La mort de Cook ou la naissance de l’Auteur
Cook’s Death ; Or, The Birth of the Author

Anne-Gaëlle WEBER

Résumé : Le récit de la mort du capitaine Cook, au sein de la relation de son troisième voyage, accomplit l’exploit d’ériger Cook en auteur d’un texte qu’il n’a pas pu écrire. Considéré comme l’apothéose de l’histoire des voyages d’exploration savante et du récit de cette histoire, le « voyage à l’Océan Pacifique » devient un modèle poétique qui invite rétrospectivement à une relecture de l’ensemble des relations savantes. Il suggère que ce genre, bien que prétendant à une visée scientifique, relève pleinement de la littérature et joue en quelque sorte de l’auctorialité pour asseoir l’autorité des propos retracés. Il est la réalisation manifeste de ce que la critique littéraire et philosophique a nommé la fonction auteur : un individu mort ne peut devenir auteur que si l’auteur est une construction textuelle.

Abstract: The story of Captain Cook’s death, within the narrative of his third voyage, accomplishes the feat of making Cook the author of a text he could not write. Considered as the apotheosis of the history of scholarly exploration journeys, the "voyage to the Pacific Ocean" becomes a poetic model that retrospectively invites us to re-read all the narratives of scholar travels. It suggests that this genre, although claiming to be scientific in scope, is fully literary and plays a bit of an auctorial role in establishing the authority of the statements retraced. It is the obvious realization of what literary and philosophical critics have called the “function auteur”: a dead individual can only become an author if the author is a textual construct.



1À la fin des années 1960, Roland Barthes et Michel Foucault déconstruisent la notion d’auteur et promeuvent la liberté d’interprétation du lecteur. Selon le premier, dans « La mort de l’auteur1 », l’auteur est l’incarnation de l’idéologie capitaliste à laquelle il faut substituer le langage anonyme et collectif ; selon le second, dans une conférence intitulée « Qu’est-ce qu’un auteur2 ? », l’auteur est l’indice de l’individualisation dans l’histoire des idées, comme instance de discursivité et la « fonction auteur », construite dans le texte et par lui, se distingue de l’individu réel. Michel Foucault met alors en évidence les présupposés historiques et théoriques qui fondent l’auctorialité d’un discours davantage que son autorité. La fonction auteur relève du système juridique et institutionnel puisque la responsabilité pénale du texte a précédé et nécessité l’identification de son auteur. Elle résulte de l’estimation, par le lecteur ou le critique, d’un certain niveau de valeur, d’une unité stylistique, de l’uniformité d’une écriture et d’une cohérence conceptuelle. Sous les plumes de Barthes et de Foucault, la notion d’auteur s’applique enfin à des œuvres littéraires considérées comme des monuments et non comme des documents.

2Le capitaine James Cook meurt le 14 février 1779 dans la Baie de Kealakekua à Hawaï, massacré et dépecé par les indigènes de l’une des îles qu’il avait découvertes lors de sa première expédition de 1768 à 1771. L’Endeavour et le Discovery rentrent en Angleterre en 1780. En 1784, paraît le récit officiel autorisé par l’Amirauté. Celui-ci offre l’exemple assez paradoxal en apparence d’un texte qui confère au héros de celui qui dirigea l’expédition le statut d’Auteur en racontant sa mort. Plus exactement, ce troisième voyage, dont la relation est très attendue du public, est un texte qui raconte la mort de celui qui aurait voulu en être l’auteur et qui, parce qu’il contient le récit de cette mort, s’érige en monument littéraire et savant, et ressuscite le sujet en Auteur. De manière paradoxale a priori, l’inaboutissement du troisième voyage du capitaine est ce qui a scellé, en matière de voyage scientifique, l’émergence du sujet-auteur et l’élection des récits des trois explorations de Cook en modèle poétique du genre du voyage savant.

La mort d’un capitaine

3Le troisième voyage du capitaine Cook, de 1776 à 1780, a pour but de résoudre l’énigme scientifique du passage du Nord-Ouest. Mais la curiosité du public est éveillée d’abord par la promesse de découvrir les circonstances de la mort du capitaine. Le succès de la version officielle du récit en 1784 fut inouï : elle fut rééditée dès l’année suivant sa première parution3. La promesse d’un succès éditorial à quiconque relaterait les détails de la catastrophe explique que, plus qu’aucun des autres récits des expéditions du capitaine4, le « Voyage à l’Océan Pacifique » ait fait l’objet de quatre relations « pirates » publiées par des membres de l’expédition avant la sortie du récit officiel5.

4Le récit de la mort du capitaine Cook est l’événement qui à lui seul résume et justifie, aux yeux d’un certain nombre de lecteurs, le récit du voyage dans son entier. En témoigne par exemple la préface de la première version abrégée en français du récit publié au nom de l’Amirauté :

C’est l’histoire de ce Voyage, le plus intéressant de tous, qu’on présente au Public ; de ce Voyage, où rempli à la fois d’étonnement, d’admiration et de la reconnaissance qu’inspirent les travaux hardis de ce grand homme, le lecteur se trouve tout à coup spectateur de sa fin tragique, et voit l’infortuné Cook terminer ses jours au milieu d’une carrière qui doit l’immortaliser6.

