En quête des secrets du Levant
Observations sur les momies égyptiennes dans les récits des voyageurs européens du xviisiècle (1601-1679)
In Search of the Secrets of the Levant: Observations on Egyptian Mummies in the Accounts of 17th Century European Travellers (1601-1679)

Elena MUCENI

Résumé : Considérées comme un médicament aux vertus extraordinaires, les momies égyptiennes alimentaient, au xviie siècle, un marché florissant. À cette époque, où la thanatopraxie était encore méconnue en Europe, les momies ont aussi catalysé l’attention des « esprits curieux », s’imposant comme l’une des attractions incontournables pour les cabinets de curiosités. Entourées de cette aura de magie et curiosité, elles ont aussi exercé une forte attraction sur les voyageurs qui ont traversé ou exploré l’Égypte. L’article interroge les relations (publiées entre 1601 et 1679) de quelques-uns de ces voyageurs, qui, les unes après les autres, ont permis d’accumuler des connaissances empiriques autour des momies et contribué à en préciser et démystifier l’image, bien qu’ils n’aient pas pu percer tous les aspects du mystère qui les entoure.

Abstract: Considered to be a medicine with extraordinary virtues, Egyptian mummies supplied a flourishing market in the 17th century. At this time, when thanatopraxy was still little known in Europe, mummies also catalyzed the attention of « esprits curieux », to whom they represented one of the must-have item for their collections. Surrounded by this aura of magic and curiosity, they also exerted a strong attraction on travellers exploring or passing through Egypt. The article questions the accounts (published between 1601 and 1679) of some of these travellers, which helped to accumulate empirical knowledge about mummies and contributed to clarifying and demystifying their image, although they were unable to fully unveil their mystery.



Deux fois par jour, à jeun

1Le dernier jour du mois d’août 1580, Christofle des Ursins, chevalier et membre du conseil privé d’Henri III, eut un grave accident. Pendant qu’il se promenait à cheval, il fut renversé par l’animal, qui lui tomba dessus. Il fut sauvé grâce à une intervention d’urgence effectuée par le premier chirurgien du roi, Ambroise Paré, qui l’assista ensuite jusqu’à son rétablissement. Au cours de sa convalescence, Christofle des Ursins exprima néanmoins une perplexité concernant les remèdes utilisés par le chirurgien pour le guérir : pour quelle raison ne lui avait-il pas administré du jus de momie ?

2Une telle question, qui décontenancerait aujourd’hui tout un chacun, ne surprit aucunement Ambroise Paré, qui mit par écrit la réponse à cette interrogation dans un petit traité destiné à devenir une référence, le Discours de la momie, de la licorne, des venins et de la peste1. Dans l’ouvrage, le chirurgien discréditait, en s’appuyant sur des arguments de nature scientifique et expérimentale, certaines pratiques médicales habituelles à l’époque et, en particulier, l’emploi de restes de momies – en poudre, en morceaux ou en jus – comme médicament. Enracinée dans la perception des momies comme des corps « magiques », parce qu’incorrompus, et autorisée par le principe « scientifique » selon lequel « le semblable soigne le semblable », la croyance dans l’efficacité de ce remède pouvait s’appuyer sur de nombreux traités de médecine et pharmacopée2. En effet, l’usage de la momie était recommandé par des autorités incontestées : parmi les contemporains d’Ambroise Paré, Paracelse, Cardan3 et Joseph du Chesne4 vantaient, comme jadis Avicenne, les vertus de ce médicament et assuraient son efficacité pour soigner les affections les plus diverses. Jugée utile contre les migraines, les vertiges, les infections aux oreilles et même l’épilepsie, la momie a été communément considérée, au moins jusqu’à la fin du xviisiècle, comme le remède indispensable pour tous les problèmes qui relevaient de la traumatologie et de l’orthopédie, comme les contusions et les fractures provoquées par des chutes.

3Cette croyance a impliqué le développement, dès la fin du Moyen Âge, d’un véritable marché de momies – ou de contrefaçons de momies5 – destiné à ravitailler les boutiques d’apothicaires de toute l’Europe6, et surtout du Royaume de France7. Pourtant, encore au xvisiècle, peu de personnes disposaient d’informations concrètes et vérifiées au sujet de ces corps incorrompus. Or, la superposition d’une impression de familiarité, d’un côté, et, de l’autre, d’une aura de mystère autour de ces objets extraordinaires – l’art de la thanatopraxie étant à l’époque méconnu en Occident – devait inévitablement engendrer un intérêt considérable pour les momies. Ainsi, au xviisiècle, elles ont catalysé l’attention des « esprits curieux », et se sont imposées comme l’une des attractions les plus exclusives et incontournables des cabinets de curiosités. Subjugués par la fascination exercée par l’objet égyptien en général, plusieurs intellectuels de l’époque, à l’instar de leur « prince », Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, ont ainsi contribué à l’essor de celle que Sydney Aufrère définit comme une « momimania8 ».

4Rien d’étonnant donc que tous les voyageurs européens qui, à l’époque, ont traversé l’Égypte en route vers « le Levant », aient organisé des expéditions pour visiter ou repérer des endroits où l’on pouvait observer, voire acheter, des momies authentiques. Certaines de ces recherches, observations et parfois acquisitions de momies égyptiennes, ont été décrites dans les relations rédigées par ces voyageurs. Il est notoire que ces textes, convoités par les imprimeurs en vertu de leur potentiel commercial, représentaient non seulement des guides pour les autres voyageurs, mais ils étaient souvent aussi la seule source fiable de renseignements sur la géographie, l’histoire, la culture et la nature de territoires parfois inexplorés. Dans cet article, nous allons interroger les relations de quelques-uns des voyageurs qui ont visité l’Égypte au cours du xviisiècle et dont les relations de voyage ont été publiées avant les années 16809. Les uns après les autres, ces récits ont permis d’accumuler un ensemble de connaissances autour des momies, issues de l’observation et de l’expérience, et ont ainsi contribué à préciser et démystifier l’image de ces objets, bien qu’ils aient parfois confirmé les superstitions qui entouraient ces corps mystérieux.

Face à face avec les momies

5La première expérience d’observation des momies égyptiennes que nous allons considérer est celle du noble polonais Mikołaj Krzysztof Radziwiłł (1549-1616)10. Celui-ci accomplit un pèlerinage en Terre sainte entre 1582 et 1584, qu’il décrivit dans une relation rédigée dans les années 1580 ; comme plusieurs autres ouvrages du même genre11, ce récit ne fut pas cependant publié immédiatement, ni dans la langue de son auteur. Composé originairement en polonais, ce récit resta manuscrit jusqu’à ce que le célèbre philologue Tomasz Treter en réalisât une traduction latine, qui parut pour la première fois en 1601 sous le titre de Ierosolymitana Peregrinatio12. Dans sa relation, Radziwiłł rapporte que, après avoir visité la ville du Caire et les pyramides de Gizeh, il se dirigea vers le sud pour visiter des « galeries souterraines creusées dans la pierre » où les momies étaient conservées. Le voyageur décrit ces cavités comme des espèces de puits, de plus de cinq mètres de profondeur, au long desquels s’ouvrent plusieurs autres galeries creusées horizontalement dans la pierre. Dans ces « cryptes », dont l’ouverture est cachée sous le sable, et auxquelles on accède avec des cordes,

Multa hominum cadavera erant sepulta: e quibus Mumia, quam vocant, petitur. Affirmant ea corpora, sive balsamo, sive alijs diversarum herbarum unguentis, condita fuisse: quae qualia esse potuerint, discurrant medici. Apparet certe aliquid egregium & singulare fuisse: quandoquidem a tribus annorum millibus, absque minimi alicuius membri putrefactione, eiusmodi corpora integra in hanc vique diem conservantur13.
(Beaucoup de cadavres humains étaient ensevelis, parmi lesquels se trouvent ceux qu’on appelle les momies. On dit que ces corps ont été traités avec du baume, ou avec plusieurs onguents aux herbes : laissons les médecins spéculer sur cela. Il est manifeste qu’il s’agit de quelque chose d’extraordinaire et rare, car pendant trois mille ans et jusqu’à aujourd’hui ces corps sont restés intègres et aucun membre, même le plus petit, ne s’est décomposé).

