mieux pour cela que de me faire bien des façons. Jugez comment cela S’assortit, non seulement avec mon humeur, mais avec l’aisance et la gaité des voyages pedestres. Ils m’ont trouvé très maussade, je le crois bien. Ils ne disent pas que c’est eux qui m’ont rendu tel. Il me semble que malgré la pluye nous n’étions point maussades à Brot ni les uns ni les autres. Premier article. Le second est que nous avons eu mauvais tems presque durant toute la route. Ce qui n’amuse pas quand on ne veut qu’herboriser et que, faute d’une certaine intimité l’on n’a que cela pour point de ralliement et pour ressource18.

Rousseau développe ici le motif du temps maussade qu’il associe désormais au climat du groupe et à sa propre humeur, créant par là un environnement naturel, psychologique et social cohérent. L’herborisation en groupe forme chez lui une pratique sociale autant que scientifique19. Elle vise à recréer dans un cadre bucolique les conditions d’un plaisir naturel et partagé, débarrassé des manières et des contraintes de la sociabilité urbaine. Au Pilat, ce pacte implicite est rompu par des amis devenus les courtisans du grand homme. Ces flagorneurs intéressés portent jusque dans la nature la plus sauvage le masque des mondanités. La promenade se place donc sous le signe du mensonge, de la corruption et de l’opacité.

10L’épistolier exploite cependant le ridicule d’une telle situation dans une perspective héroïcomique et pleine d’autodérision pour s’ériger lui-même en personnage burlesque :

Le troisiéme [article] est que nous avons trouvé sur la montagne un très mauvais gîte. Pour lit du foin ressuant et tout mouillé, hors un seul matelas rembourré de puces, dont comme étant le Sancho de la troupe, j’ai été pompeusement gratifié20.

Malgré l’apparente gaieté du conteur, cette dernière allusion n’a rien d’innocent. Après l’exil en Suisse, l’auteur des Dialogues se compare souvent au valet créé par Cervantès21. Il avait déjà écrit à DuPeyrou, en 1766, qu’il se sentait « en réprésentation toute la journée22 » comme Sancho Panza sur son île de Barataria. En février 1770, profondément convaincu d’être la cible d’une conspiration, il s’identifie de nouveau à Sancho qui reçoit « partout cent courbettes moqueuses avec autant de compliments de respect et d’admiration23 », avant d’ajouter : « Ce sont de ces politesses de tigres qui semblent vous sourire au moment qu’ils vont vous déchirer24. » Dans le récit de septembre 1769, la référence à Don Quichotte aurait donc la double fonction de couvrir d’un voile comique la mésaventure de l’herborisation et de découvrir dans un même mouvement l’appartenance possible des trois participants au complot qu’on trame contre le philosophe. À cet égard, la mention du « Médecin » est significative : avec les grands, les prêtres, les magistrats et les gens de lettres, les médecins comptent dans son esprit parmi les membres les plus infernaux de la ligue formée pour lui nuire.

11Le quatrième article de la lettre concerne les « accidens de toute espéce25 » que subit le groupe sur les pentes du mont Pilat. Il s’agit d’une variation sur le récit picaresque des lettres à Laliaud et à Madame Boy de La Tour. On y retrouve les attaques des chiens, le fantasme du loup et l’odyssée miraculeuse de Sultan qui retraverse le Rhône malgré ses blessures, comme s’il repassait l’Achéron. Resté quant à lui dans les Enfers du Pilat sans son fidèle compagnon, Rousseau termine le compte rendu par un bilan scientifique de l’herborisation :

Le cinquiéme article et le pire est que nous n’avons presque rien trouvé, étant allés trop tard pour les fleurs, trop tot pour les graines, et n’ayant eu nul guide pour trouver les bons endroits. Ajoutez que la montagne est fort triste, inculte, deserte, et n’a rien de l’admirable variété des montagnes de Suisse. Si vous n’étiez pas redevenu un profane, je vous ferois ici l’enumeration de notre maigre collection, je vous parlerois du Méum, du raisin d’ours, du doronic, de la bistorte, du Napel, du Thymelæa, &c26.

L’échec scientifique de l’expédition se présente comme la principale déconvenue du groupe et Rousseau insiste sur son entièreté. Certes, il signale quelques découvertes botaniques, mais il le fait par le détour d’une prétérition qui contribue à relativiser leur importance, au moins dans le cadre de cette lettre adressée à un homme qui a perdu le goût de la botanique. Ainsi, l’activité scientifique était bien le motif du voyage mais, une fois l’herborisation terminée, elle ne constitue plus que le prétexte du roman en raccourci que Rousseau compose.

12Ce qui est vrai de la lettre à DuPeyrou l’est aussi d’une nouvelle version du récit, à la fois plus ample et moins complète, adressée le 10 octobre au comte Jean-Baptiste-Espérance-Blandine de Laurencin de Chanzé (1740-1812). Rousseau s’y étend moins sur la botanique que sur les circonstances de l’herborisation. Il abandonne la continuité narrative des premiers récits pour se concentrer sur une anecdote à la fois cocasse et significative en matière de posture philosophique. Dans cette lettre, ce ne sont plus les chiens sauvages mais les plantes qui constituent une menace :

Tout en marchant M. le médecin Meynier m’appela pour me montrer, disoit-il, une très belle ancolie. Comment Monsieur une ancolie ! lui dis-je en voyant sa plante, c’est le Napel. La-dessus je leur racontai les fables que le peuple debite en Suisse sur le napel, et j’avoue qu’en avançant et nous trouvant comme ensevelis dans une forest de Napel, je crus un moment sentir un peu de mal de tête, dont je reconnus la chimere et ris avec ces Messieurs presque au meme instant27.

L’aconit napel occupe une place importante dans l’imaginaire botanique de Rousseau qui décrit déjà cette plante toxique le 28 janvier 1763, dans la lettre au maréchal de Luxembourg où il évoque pour la première fois son intérêt naissant pour la botanique28. À l’époque, le philosophe exilé adhère pleinement aux fables suisses sur la dangerosité du napel. Six ans plus tard, devenu botaniste, il porte un regard très critique sur les vertus salutaires ou néfastes qu’on attribue aux végétaux et, plus généralement, aux productions de la nature. L’épisode du Pilat lui permet de se mettre en scène en tant qu’adversaire des préjugés. Dans la montagne, il cherche sans la trouver une « fontaine homicide » qui a la réputation de tuer « quiconque en buvoit29 », ayant la ferme intention de goûter cette eau pour détromper les habitants du lieu. Ces derniers sont les victimes des mensonges de « ceux qui se plaisent à calomnier la nature, craignant jusqu’au lait de leur mere, et ne voyant par tout que les périls et la mort30 ».

13Ce n’est donc plus seulement le botaniste et l’écrivain qui voyagent, mais l’homme des Lumières investi d’une mission philosophique. Dans un dernier paragraphe, Rousseau glisse de la critique des fables locales à la dénonciation de la duplicité des « trois messieurs » qui l’accompagnaient et « qui faisoient semblant d’aimer la botanique31 ». Après s’être efforcé de « bannir toutes les façons de Ville », Rousseau veut instaurer un esprit de camaraderie en chantant des chansons, dont une de sa composition, mais sans parvenir à faire tomber le masque social des participants :

Voulant etre badin tout seul je ne me trouvoi[s] que grossier ; toujours le grand ceremonial, et toujours Monsieur dom Japhet. A la fin je me le tins pour dit, et m’amusant avec mes plantes, je laissai ces Messieurs s’amuser à me faire des façons32.