5Dans le titre déjà, était précisé que le « troisième voyage abrégé » était accompagné d’« une carte générale des découvertes et l’Estampe représentant la mort du capitaine ». La première estampe représentant la mort du capitaine n’était apparue que dans la version abrégée de 1784 et répondait, selon une note de l’éditeur, à la volonté de satisfaire la curiosité des lecteurs (« to gratify the curiosity of the reader7 »). La traduction de la version officielle longue, en français, a également ajouté aux planches originelles du voyage une estampe de la mort du capitaine qui n’est pas la même que celle de l’abrégé anglais et qui est annoncée dès le premier tome de l’édition de l’hôtel de Thou, en tête de la liste des planches8. L’usage de l’illustration de la mort du capitaine et la place qu’elle occupe dans le texte désignent donc le récit, dans son entier, comme celui où l’on assistera à la mort de Cook. Cette mort dramatique, qui résume à elle seule le voyage et son récit, constitue même jusqu’à la fin du xviiie siècle un sujet pictural, comme en témoigne encore en 1795 le tableau de Johann Joseph Zoffany intitulé The Death of Captain James Cook, 14 February 1779 :

Johan Joseph Zoffany, La Mort du capitaine James Cook, le 14 février 1779

Image

Vers 1798

National Maritime Museum, Greenwich, Londres, Greenwich Hospital Collection (BHC0424), domaine public. Source : wikipedia.

6À bien y regarder, le récit de la mort, à l’intérieur du texte, constitue moins une rupture poétique et esthétique qu’il n’exacerbe de manière exemplaire les tensions constitutives du genre du voyage scientifique, c’est-à-dire la nécessité de sacrifier à un ordre narratif dans un texte descriptif et le pacte de référentialité et de véracité. Si le récit de la mort du capitaine, à proprement parler, n’occupe que quelques pages du troisième volume du Voyage to the Pacific Ocean9, l’ensemble des circonstances qui y mènent et les événements qui suivent jusqu’à l’ensevelissement des restes de Cook forment les quatre chapitres consacrés au séjour des Anglais dans la baie de Karakakooa. Or le rédacteur ou, dans ce cas, le narrateur y déploie des stratégies narratives qui visent à subordonner explicitement la description à la narration et, si l’on en croit les critères établis par Gérard Genette dans « Frontières du récit10 », renonce pour un temps aux vertus didactiques du texte pour composer un récit littéraire. Les caractéristiques poétiques de la relation du meurtre rejaillissent sur l’ensemble du récit, en amont et en aval.

7La table des matières révèle une modification notoire des « entrées » retenues au fur et à mesure que l’on s’approche de l’événement fatal. Aux entrées nominales et souvent descriptives s’ajoutent soudain des entrées narratives qui témoignent du caractère éminemment dramatique des faits racontés et de la persistance, au moins sous la plume du narrateur, de la vivacité de son récit :

Goes on Shore, to invite the King on board. – The King being stopped by his Wife, and the Chiefs, a Contest arises. – News arrives of one of the Chiefs being killed by one of our People. – Ferment on this Occasion. – One of the Chiefs threatens Captain Cook, and is shot by him11.

8La construction des trois chapitres jusqu’à la mort révèle ensuite le tour nettement narratif du texte. La description du Moraï où les matelots s’installent et qui relève de la description de mœurs attendue du lecteur de récits de voyage est explicitement désignée comme une digression :

Before I proceed to relate the adoration that was paid to Captain Cook, and the peculiar ceremonies with which he was received on this fatal Island, it will be necessary to describe the Morai12.

Quelques pages plus loin, les mœurs des indigènes ne méritent d’être détaillées que pour mieux comprendre les événements qui vont suivre13. Au début du chapitre III, le capitaine King annonce la structure de son texte :

I shall now proceed to the account of those other transactions with the natives, which led, by degrees, to the fatal catastrophe of the 14th14.

Ce commentaire métatextuel n’est que l’un des effets d’annonce et de suspens dissimulés derrière la récurrence des expressions de “fatalité”, “catastrophe” et “tragédie”.

9La forme littéraire et dramatique donnée à la relation du séjour dans la baie de Karakakooa est renforcée encore par la présence de commentaires qui sont les symptômes d’une écriture rétrospective contredisant le pacte de spontanéité et de véracité du récit. Lorsque, après avoir subi des avaries, les navires anglais reviennent mouiller dans la baie, les matelots sont surpris de la trouver déserte. Le narrateur précise alors que la suite des événements entraîna a posteriori diverses interprétations :

Yet others were of opinion, or rather, perhaps, have been led by subsequent events to imagine that there was something, at this time, very suspicious in behaviour of the natives15.

Mais il refuse d’attribuer les causes du massacre à la perversité des chefs tahitiens, comme il refuse de prendre en considération la sévérité parfois supposée excessive du capitaine Cook. Le Commandeur aurait même, jusqu’à la dernière minute, tenté d’empêcher le massacre :

Our unfortunate Commander, the last time he was seen distinctly, was staring at the water’s edge, and calling out to the boat to cease firing, and to pull in. If it be true, as some of those who were present have imagined, that the marines and boat-men had fired without his orders, and that he was desirous of preventing any further bloodshed, it is not improbable, that his humanity, on this occasion, proved fatal to him16.

10Surgit ici le rappel discret du fait que King n’a pu être témoin de la scène puisqu’il était alors cantonné au Moraï et que son récit est une reconstruction. King le signale d’ailleurs a posteriori, à la toute fin du chapitre17. Mais l’aveu peut échapper au lecteur emporté par le récit, en focalisation externe et à la troisième personne du singulier, des derniers faits et gestes du héros.

11La réécriture, au nom de la vivacité dramatique et de la nécessité de satisfaire les attentes morbides du lecteur, l’emporte parfois sur l’exactitude et la prudence affichée par les narrateurs. La réécriture la plus signifiante, de ce point de vue, est celle de la version française abrégée en 1785. On lui doit la description la plus vive et la plus horrible des blessures infligées au marin :

À sa chute, les Insulaires poussèrent un grand cri. Ils retirèrent immédiatement après son corps sur le rivage, l’entourèrent ; et s’acharnant sur lui avec une férocité sauvage, ils lui percèrent les mains de leurs dagues18.