6Radziwiłł brosse un tableau détaillé de ces galeries où, à cause de la grande quantité de corps amassés, il faut se pencher pour avancer : certaines momies gisent sur le sol, simplement enveloppées dans des bandelettes noircies ; d’autres sont posées à l’intérieur de cercueils en bois ou en pierre, et les toiles qui les recouvrent sont décorées avec les effigies du défunt et d’autres hiéroglyphes, réalisés en couleurs ou en or, encore parfaitement brillants. À l’intérieur de ces sarcophages se trouvent des statuettes anthropomorphes et zoomorphes, en pierre ou en bois, d’un cubitus environ (entre 40 et 45 cm). D’autres petites sculptures en argile, de couleur violette ou céleste, mais d’un format plus réduit (de la longueur d’un doigt environ) et enveloppées dans de minuscules bandelettes, se trouvent aussi, comme des poupées russes, à l’intérieur des corps momifiés. Radziwiłł écrit qu’en sectionnant les momies more anatomico on voit qu’à l’intérieur de ces corps les herbes et les onguents utilisés pour l’embaumement confèrent aux organes l’aspect d’une masse indistincte, noirâtre et luisante, tandis que les os, parfaitement conservés, présentent une blancheur extraordinaire. Le voyageur est aussi frappé par l’odeur qui imprègne ces cryptes : elle est tolérable, mais l’arôme des herbes et des onguents utilisés pour embaumer les corps est néanmoins très intense ; dans le mélange d’odeurs qui flottent dans l’air on distingue surtout un parfum de myrrhe14. Comme l’aurait fait tout curieux de l’époque disposant de moyens adéquats, Radziwiłł ne quitte pas l’endroit avant d’avoir négocié avec ses guides l’achat de deux momies : celles d’un homme et d’une femme, qui partageaient la même tombe, qu’il paye en monnaie forte, deux sequins de Venise15.

7Cette description attentive est significative de l’intention du voyageur de fournir des informations exactes au sujet des momies et des « puits des momies » et de démentir certains ouï-dire incorrects. Parmi ceux-ci, celui évoqué le plus souvent dans les récits de voyage est l’idée que les momies sont simplement des corps « desséchés » par l’action du vent et du soleil et conservés dans le sable. Déjà Pierre Belon avait désavoué cette croyance dans ses Observations16 ; Radziwiłł est lui aussi formel à ce sujet : les momies sont le produit de l’art et du travail humain et non pas le résultat de l’exposition des cadavres à des conditions environnementales certes particulières, mais toujours naturelles. Bien que l’on puisse trouver dans le désert les dépouilles de personnes décédées, qui n’ont pas été enterrées, et dont les cadavres ont été séchés par l’action du vent, du soleil et de l’arène, ces restes carbonisés ne peuvent pas être définis comme des momies :

Haec quae de Mumia, ex ipso visu certissime didici, hic referre libuit […]. Affirmant enim quod mumia sit ex ijs corporibus, quae in partibus illis arena obruuntur. Sed merae sunt fabulae. Nec enim Mumia fortuito sit, sed ex corporibus, ab immemorabili tempore unguentorum commixtione conditis, ita ut dictum est, coalescit17.
(Au sujet des momies, je peux dire ce que j’ai appris, l’ayant vu de mes propres yeux […]. On affirme que les momies sont ces corps qui ont été recouverts par le sable dans ces régions. Mais c’est véritablement une légende sans fondement. En effet, les momies ne sont pas produites accidentellement, mais, comme on l’a dit, ce sont ces corps, qui, il y a longtemps, ont été traités avec un mélange d’onguents).

Les momies de Pietro Della Valle

8Pietro Della Valle (1586-1652) explora à son tour l’Égypte au début de son long voyage en Orient (1614-1626), lorsqu’il envisageait d’accomplir simplement un pèlerinage en Terre sainte18. La relation de son expérience extraordinaire, devenue une référence fondamentale pour les curieux et les voyageurs du xviisiècle, se compose des lettres qu’il envoya à son ami Mario Schipano au fur et à mesure qu’il poursuivait ses explorations. Réunies et organisées en trois volumes, ces lettres furent publiées à Rome, à partir de 1650, sous le titre de Viaggi di Pietro della Valle il Pellegrino19. Le récit de sa visite aux puits des momies dans la plaine de Saqqara se trouve dans le premier volume de l’ouvrage et est exemplaire de la manière dont les voyageurs se servaient des relations déjà disponibles : en se basant sur les Observations de Pierre Belon20, Della Valle, accompagné d’une trentaine de personnes (amis, serviteurs et paysans indigènes), décide de rechercher des puits inexplorés plutôt que de visiter des puits déjà ouverts. Toutefois, pendant que les serviteurs creusent dans le sable pour repérer un de ces puits, un paysan approche l’explorateur et le convainc de le suivre – avec son interprète et son peintre – jusqu’à un endroit où ils trouvent :

[…] le corps entier d’un homme mort, qui me parût quelque chose de beau, & de galand, pour avoir esté parfaitement bien conservé […] Ce cadavre sembloit estre nud, & tout estendu ; mais emmailloté très estroitement, & envelopé d’une infinité d’aunes de toile fine embaumées de ce bitume, lequel incorporé avec la chair s’apelle Mumie parmi nous, dont on se sert en Medecine […]. Sur cette toile exterieure qui envelopoit le corps, comme sur le couvercle d’une cassatte, on avoit peint l’effigie d’un jeune homme, qui estoit sans doute le portrait du mort, mais revestu de ses habits, & orné depuis les pieds iusques à la teste de tant de bagatelles peintes & dorées, avec si grande quantité de hieroglifiques, de caracteres, & de semblables fantaisies, qu’à mon avis c’estoit la plus jolie chose du monde21.

9Des ornements peints sur cette momie, Della Valle déduit qu’il s’agit des restes d’une personne de rang élevé ; en se basant sur les écrits de Diodore de Sicile il avance notamment l’hypothèse qu’il s’agit des dépouilles d’un juge, comme l’indiquerait l’effigie d’un oiseau sur la médaille dessinée à hauteur de sa poitrine. Attiré par la beauté de ces détails, le voyageur décide d’acheter cette momie, avec une autre, parfaitement conservée, qui

[…] portoit la figure d’une jeune Damoiselle, qui devoit estre sans doute ou la femme ou la sœur de celuy que nous avions déterré […] Le vêtement de la Damoiselle est beaucoup plus enrichi d’or & de pierreries que n’est celuy de l’hõme […] Elle a aussi des pendans d’oreilles de pierreries ; des brasselets aux bras & aux jambes ; plusieurs bagues aux deux mains22.

10Della Valle ordonne alors d’interrompre les travaux de recherche : il est satisfait de l’achat de ces deux momies et de celle d’un enfant, destinés à son cabinet de curiosités. À la différence d’autres exemplaires de momie, qui ne sont pas arrivés à destination, ceux de Della Valle ont traversé sans problème la Méditerranée et ont pris place dans le palace du noble romain, où ses amis ont pu les observer. À la mort de Pietro, en 1652, son fils Nicolò entra en possession de ce trésor, qui fut ensuite vendu au roi de Pologne Auguste II23 : c’est pourquoi les momies décrites dans la relation figurent dans l’inventaire des galeries du souverain dressé en 173324; elles sont aujourd’hui exposées à Dresde25.

Extrait de De voortreffelyke reizen van de deurluchtige reiziger Pietro della Valle […], Amsterdam, Abraham Wolfgang, 1664, f. 113.

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Source : Netherlands Institute of the Near East library, Leyde (collection spéciale).

C. R. Thoman, Momies d’Égypte, dans Raymond Leplat, Recueil des marbres antiques qui se trouvent dans la Galerie du Roy de Pologne à Dresden: avec privilege du roy, l’année 1733, Dresde, à l’imprimerie de la Cour chez la veuve Stöffer, planche 197.

