Nouveaux bréviaires du voyageur 
Guides littéraires, vade-mecum et théories viatiques au début du xxiesiècle
New Breviaries for Modern-Day Travellers. Literary Guides, Vade Mecums and the Theory of Travel Writing at the Beginning of the 20th Century

Liouba BISCHOFF

Résumé : Si le récit de voyage connaît toujours un fort succès au début du xxie siècle, il en va de même de tous les genres plus inclassables qui mettent en perspective l’art de se déplacer : les traités et causeries prolifèrent pour débattre du bon usage du voyage, dans la lignée des arts de voyager à visée instructive, tandis que les dictionnaires amoureux et les anthologies se multiplient pour offrir des alternatives aux manuels touristiques. Reste à déterminer si l’inventivité se trouve dans la conception du voyage ou dans la forme de ces vade-mecum : cet article montre que le stéréotype se situe peut-être moins, désormais, du côté des guides de voyage que du côté des manifestes théoriques qui voudraient prendre le contre-pied du tourisme pour exalter l’aventure ou, à l’inverse, le voyage immobile.

Abstract: If the travelogue is still very successful at the beginning of the 21st century, the same goes for all the more unclassifiable genres that put the art of moving into perspective: treatises and talks proliferate to discuss the proper use of travel, in line with the arts of travel with an instructive aim, while dictionaries and anthologies are multiplying to offer alternatives to tourist handbooks. It remains to be seen whether the inventiveness is to be found in the design of the trip or in the form of these vade-mecum: this article shows that the stereotype is perhaps less, nowadays, on the side of travel guides than of the side of theoretical manifestos that would like to take the opposite view of tourism to exalt adventure or, conversely, motionless travel.



1En 1995, dans une synthèse capitale de la critique consacrée aux récits de voyage, Adrien Pasquali1 s’interrogeait sur l’effervescence éditoriale qui avait saisi le genre viatique à partir des années soixante-dix, et qui s’était traduite par une inflation du nombre de récits, mais aussi de guides ou de rééditions abrégées. Écartant rapidement l’analyse « réductrice et inutilement hargneuse2 » de Kenneth White et de Michel Le Bris, qui voyaient dans l’engouement pour les voyages une réaction au formalisme du Nouveau Roman, il proposait une mise en perspective plus vaste, distinguant des phénomènes spécifiquement contemporains tels que la nostalgie des premières découvertes ou « l’attrait pour les grands ensembles de textes et les anthologies3 », et des phénomènes récurrents comme la publication de conseils sur la manière de voyager – une tradition qui remonte à la fin du xvie siècle4, moment où apparaît dans la langue allemande le néologisme Apodemik, dérivé du grec et signifiant « traité de voyage ». Les manuels de poche à l’usage des voyageurs n’ont donc rien de récent, pas plus que les débats et les traités sur l’art de voyager ; il faut attendre le xixe siècle, en revanche, pour voir se développer les guides de voyage en même temps que le tourisme.

2Entre le manifeste Pour une littérature voyageuse (1992), qui réunissait les principaux représentants de l’art de voyager de la fin du xxe siècle, et l’année 2020 qui marque l’entrée dans une période moins favorable au nomadisme en raison de la crise sanitaire et de la fermeture de nombreuses frontières – forme de coup d’arrêt dont prend acte le dernier livre de Rodolphe Christin5 –, s’étend un quart de siècle de production viatique qui appelle un nouveau retour critique. Malgré le succès du festival Étonnants voyageurs de Saint-Malo, le mouvement de Michel Le Bris est un projet qui appartient résolument au xxe siècle, puisqu’il s’est pensé avant tout comme « une communauté de refus6 » de ce qu’était devenue la littérature après les années soixante, et que certains de ses signataires (Bouvier, Lacarrière, Chaillou, Meunier) se sont éteints. Les arts de voyager qui connaissent un nouvel essor au début des années 2000 semblent davantage tournés vers le xxie siècle et les enjeux sociaux, géopolitiques et environnementaux qui lui sont associés, même s’ils renouent immanquablement avec les universaux du voyage. De nouvelles collections de guides à concept séduisant, comme les Dictionnaires amoureux lancés en 2000 aux éditions Plon ou la récente série des « Villes en v.o. » chez Atlande, de nouveaux collectifs soucieux de réaffirmer le goût de l’aventure, ou de nouvelles miscellanées où l’on puise librement, constituent autant de bréviaires à l’usage du voyageur de ce début de siècle.