Les détails donnés résultent d’une faute de traduction de l’Anglais qui indiquait simplement que le corps de Cook avait été frappé avec une dague, que les insulaires s’arrachait des mains19. Cette erreur n’en est pas moins signifiante.

12Chacun des textes officiels, après s’être attardé sur les blessures infligées au capitaine, feint de ne pas avoir donné au lecteur ce qu’il attend et l’invite à détourner les regards pour mieux contempler les vertus du grand homme, comme pour mieux sacrifier à la visée didactique (et ici morale) du récit de voyage savant ; le récit précédent se métamorphose alors tout entier en une prétérition devant mener à l’éloge historique de Cook qui clôt le chapitre de sa mort et qui préside, d’une certaine manière, à la transformation du document scientifique qu’est le récit d’exploration en un monument. L’ensemble du récit de voyage y gagne un caractère sacré et l’on comprend alors que le rédacteur français de l’abrégé ait inventé les blessures infligées aux mains du capitaine, figurant les stigmates d’un marin exceptionnel métamorphosé, devenu au sein du récit de sa mort, une figure christique de l’exploration.

La Naissance d’un monument

13Le récit de la mort du capitaine perturbe la structure et l’ordre chronologique du genre du voyage puisque la « vie » du capitaine vient clore un chapitre, informant l’ensemble de la relation en une biographie qui vaut à la fois terminus ad quem et terminus ab quo. Il faut en effet attendre le quatrième chapitre pour que le capitaine King reprenne le fil de sa propre expérience et raconte ce qui se passait, pendant la mort de Cook, au Moraï. Il narre ensuite les « tractations » menées pour récupérer les restes du capitaine. Le chapitre IV est consacré dans sa plus grande partie aux étapes de la restitution par les insulaires de parties du corps de Cook, disséminées dans l’île entre les chefs et, corrélativement, disséminées dans l’ensemble du texte. Le but est quasiment atteint le 20 février, lorsque l’un des chefs tahitiens remet aux Anglais un paquet relativement conséquent, dont le contenu est décrit en des termes qui satisfont à un certain goût du détail morbide :

We found in it both the hands of Captain Cook entire, which were well known for a remarkable scar on one of them, that divided the thumb from the fore-finger, the whole length of the metacarpal bone ; the skull, but with the scalp separated from it, and the bones that form the face wanting ; the scalp, with the hair upon in cut short, and the ears adhering to it ; the bones of both arms, with the skin of the fore-arms hanging to them; the thigh and leg-bones joined together, but without the feet […]20.

Les marins procèdent ensuite à l’enfouissement des restes et quittent définitivement la Baie.

14Mais la description ou, plus exactement, l’énumération des restes n’a pas seulement pour fonction dans le texte d’accentuer encore l’horreur de la mort du capitaine. Dans la mesure même où les explorateurs anglais n’ont pu récupérer le corps du capitaine dans son entier, dans la mesure où ils ont enfoui ce qu’il en restait dans la baie fatale, seul le texte qui raconte la mort du capitaine et ses « funérailles » en contient encore le corps, dans son entier. Rétrospectivement, les parties biographiques qui surgissent entre le massacre et les funérailles sont une manière de reconstruire ce qui a été définitivement détruit et éparpillé. Sans compter que ces éloges biographiques constituent la seule épitaphe qu’il soit donné au lecteur de lire. Le récit du troisième voyage est, au sens quasi littéral, le monument funéraire du capitaine ; il est le seul « corps » que rapportent les marins en Angleterre.

15L’insertion d’un morceau biographique au cœur d’un récit de voyage encore inachevé transforme l’ensemble des quatre volumes du récit en un véritable tombeau. Le genre viatique et le genre biographique se confondent inextricablement. L’introduction générale au premier voyage contenait déjà un premier éloge historique. Elle se conformait certes à la tradition du genre en retraçant l’histoire des découvertes géographiques mais elle occupait un volume extraordinaire, de plus d’une centaine de pages et s’étendait avec une longueur inaccoutumée sur les exploits accomplis par Cook. L’éditeur anglais signalait de plus, à la fin, que cette « Introduction » était d’abord « destinée à servir d’épilogue à l’Histoire de nos derniers Voyages21 ». En d’autres termes, l’introduction au troisième voyage de Cook est aussi l’apothéose et la fin des récits de voyages et la « conclusion » à l’aune de laquelle il faut relire l’histoire de toutes les explorations savantes ; elle est le début et la fin du récit.

16L’équivalence entre récit de voyage et biographie se manifeste aussi dans le fait que l’une des premières biographies du capitaine, à l’endroit du troisième voyage, se transforme en un récit de voyage. Plutôt donc que d’être simplement résumé, le récit du troisième voyage, sous la plume de Kippis, est un nouvel abrégé de la version officielle sauf au moment où il s’agit d’évoquer la mort du capitaine. Là, Andrew Kippis déclare, non sans prendre quelques précautions, s’inspirer d’une autre source :

The circumstances which brought Captain Cook back to Karakakooa Bay, and the unhappy consequences that followed, I shall give from Mr. Samwell’s narrative of his death. This narrative was, in the most obliging manner, communicated to me in manuscript, by Mr. Samwell, with entire liberty to make such use of it as I should judge proper. Upon a perusal of it, its importance struck me in so strong a light, that I wished to have it separately laid before the world. Accordingly, with Mr. Samwell’s concurrence, I procured its publication, that if any objections should be made to it, I might be able to notice them in my own work. As the narrative has continued for more than two years unimpeached and uncontradicted, I esteem myself fully authorized to insert it in this place, as containing the most complete and most authentic account of the melancholy catastrophe […]22.