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Bibliothèque universitaire d’Heidelberg. URL : https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/leplat1733/0201.

Un Brugeois en Égypte

11Della Valle paya neuf piastres pour ces trois momies, un prix jugé avantageux par les éditeurs de la version française de sa relation et qui correspond à peu près à celui payé par Radziwiłł26. L’annotation minutieuse des frais suggère que ces détails « pratiques » étaient considérés comme tout autre qu’anodins par les auteurs de ces relations et par les voyageurs qui planifiaient de se rendre dans les mêmes territoires.

12En matière de dépenses, c’est probablement Vincent de Stochove de Bruges (1605-1679)27 qui négocia le prix le plus avantageux pour visiter les puits des momies, à savoir un réal d’Espagne seulement28. Le récit du voyage qu’il accomplit entre 1631 et 1633 a été publié en 1643 sous le titre de Voyage du Levant29. Dans la relation, on lit qu’à « Zachara » [sic pour sans Saqqara] :

nous ne trouvasmes point ces lieux des momies comme on nous les avoit depeints, car nous avions ouy dire que c’estoient de grandes salles soubs terre […] cependant ce n’est autre chose que de petites caves coupées dans la roche […] où nous trouvasmes deux ou trois de ces corps qu’on appelle momies30.

Le voyageur est accompagné d’un médecin, qui procède à un examen minutieux d’un de ces corps : c’est pourquoi cette relation fournit plus de détails sur ce qui se trouve sous les bandelettes, que sur les ornements superficiels qui avaient davantage attiré l’attention de Della Valle. Le médecin observe :

[…] le corps de tous endroicts n’y pouvant trouver aucune incision, ni s’imaginer comment ils pouvoient avoir esté embaumez, la peau estoit seiche comme du parchemin, les ongles des mains & des pieds peints de rouge, comme de tout temps a esté la coustume des Egyptiens, les os estoient comme du bois de Bresil, nous ouvrimes tout le corps le mismes entierement par pieces, & le trouvasmes par dedans tout noir & aussi bien la teste que le corps plein de baume, ce qui necessairement y devoit avoir esté infusé par le fondement & par les narines, car au corps nous ne trouvasmes aucune ouverture31.

La première remarque de Stochove que nous avons citée, concernant l’inexactitude de ce qu’il a entendu dire à propos des cryptes des momies, est symptomatique de la présence d’un décalage dans la communication des expériences des voyageurs. Cet écart paraît déterminé par des obstacles à la circulation des ouvrages, liés, outre qu’à la diversité des langues utilisées pour rédiger ces textes, à un retard constant dans la publication des relations. Or, s’il est vrai que les réseaux de ces voyageurs étaient souvent très riches, comme par exemple dans le cas de Della Valle, et que les informations circulaient sous d’autres formes que celle d’un livre édité, cette communication concernait généralement des personnes appartenant à l’entourage de l’écrivain voyageur et elle dépassait difficilement les frontières. Par conséquent, du moins pour ce qui concerne les voyages accomplis dans la première moitié du xviisiècle, la transmission des expériences, rythmée par la publication de récits rédigés parfois plusieurs dizaines d’années plus tôt, paraît procéder par à-coups, en sautant, pour ainsi dire, les générations.

Les momies vues par les explorateurs français

13C’est précisément en raison de ce décalage que Stochove ignore la description des puits de momies procurée par Della Valle, tandis que le naturaliste et linguiste Jean de Thévenot (ou Jean Thévenot, 1633-1667)32, qui explora l’Orient dans les années 1650-1660, tire pleinement profit de la lecture des Viaggi : son deuxième voyage au Levant est en effet quasiment calqué sur l’itinéraire parcouru par le célèbre Pellegrino. C’est cependant au cours de son premier voyage, qui eut lieu entre 1655 et 1659, que ce savant parisien visita les cryptes des momies, comme en témoigne sa Relation d’un voyage fait au Levant33. Thévenot raconte qu’après avoir passé la nuit avec ses compagnons chez le « maistre des momies » au « village des Momies appelé Sa Kara », situé à trois lieues34 au sud des pyramides, il se mit à la recherche de ces fameuses galeries souterraines, et il se mit d’accord avec ses guides afin qu’ils repérassent, pour le prix de huit piastres, un puits « nouveau ». Malgré cet accord,

ils nous tromperent […] ouvrans un puis qui aura desia esté ouvert vingt fois, & vous iurent qu’il ne l’a iamais esté, cependant l’avantage qu’il y auroit de descendre dans un qui n’eut iamais esté ouvert, c’est qu’on y trouveroit des Idoles, & autres curiositez semblables, mais lors que ces canailles trouvent quelque chose, ils le gardent, pour le venir vendre à la ville aux Francs35.

La description de ce puits correspond à celles fournies par les autres voyageurs que nous avons mentionnés ; Thévenot ne trouve ici que trois corps, dont un seul entier. Fort de sa connaissance des prix de ce marché qu’il a acquise grâce à la lecture des Viaggi, il refuse de payer plus qu’une piastre supplémentaire pour pouvoir manipuler un corps posé dans une épaisse caisse faite d’une essence de bois, que Thévenot identifie comme le bois imputrescible du sycomore. Il peut ainsi observer que

le visage estoit couvert (comme sont ordinairement tous les autres) d’une façon de casque de toille accommodée avec du plastre, sur lequel estoit representée en or le visage de cette personne, & ostant ce casque, nous ne trouvasmes aucun reste de son visage, qui est ordinairement reduit en poudre ; je croy que c’est qu’il ne se peut pas si bien gommer que les autres parties du corps36.

Néanmoins, Jean de Thévenot, qui était un intellectuel et un homme de lettres, ramène à Paris la tête d’une autre momie, ainsi qu’un exemplaire entier destiné à son cabinet : il ne faut pas oublier que les momies représentaient à l’époque « plus que n’importe quel autre objet égyptien, la curiosité par excellence37 ».

14Les conditions d’accès aux puits des momies décrites par Jean de Thévenot recoupent celles rencontrées une dizaine d’années plus tôt par un autre Français, le Marseillais Gabriel Brémond38, auteur des Voiages et peregrinations de Gabriel Brémond, connus du public contemporain comme Viaggi fatti nell’Egitto superiore, e inferiore39. Dans la relation de son voyage, qui se déroula entre 1643 et 1645, ce voyageur évoque une figure similaire au « maître des momies » mentionné par Thévenot, le « schech de Sakara ». Il est intéressant de remarquer que ce personnage, qui joue ici le rôle de négociateur et médiateur, n’apparaît pas dans les récits relatifs à la période antérieure aux années 1635 ou à celle successive aux années 1660 : on pourrait en déduire que la gestion de ce « tourisme » particulier et des trafics des momies destinées au marché pharmaceutique a évolué dans le temps et que les autochtones se sont organisés pour régler ces trafics et les rendre plus lucratifs.

15Brémond avance l’hypothèse que ces fameuses cavités dans le sol rocheux seraient les carrières d’où ont été prélevées les pierres pour la construction des pyramides. Comme Thévenot, lui aussi se montre méfiant à l’égard des autochtones : il craint en effet qu’on lui présente comme « vierge » un puits déjà visité ou, pour mieux dire, saccagé ; mais il réussit à éviter ce piège grâce à l’expérience de certains Français immigrés en Égypte qui l’accompagnent. Dans la crypte qu’il visite, outre des morceaux de momie épars, il y a plusieurs sarcophages, dont certains en bois, d’autres, très lourds, en pierre et d’autres encore constitués par des toiles collées ensemble, formant une surface solide. La partie supérieure de ces caisses est ornée de peintures et bas-reliefs qui représentent les défunts. Brémond en observe une en particulier, constituée de bandages collés, sur laquelle était représenté le portrait d’un jeune homme. Sous les bandages

[…] apparve il volto scarnato, secco, e negro, il che succede ben spesso, e se ne trovano anche molti assai guasti, non potendo gli ingredienti, coi quali si imbalsamavano, penetrar dentro per esser la pelle molto attaccata alla carne […] Il balsamo, di cui si sentivano per la conservazione de’ corpi, era nero, duro, e lucente, come l’asfalto di Giudea, ha l’odore aggradevole, ma si conosce ch’era liquor d’albero, adoprandolo nella composizione della Theriaca del Cairo40.
([…] il apparut un visage décharné, sec et noirci, ce qui arrive bien souvent ; et on en trouve beaucoup [de corps] qui sont gâtés, car les ingrédients avec lesquels ils ont été embaumés n’ont pas pu pénétrer à l’intérieur, puisque la peau était trop attachée à la chair. […] Le baume pour conserver les corps, dont ils sentaient, était noir, dur et luisant ; comme le bitume de Judée, il a un parfum agréable, mais on pouvait reconnaître qu’il s’agissait d’une résine que l’on emploie dans la fabrication de la Thériaque du Caire).