Une fois de plus, Rousseau analyse son expérience dans le filtre d’une œuvre littéraire. La comédie Dom Japhet d’Arménie (1653) s’est substituée à Don Quichotte, et le théâtre au roman. À l’acte III, scène 4 de la pièce de Paul Scarron, des courtisans empêchent Dom Japhet de s’exprimer en l’interrompant sans cesse pour lui faire d’obséquieux compliments. Le comique et le burlesque caractérisent donc la lettre au comte de Laurencin, sans que ce traitement léger n’évacue la thématique sourde du mensonge. Dans cet écrit, le bilan scientifique de l’herborisation a totalement disparu et le voyage trouve désormais sa signification dans l’écart qu’observe Rousseau entre les hommes et lui, et entre les hommes et la nature.

14À travers les quatre lettres citées, on observe une autonomisation progressive des événements marginaux de l’herborisation qui va de pair avec une amplification graduelle du récit. Mobilisant une intertextualité et un mode de narration littéraires, Rousseau place son expérience aux frontières de la fiction romanesque et théâtrale. Cette mise à distance par l’écriture contribue à définir un cadre où, devenu personnage, l’auteur s’observe lui-même au miroir de l’histoire. Le plaisir de conter semble ainsi se doubler du besoin de comprendre d’abord l’échec de l’expédition scientifique puis celui des interactions sociales. L’analyse conforte Rousseau dans un sentiment d’isolement de plus en plus prégnant qui présidera bientôt à la rédaction des Dialogues et à celle des Rêveries.

La botanique en crise

15Il faut dire que les promenades d’herborisation formaient jusqu’ici un espace protégé où Rousseau pouvait échapper aux visiteurs importuns, s’isoler ou s’entourer de camarades choisis, comme en témoigne l’évocation des excursions avec DuPeyrou. Avant même de partir, Rousseau projetait sur le voyage d’août 1769 le souvenir d’une ancienne herborisation à Bienne en compagnie du même ami33. Après le Pilat, le temps des courses botaniques en Suisse apparaît comme un âge d’or révolu. En outre, l’excursion de 1769 a un caractère public que n’avaient guère ces précédentes herborisations, et qui transparaît dans la lettre au comte de Laurencin. Celui-ci aurait entendu dire que Rousseau cherchait en Europe « une plante qui empoissone par son odeur34 », calomnie dont se défend Rousseau en racontant l’épisode du napel. À la dernière ligne, le philosophe suppose que l’histoire de son voyage est en train de se répandre partout, déformée par ses ennemis : « Voilà, Monsieur, l’histoire exacte de ce tant celebre pelerinage qui court dejà les quatre coins de la France et qui remplira bientôt l’Europe entiere de son risible fracas35. »

16Dès lors, on peut suspecter Rousseau d’essayer de contrôler par l’écriture le discours que les indiscrets tiendront sur le voyage au Pilat, ses buts et son déroulement. Cet effort contribuerait à expliquer la multiplication des récits et le choix des correspondants. Écrivant à Laliaud, Madame Boy de La Tour et DuPeyrou, il s’adresse à trois personnes de confiance. DuPeyrou, en particulier, est le gardien de ses manuscrits et donc de sa mémoire, un ami fidèle sur lequel Rousseau peut compter pour défendre ses intérêts et sa postérité. L’« histoire exacte » que l’épistolier prétend raconter est-elle fiable et l’attitude des participants est-elle aussi répréhensible qu’il le laisse entendre ? Comme pour la promenade grenobloise avec Bovier, il existe pour l’herborisation au Pilat un autre témoignage dont on ne sait malheureusement pas grand-chose, sinon qu’il contrastait vivement avec celui de Rousseau. Oral, ce témoignage est recueilli dans une publication de 1844 :

Arrivé à une extrême vieillesse, le docteur Ménier, l’un des héros de l’épopée, se plaisait à raconter leur voyage ; ses impressions étaient alors bien différentes de celles exprimées par son compagnon36.

Ainsi, quel que soit le degré de fictionnalisation des lettres de Rousseau, l’herborisation au mont Pilat n’est pas vécue comme un désastre par le médecin du groupe. Il n’est pas même certain que la dimension sociale du voyage fût un échec aussi complet que Rousseau le prétend : celui-ci reste au moins brièvement en contact avec Donin de Champagneux et l’abbé Baurin37, et il entame une correspondance « sinon intime, du moins suivie38 » avec le docteur Meynier. Pour comprendre le désarroi de Rousseau, il convient d’évaluer les enjeux scientifiques du voyage dont on a peut-être sous-évalué l’importance.

17En 1862, la découverte d’une lettre de Rousseau au docteur Pierre Clappier (1740-1818) éveille l’attention des historiens sur la dimension scientifique de l’expédition39. Dans des Souvenirs du mont Pilat, l’entomologiste Étienne Mulsant dresse un rapide bilan des observations végétales de Rousseau40. À son tour, dans son ouvrage pionnier Jean-Jacques Rousseau als Botaniker (1885), Albert Jansen liste et décrit les espèces récoltées41. Il montre ainsi l’intérêt de cette récolte en matière de floristique. Des travaux plus récents regardent l’herborisation au Pilat dans le prisme de l’histoire des sciences et de la philosophie botanique de Rousseau. Sur la base d’une plante découverte, l’Œnothera biennis, Jean-Marc Drouin s’interroge sur le rapport de Rousseau aux espèces étrangères naturalisées en France42. Pour sa part, Alexandra Cook voit dans cette expédition manquée sur le plan scientifique « a standard against which to judge more successful ones43 ». Elle remarque que les difficultés du voyage se prolongent dans « les multiples tracasseries de l’échange de spécimens44 » entre le botaniste amateur et ses correspondants : lorsqu’il envoie un échantillon de plantes du Pilat à Margaret Cavendish Bentinck (1715-1785), duchesse de Portland, Rousseau craint en effet que sa récolte abîmée par l’eau finisse de se détériorer sur le chemin de l’Angleterre. Cook note encore, à partir de l’expérience d’août 1769, le rôle fondamental du guide dans le succès ou l’échec des excursions botaniques de Rousseau45.

18Ce dernier point mérite un développement. Après l’herborisation, Rousseau insiste en effet sur le regret d’avoir erré sans guide. Il l’a dit à DuPeyrou et le répète à Claret de La Tourrette : « […] nous errions sans guide et sans savoir où chercher les places riches […]46. » En l’absence de guide, Rousseau expérimente-t-il au Pilat une forme de « dépaysement », pour reprendre la notion que Nathalie Vuillemin emploie à propos des voyages de Joseph de Jussieu (1704-1779)47 ? Explorant l’Amérique, ce botaniste ne dispose pas d’outils cognitifs adéquats pour comprendre la flore locale et pour communiquer ses observations à ses confrères parisiens. Dans une certaine mesure, Rousseau se trouve lui aussi confronté à un milieu exotique. Même s’il ne part pas pour une destination lointaine, il ne peut décrypter le paysage végétal que constitue la flore de la montagne. Plus que la pauvreté de la collecte, le syndrome du dépaysement transparaît chez Rousseau dans l’expression de son échec. Trois motifs peuvent être avancés.