La prudence rhétorique de l’historien est aisément compréhensible lorsqu’on prend connaissance de l’ouvrage du chirurgien du Discovery publié en 1786 et intitulé A Narrative of the Death of Captain James Cook. To which are added some particulars, concerning his Life and Character. And Observations respecting the Introduction of the Veneral Disease into the Sandwich Islands. La seule juxtaposition des principaux objets du livre dans le titre pourrait faire scandale. Elle indique d’emblée que le chirurgien du bord entreprend une relation critique des explorations anglaises et de leurs conséquences sur les populations indigènes et s’écarte évidemment des visées politiques qui président aux relations officielles. Mais Samwell exclut Cook de la critique et contribue à sa manière à l’édification du héros en figure historique, voire hagiographique, de l’histoire des explorations.

17La version proposée par Samwell des circonstances qui entourent le massacre diffère considérablement du récit de 1784. L’auteur répond au rédacteur officiel en réfutant catégoriquement l’hypothèse de la malveillance des insulaires. Il insiste ensuite sur les sanctions injustes qui leur ont été parfois imposées. Puis il fait porter la responsabilité du massacre et de la mort du capitaine aux matelots : ceux-ci ont répondu par un tir d’artillerie à de simples jets de pierre et n’ont pas compris l’ordre de cessez-le-feu de Cook dont ils ont interprété le signal comme l’indice du fait que l’une des chaloupes devait s’éloigner, interdisant du coup toute retraite au héros. Enfin, et pour couronner le tout, le lieutenant de la chaloupe, plutôt que de récupérer le corps de Cook sur la plage désertée, aurait préféré l’abandonner23. La responsabilité tout entière de la catastrophe revient aux officiers qui ont fait preuve d’une sévérité inconsidérée et n’ont pas respecté la parole du capitaine, devenu la victime d’un fléau anglais.

La résurrection d’un Auteur

18La relation du voyage à l’Océan Pacifique, depuis le récit officiel jusqu’à ses différentes traductions et versions, n’est pas uniquement le conservatoire du corps du héros ; elle est la dépositaire de ses dernières paroles.

19Narrateurs, traducteurs ou éditeurs retracent ainsi presque systématiquement les derniers propos du capitaine, au discours direct, d’autant qu’ils témoignent des réticences avec lesquelles il a été contraint d’appliquer la règle suivant laquelle le vol d’un objet par les insulaires entraînait, jusqu’à sa restitution, une prise d’otages princiers. Or, la veille du jour de sa mort, une chaloupe a été volée sur l’un des navires et le capitaine et ses hommes ne sont pas parvenus à se saisir des voleurs. La voix du capitaine, dans la version officielle du récit mise au compte du capitaine King, s’élève :

When Captain Cook was informed of what had passed, he expressed much uneasiness at it, and as we were retiring on board, « I am afraid », said he, « that these people will oblige me to use some violent measures ; for », he added, « they must not be left to imagine, that they have gained an advantage over us »24.

La traduction française de l’extrait, par Démeunier, se fait également l’écho des mots du capitaine25. Les versions françaises du récit du troisième voyage, dans l’Abrégé de l’Histoire générale des voyages en 1786 et dans la Bibliothèque portative des voyages en 1817, s’attachent aussi à les faire entendre, quitte à les déformer légèrement26. Breton de la Martinière, qui réécrit la relation à la première personne, cite les « paroles remarquables » de Cook27. Mais la réécriture la plus dramatique du dialogue est sans doute celle de la première traduction abrégée française qui tranche avec l’abrégé officiel anglais où les mots de Cook sont simplement résumés au discours indirect28 ; là Cook exprime moins des craintes que des sentiments : « Je tremble, disait-il, que ces gens-là ne m’obligent à des voies de rigueur ; car, ajoutait-il, je ne dois pas leur laisser imaginer qu’ils puissent avoir sur nous le plus léger avantage29. »

20Le traducteur anonyme de l’abrégé français est si soucieux de faire entendre la voix du capitaine qu’il n’hésite pas à lui prêter des propos qui ne figurent pas dans le texte original, voire à lui attribuer des paroles qui ne sont pas les siennes. Ainsi Cook aurait dit à l’insulaire qui le menaçait de sa lance, au moment crucial où il se retirait de la rive et renonçait à ses otages « Retirez-vous30 ». Avant cela, alors que le narrateur désigné du troisième tome du voyage, le capitaine King, raconte avoir constaté que les marins ont utilisé des idoles pour construire une palissade et décidé de s’en remettre aussitôt aux grands prêtres, l’ensemble de ces observations et remarques est prêté à Cook : « je m’aperçus, dit M. Cook, que les matelots avaient transporté aux vaisseaux les douze dieux rangés sur la ligne circulaire31 ». Mais plus étonnante et signifiante encore est l’erreur grossière qui pousse le rédacteur à faire revenir Cook après sa mort. Après le massacre, le capitaine Gore depuis le navire constate que les insulaires se regroupent autour du Moraï. Cela devient, dans le texte : « M. Cook observa avec sa lunette, que les Insulaires s’y multipliaient considérablement autour des murs32. » Le capitaine Cook sort de son Mausolée et ressuscite en tant qu’Auteur et narrateur d’un texte qu’il n’a pas pu écrire.

21Cela pourrait s’appliquer à toutes les premières versions françaises et anglaises du voyage, car la nécessité de conserver les dernières paroles du capitaine, par-delà le fait de vouloir faire entendre sa voix, prend la forme de nombreuses déclarations liminaires visant à suggérer que les propos des témoins et des narrateurs initiaux de la mort doivent être particulièrement respectés et attribués à leurs sources exactes. Du respect du héros, on passe à celui de sa voix puis à celle du récit qui les contient et l’on retrouve alors, au niveau du récit complet cette fois, la tendance à prêter à Cook des propos qui ne sont pas les siens.