16Brémond fournit un renseignement intéressant concernant les objets précieux que l’on trouve dans les sarcophages ou à l’intérieur des momies – comme des statuettes, des idoles et des pierres –, à savoir que la loi interdit aux musulmans et aux juifs de s’approprier ces biens. La description du cabinet de Peiresc dressée par Jean-Jacques Bouchard dans les années 1630 mentionne aussi des « deffences qui sont expresses en Égypte de n’enlever aucun de ces corps41 ». Nous ignorons si ces lois s’inspiraient exclusivement de principes religieux et moraux ou visaient aussi à sauvegarder ce que l’intérêt des Européens avait transformé en une ressource économique « non renouvelable ». En effet, on peut aisément se figurer qu’au fur et à mesure que se remplissaient les cabinets des curieux et les boutiques des apothicaires et des bijoutiers ou vendeurs d’antiquités en Europe, les cryptes des momies se vidaient.

Jan Luyken, Vinden een mummie in een piramide, extrait de Jean de Thévenot, Voyages Tant en Europe qu’en Asie et en Afrique, Paris, Angot, 1689, I, p. 463.

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Rijksmuseum d’Amsterdam, URL : https://www.rijksmuseum.nl/nl/collectie/RP-P-1896-A-19368-782.

L’échec de Wansleben

17Cette considération pourrait d’ailleurs expliquer l’insuccès de l’excursion à Saqqara du théologien et linguiste allemand Johann Michael Wansleben (ou Vansleb, 1635-1679), qui explora l’Égypte pour la deuxième fois en 1672 et 167342. Envoyé par Colbert pour collecter des informations détaillées sur le territoire et ramener des manuscrits pour la bibliothèque du roi, Wansleben rédigea des observations pour rassurer ses « mécènes » sur le bon déroulement de sa mission ; elles furent publiées en 1677 sous le titre de Nouvelle relation, en forme de Iournal, d’un voyage fait en Égypte en 1672 et 167343. Sa visite aux puits débute comme celles des autres voyageurs mentionnés précédemment ; lui aussi emprunte le chemin qui du Caire mène à Saqqara pour repérer des puits des momies encore intacts. Sa description de ces caves souterraines ressemble également à celles que le lecteur contemporain avait déjà pu lire dans d’autres ouvrages, à un détail près, car le premier puits visité par Wansleben ne contient pas de momies humaines, mais

des oyseaux embaumez de toute espece, chaque oyseau dans son pot particulier […] ; j’en emportay avec moy en sortant une demy douzaine, dont j’en envoyay quelques uns à la Bibliothèque du Roy. Nous y trouvâmes aussi des œufs de poule tous entiers, mais vuides, & qui pour cela n’avoit aucune mauvaise odeur44.

18En suivant les indications de Pietro Della Valle et de Jean de Thévenot, dont il évoque les récits, Wansleben adopte une attitude prudente vis-à-vis des autochtones qui le guident et il exige de visiter des puits intacts, même si « le moins qu’ils prennent pour ouvrir un puits Vierge, c’est trente piastres ; & la raison de cette cherté, c’est que ceux qui le font ouvrir, ont droit d’emporter toutes les curiosités & Mommies qu’ils y trouvent45 ». Ce renseignement autorise l’hypothèse que l’« offre commerciale » proposée aux voyageurs a changé dans la seconde moitié du xviie siècle, et que les prix ont sensiblement augmenté – à moins que les guides avec qui Wansleben et ses compagnons ont eu affaire n’aient simplement profité de leur naïveté, en exigeant une somme importante pour un paquet pouvant réserver de mauvaises surprises. Pour le prix exorbitant de soixante piastres les voyageurs font ouvrir deux puits46 ; dans le premier, les compagnons de Wansleben « avoient suffert une puanteur insupportable & […] un air enfermé avoit éteint leurs chandelles, & les mêches mesmes […] ce qui les avoit obligé de se faire tirer en haut, sans avoir pû avancer un seul pas en dedans 47 » ; dans le second, il n’y a que deux sarcophages contenant des momies qui « n’avoient rien d’extraordinaire ; ce qui fut cause que nous n’en fismes point de cas, & que personne ne les voulut prendre48 ».

La malédiction de la momie

19Le récit de Wansleben fournit deux autres détails intéressants concernant le transport des momies, qui indiquent que les trafics de ces corps, destinés aux cabinets de curiosités ou aux boutiques d’apothicaires, n’étaient pas sans danger. Il y avait d’abord le problème des corsaires, évoqués par Wansleben, Stochove49 et Della Valle50, et à cause desquels Brémond perdit une magnifique momie d’enfant qu’il avait embarquée sur un vaisseau pour Marseille51. Mais pour transporter des momies sur ces bateaux qui traversaient la Méditerranée il fallait aussi résoudre un autre problème. Wansleben écrit que le navire grec sur lequel il s’était embarqué à Alexandrie fut surpris par un terrible orage au large de la côte méridionale de la Turquie. Pendant la tempête,

le capitaine s’étant déjà plusieurs fois fâché contre le temps, et ayant souvent considéré que ce voyage était un des plus longs et des plus malheureux qu’il eût jamais faits, il rechercha dans son imagination quelle en pourrait être la cause ; et tous ceux de l’équipage me considérant comme une personne extraordinaire qui était parmi eux, ils commencèrent enfin à soupçonner que je pourrais avoir de la momie dans mes hardes. Car c’est une opinion généralement reçue parmi les mariniers, soit turcs, soit grecs, soit francs, que cette drogue cause des tempêtes et des mauvais temps, étant portée sur mer. Et c’est aussi pour cette raison qu’aucun maître de vaisseau ne veut en recevoir parmi sa charge, quoiqu’il pût gagner le double du salaire qu’il aurait pour une autre marchandise52.

20Le capitaine, qui soupçonne Wansleben d’avoir embarqué la momie, lui ordonne de la jeter à la mer ; celui-ci réussit enfin à le convaincre du fait qu’il ne transporte rien de tel et que, de toute évidence, l’orage qui menace leur vie ne dépend pas de lui. Néanmoins, il est à son tour gagné par l’idée que quelqu’un ou quelque chose à bord provoque la colère divine ; c’est pourquoi, pour écarter tout doute, il se résout à se séparer d’un précieux manuscrit arabe sur la magie, destiné à la bibliothèque du roi, le Livre d’Adam, qui finit englouti par les vagues.

21Cet épisode dévoile un autre aspect caractéristique de la vision des momies dans l’imaginaire collectif de l’époque : il s’agit de ce qu’on pourrait appeler la « malédiction de la momie ». Le rôle que le cinéma attribue souvent aux momies suggère d’ailleurs que le temps n’a pas totalement dissipé cette superstition53 ; mais si ce qui frappe notre imagination, au xxie siècle, est essentiellement l’idée d’un corps qui a échappé à la dissolution et pourrait donc se réveiller à tout moment, dans la perspective contemporaine, ce noli me tangere qui s’applique aux momies découle aussi d’une interdiction d’ordre moral et religieux. En effet, avant d’être des objets singuliers, ces momies sont en premier lieu les dépouilles de défunts qui ont été pleurés et aimés et qui appartiennent, de surcroît, à une autre religion. Les arracher de leurs tombes pour les transporter dans des territoires chrétiens constitue ainsi un véritable sacrilège.