19Premièrement, Rousseau se considère lui-même comme le guide de l’expédition. Il l’exprime à l’abbé Baurin cinq jours avant le voyage :

Si vous voulez la [c’est-à-dire l’excursion botanique] bien employer, vous en reviendrez en état d’aller seul dans la suite et de passer promptement et de bien loin votre prémier guide48.

Rousseau, qui a profité de guides dans le Jura suisse et en Angleterre, se regarde comme un botaniste suffisamment compétent pour enseigner à son tour cette science à des débutants. Dans cette perspective pédagogique, l’enseignant envisage de voyager en botaniste systématicien : ses compétences et ses outils habituels doivent lui suffire pour transmettre des notions élémentaires de botanique à ses compagnons en s’appuyant sur des plantes communes et en s’amusant peut-être à les classer selon le système sexuel de Carl von Linné (1707-1778). Aussi Rousseau se réjouit-il : « […] nous nous aiderons tous les uns les autres, et nous reviendrons de petits Linnæus49. » En attendant de rédiger ses fameuses Lettres sur la botanique (1771-1774)50, souvent considérées comme un chef d’œuvre de pédagogie scientifique, l’amateur manque ce premier exercice dans la peau du maître et de l’expert.

20Deuxièmement, Rousseau ne semble pas disposer de références livresques spécialisées pour décrypter la flore du lieu. À la date de l’herborisation, il existe un ouvrage d’histoire naturelle publié en 1765 par le naturaliste de Saint-Étienne Jean-Louis Alléon-Dulac (1723-1768) qui contient un mémoire sur le Pilat (et qui cite La Nouvelle Héloïse dans ces pages51). Rousseau ne le mentionne pas, mais il se l’est peut-être procuré : on y retrouve en effet la légende de la fontaine mortifère52. Or Alléon-Dulac ne s’étend guère sur les plantes à fleurs du Pilat dont il ne liste qu’une poignée de genres. Cette flore le déçoit comme elle décevra Rousseau53. Néanmoins, le naturaliste nous apprend à quel point le Pilat est célèbre en tant que théâtre d’herborisations, au point d’émettre l’hypothèse que les récolteurs ont appauvri les populations végétales54. La renommée du lieu contribue sans doute à éclairer le mot de pèlerinage que Rousseau emploie pour désigner son voyage : il marche sur les traces de nombreux botanistes qui l’ont précédé sur les chemins du massif. Indépendamment d’Alléon-Dulac, Rousseau n’est pas dupe des difficultés qui l’attendent sur le terrain. Il emportera « peu de livres, parce qu’ils sont embarrassans55 », mais il demande que Baurin prenne le second volume d’un ouvrage de Jacques Barbeu du Bourg (1709-1779), Le Botaniste françois (1767), qui a l’avantage d’être récent, écrit en français et maniable en vertu de son petit format56. Toutefois, l’utilité de ce texte paraît limitée dans le cas présent, puisque le volume concerné dresse uniquement la liste des « Plantes qui se trouvent aux environs de Paris ».

21Rousseau dispose d’autres ressources pour appréhender les plantes du Pilat, massif qu’on surnomme « les petites Alpes57 ». D’abord, il a obtenu récemment la grande somme d’Albrecht von Haller (1708-1777) sur la flore helvétique, l’Historia stirpium indigenarum Helvetiæ inchoata (1768), une mine d’informations sur les espèces alpines qu’il consulte et qu’il annote58. Trop volumineux pour être emporté sur le terrain, ce livre l’aide au moins à identifier une plante de la région, un Seseli qu’il ne trouve pas dans le Species plantarum (1753) de Linné et qu’il nomme par conséquent « Seseli Halleri59 ». Ensuite, Rousseau dispose d’un catalogue des plantes alpines préparé à son intention par Abraham Gagnebin (1707-1800), un botaniste proche de Haller qui compte parmi ses anciens guides d’herborisation dans les montagnes suisses. Il reçoit ce document par l’intermédiaire de DuPeyrou et le consulte juste avant l’herborisation au Pilat : « Le catalogue de M. Gagnebin est exact, net, mais sans ordre, de sorte qu’on ne sait comment y chercher la plante dont on a besoin60. » Malgré les défauts des deux sources, Rousseau a bien le projet de lire la flore du Pilat à la lumière de Haller et de Gagnebin, et de la comparer avec la flore helvétique :

Au reste l’un et l’autre de ces deux ouvrages peut donner des instructions utiles dont je profite de mon mieux en pensant à vous [DuPeyrou]. Quand je serai revenu de Pila, (si j’en reviens heureusement) je vous marquerai ce que j’y aurai trouvé de plus ou de moins que dans le catalogue de M. Gagnebin61.

Or les observations de Rousseau sont trop lacunaires pour remplir cet objectif et la flore du Pilat ne recoupe qu’en petite partie la flore alpine de la Suisse. L’échec scientifique trouve donc aussi sa cause dans la phase préparatoire du voyage qui consiste à éduquer le regard autant qu’à anticiper les difficultés sur le terrain.

22Le troisième motif qui nous aide à comprendre les déboires de l’expédition savante réside dans l’insertion de Rousseau au sein d’un réseau de botanistes qui s’intéressent à ses activités. En matière de résultats scientifiques, le promeneur souhaite alimenter les collections botaniques de son amie la duchesse de Portland qu’il a rencontrée en Angleterre et qu’il regarde comme un mentor62. Il ne signale ce motif de l’herborisation que rétrospectivement, après son retour, d’abord à Laliaud63, puis à la duchesse elle-même :

Le second de ces voyages a été fait à vôtre intention […] Je suis donc parti avec quelques amateurs pour aller sur le mont Pila à douze ou quinze lieues d’ici dans l’espoir, Madame la Duchesse, d’y trouver quelques plantes ou quelques graines qui méritassent de trouver place dans votre herbier ou dans vos jardins. Je n’ai pas eu le bonheur de remplir à mon gré mon attente. Il étoit trop tard pour les fleurs trop tot pour les graines ; la pluye et d’autres accidents nous ayant Sans cesse contrariés m’ont fait faire un voyage aussi peu utile qu’agréable, et je n’ai presque rien rapporté64.

Rousseau joint à sa lettre une liste de trente-trois espèces rapportées du Pilat, que nous reproduisons en annexe et qui représente les « débris de [s]a chétive collecte65 », mais il craint que les plantes séchées et les graines qu’il propose à la duchesse ne soient pas dignes de ses collections. La courtoisie et l’humilité qui caractérisent les lettres de Rousseau à cette correspondante empêchent d’évaluer la part de modestie qui entre dans l’expression de sa déception. En vérité, la récolte de Rousseau n’est pas aussi dérisoire que le philosophe le laisse entendre. Rassemblant des plantes à fleurs de différentes familles, des fougères et un lichen, la liste envoyée comprend des taxons de plaine et de montagne, des espèces méridionales et nordiques, des plantes communes en France et d’autres plus caractéristiques du Massif central comme Anarrhinum bellidifolium. Elle révèle ainsi l’intérêt du Pilat au carrefour de plusieurs aires de répartition66. Surtout, toute maigre qu’elle est, cette récolte intéressera bel et bien la duchesse qui demandera à Rousseau de lui transmettre au moins dix-neuf espèces sous forme de spécimens séchés ou de graines (voir l’annexe).