22Les journaux des officiers du bord étaient en général confiés par l’Amirauté à un rédacteur qui s’en inspirait pour composer les récits de chacun des voyages du capitaine. John Hawkesworth joua ce rôle pour le premier voyage ; le chanoine John Douglas prit sa suite pour les deux voyages suivants. Le nom de Cook apparaît en général sur la couverture des récits français et anglais et cette position favorise la confusion entre l’auteur du voyage et l’auteur du récit. La relation du troisième voyage du capitaine est la seule des trois relations où le capitaine est explicitement désigné comme l’auteur des deux tiers du texte. La mention « Vol. I and II written by Captain James Cook. Vol III by Captain James King » clôt en effet le titre33. Elle peut aisément faire oublier les nuances introduites par l’éditeur dans la très longue introduction générale au récit, lorsqu’il décrit la fabrication de son texte :

Captain Cook, knowing, before the sailed upon this last expedition, that it was expected from him to relate as well as to execute, its operations, had taken care to prepare such a journal as might be used for publication. This journal, which exists in his own hand-writing, has been faithfully adhered to. It is not a bare extract from his logbooks, but contains many remarks which, it appears, had not been inserted by him in the nautical register; and it is also enriched with considerable communications from Mr. Anderson, Surgeon of the Resolution. […] his journal, by the order of Lord Sandwich, was also put into the hands of the Editor, who was authorized and directed to avail himself of the information it might be found to contain, about matters imperfectly touched, or altogether omitted, in Captain Cook’s Manuscript. This task has been executed in such a manner, that the reader will scarcely ever be at a loss to distinguish in what instances recourse has been had to Mr. Anderson. To preclude, if possible, any mistake, the copy of the first and second volumes, before it went to the printer, was submitted to Captain King. […] As to the third volume, nothing more need to be said, than that it was completely prepared to the press by Captain King himself34.

Cette déclaration de John Douglas vaut revendication inédite, dans l’espace des relations officielles des voyages de Cook, de la fidélité aux dires du capitaine et assimilation entre l’homme d’action (personnage historique) et l’auteur. Douglas rappelle pour commencer l’ironie du sort qui voulut que Cook mourût au moment où il avait enfin obtenu de l’Amirauté le droit de rédiger et d’éditer lui-même le récit de sa dernière expédition ; Cook avait en effet fait part de son mécontentement vis-à-vis des relations de ses premières expéditions.

23L’éditeur ajoute que Cook, en plus du carnet de bord, a rédigé pendant cette troisième expédition un journal à partir de ses propres notes et de celles du chirurgien-naturaliste du bord. Cook était donc le premier éditeur du texte et, donc, dans la tradition des relations à plusieurs mains mises au compte des responsables des expéditions, son auteur. Mais Douglas signale également qu’il s’est à son tour permis quelques ajouts et corrections à partir du carnet d’Anderson, même s’il minimise la part de ses interventions et précise que ce qui revient à Anderson sera signalé comme tel, comme pour mieux protéger l’authenticité du récit en respectant scrupuleusement l’attribution des composantes du texte à leurs auteurs respectifs.

24Dans la version française de la Bibliothèque portative des voyages, traduite par Breton de la Martinière, le traducteur signale que la plus grande partie du voyage « a été rédigée sur le manuscrit même de M. Cook35 ». Jean-François de Laharpe, dans son Abrégé, s’inspire lui aussi de la préface officielle mais lui donne un tour légèrement différent :

Pour donner plus d’intérêt à cet abrégé, nous avons laissé parler souvent M. Cook, M. Anderson et M. King. Les expressions, les réflexions et les mouvements les plus simples, qu’on ne remarquerait pas, qui seraient peut-être jugés trop faibles dans l’Écrivain tranquille, qui rédige ou qui abrège un Voyage, frappent le Lecteur, lorsqu’il entend les Navigateurs eux-mêmes ; et le contraste des héroïques travaux et des dangers d’une expédition pareille à celle-ci, avec le calme et l’aimable simplicité des acteurs, sera toujours admirée par les bons esprits36.

L’authenticité et l’autorité ne se confondent pas là avec l’auctorialité. Laharpe prend ainsi le contre-pied de la relation officielle et de sa première traduction puisque Démeunier, en 1785, non seulement reproduisait fidèlement la longue introduction générale mais déclarait aussi en guise de « préface du traducteur » qu’il avait mis plus de soin encore à traduire ce troisième récit qu’il n’en avait mis à ses traductions antérieures37. Comme l’éditeur, il achevait l’introduction générale en décrétant d’un seul trait la qualité d’« Auteur » du capitaine et le caractère monumental de son texte :

On voit souvent, à la tête des Livres d’un Auteur mort, les éloges que lui ont donné les Savans, ses contemporains, et on ne sera pas étonné si je place à la tête de l’Ouvrage posthume de M. Cook, le jugement qu’en a porté un Homme de sa profession, aussi distingué par l’élévation de son rang que par ses vertus : il veut demeurer inconnu, et l’indication qui vient de m’échapper, pouvant le faire reconnaître, je lui en demande pardon […]38.

La relation du troisième voyage, dans son entier, est donc devenue ou devient grâce à cette déclaration « l’ouvrage posthume » d’un « Auteur mort ». L’éditeur conclut en formant « des Vœux pour que la postérité trouve ailleurs que dans ce Volume, un Monument à la gloire d’un Navigateur dont l’Europe se plaît, ainsi que la Grande Bretagne, à raconter et célébrer les découvertes39 ».