22C’est d’ailleurs pour honorer ce respect pour le défunt et pour garantir le salut de son âme que Pietro Della Valle entreprit une démarche inverse par rapport aux explorateurs qui envoyaient des momies égyptiennes en Europe. Étant resté tragiquement veuf de la femme qu’il avait épousée au cours de son voyage, Maani Gioerida, il fit embaumer son corps et le transporta durant quatre ans54 pour le faire enterrer à Rome, dans le tombeau familial55. Pietro Della Valle traversa donc l’Inde avec la momie de sa femme parmi ses bagages ; une momie « moderne », celle du corps d’une chrétienne, mais néanmoins une momie, ce qui n’a pas simplifié ses déplacements. Pour pouvoir la transporter il était indispensable de cacher son existence car outre que « les mahométans estiment que les corps morts sont des choses immondes, & que ceux qui les touchent […] ont besoin de se purifier56 », les matelots turcs « n’auraient jamais pû se resoudre de la transporter, à cause de leurs vaines & criminelles superstitions en de semblables occasions57 ». C’est pour cette même raison que Stochove a renoncé à ramener des momies, « ce que les Arabes permettent moyennnant quelque peu d’argent, mais la plus part des Mariniers sont si supersticieux, qu’ils ne voudroient pour rien du monde embarquer ces momies, croyant que cela leur causeroit des tempestes, & des fortunes peut estre la perte de leur vaisseau58 ». Wansleben, à son tour, indique que même les Français n’étaient pas immunisés contre ces croyances, auxquelles seuls les marins anglais et les Néerlandais paraissent insensibles59.

23Comme Wansleben, Radziwiłł a fait aussi l’expérience des effets de ces superstitions, durant la traversée qui devait le ramener en Europe ; mais son récit s’avère décidément moins rassurant que celui du voyageur allemand. Pendant qu’il attend les vents favorables au port d’Alexandrie, Radziwiłł fait embarquer en secret les deux momies qu’il a achetées, et rencontre un prêtre polonais qu’il invite à se joindre à lui pour le trajet. Durant la traversée, le navire sur lesquels ils voyagent est pris au piège dans une tempête, au cours de laquelle le prêtre a des visions étranges : pendant qu’il prie pour que la tempête cesse, son esprit est dérangé par l’image de deux fantômes. Quand il en parle, ses mots suscitent l’hilarité de ses compagnons, qui ne le prennent guère au sérieux ; toutefois,

cum in altera tempestate, denuo de spectris ejusmodi vehementer conquereretur, afferens, se virum & mulierem nigram, tali & tali habitu indutos videre […] Postremo totus conturbatus, pallidus & tremens Sacerdos ad me accurrit, exposuitque quam horrendum in modum a spectri hisce, inter orandum, exagitetur, immo laceretur. Tandem incidit mihi, forte illum haec pati, occasione corporum istorum mumiaticorum60.
(mais quand, au cours d’une autre tempête, il se plaignit à nouveau et d’une manière plus insistante, en affirmant qu’il voyait un homme et une femme noire habillés de telle ou telle façon […] Enfin, très troublé, pâle et tremblant le prêtre vint vers moi et il m’avoua de quelle manière horrible il était agité et terrorisé par ces spectres pendant qu’il priait, je réalisai enfin que les momies étaient peut-être la cause de ce supplice.)

24Radziwiłł demande immédiatement au capitaine de pouvoir accéder à la cale, sans cependant révéler ses intentions. Quand le vent commence à se calmer, il descend et jette en cachette ses momies à la mer. Interrogé ensuite par le capitaine, il dévoile enfin le contenu des caisses dont il s’était débarrassé ; ayant appris qu’il s’agissait de momies, le capitaine

expavit illico vehementer ; sed postea se recolligens, erat recreatus ; & certo promittebat, nos tempestatem amplius non habituros. Et non frustra haec praedixit61.
(d’un coup il fut violemment effrayé ; mais après, en reprenant ses esprits, il se montra soulagé et il affirma avec certitude que nous n’aurions affronté aucun autre orage. Et cette prédiction s’avéra exacte.)

Considérations conclusives

25Au début de l’époque moderne, une période où l’approche ésotérique et métaphysique dans l’interprétation des phénomènes naturels caractéristique de la Renaissance cède graduellement le pas à une conception rationnelle de l’expérience, les momies incarnent à la fois la magie, le mystère et la curiosité. En tant que remède médical elles sont investies d’un pouvoir occulte, établi sur la correspondance entre un corps vivant, mais malade ou blessé, et des corps incorrompus ; elles sont mystérieuses parce que, bien qu’appartenant au monde organique, elles ont résisté à l’action du temps et ont échappé à la dissolution ; pour cela, mais aussi pour l’importance qu’elles ont revêtue dans une culture étrangère, très sophistiquée, éloignée dans l’espace et dans le temps, mais entrelacée avec l’histoire du christianisme, elles catalysent l’intérêt de ces « proto-scientifiques » que sont les curieux62.

26Ces derniers sont souvent aussi des humanistes, mais ils ne se satisfont pas des informations qu’ils peuvent puiser dans les sources anciennes ; ils sont assoiffés de renseignements nouveaux, vérifiés et acquis par la voie expérimentale. Les relations de voyage comblent précisément cette exigence, quand ce ne sont pas les curieux eux-mêmes qui traversent la Méditerranée. Le problème de la distance physique surmonté, d’autres obstacles à la compréhension font toutefois surface. L’éloignement historique et culturel a construit autour des momies des murs qui obscurcissent la connaissance de cet objet et que le rapprochement dans l’espace et l’expérience esthétique n’arrivent pas à abattre complètement.

27Les informations fournies par les récits de voyage sont souvent convergentes, mais les vaisseaux qui accostent aux ports de Marseille et de Livourne en apportent aussi de nouvelles. Certaines offrent des détails qui avaient échappé à tels observateurs, tandis que d’autres annoncent des changements dans les conditions d’accès à ces curiosités. Ces informations, qui vieillissent parfois avant d’être diffusées à travers la publication des relations, ont permis d’accumuler dans le temps, bien que d’une façon non linéaire, un ensemble de connaissances vérifiées sur les momies. Dans les années 1580, Radziwiłł se soucie de démentir l’équivoque sur la formation, artificielle et non naturelle, des momies ; un malentendu dont Wansleben, dans les années 1670, ne se souvient plus. Della Valle observe les momies à travers les lunettes du curieux, mais aussi de l’humaniste ; ainsi ses momies ne sont pas simplement, comme celles de Radziwiłł, celles d’un homme et d’une femme, mais celles d’un juge et de son épouse, car il a appris de la littérature ancienne à déchiffrer certains des symboles peints sur les sarcophages. Stochove, qui a un médecin avec lui, apporte d’autres renseignements sur les corps des momies et sur la manière dont ils ont été possiblement embaumés.

28En parcourant, les unes après les autres, les observations sur les momies contenues dans ces relations on a l’impression que des brèches s’ouvrent peu à peu à travers la couche de mystère qui enveloppe cet objet. Mais, en réalité, l’effort de recherche des voyageurs n’aboutit qu’à la compréhension et à la découverte d’aspects purement superficiels de ce mystère. L’observation et l’expérience permettent d’en dévoiler les couches extérieures, mais le noyau reste insaisissable, incompréhensible. Les secrets de l’immortalité des momies et du pouvoir qu’elles exercent sur l’imagination restent impénétrables. Quels sont précisément les ingrédients qui composent cette « pâte noire et luisante » qui, mélangée aux ossements et aux tissus musculaires humains, est prescrite en médecine ? De la myrrhe, des résines utilisées dans la thériaque, mais quoi d’autres, et dans quelle proportion ? Les médecins européens commenceront, à la fin du xviisiècle, à développer des méthodes pour la conservation des cadavres – plus sophistiquées certes que celles utilisées pour les momies, mais impossibles à appliquer à grande échelle –, sans avoir pu réussir à reproduire les pratiques utilisées par les Égyptiens dans l’Antiquité63. Et que dire des couleurs qui décorent les sarcophages et les bandelettes qui recouvrent les momies ? – autre détail surprenant pour les voyageurs. Comment ces couleurs ont pu garder leur vivacité et leur brillance à travers des milliers d’années ? La science moderne n’a pas encore pu donner des explications du caractère durable de ces teintures. Et encore, que penser de la « malédiction des momies » ? Certainement, les voyageurs qui ont consciemment défié les interdictions des marins ne craignaient pas les pouvoirs occultes attribués aux momies et considéraient ces croyances comme de simples superstitions. C’est certainement ce que pensait Radziwiłł ; et cependant ses momies, comme on l’a vu, ont été jetées à la mer, tout comme celles de plusieurs autres voyageurs. Peut-on imputer cela au pouvoir de suggestion exercée par la superstition elle-même ?