23Or les ambitions botaniques de Rousseau ne se bornaient pas à servir Madame de Portland. Le même jour, Rousseau rend compte à Pierre Clappier de l’herborisation sans mentionner la duchesse. Il réaffirme les causes de son insuccès : le choix de la saison, la pluie et l’absence de guide. Listant les espèces observées, il se félicite d’avoir découvert une plante qu’il juge difficile à identifier, le Sonchus alpinus67. Cependant, l’expérience du Pilat conduit Rousseau à réévaluer ses limites dans l’exercice de la botanique :

Voici, Monsieur, une espèce de specimen tel qu’on peut le mettre dans une lettre d’une autre plante que nous avons trouvée dans des champs de notre route et que je vous avoue n’avoir pas su déterminer tant à cause de mon ignorance qu’à cause de mes mauvais yeux. Dans des fleurs si petites l’analyse de la fructification est certainement une manière impossible d’étudier les plantes pour les gens de mon age. C’est entr’autres pour cela que l’étude des graminées est ma désolation, et que je n’en puis pas déterminer le quart de celles que je trouve en mon chemin. Les phrases du Species sont d’ailleurs si décharnées, tiennent si peu lieu de descriptions que quand on n’a comme moi que ces phrases pour guide on est à tout moment hors d’état de se reconnoitre68.

Ici se rejoignent et se confondent la myopie de l’homme et la vue courte du botaniste sur le plan épistémique, double aveuglement qui pourrait mettre en cause sa capacité à poursuivre l’étude des végétaux ou du moins à partager cette passion avec des botanistes chevronnés. Clappier est un fin connaisseur des plantes du Dauphiné. Rousseau ne se présente jamais comme un botaniste expérimenté auprès de ses collègues les plus aguerris, mais il profite largement des leçons du Grenoblois et l’excursion au Pilat lui fournit peu de matière pour offrir à son tour des informations substantielles à son correspondant. Avec Clappier comme avec la duchesse de Portland, le rôle du botaniste amateur dans la communication savante et dans la dynamique des échanges scientifiques se trouve mis en question.

24Au-delà de cet inconvénient, il est vraisemblable de penser que Rousseau participe activement, fût-ce de loin, aux recherches d’un autre botaniste de la région, Claret de La Tourrette. Du 8 au 11 juillet 1768, les deux hommes ont herborisé ensemble au massif de la Chartreuse, avec d’autres hommes liés à l’École vétérinaire de Lyon et à son jardin botanique69. Depuis janvier 1767, La Tourrette est le secrétaire perpétuel de l’Académie de Lyon pour la classe des sciences. Il organise une expédition au Pilat en juillet 1767 ou 176870, c’est-à-dire un an avant le voyage dauphinois en compagnie de Rousseau, ou immédiatement après cette excursion commune. Dans les deux cas, il a probablement vanté les curiosités botaniques du Pilat au philosophe. Mais La Tourette a un projet à plus long terme, celui de décrire la flore du massif. Devant ses confrères de l’Académie, il lit le mémoire de ses « Observations sur l’Histoire naturelle du Mont-Pila71 » le 5 décembre 1769. À cette date, il a déjà dressé la première ébauche d’un « Catalogue raisonné [des] plantes72 » de ces montagnes subalpines. La publication du mémoire, sous le titre de Voyage au Mont-Pilat, intervient l’année suivante, avant le mois de juillet73.

25Le voyage de Rousseau se situe donc entre celui de La Tourrette et la parution du livre. Rentré d’un tour en Italie dont nous ignorons les dates exactes, le botaniste lyonnais s’enquiert auprès de Rousseau de son expédition dont il était manifestement au courant. À cette lettre, aujourd’hui égarée, Rousseau répond le 17 décembre 1769 : « Vous me faites bien sentir et déplorer ma misère en me demandant compte de mon herborisation de Pila74. » La mauvaise saison, le mauvais temps, les mauvais yeux de Rousseau et l’absence de guide sont une fois de plus les motifs invoqués pour expliquer l’échec. À l’égard de la flore, le philosophe oppose la pauvreté du Pilat aux richesses de la Chartreuse. Il liste ensuite ses non-découvertes :

Je n’apperçus pas une Astrantia, pas un pyrola, pas une soldanelle, pas une ombellifere excepté le meum, pas un saxifrage, pas une Gentiane, pas une legumineuse, pas une belle Didyname excepté la Melisse à grandes fleurs75

Ce bilan en creux pourrait servir à La Tourrette en lui indiquant l’absence ou la rareté de certaines espèces. Il décèle en tout cas les attentes de Rousseau avant son départ : le voyageur comptait vérifier la présence d’espèces ou de groupes déterminés, peut-être après que La Tourrette lui en avait parlé. Quoi qu’il en soit, Rousseau connaît le bilan positif de l’herborisation de son correspondant qui contraste avec l’insignifiance de sa propre exploration :

[…] je ne suis pas étonné qu’avec tous les avantages qui me manquoient vous ayez trouvé dans cette triste et vilaine montagne des richesses que je n’y ai pas vue76.

Après cet aveu d’échec, Rousseau le relativise en communiquant deux listes (perdues) des espèces qu’il a respectivement découvertes au Pilat et dans la plaine ; il parle de nouveau du Sonchus alpinus qui l’a enchanté. Cependant, les échantillons qui lui restent ont pourri et il ne peut décemment les transmettre à La Tourrette. Celui-ci attendait des précisions sur la localisation des plantes découvertes, vraisemblablement dans la perspective d’enrichir son livre qui décrit l’habitat de chaque espèce. Rousseau fait alors un nouvel aveu d’impuissance causé par le dépaysement :

Quant à la désignation particuliére des lieux, il m’est impossible de vous la donner : car outre la difficulté de la faire intelligiblement, je ne m’en ressouviens pas moi-même, ma mauvaise vue et mon étourderie font que je ne sais presque jamais où je suis, je ne puis venir à bout de m’orienter, et je me perds à chaque instant quand je suis seul si tôt que je perds mon renseignement de vue77.

Au Pilat, Rousseau travaille-t-il pour La Tourrette et, à travers lui, pour la classe des sciences de l’Académie de Lyon ? Ces propos le suggèrent et l’existence d’une telle mission justifierait la date tardive de l’herborisation au milieu du mois d’août (outre le fait que Rousseau rentre de son voyage à Nevers le 27 juillet seulement). La Tourrette n’a herborisé qu’en juillet, saison qu’il regarde comme la plus abondante en fleurs, mais il regrette de n’avoir pas eu l’occasion d’observer les plantes du printemps et de l’automne. C’est ce qu’il explique dans son Voyage imprimé, avant de faire allusion à Rousseau au détour d’une note de bas de page :

Depuis que ceci est écrit, j’ai eu lieu de faire usage des excellentes notes qui m’ont été fournies, sur quelques plantes tardives du Mont-Pilat, par un homme célébre, qui, après avoir percé d’un œil philosophique les replis du cœur humain, n’a pas cru qu’il fût indigne de lui, de fixer ses regards sur des herbes & sur des mousses78.