25Un glissement se produit, sous la plume de l’éditeur, de l’idée d’authenticité à celle d’autorité, puis à celle d’auctorialité. Ce qui est instauré en tant qu’« Œuvre » désigne en réalité un texte originel à plusieurs mains qui autorise que, sous son nom, se rangent non seulement le récit officiel, mais aussi toutes les versions et traductions successives du « Troisième Voyage » de Cook. En réalité, le récit du troisième voyage de Cook, parce qu’il est le récit de la mort du capitaine, rend manifeste de manière explicite la feinte éditoriale qui présidait à la publication de l’ensemble des voyages auxquels on adossait en couverture le nom des capitaines. Paradoxalement, la revendication de l’authenticité des propos, parce qu’elle se confond avec l’idée d’autorité et avec celle d’auctorialité, n’est pas incompatible avec les remaniements subis par l’« Œuvre » qui désigne alors une constellation de textes composés par des éditeurs et des traducteurs qui se posent en narrateurs. Mais le paradoxe s’efface si l’on admet que l’Auteur ne peut être qu’une fiction, une figure fabriquée de toute pièce par un texte qui s’est lui-même constitué en monument en inventant des sujets souvent fictifs que l’usage des différentes personnes grammaticales ne permet guère d’identifier.

26Dans « La mort de l’auteur », Roland Barthes, traitant de la littérature moderne et contemporaine, déclarait que « la naissance du lecteur d[evait] se payer de la mort de l’Auteur40 ». Dans le cas bien ultérieur du voyage de Cook, on pourrait lui répondre que la naissance de l’Auteur doit se payer de sa mort. Car, dans ce cas, l’émergence du décret auctorial n’empêche nullement la réécriture de multiples textes reposant pour beaucoup sur la glose et sur la copie et tous mis au compte du même auteur. Certes on pourrait en déduire que l’exemple de la relation du voyage anglais à l’Océan Pacifique ne fait que confirmer que le nom d’auteur, comme le soulignait Michel Foucault, peut être une « marque ». Mais, pour reprendre les termes du philosophe, les éditeurs des récits du troisième voyage, depuis leur source officielle, s’évertuent précisément à donner un corps à la figure de l’Auteur et à justifier que l’« Auteur », même mort, est bien celui qui a écrit le récit, quitte à inventer un sujet. Le commentaire des diverses écritures de la mort du capitaine a montré que, dans le cadre du récit du troisième voyage, et, plus largement dans le cadre de l’histoire du récit de voyage au tournant des xviiie et xixe siècles, les catégories foucaldiennes de l’auteur en tant qu’individu, sujet ou figure se confondent : l’individu Cook a disparu au cœur du texte pour y renaître en tant que personnage historique et sujet fictif ; parce que le texte y gagne le statut de monument, Cook, une fois mort, est devenu « Auteur ». Inversement, l’étude des définitions théoriques de l’auteur, appliquées au domaine du récit de voyage, montre fort bien le chassé-croisé qui s’y déroule entre science et littérature : autorité savante et auctorialité littéraire ne font plus qu’une puisque le récit de voyage de Cook et, surtout, les remarques savantes qu’il contient et qui étaient destinées à être poursuivies ou contredites, sont parties prenantes d’un monument intouchable. Le récit de voyage scientifique relève de la science et de la littérature et contribue à leurs définitions croisées. En 1801, le zoologue français Bory de Saint-Vincent visitait l’île de Ténériffe et en construisait la description à partir de la critique systématique de la relation du troisième voyage de Cook. S’en prenant à une remarque qui suggérait que les habitants suivaient les modes françaises et s’inspiraient ainsi du mauvais goût français, le narrateur s’insurgeait en ces termes :

Si c’était un autre que Cook qui eût écrit cette phrase, on la trouverait au moins impertinente ; mais le temps n’est pas venu, et le navigateur breton passe encore pour infaillible41.

Bory de Saint-Vincent sait pertinemment que la remarque est à mettre au compte d’Anderson mais feint de confondre le sujet du récit, l’auteur présumé et l’autorité du texte ; il illustre à sa manière la façon dont le voyage, attribué à un Auteur et devenu Œuvre a pu instaurer une certaine discursivité critique.

Notes

1 Roland Barthes, « La mort de l’auteur », dans Le Bruissement de la langue, Paris, Éditions du Seuil, 1984.

2 Michel Foucault, « Qu’est-ce qu’un auteur ? » [1969], dans Dits et Écrits, vol. I, Paris, Gallimard, 1994.

3 Olivier Chapuis, À la mer comme au ciel. Beautemps-Béauprès & l’invention de l’hydrographie moderne (1700-1850), Paris, PUPS, 1999, p. 28.

4 Il exista en effet une édition du second voyage de Cook parue à Dublin l’année même du retour des navires et signée de la main d’un certain John Marra qui participait à l’expédition et ne remit pas ses notes à l’Amirauté Britannique.

5 Paraissent en effet successivement le Journal of captain Cook’s last Voyage to the Pacific Ocean on ‘Discovery’ en 1781 composé par le lieutenant John Rickmann qui demeura un temps anonyme, les traductions en français et en allemand de ce récit, le Reise um die Welt mit Capitain Cook à Mannheim en 1781 écrit par Heinrich Zimmerman, patron à bord du Discovery, An Authentic Narrative of a Voyage performed by Captain Cook and Captain Clerke in His Majesty’s Ships « Resolution » and « Discovery » during the years 1776, 1777, 1778, 1779 & 1780, in search of a North-West Passage between the Continents of Asia and America, including a faithful account of all their discoveries, and the infortunate death of Captain Cook, by W. Ellis, assistant surgeaon to both Vessels en 1782 à Londres et, enfin, A Journal of Captain Cook’s last Voyage to the Pacific Ocean and in quest of a North-West Passage, publié en 1783 à Hartford et signé par John Ledyard, un marin américain qui avait déserté l’expédition.