29Les voyageurs du xviisiècle paraissent avoir échoué dans la mission de fournir des réponses valides à ces interrogations cruciales. Cependant, quatre cents ans plus tard, les explications à ces questions relèvent toujours du domaine de l’hypothèse.

Notes

1 Ambroise Paré, Discours d’Ambroise Paré, à sçavoir, de la mumie, des venins, de la licorne et de la peste […], Paris, Buon, 1582.

2 Voir Francis Trépardoux « Les Momies comme médicaments », Revue d’histoire de la pharmacie, 380, 2013, p. 353-360 ; Miguel Ángel Gonzáles Manjarrés, « Presencia de Mumia en la medicina medieval », dans Terapie e guarigioni, A. Paravicini Bagliani (dir.), Tavarnuzze-Impruneta, Sismel, 2010, p. 162-197 ; Marie-Christine Gomez-Géraud, « Le Voyageur, le médecin et la momie », dans Esculape et Dionysos : mélanges en l’honneurs de Jean Céard, J. Dupèbe, F. Giacone, E. Naya, A.-P. Pouey-Mounou (dir.), Genève, Droz, 2008, p. 355-366 ; Silvia Marinozzi et Gino Fornaciari, Le Mummie e l’arte medica nell’evo moderno, Rome, Università la Sapienza, 2005.

3 Voir De Subtilitate libri XXI […], Lugduni, Rouillium, 1559, p. 645 et suiv.

4 Voir Pharmacopoea dogmaticorum restituta […], Venetiis, De Francisci, 1614, p. 14 et suiv.

5 Voir A. Paré, Discours, op. cit., p. 7-9. Il faut néanmoins signaler qu’au cours du xviisiècle s’est imposée, en alternative à l’usage de la momie authentique, la momie dite officinale, préparée en traitant des cadavres « récents » selon les procédures codifiées par Oswald Croll (Basilica Chymica, Coloniae Allobrogum [i. e. Genève], Paulus Marcellus, 1610) et Gabriel Clauder (Methodus balsamandi corpora humana, Altenburg, Godofredum Richterum, 1679).

6 Johann Michael Wansleben (voir note 42) écrivait, en 1673-1674, que chaque année 1500 quintaux de momie étaient exportés vers les pays chrétiens (Alastair Hamilton, Johann Michael Wansleben’s Travels into Levant 1671-1674: An Annotated Edition of his Italian Report, Leyde, Brill, 2018, p. 236).

7 Les Français étaient, à ce qu’il paraît, les premiers consommateurs de ce médicament. Pierre Belon affirme, avec d’autres, que François Ier portait toujours sur lui de la poudre de momie (« nostre Mumie est en si grand usage en France, que le Roy François, restaurateur des lettres, n’alloit nulle part, que ses sommeilliers n’en apportassent tousjours […] & aussi que luy mesme en portoit sur luy » (Les Observations de plusieurs singularité & choses memorables […], Paris, Corrozet et Cauellat, 1554, p. 117).

8 Sydney H. Aufrère, La Momie et la tempête, Avignon, Barthélemy, 1990, p. 160.

9 Plusieurs études ont été consacrées aux récits des voyageurs qui ont exploré ou traversé l’Égypte à l’époque moderne. Pour le siècle dont nous nous occupons, nous signalons les éditions des récits en langue française publiés par l’Institut français d’archéologie orientale et en particulier Oleg V. Volkoff (éd.), Voyages en Égypte des années 1634, 1635 et 1636, Le Caire, IFAO, 1974 ; id. (éd.), Voyages en Égypte des années 1611 et 1612, Le Caire, IFAO, 1973 ; Henry Amer (éd.), Voyage en Égypte de Balthasar de Monconys, Le Caire, IFAO, 1973 ; Baudouin Van de Walle (éd.), Voyage en Égypte de Vincent de Stochove, Gilles Fermanel, Robert Fauvel, Le Caire, IFAO, 1975 ; Georges Goyon (éd.), Voyage en Égypte d’Anthoine Morison, 1697, Le Caire, IFAO, 1976 ; Georges Sanguin (éd.), Voyage en Égypte de Gabriel Brémond, Le Caire, IFAO, 1974. Parmi les études consacrées aux récits des voyageurs de langue française, nous signalons également les travaux de Jean-Marie Carré, Voyageurs et écrivains français en Égypte, Le Caire, IFAO, 1932 et de Marie-Cécile Bruwier (dir.), Mémoires d’Orient. Du Hainaut à Héliopolis, Morlanwelz, Musée Royal de Mariemont, 2010. Sur les relations publiées au xixsiècle voir Friedrich Wolfzettel et Frank Estelmann, L’Égypte après bien d’autres : répertoire des récits de voyage de langue française en Égypte, 1794-1914, Moncalieri, Centro interuniversitario di ricerche sul viaggio in Italia, 2002. Sur les récits rédigés aux xve et xvisiècles nous signalons le remarquable travail de Marie-Christine Gomez-Géraud, Le Crépuscule du Grand Voyage : les Récits des pèlerins à Jérusalem (1458-1612), Paris, Champion, 1999, qui prend aussi en considération les relations écrites dans d’autres langues que le français.

10 Surnommé l’Orphelin, Mikołaj Krzysztof Radziwiłł a été un militaire et un homme d’état. Il a occupé notamment les charges de grand maréchal et vice-chancelier de Lituanie et de voïevode (gouverneur) de Vilnius. Il appartenait à l’une des plus anciennes et prestigieuses familles lituano-polonaises, dont les descendants occupent encore de nos jours des charges politiques importantes en Pologne. Son père, Mikołaj Radziwiłł Le Noir, qui avait été le protecteur de la Réforme en Pologne, le fit éduquer en Suisse et en Allemagne. À l’âge adulte il se convertit toutefois au catholicisme et fut aussi auteur de textes de dévotion (voir Exercitium spirituale sodalium B. Virginis Mariae Annuntiatae, Cologne, 1690). La plupart des notices consacrées à ce personnage et à sa famille sont en polonais ; signalons en particulier l’étude de Tadeusz Bernatowicz, Miles christianus et peregrinus, Warszawa, Wydawnictwo Neriton, 1998.

11 On peut citer par exemple le cas des Viaggi di Pietro Della Valle, relation d’un voyage accompli entre 1614 et 1626, publiée seulement à partir de 1650 (Rome, Mascardi, 1650-1663), ou celui des Viaggi de Gabriel Brémond (Viaggi fatti nell’Egitto superiore e Inferiore […], Rome, Moneta, 1679), imprimés en 1679, relatif à un voyage qui avait eu lieu dans les années 1640.

12 Ierosolymitana peregrinatio Nicolai Christophori Radzivili […], Braniewo (Pologne), Schönfels, 1601. Cet ouvrage a fait l’objet de plusieurs rééditions (Anvers, 1614 ; Turin, 1753 ; Cassovie [Hongrie], 1756) et traductions. Nous signalons en particulier une traduction allemande (Jüngst geschehene Hierosolymitanische Reyse und Wegfahrt […], Mayence, Lippen, 1603, réimprimée à Francfort en 1609) et une retraduction en polonais (Peregrinacia Abo Pielgrzymowanie do Zięmie Swiętey […], Cracovie, 1607, rééditée en 1611 et 1617).