Ainsi, La Tourrette tire profit des informations fournies par Rousseau, malgré leur pauvreté, et en intègre certaines au catalogue raisonné des plantes qui forme la seconde partie de son livre et qui rassemble 527 taxons79. Nous pouvons en donner au moins un exemple. Dans une lettre de janvier 1770, Rousseau mentionne « le rubia peregrina », une garance dont Linné « n’a pas marqué la patrie et que j’ai trouvée à Pila80 ». Le Lyonnais décrit cette espèce dans son catalogue et laisse entendre que l’information provient de Rousseau81. En définitive, La Tourrette peut se féliciter de compter parmi ses collaborateurs un « homme célébre » comme Rousseau, mais l’apport scientifique de celui-ci reste extrêmement discret et presque indécelable dans l’œuvre du botaniste lyonnais.

26Comme la lettre à Clappier, celle que Rousseau adresse à La Tourrette en décembre 1769 se conclut par des propos plus généraux sur les perspectives botaniques du philosophe. Celui-ci explique d’abord que sa passion lui coûte cher et qu’il envisage de céder ses « Livres de plantes82 ». Dispendieux, les ouvrages lui paraissent un obstacle « entre la nature et soi83 ». Rousseau entreprendra en effet des démarches pour vendre sa bibliothèque de botanique dans les mois qui suivent84. Probablement motivée par la situation financière du philosophe et par la difficulté de déplacer ses livres à chaque déménagement, la vente projetée implique chez Rousseau une redéfinition de ses activités botaniques :

Pour moi du moins en qui l’opiniâtreté a mal suppléé à la mémoire et qui n’ai fait que bien peu de progrès je sens néanmoins qu’avec les gramens d’une cour ou d’un pré j’aurois de quoi m’occuper tout le reste de ma vie sans jamais m’ennuyer un moment85.

Tel est donc l’épilogue de l’herborisation au Pilat. D’un côté, les compétences botaniques de Rousseau sont cruellement mises à l’épreuve, ce qui n’empêche pas l’épistolier de réaffirmer son engouement pour cette science. De l’autre, il envisage à présent de recentrer sa pratique sur des terrains explorables sans livres, c’est-à-dire qu’il désire herboriser pour son seul plaisir dans un environnement proche et familier. Ce parti pris n’est pas définitif : Rousseau continuera d’herboriser en groupe à Paris, notamment sous la conduite de Bernard de Jussieu (1699-1777) et de son neveu Antoine-Laurent (1746-1836) ; il se procurera d’autres ouvrages spécialisés et repartira à Montmorency en quête d’une plante qu’il souhaite envoyer à La Tourrette86. En revanche, nous ne le verrons plus escalader les pentes d’une montagne inhospitalière à la rencontre d’une flore méconnue. À ce titre, l’herborisation au Pilat constitue bien, selon l’expression citée à l’orée de cette étude, la « derniére Caravanne de Botanique » du philosophe.

27Gauthier Ambrus a parfaitement situé le voyage d’août 1769 dans la « crise profonde » que traverse Rousseau à l’égard de la botanique, « entre l’automne 1768 et le printemps 177087 », crise qui conduit le philosophe à délaisser l’herborisation pour reprendre la rédaction des Confessions au mois de novembre 1769. À l’égard de ce revirement, Ambrus insiste sur le rôle des accompagnateurs : après la mascarade du Pilat et d’autres mésaventures botaniques en présence d’hommes trompeurs, Rousseau voit « l’équilibre qui le reliait à la nature et à l’assurance d’un ordre juste88 » profondément menacé. Cette lecture place le voyage de 1769 non seulement dans la dynamique rédactionnelle des Confessions, mais encore aux sources des Dialogues où la certitude d’un complot s’exprime dans toute sa force et des Rêveries où l’herborisation redevient un remède contre les malheurs de la vie en société.

28Sans négliger cette dimension importante, nous voyons que la crise botanique de Rousseau n’est pas seulement métaphysique. À en juger par l’expérience du Pilat, elle trouve une partie de son explication dans les codes de l’échange savant et dans la pratique du voyage naturaliste. Les objectifs de l’herborisation sont pluriels – la fuite des ennuis domestiques, le plaisir de la marche, la transmission de connaissances –, mais la réussite scientifique de l’excursion se mesure à l’aune des matériaux rapportés. Rousseau conserve une posture de voyageur naturaliste lorsqu’il analyse ses erreurs en ce qui regarde la méthode et la planification. Cependant, il est confronté à ses limites physiques et cognitives, et le sentiment d’inutilité qui l’envahit persistera dans sa correspondance botanique. En novembre 1770, au moment d’accuser réception d’un « tresor de plantes séches » que lui transmet La Tourrette, Rousseau exprimera de nouveau sa « bien impuissante mais bien sincere reconnoissance89 » à son correspondant, ne disposant pas lui-même de spécimens à envoyer qui seraient dignes de l’attention du botaniste.

29Enfin, à défaut d’amasser une récolte importante de végétaux, Rousseau produit par l’écriture ce qui représente peut-être la principale trace matérielle et le résultat majeur de son excursion : le récit comique de ses mésaventures qui donne un corps littéraire à l’expédition. Ici transparaît une conscience aiguë du rôle de l’imagination dans la narration de l’expérience scientifique. L’imagination se présente chez Rousseau comme une faculté capable de surmonter une crise, de convertir l’âpreté de la botanique en plaisir délicieux et, par là, de créer les conditions d’épanouissement d’une passion scientifique. Aussi Rousseau rend-il un double tribut à la botanique et à l’imagination à la fin du récit de son voyage désastreux à DuPeyrou :

Je vous ennuye avec mon pédant étalage ; mais si votre Henriette [la jeune épouse de DuPeyrou] prenoit du gout pour les plantes, comme mon foin se transformeroit bien vîte en fleurs ! Il faudroit bien alors, malgré vous et vos dents, que vous devinssiez botaniste90.

Changer le foin en fleurs, transmuer l’échec viatique, telles sont les prérogatives de l’écriture et de la rêverie.

Annexe : plantes du Pilat destinées à la duchesse de Portland91

30Dans sa lettre du 31 août 1769 à la duchesse de Portland (CC 6606), Rousseau joint la liste des « Plantes apportées du mont Pila et des rives du Rhone » dont il peut offrir des échantillons à sa correspondante. Comme Rousseau l’explique, les espèces précédées d’une étoile sont celles dont il a « pu recueillir quelques graines » en plus de la plante. Répondant à cette offre (la lettre est aujourd’hui perdue), la duchesse passe commande et, en décembre, Rousseau lui envoie les plantes et les graines qu’elle a choisies, parmi d’autres spécimens récoltés ailleurs. Le philosophe dresse la liste de cet envoi dans une nouvelle lettre datée de Monquin, le 21 décembre 1769 (CC 6643).

Plantes du Pilat destinées à la duchesse de Portland.