6 James Cook, Troisième Voyage abrégé du capitaine Cook, dans l’Océan Pacifique ; Avec une carte générale & l’Estampe représentant la mort de ce capitaine ou Histoire des dernières découvertes dans la mer du Sud, Paris, Moutard, 1785, p. iij.

7 James Cook, A Voyage to the Pacific Ocean. Undertaken by Command of His Majesty, For making Discoveries in the Northern Hemisphere. Performed under the Direction of Captains Cook, Clerke and Gore. In the Years 1776, 1777, 1778, 1779, 1780. Being a copious, comprehensive and satisfactory Abridgement of the Voyage written by James Cook, F. R. S. and Captain James King, H. D. and F. R. S., London, Stockdale, Scatcherd, Witaker Fielding, Hardy, 1784, t. III, p. 198 :“Pour satisfaire la curiosité du lecteur”. Nous traduisons.

8 James Cook, Troisième Voyage de Cook, ou Voyage à l’Océan Pacifique, ordonné par le roi d’Angleterre pour faire des découvertes dans l’hémisphère Nord…, traduit de l’anglais par M. D***. Les deux premiers volumes de l’original ont été composés par le capitaine Jacques Cook, et le troisième par le capitaine Jacques King, Paris, Hôtel de Thou, 1785, t. I : « L’Estampe de la mort du Capitaine Cook. On trouvera au tome III, Livre V, chapitre III les détails et l’explication de cette Estampe ».

9 James Cook, A Voyage to the Pacific Ocean Undertaken by the Command of His Majesty, for making Discoveries in the Northern Hemisphere. To determine the Position and Extent of the West Side of North America; its distance from Asia; and the Practicability of a Northern Passage to Europe. Performed under the Direction of Captains Cook, Clerke and Gore, in His Majesty’s Ships the “Resolution” and the “Discovery”. In the Years 1776, 1777, 1778, 1779 & 1780. In Three Volumes. Vol. I and II written by Captain James Cook, F. R. S.. Vol. III Written by Captain King, London, Nicol, 1784, t. III, p. 42-49.

10 Gérard Genette, « Frontières du récit », dans Figures II, Paris, Éditions du Seuil, 1969, p. 58 : nous faisons référence au moment où Gérard Genette affirme qu’il ne peut y avoir de « genre descriptif », en dehors du domaine didactique ; ce qui revient à réserver la critique littéraire qu’il mène aux genres narratifs et, de facto, à exclure un certain nombre de « discours » du domaine de la littérature.

11 James Cook, op. cit., « Contents » : « Va à terre, pour inviter le roi à bord. - Le roi étant arrêté par son épouse, et les chefs, une contestation s’engage. – On apprend qu’un des chefs a été tué par un des nôtres. –Troubles à cette occasion. – Un des chefs menace le capitaine Cook, et est abattu par lui ». Nous traduisons.

12 Ibid., p. 6 : « Avant de raconter l’adoration rendue au capitaine Cook, et les cérémonies particulières avec lesquelles il a été reçu sur cette île fatale, il sera nécessaire de décrire le Morai ». Nous traduisons.

13 Ibid., p. 15 : “As everything relating to the character and behaviour of this people must be interesting to the reader, on account of the tragedy that was afterward acted there, it will be proper to acquaint him that we had not always so much reason to be satisfied with the conduct of the warrior chiefs, or Earees, as with that of the priests” : « Comme tout ce qui touche au caractère et au comportement de ce peuple doit intéresser le lecteur, compte tenu de la tragédie qui se déroula ensuite en ce lieu, il conviendra de lui faire savoir que nous n’avons pas toujours eu autant de raisons d’être satisfaits de la conduite des chefs de guerre ou Earee, que de celle des prêtres ». Nous traduisons.

14 Ibid., p. 36 : « Je vais maintenant passer au compte rendu des autres transactions avec les indigènes qui ont conduit, par degré, à la catastrophe fatale du 14 ». Nous traduisons.

15 Ibid., p. 37 : « Cependant d’autres pensaient, ou plutôt, peut-être, ont été conduits à imaginer par les événements qui ont suivi, qu’il y avait, dès ce moment, quelque chose de suspect dans le comportement des indigènes ». Nous traduisons.

16 Ibid., p. 48 : « Notre infortuné commandant, la dernière fois qu’on l’a vu distinctement, regardait le bord de l’eau et appelait le bateau à cesser le feu et à s’arrêter. S’il est vrai, comme l’ont imaginé certains des présents, que les marins et les bateliers avaient tiré sans ses ordres, et qu’il était désireux d’empêcher toute nouvelle effusion de sang, il n’est pas improbable que son humanité, en cette occasion, lui ait été fatale ». Nous traduisons.

17 Ibid., p. 49.

18 James Cook, Troisième Voyage abrégé du capitaine Cook dans l’Océan Pacifique, Paris, Hôtel de Thou, 1785, t. III., p. 67.

19 James Cook, Voyage to the Pacific Ocean, op. cit., p. 46 et James Cook, A Voyage to the Pacific Ocean. Undertaken by Command of His Majesty, For making Discoveries in the Northern Hemisphere. Performed under the Direction of Captains Cook, Clerke and Gore. In the Years 1776, 1777, 1778, 1779, 1780. Being a copious, comprehensive and satisfactory Abridgement of the Voyage written by James Cook, F. R. S. and Captain James King, H. D. and F. R. S., London, Stockdale, Scatcherd, Witaker Fielding, Hardy, 1784, t. III, p. 189.