13 Ierosolymitana peregrinatio, op. cit., p. 194.

14 Ibid., p. 196.

15 Dans les Viaggi de Brémond on lit que les sequins de Venise sont « sempre ben ricevuti » (Viaggi, op. cit., p. 265) et, dans la Nouvelle Relation, Wansleben définit cette devise « après le Reaux d’Espagne la meilleure monnoye qu’on puisse avoir en tout l’Empire du Grand Seigneur » (Nouvelle Relation, en forme de Iournal, d’un voyage fait en Égypte en 1672 et 1673, Paris, Michallet, 1677, p. 210). Du début du xive siècle jusqu’à la fin du xviiisiècle, le sequin de Venise a été la devise par excellence des transactions internationales dans le pourtour méditerranéen.

16 Dans l’avis au lecteur situé au début du deuxième livre des Observations, Belon évoque cette explication comme emblématique des informations mensongères mises en circulations par des auteurs mal informés. Il écrit en effet : « Pource que nous lisons infinis discours des peregrinations de plusieurs hommes […] aussi trouvons que ceux qui se sont voulu mesler des choses qui estoient hors de leur cognoissance qu’ils n’entendoient pas, sont souvent convaincuz [sic] de mensonge. Je mets l’exemple de ce qu’on nomme maintenant Mumie, de laquelle quelques uns s’avaçant par trop, ignorants les bonnes lettres, & les choses naturelles, ont prononcé qu’elle est faicte de corps humains submergez es sablons mouvantes es deserts d’Affrique [sic] ou d’Arabie » (Les Observations, op. cit., p. 75). Les très riches Observations de Belon – publiées en trois volumes entre 1553 et 1555, réimprimées en 1588 (Paris, De Marnef), et traduites en latin en 1589 (trad. Charles de l’Écluse, Anvers, Plantin ; réimpression : Leyde, Plantin-Raphelengius, 1605) – ont représenté une source de renseignement fondamentale pour les voyageurs du xviisiècle, qui s’y réfèrent très souvent dans leurs récits. Nous signalons qu’une partie du deuxième livre de la relation de Belon a été éditée par Serge Sauneron, Voyage en Égypte de Pierre Belon du Mans 1547, Le Caire, IFAO, 1970 ; l’ouvrage complet a été réédité par Alexandra Merle, Voyage au Levant (1553). Les Observations de Pierre Belon du Mans, Paris, Chandeigne, 2001.

17 Ierosolymitana peregrinatio, op. cit., p. 196.

18 Issu d’une riche famille de la noblesse romaine Pietro Della Valle est né à Rome en 1586. Humaniste de renom, il a été aussi musicologue et a consacré plusieurs ouvrages à la musique et la poésie. Après une déception amoureuse, il partit de Venise, en 1614, pour visiter la Terre sainte, mais après avoir atteint son objectif, il décida de poursuivre son voyage. En Perse (Iran actuel), il épousa une femme très cultivée, issue d’une famille chrétienne nestorienne, Sitti Maani Gioerida, qui décéda au cours du voyage. Il rentra à Rome en 1626, après avoir poursuivi son voyage à travers l’Inde. Il mourut à Rome en 1652. Plusieurs travaux ont été consacrés à l’œuvre de Pietro della Valle ; nous signalons en particulier Carla Masetti, Città varie e costumi il fin prescrisse : la Persia di Pietro Della Valle, Milan, Angeli, 2017 ; Nathalie Hester, Literature and Identity in Italian Baroque Travel Writing, Burlington, Ashgate, 2008, p. 51-93 ; Antonio Invernizzi, In viaggio per l’oriente : le mummie, Babilonia, Persepoli/Pietro della Valle, Alessandrie, Edizioni dell’Orso, 2001 ; Joan-Pau Rubiés, Travel and Ethnology in the Renaissance, Cambridge, Cambridge University Press, 2000, p. 349-387.

19 Op. cit. L’ouvrage fut réimprimé à Rome (Dragondelli, 1662), Venise (Baglioni 1661-1663) et Bologne (Longhi, 1672) et traduit en français (Les Fameux Voyages de Pietro della Valle […], Étienne Carneau [trad.], Paris, Clouzier, 1662-1664), en néerlandais (De Voortreffelijcke Reizen van deurluchtige Reiziger Pietro della Valle […], Amsterdam, Wolfgang, 1664-1665), en anglais (The Travels of Pietro della Valle […] into East-India and Arabia-Deserta […], Londres, Macock, 1665) et en allemand (Reiß-Beschreibung […], Genève, Widerhold, 1674).

20 Observations, op. cit., p. 231.

21 Les Fameux Voyages, op. cit., I, p. 232-233.

22 Ibid., p. 239.

23 Voir Kathleen Wren Christian, « Mummies, scimitars, and a lost Crucifixion by Domenichino », dans Renaissance Studies in Honor of Joseph Connor, M. Israëls et L. Waldman (dir.), Florence, Villa I Tatti, p. 568-573.

24 Voir image 2.

25 Elles font notamment partie de la Skulpturensammlung des Staatliche Kunstsammlungen de Dresde.

26 Nous nous basons sur les informations fournies par Wansleben (Nouvelle relation, op. cit., p. 210) et Brémond (Viaggi, op. cit., p. 265). Selon le linguiste allemand la piastre valait 30 « meidins », et le sequin 100 meidins à l’achat et 85 à la vente. Trente ans plus tôt, le taux de change était presque le même, car Brémond écrit qu’un sequin valait ordinairement deux piastres et demie. On peut donc conclure qu’à l’époque, en Égypte, la valeur de trois piastres était approximativement équivalente à celle d’un sequin.

27 Baudouin Van de Walle (Voyage en Égypte de Vincent de Stochove, op. cit., p. II-IV) offre quelques informations concernant la biographie de ce voyageur, qui était le descendant d’une noble famille et qui, ayant hérité un patrimoine important suite à la mort prématurée de ses parents, décida d’entreprendre un grand voyage pour peaufiner sa formation. Il partit pour ce voyage avec trois compagnons rouennais, Gilles Fermanel, Robert Fauvel et Baudouin, seigneur de Launay (voir note 29).

28 Équivalent environ à une piastre (33 meidins, ou un abukelb selon Wansleben, Nouvelle relation, op. cit., p. 210).

29 Vincent de Stochove, Voyage du Levant […], Bruxelles, Velpius, 1643 ; l’ouvrage fut réimprimé en 1650 (nos citations se réfèrent à cette deuxième édition) et en 1662 et fut traduit en néerlandais en 1658 (Reyse van Joncker Vincent Stochove […], Bruges, Michiels, 1658 ; réimpression : Bruges, Van der Meulen, 1681). Comme le revèle Baudouin Van de Walle (Voyage en Égypte de Vincent Stochove, op. cit., p. XXIX-XLII) un des compagnons de voyage de Stochove, Gilles Fermanel, réadapta l’ouvrage pour le public français en ajoutant aussi ses notes et celles de Robert Fauvel, et le fit publier avec son nom à Rouen (Le Voyage d’Italie et du Levant de Messieurs Fermanel […] Fauvel […] Baudouin de Launay […] : et de Stochove […], Rouen, Jacques Herault, 1664 ; réimpressions 1670 et 1688).

30 Ibid., p. 449.

31 Ibid., p. 450.

32 Neveu du scientifique Melchisédech Thévenot, éditeur de la Relation de divers voyages curieux (Paris, Cramoisy, 1663-1666), Jean de Thévenot est né à Paris en 1633. Après avoir voyagé en Europe, au début des années 1650 il entreprit un voyage en Orient, à travers l’Égypte, la Palestine et la Tunisie, où le vaisseau sur lequel il voyageait fut attaqué par les corsaires. Rentré en France en 1659, il prépara soigneusement un autre voyage en Orient. Parti en 1663, il atteignit l’Inde, en reproduisant essentiellement l’itinéraire de Pietro Della Valle. Il décéda au cours du voyage de retour, à Mianeh, dans le nord de l’Iran, en 1667.