Transcription de la liste d’après CC 6606 Correspondance taxonomique actuellea Présence attestéeb Envoi à la duchesse d’après CC 6643
Digitalis purpurea. Digitalis purpurea L. subsp. Purpurea Oui
— Digitalis lutea major. Linnæus n’a pas parlé de cette plante. Digitalis lutea L. Oui Plante.
— *Arnica montana. Arnica montana L. Oui Plante et graines.
*Doronicum pardalianches. Doronicum pardalianches L. Oui Plante et graines.
Aconitum Napellus. Aconitum napelus L. sensu lato Oui
— Arbutus alpina. Arctostaphylos alpinus (L.) Spreng. Non
*Athamanta meum. Meum athamanticum Jacq. Oui Plante et graines.
Vaccinium Myrtillus. Vaccinium myrtillus L. Oui
Rosa alpina. Rosa pendulina L. Oui Plante.
Impatiens noli me tangere. Impatiens noli-tangere L. Oui
— *Melissa grandiflora. Clinopodium grandiflorum (L.) Kuntze Oui Plante et graines.
Daphne Mezereum. Daphne mezereum L. Oui
Antirrhinum purpureum. Linaria purpurea (L.) Mill. Non Graines.
— Antirrhinum bellidifolium. Anarrhinum bellidifolium (L.) Willd. Oui Plante.
*Polygonum Bistorta. Bistorta officinalis Delarbre Oui Plante et graines.
— Prenanthes purpurea. Prenanthes purpurea L. Oui Plante.
Alchemilla vulgaris. Alchemilla vulgaris L. Non
*Alchemilla alpina. Alchemilla alpina L. Non Plante et graines.
Cratægus aria. Sorbus aria (L.) Crantz Oui
— Celtis australis. Celtis australis L. Oui Plante.
— Polypodium rhæticum. Athyrium filix-femina (L.) Roth Oui
Polypodium Dryopteris. Gymnocarpium dryopteris (L.) Newman Oui
Acrostichum septentionale. Asplenium septentrionale (L.) Hoffm. subsp. septentrionale Oui Plante.
*Cotyledon umbilicusc.♀ Umbilicus rupestris (Salisb.) Dandy Oui Plante et graines.
— *Dianthus Superbus. Dianthus superbus L. subsp. Superbus Oui Plante et graines.
— *Gypsophila muralis. Gypsophila muralis L. Oui Graines.
— *Carthamus lanatus. Carthamus lanatus L. Oui Plante et graines.
*Œnothera biennis. Œnothera biennis L. Oui
*Mœringia muscosa Moehringia muscosa L. Oui Plante et graines.
Lichen usnea. Usnea sp. Oui
Genista sagittalis. Genista sagittalis L. Oui
Nardus Stricta. Nardus stricta L. Oui
Festuca vivipara. Festuca vivipara (L.) Sm.d Non Plante.
a. Référence principale : Jean-Marc Tison, Bruno de Foucault, Flora Gallica. Flore de France, Mèze, Biotope éditions, 2014.
b. Présence actuelle des espèces, soit dans la région du Pilat, soit au bord du Rhône, d’après Anaïs Just, Johan Gourvil, Jérôme Millet, Vincent Boullet, Thomas Milon, Isabelle Mandon, Bruno Dutrève, SIFlore, a dataset of geographical distribution of vascular plants covering five centuries of knowledge in France: Results of a collaborative project coordinated by the Federation of the National Botanical Conservatories, France, Fédération des conservatoires botaniques nationaux, 2015, [En ligne] URL : http://siflore.fcbn.fr [consulté le 5 juillet 2020].
c. Le symbole ♀ signifie ici Veneris, « de Vénus ».
d. Nous n’excluons pas des erreurs de détermination commises par Rousseau, en particulier ici, Festuca vivipara désignant une espèce non attestée en France.

Notes

1 Cette étude est réalisée dans le cadre du projet de recherche « Botanical legacies from the Enlightenment » (no 186227) soutenu par le Fonds national suisse de la recherche scientifique. Nous remercions Pierre-Emmanuel Du Pasquier et Jérémy Tritz, botanistes à l’Université de Neuchâtel, pour leurs relectures et suggestions.

2 Jean-Jacques Rousseau à l’abbé Baurin, Monquin, [8 août 1769], dans Jean-Jacques Rousseau, Correspondance complète [désormais CC], Ralph A. Leigh (éd.), Genève, Institut et Musée Voltaire ; Oxford, Voltaire Foundation, 1972-1998, lettre no 6598. La graphie des éditions consultées a été systématiquement respectée.

3 J.-J. Rousseau à Marie-Thérèse Levasseur, Monquin, [12] août 1769, CC 6599.

4 Voir L’Accident de Ménilmontant, Anouchka Vasak (dir.), Paris, Classiques Garnier, 2015, et en particulier l’article de Jean-Marc Drouin, « Les herborisations savantes du promeneur solitaire », p. 41-54.

5 Voir Journal de l’avocat Bovier. Jean-Jacques Rousseau à Grenoble, Catherine Coeuré, Jean Sgard (éd.), Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2012.

6 Marie-Noëlle Bourguet, « La collecte du monde : voyage et histoire naturelle (fin xviie siècle - début xixe siècle) », dans Le Muséum au premier siècle de son histoire, Claude Blanckaert, Claudine Cohen, Pietro Corsi, Jean-Louis Fisher (dir.), Paris, Éditions du Muséum national d’histoire naturelle, 1997, p. 163.

7 Voir Claudius Roux, « Les herborisations de J.-J. Rousseau à la Grande-Chartreuse en 1768 et au Mont Pilat en 1769 », Annales de la Société linnéenne de Lyon, t. 60, année 1913, 1914, p. 101-120 ; et les synthèses que donne de cette herborisation Mireille Védrine dans Dictionnaire de Jean-Jacques Rousseau, Raymond Trousson, Frédéric S. Eigeldinger (dir.), Paris, Honoré Champion, 2006, p. 721a-b ; Guy Ducourthial dans La Botanique selon Jean-Jacques Rousseau, Paris, Éditions Belin, 2009, p. 96-99 ; et Takuya Kobayashi dans J.-J. Rousseau, Écrits sur la botanique, Takuya Kobayashi (éd.), Œuvres complètes. Édition thématique du tricentenaire, Genève, Éditions Slatkine, 2012, t. 11, p. 25-27 et 40-41. Voir aussi l’édition des lettres de Rousseau sur cette herborisation par Roger Bellet, « Une herborisation de Jean-Jacques Rousseau au Mont Pilat (1769) », Études foréziennes, t. 10, 1979, p. 63-73. Dans le cadre de cette étude, nous n’avons pu consulter les titres suivants : Jean Combe, « Jean-Jacques Rousseau au Mont Pilat. Histoire d’une herborisation manquée », Bulletin du vieux Saint-Étienne, t. 72, 1968, p. 18-20 ; et Éric Perrin, Hommage révolutionnaire à l’herboriste du Mont-Pilat. Jean-Jacques Rousseau 1712-2012, Saint-Martin-La-Plaine, Les éditions de Phénicie, 2012.

8 J.-J. Rousseau à l’abbé Baurin, Monquin, [8 août 1769], CC 6598.

9 Sa participation ne semble toutefois être confirmée qu’à la dernière minute. Voir J.-J. Rousseau à Luc-Antoine Donin de Champagneux, Monquin, 12 [août 1769], CC 6601.