20 Ibid., p. 80 : « Nous y avons trouvé les deux mains entières du capitaine Cook, bien connues pour une cicatrice remarquable sur l’une d’elles, qui séparait le pouce de l’index, sur toute la longueur de l’os métacarpien ; le crâne, mais avec le cuir chevelu séparé de celui-ci, et sans les os qui forment le visage ; le cuir chevelu, avec les cheveux en coupe courte, et les oreilles accrochées à lui ; les os des deux bras, avec la peau des avant-bras pendante ; les os des cuisses et des jambes joints ensemble, mais sans les pieds ». Nous traduisons.

21 James Cook, Troisième Voyage de Cook ou Voyage à l’Océan Pacifique…, trad. fr. Nicolas Démeunier, Paris, Hôtel de Thou, 1785, t.I, p. cxij.

22 Andrew Kippis, The Life of Captain James Cook, London, J. J. Tourneisen, 1788, p. 240-241 : « Les circonstances qui ont ramené le capitaine Cook dans la baie de Karakakooa, et les conséquences malheureuses qui ont suivi, je vais vous les relater à partir du récit de sa mort par M. Samwell. Ce récit m’a été, de la manière la plus obligeante, communiqué par M. Samwell sous forme de manuscrit, avec l’entière liberté d’en faire l’usage que je jugerai approprié. Après l’avoir lu, son importance m’a frappé si fort que j’ai souhaité qu’il soit rendu public et publié séparément. En conséquence, avec l’accord de M. Samwell, j’ai procédé à sa publication, afin que si des objections étaient formulées à son égard, je puisse en tenir compte dans mon propre travail. Comme le récit s’est poursuivi pendant plus de deux ans sans être empêché ni contredit, je m’estime pleinement autorisé à l’insérer en cet endroit, car il contient le récit le plus complet et le plus authentique de la triste catastrophe ». Nous traduisons.

23 Ibid., p. 256-259.

24 James Cook, Voyage to the Pacific Ocean, op. cit., p. 40 : « Lorsque le Capitaine Cook fut informé de ce qui s’était passé, il témoigna d’un certain malaise et, alors que nous nous retirions, il dit “Je redoute que ces gens ne m’obligent à user de mesures violentes car”, ajouta-t-il, “on ne doit pas leur laisser imaginer qu’ils ont pris un avantage sur nous” ». Nous traduisons.

25 James Cook, Troisième Voyage de Cook ou Voyage à l’océan Pacifique, op. cit., p. 431.

26 Jean-François de Laharpe, Abrégé de l’histoire générale des voyages, Paris, Hôtel de Thou, 1786, t. XXIV, p. 333.

27 James Cook, Troisième Voyage de Cook, trad. fr. MM. Henry et Breton, t. I-III, dans Bibliothèque portative des voyages, Paris, Mme Vve Lepetit, 1817, t. XXVII, p. 167.

28 James Cook, Voyage to the Pacific Ocean…Being a copious Abridgment, op. cit., p. 191.

29 James Cook, Troisième Voyage abrégé du capitaine Cook dans l’Océan Pacifique, Paris, Hôtel de Thou, 1785, t. III, p. 57

30 Ibid., p. 65.

31 Ibid., p. 35-36.

32 Ibid., p. 76.

33 James Cook, Voyage to the Pacific Ocean…, London, Nicol, 1784, t. I, page de titre.

34 James Cook, Voyage to the Pacific Ocean, London, Nicol, 1784, t. I, p. lxxxvij-lxxxviij : « Le capitaine Cook, sachant, avant le départ de cette dernière expédition, qu’on attendait de lui qu’il relate et exécute ses opérations, avait pris soin de préparer un journal qui pourrait être utilisé pour la publication. Ce journal, qui existe écrit de sa propre main, a été fidèlement respecté. Il n’est pas un simple extrait de ses journaux de bord, mais contient de nombreuses remarques qui, semble-t-il, n’avaient pas été insérées par lui dans le registre nautique ; et il est également enrichi de communications considérables de M. Anderson, chirurgien de la Résolution. […] son journal, par ordre de Lord Sandwich, a également été remis entre les mains du rédacteur en chef, qui a été autorisé et enjoint de se servir des informations qu’il pourrait contenir, sur des sujets imparfaitement touchés, ou tout à fait omis, dans le manuscrit du capitaine Cook. Cette tâche a été exécutée de telle manière que le lecteur ne sera guère en mesure de distinguer dans quels cas il a été fait appel à M. Anderson. Afin d’éviter, si possible, toute erreur, la copie des premier et deuxième volumes, avant qu’elle ne soit envoyée à l’imprimeur, a été soumise au capitaine King. […] Quant au troisième volume, il n’est pas nécessaire d’en dire plus, si ce n’est qu’il a été entièrement préparé pour l’impression par le capitaine King lui-même ». Nous traduisons.

35 James Cook, Troisième Voyage de Cook, trad. fr. MM. Henry et Breton, op. cit., p. xxiij.

36 Jean-François de Laharpe, Abrégé de l’histoire générale des voyages, op. cit., p. 11.

37 James Cook, Troisième Voyage de Cook, trad. fr. Nicolas Démeunier, op. cit., p. i.

38 Ibid., p. cxxvii.

39 Ibid.

40 Roland Barthes, « La mort de l’auteur », in Œuvres complètes, Paris, Éditions du Seuil, 2002, t. III, p. 45.

41 Jean-Baptiste-Geneviève-Marcellin Bory de Saint-Vincent, Essais sur les Isles Fortunées, Paris, Baudouin, 1801, p. 241.


Pour citer ce document

Anne-Gaëlle WEBER, «La mort de Cook ou la naissance de l’Auteur», Viatica [En ligne], n°8, mis à jour le : 19/02/2021, URL : https://revues-msh.uca.fr:443/viatica/index.php?id=1580.

Auteur

Quelques mots à propos de :  Anne-Gaëlle WEBER

« Textes et Cultures », Université d’Artois