33 Paris, Joly, 1664. Cette Relation, relative au voyage accompli par Jean de Thévenot entre 1655 et 1659, parut quand le voyageur était déjà parti pour son deuxième voyage. Un deuxième et un troisième volume, basés sur les observations annotées par Thévenot dans son journal, furent publiés posthumement, respectivement en 1674 et 1684. L’ouvrage complet fut traduit en néerlandais (Gedenkwaardige en zeer naauwkeurige Reizen van den Heere de Thevenot, Anvers, Jan Bouman, 1682-1688) et anglais (The Travels of Monsieur de Thevenot into the Levant, Archibald Lovell [trad.], Londres, Clark, 1687). Des sections du texte du premier volume ont été rééditées : Jean Thévenot, Voyage du Levant, Stéphane Yerasimos (éd.), Paris, François Maspero, 1980.

34 Les lieues françaises étaient équivalentes à 3,9 km environ.

35 Relation d’un voyage, op. cit., p. 258.

36 Ibid., p. 260.

37 S. Aufrère, La Momie et la tempête, op. cit., p. 160.

38 La biographie de cette figure, parfois identifiée, de façon erronée, avec une femme et autrefois confondue avec celle d’un auteur contemporain homonyme (voir Edwin P. Grobe, « Gabriel and Sébastien Brémond », Romance Notes, n° 4, 1963, p. 132-135) n’a pas encore été dressée. Georges Sanguin (Voyage en Égypte de Gabriel Brémond, op. cit., p. IV) écrit que Brémont est né vraisemblablement à Marseille vers les années 1610-1620.

39 La version originale du récit de Gabriel Brémond, écrite en français et rédigée entre 1664 et 1668, ne fut pas publiée de son temps. Le manuscrit de ce récit (MS 2058 de la Bibliothèque municipale de Marseille) a été édité par Georges Sanguin (Voyage en Égypte de Gabriel Brémond, op. cit.) en 1974, mais il n’y a aucune évidence qu’il ait circulé au XVIIsiècle. En revanche, il fut traduit en italien et, augmenté, fut publié sous le titre de Viaggi fatti nell’Egitto superiore, et inferiore, op. cit. Nous nous référons à cette édition du texte et non pas à celle du manuscrit français parce que ce dernier est resté inédit jusqu’à nos jours et n’a pas pu être lu par les contemporains.

40 Brémond, Viaggi, op. cit., p. 76 et 78.

41 S. Aufrère, La Momie et la tempête, op.cit., p. 163.

42 Johann Michael Wansleben est né en Allemagne, à Sömmerda, près de Erfurt, en 1635 et il est mort en France, à Fontainebleau, en 1679. Fils d’un pasteur luthérien, il étudia la théologie, la philosophie et les langues orientales à Königsberg. Après un séjour à Londres, il conçut le projet de se rendre en Éthiopie pour retrouver et ramener en Allemagne des manuscrits religieux, mais il s’arrêta en Égypte. Il rédigea en allemand le récit de ce premier séjour, qui fut toutefois publié, après sa conversion au catholicisme (1666), premièrement en italien (Relazione dello stato presente dell’Egitto, Paris, Cramoisy, 1671), avant d’être assez rapidement traduit en anglais (Londres, 1678). Une retraduction allemande parut postérieurement (Iéna, 1792). En 1671, envoyé par Colbert, Wansleben fit une nouvelle tentative infructueuse pour atteindre l’Éthiopie ; il a raconté ses explorations en Égypte, où il s’arrêta deux ans, dans la Nouvelle relation (Paris, Michallet, 1677). Son voyage en Orient se prolongea jusqu’en 1676, quand Colbert l’obligea à rentrer à Paris. Sur ses écrits voir A. Hamilton, Johann Michael Wansleben’s Travels into Levant, op. cit., p. 1-64 ; Maurice Martin, « Le journal de Vansleb en Égypte », Le Bulletin de l’Institut français d’archéologie orientale, n° 97, 1997, p. 181-191, [En ligne] URL : https://www.ifao.egnet.net/bifao/097/13/ ; Alessandro Bausi, « Johann Michael Wansleben’s Manuscripts and Texts. An Update », dans Essays in Ethiopian Manuscript Studies, id., A. Gori, D. Nosnitsin, E. Sokolinski (dir.), Wiesbaden, Harrassowitz, 2015, p. 197-243.

43 Voir note précédente. L’ouvrage est basé sur une partie des notes manuscrites de Wansleben, dont la version complète, en italien, porte le titre de Giornale nel quale egli racconta le sue osservationi le più curiose […].

44 Wansleben, Nouvelle relation, op. cit., p. 147-148.

45 Ibid., p. 153.

46 Rappelons que Pietro Della Valle s’était procuré des momies d’excellente qualité (voir image 2 et notes 24 et 25) pour un dixième de ce prix.

47 Wansleben, Nouvelle relation, op. cit., p. 148-149.

48 Ibid., p. 149.

49 Baudouin Van de Walle (Voyage en Égypte de Vincent Stochove, op. cit., p. XII) revèle que dans le manuscrit sur lequel est basé le Voyage du Levant se trouvent des passages, qui ont été supprimés dans la version imprimée de cette relation, parmi lesquels le récit d’un combat naval contre des corsaires turcs.

50 Les Fameux Voyages, op. cit., IV, p. 454.

51 « Nella terza cassa assai piccola era un putto di pochi giorni istoriato per tutto […] ma inviandolo a Marseglia in una cassa di mirra per meglio conservarlo, la barca, che la portava, fu presa da Corsari, con eccessivo mio dispiacere: questo piccolo corpo era perfetto in tutte le sue parti » (Brémond, Viaggi, op. cit., p. 77).

52 Le passage (extrait de Vansleb, savant orientaliste et voyageur, sa vie, sa disgrâce, ses œuvres, A. Pougeis [éd.] Paris, Didier & Cie,1869, p. 160), absent dans la Nouvelle Relation, est tiré des manuscrits de Wansleben.

53 Voir sur cela Claude Aziza (dir.), La Malediction des momies, Paris, Fleuve noir, 1997 et id., « Images de l’Égypte antique : péplum et carton-pâte », dans Le Livre des Égyptes, Florence Quentin (dir.), Paris, Laffont, 2014, p. 728-743.

54 « La foy nous oblige à croire que nous resusciterons tous un iour, & la raison nous enseigne, qu’un chacun resuscitera au lieu où sera son corps » (Les Fameux Voyages, op. cit., III, p. 374) ; pour cette raison, Della Valle fit embaumer le corps de sa femme « que ie ne voulus point absolument, qu’il fust inhumé dans une terre des Infideles ; mais que i’ay voulu conduire avec moy, pour la mettre dans une terre de Chrestiens, & dans un lieu sacré » (ibid., p. 373).

55 Pietro della Valle organisa des célébrations solennelles pour les funérailles de Sitti Maani Gioerida dans l’église de Santa Maria in Aracoeli à Rome. Cette cérémonie a été décrite dans Girolamo Rocchi, Funerale della signora Sitti Maani Gioerida della Valle […], Rome, Erede di Bartolomeo Zannetti, 1627.

56 Les Fameux Voyages, op. cit., III, p. 378.

57 Ibid., IV, p. 495.

58 Ibid., p. 451

59 S. Aufrère, La Momie et la tempête, op.cit., p. 63.

60 Ierosolymitana peregrinatio, op. cit., p. 234.

61 Ibid., p. 235.

62 Voir Krzysztof Pomian, Collectionneurs, amateurs et curieux […], Paris, Gallimard, 1987 ; Antoine Schnapper, Collections et collectionneurs dans la France du xviie siècle, Paris, Flammarion, 1988.

63 Voir Françoise Biotti-Mache, « La Thanatopraxie historique », Études sur la mort, n° 143, 2013, p. 13-59.


Pour citer ce document

Elena MUCENI, «En quête des secrets du Levant», Viatica [En ligne], n°8, mis à jour le : 24/03/2021, URL : https://revues-msh.uca.fr:443/viatica/index.php?id=1641.

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Quelques mots à propos de :  Elena MUCENI

PhD Université de Rome Tor Vergata et Université de Genève