10 Ibid.

11 L’Association des amis du Parc naturel régional du Pilat a tenté de retracer l’itinéraire de Rousseau dans la perspective d’ouvrir un sentier thématique, deux cents ans après l’herborisation : Suzanne Lebreton, François Bellon, Maurice Brun, Louis Gache, « Parc naturel régional du mont Pilat. Sentier botanique Jean-Jacques Rousseau de Condrieu (Rhône) à la Jasserie du Pilat (Loire) », Nature loisirs et forêt, no 5, 1969, p. 377-392.

12 Nous suivons ici Takuya Kobayashi dans l’édition citée des Écrits sur la botanique de Rousseau, p. 25. Quant à lui, Claudius Roux (art. cit., p. 101 et 110) date l’herborisation du 13 au 16 août et il adjoint au groupe d’autres participants, sans expliquer pourquoi. Comme nous le verrons, Rousseau indique que les voyageurs formaient un groupe de quatre personnes.

13 Sur ce correspondant peu connu, voir Raymond Trousson, « Un ami de Rousseau méconnu : Henri Laliaud », dans Rousseau en toutes lettres. Actes du colloque de Brest 22-24 mars 2012, Éric Francalanza (dir.), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, p. 31-56.

14 J.-J. Rousseau à Henri Laliaud, Monquin, 27 août 1769, CC 6604.

15 Ibid.

16 J.-J. Rousseau à Julie-Anne-Marie Boy de La Tour, Monquin, 29 août 1769, CC 6605.

17 J.-J. Rousseau à Pierre-Alexandre DuPeyrou, Monquin, 16 septembre 1769, CC 6613.

18 Ibid.

19 Voir Jean-Marc Drouin, L’Herbier des philosophes, Paris, Éditions du Seuil, 2008, p. 77-83 ; et Timothée Léchot, « L’herborisation comme pratique sociale. Jean-Jacques Rousseau sous la loupe de François-Louis d’Escherny », dans Se promener au xviiie siècle. Rituels et sociabilités, Sophie Lefay (dir.), Paris, Classiques Garnier, 2019, p. 151-166.

20 J.-J. Rousseau à P.-A. DuPeyrou, lettre citée.

21 Voir J.-J. Rousseau, Rousseau juge de Jean-Jacques, Philip Stewart (éd.), Œuvres complètes, éd. cit., t. 3, p. 117-118 et 118 n. 1. Notons que les épouses respectives de Sancho et de Rousseau s’appellent Thérèse, ce qui contribue peut-être à motiver le rapprochement.

22 J.-J. Rousseau à P.-A. DuPeyrou, Paris, 1er janvier 1766, CC 4955.

23 J.-J. Rousseau, Lettre à Saint-Germain. 26 février 1770, Œuvres autobiographiques. Les Confessions, R. Trousson (éd.), t. 2, Œuvres complètes, éd. cit., t. 2, p. 970-971.

24 Ibid., p. 971.

25 J.-J. Rousseau à P.-A. DuPeyrou, Monquin,16 septembre 1769, lettre citée.

26 Ibid.

27 J.-J. Rousseau à Jean-Baptiste-Espérance-Blandine de Laurencin de Chanzé, Monquin, 10 octobre 1769, CC 6622.

28 Voir l’introduction de T. Kobayashi dans J.-J. Rousseau, Écrits sur la botanique, éd. cit., p. 10-14.

29 J.-J. Rousseau à J.-B.-E.-B. de Laurencin de Chanzé, lettre citée.

30 Ibid.

31 Ibid.

32 Ibid.

33 Voir J.-J. Rousseau à P.-A. DuPeyrou, Monquin, 12 août 1769, CC 6600.

34 J.-J. Rousseau à J.-B.-E.-B. de Laurencin de Chanzé, lettre citée.

35 Ibid.

36 Ariste Potton, Notes historiques sur le séjour de Jean-Jacques Rousseau à Bourgoin, durant les années 1768, 1769 et 1770 ; par le Dr A. Potton, Lyon, L. Boitel, 1844, p. 26.

37 Voir J.-J. Rousseau à l’abbé Baurin, s. l., [8 septembre 1769], CC 6611.

38 D’après la lecture qu’en a faite Ariste Potton (op. cit., p. 26). Cette correspondance est aujourd’hui perdue.

39 Gustave Vallier, Lettres inédites de Jean-Jacques Rousseau. Lecture faite à l’Académie delphinale dans la séance du 28 février 1862, Grenoble, Prudhomme, 1863. Il s’agit de la lettre du 31 août 1769 dont nous reparlerons.

40 Souvenirs du mont Pilat et de ses environs. Par E. Mulsant. Bibliothécaire-Adjoint de la ville de Lyon. Professeur d’histoire naturelle. Correspondant du Ministère de l’Instruction publique. Président de la Société linnéenne, etc., Lyon, Pitrat aîné, 1870, t. 1, p. 106 et 106 n. b.

41 Albert Jansen, Jean-Jacques Rousseau als Botaniker. Von Albert Jansen, Berlin, Georg Reimer, 1885, p. 147-151.

42 Jean-Marc Drouin, « Les herborisations d’un philosophe : Rousseau et la botanique savante », dans Rousseau et les sciences, Bernadette Bensaude-Vincent, Bruno Bernardi (dir.), Paris, L’Harmattan, 2003, p. 90-91.

43 Alexandra Cook, « An Idea Ahead of Its Time: Jean-Jacques Rousseau’s Mobile Botanical Laboratory », dans Expeditions as Experiments. Practising Observation and Documentation, Marianne Klemun, Ulrike Spring (dir.), Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2016, p. 40.

44 A. Cook, « Rousseau et les réseaux d’échange botanique », dans Rousseau et les sciences, éd. cit., p. 103.

45 Alexandra Cook, Jean-Jacques Rousseau and Botany. The Salutary Science, Oxford, Voltaire Foundation, 2012, p. 273.

46 J.-J. Rousseau à Marc-Antoine-Louis Claret de La Tourrette, Monquin, 17 décembre 1769, CC 6641.

47 Nathalie Vuillemin, « Du dépaysement, ou l’impossible fabrique du savoir », Viatica, no 4, Donner à voir et à comprendre, mars 2017, [En ligne] URL : https://revues-msh.uca.fr/viatica/index.php?id=664 [consulté le 18 décembre 2019].

48 J.-J. Rousseau à l’abbé Baurin, Monquin, [8 août 1769], lettre citée.

49 Ibid.

50 J.-J. Rousseau, Lettres sur la botanique (1771-1774), Écrits sur la botanique, éd. cit., p. 131-183. Voir Fernando Calderón Quindós, « La réception scientifique des Lettres élémentaires et le phénomène de la botanique à l’usage des femmes », dans Rousseau botaniste. « Je vais devenir plante moi-même. » Recueil d’articles et catalogue d’exposition, Claire Jaquier, Timothée Léchot (dir.), Pontarlier, Fleurier, Éditions du Belvédère, 2012, p. 85-95.

51 Jean-Louis Alléon-Dulac, « Mémoire sur la montagne de Pila », Mémoires pour servir à l’histoire naturelle des provinces de Lyonnois, Forez, et Beaujolois. Par M. Alléon Dulac, Avocat en Parlement & aux Cours de Lyon, Lyon, Claude Cizeron, 1765, t. 1, p. 333-334.

52 Ibid., p. 337.

53 Ibid., p. 339.

54 Ibid., p. 351. Alléon-Dulac réfute ensuite cette hypothèse.

55 J.-J. Rousseau à l’abbé Baurin, Monquin, [8 août 1769], lettre citée.

56 Jacques Barbeu du Bourg, Le Botaniste françois, comprenant toutes les Plantes communes & usuelles, disposées suivant une nouvelle Méthode, & décrites en Langue vultaire. Par M. barbeu Dubourg, Paris, Lacombe, 1767. Voir A. Cook, Jean-Jacques Rousseau and Botany, éd. cit., p. 185-186.

57 J.-L. Alléon-Dulac, op. cit., p. 351.

58 Albrecht von Haller, Alberti v. Haller Historia stirpium indigenarum Helvetiæ inchoata, Berne, Société typographique, 1768. Voir Alexandra Cook, « Jean-Jacques Rousseau’s copy of Albrecht von Haller’s Historia stirpium indigenarum Helvetiæ inchoata (1768) », Archives of Natural History, t. 30/1, avril 2003, p. 149-156 ; et J.-J. Rousseau, Annotations sur l’Historia stirpium de Haller (1769), Écrits sur la botanique, éd. cit., p. 109-112.

59 A. Cook, « Jean-Jacques Rousseau’s copy of Albrecht von Haller’s Historia stirpium indigenarum Helvetiæ inchoata (1768) », art. cit., p. 154. Il est probable que Rousseau ait trouvé cette plante à proximité de Bourgoin plutôt qu’au Pilat : il dit l’avoir cueillie « quelques jours » avant le 6 octobre 1769. Voir sa lettre à Antoine Gouan, Monquin, 6 octobre 1769, CC 6620.

60 J.-J. Rousseau à P.-A. DuPeyrou, Monquin, 12 août 1769, lettre citée.

61 Ibid.

62 Voir Alexandra Cook, « Botanical exchanges: Jean-Jacques Rousseau and the Duchess of Portland », History of European Ideas, t. 33, 2007, p. 142-156.

63 J.-J. Rousseau à H. Laliaud, lettre citée.

64 J.-J. Rousseau à Margaret Cavendish Bentinck, duchesse de Portland, Bourgoin, 31 août 1769, CC 6606.

65 Ibid.

66 Nous devons ces observations à Jérémy Tritz.

67 Aujourd’hui synonyme de Lactuca alpina (L.) A. Gray.

68 J.-J. Rousseau à Pierre Clappier, Monquin, 31 août 1769, CC 6607.

69 La Tourette a créé avec Claude Bourgelat (1702-1779) le Jardin botanique de l’École vétérinaire de Lyon. Autres participants, François Rozier (1734-1793) est le directeur de l’école et l’abbé de Grangeblanche (né en 1742) est le neveu de Bourgelat. Voir C. Roux, art. cit. ; Henri Cheyron, « La Tourrette, Marc-Antoine-Louis Claret de (1729-1793) », dans Dictionnaire de Jean-Jacques Rousseau, éd. cit., p. 492b-496a ; J.-J. Rousseau, Écrits sur la botanique, éd. cit., p. 40 ; et le chapitre qu’Antoine Magnin consacre aux « Relations et correspondance botanique de J.-J. Rousseau avec La Tourrette » dans Les Botanistes lyonnais, t. 1, Claret de La Tourrette. Sa vie, ses travaux, ses recherches sur les lichens du Lyonnais d’après ses ouvrages et les notes inédites de son herbier. Par le Dr Ant. Magnin. Avec deux planches d’autographes, Paris : J.-B. Baillière & fils, Lyon : H. Georg, 1885, p. 214-223.

70 A. Magnin (op. cit., p. 34) date ce voyage du 25 au 27 juillet 1767, mais un article des Affiches de Lyon de décembre 1769 le situe « l’année derniere », donc vraisemblablement en 1768 : « Académie des Sciences », Affiches de Lyon, annonces, &c., [Lyon], no 50, mercredi 13 décembre 1769, p. 251b.

71 Ibid.

72 Ibid.

73 Marc-Antoine-Louis Claret de La Tourrette, Voyage au Mont-Pilat dans la Province du Lyonnois, contenant des observations sur l’Histoire Naturelle de cette Montagne, & des Lieux circonvoisins ; suivies du catalogue raisonné des Plantes qui y croissent, Avignon, Lyon, Regnault, 1770. L’ouvrage a déjà paru quand les Affiches de Lyon, annonces, &c. en rendent compte dans la livraison du 4 juillet 1770 (no 27, p. 151b-152a).

74 J.-J. Rousseau à M.-A.-L. Claret de La Tourette, lettre citée.

75 Ibid.

76 Ibid.

77 Ibid.

78 M.-A.-L. Claret de La Tourrette, op. cit., p. 106 n. a.

79 Voir Pierre Jacquet, « Un botaniste lyonnais méconnu : Marc-Antoine Claret de La Tourrette (1729-1793) », Bulletin mensuel de la Société linéenne de Lyon, t. 68, n°4, avril 1999, p. 80.

80 J.-J. Rousseau à M.-A.-L. Claret de La Tourrette, Monquin, 26 janvier 1770, CC 6655. La discussion sur l’espèce concernée se prolonge dans la lettre datée de Monquin, le 22 février 1770, CC 6672.

81 M.-A.-L. Claret de La Tourrette, op. cit., p. 122-123. Sur les échanges botaniques entre Rousseau et La Tourrette, voir aussi J.-J. Rousseau, Notes sur les échantillons du Jardin botanique et l’Isara de Lyon (1769-1770), Écrits sur la botanique, éd. cit., p. 113-116.

82 J.-J. Rousseau à M.-A.-L. Claret de La Tourette, Monquin, 17 décembre 1769, lettre citée.

83 Ibid.

84 Sur les ressources livresques de Rousseau, voir notamment A. Cook, op. cit., p. 211-233 ; et Takuya Kobayashi, « La bibliothèque botanique de Rousseau », dans Rousseau botaniste, éd. cit., p. 142-145.

85 J.-J. Rousseau à M.-A.-L. Claret de La Tourette, Monquin, 17 décembre 1769, lettre citée.

86 J.-J. Rousseau à M.-A.-L. Claret de La Tourrette, Paris, 26 novembre 1770, CC 6814. Voir J.-J. Rousseau, Écrits sur la botanique, éd. cit., p. 42.

87 Gauthier Ambrus, « Une rêverie matérialiste : la Septième Promenade dans la correspondance de Jean-Jacques Rousseau », Revue d’histoire littéraire de la France, t. 111, n° 3, 2011, p. 571.

88 Ibid., p. 573.

89 J.-J. Rousseau à M.-A.-L. Claret de La Tourrette, Paris, 26 novembre 1770, lettre citée.

90 J.-J. Rousseau à P.-A. DuPeyrou, Monquin, 16 septembre 1769, lettre citée.

91 Document préparé en collaboration avec Jérémy Tritz.


Pour citer ce document

Timothée LÉCHOT, «Variations littéraires sur l’échec scientifique», Viatica [En ligne], n°8, mis à jour le : 23/03/2021, URL : https://revues-msh.uca.fr:443/viatica/index.php?id=1454.

Auteur

Quelques mots à propos de :  Timothée LÉCHOT

Université de Neuchâtel