3Si l’article d’Adrien Pasquali englobait à la fois l’immense corpus des récits de voyage et la catégorie hétéroclite des guides et arts de voyager, présentant l’avantage d’un point de vue synoptique et l’inconvénient d’une impression de survol, nous n’intégrons ici les textes narratifs que dans la mesure où ils contiennent ponctuellement des conseils et préceptes. Les arts de voyager contemporains sont mis à l’honneur par un large panel de maisons d’édition plus ou moins grand public (Points, Arthaud, Plon, Pocket, Atlande, Écosociété, Nevicata, Transboréal, ViaTao) et se logent principalement dans les digests, anthologies, vade-mecums, éloges ou manuels qui indiquent la marche à suivre pour adopter un bon usage du voyage, quand ce n’est pas un « meilleur usage du monde7 » : le caractère axiologique et prescriptif n’est pas forcément moins marqué que dans les arts de voyager de l’âge classique. Mais la hiérarchisation tend à s’estomper, voire à s’inverser – ce sera l’une de nos hypothèses –, entre les guides de voyages, qui sont à l’origine la « forme édulcorée8 » des instructions aux voyageurs, et les formes a priori plus respectables de théorie viatique, certaines maisons d’édition faisant désormais le pari de proposer des guides exigeants, en accord avec une récente revalorisation de ces formes intermédiaires qui ne sont pas dénuées d’inventivité9.

4De l’inventivité, il en faut assurément pour écrire encore des arts de voyager au xxie siècle : la pratique du voyage peut-elle soulever autant de questions qu’à la Renaissance, où les grandes découvertes engagent une redéfinition radicale du rapport de l’homme à l’espace terrestre et aux autres civilisations, et ouvrent la voie à plusieurs siècles de débats sur l’utilité des voyages ? Comment expliquer l’inlassable besoin de justification du voyage, et le succès de toutes les collections qui se mettent au service du débat, alors que l’on pourrait penser en avoir cerné les fondements historiques et anthropologiques ? Sans doute convient-il d’envisager les guides et arts de voyager sur le modèle du récit de voyage lui-même, qui s’expose au risque de la redite à partir du moment où toutes les terres ont été parcourues et décrites, et se pense dès lors comme un art de la variation fondé sur une pratique de l’intertextualité. Les nouveaux arts de voyager reprennent ainsi des dynamiques propres au genre apodémique, comme l’oscillation entre enthousiasme et scepticisme, défense et condamnation, et dialoguent avec les grandes théories du voyage – pour peu que leurs auteurs soient conscients de s’inscrire dans cette vaste bibliothèque, ce qui est loin d’être toujours le cas. On peut au moins porter au crédit de Sylvain Tesson de vouloir « jalonner la pensée de phrases cardinales » en citant T. E. Lawrence, Alexandra David-Néel ou Conrad, car il considère que « tenir dans sa besace quelques beaux mots d’auteur est un viatique pour le voyage et pour la vie10 ». Une autre hypothèse pour expliquer la longévité de ce genre, le succès jamais démenti et fortement commercial des méditations sur le voyage, est que ces dernières seraient déjà un moyen d’évasion, une forme de pur accès à l’ailleurs qui peut se passer de l’illustration d’un récit, l’essentiel étant la rêverie sur les motivations du voyage. Tout se passe comme si les arts de voyager des époques précédentes étaient devenus caducs et qu’il était toujours possible d’en écrire de nouveaux – ou en tout cas de faire croire à leur nouveauté, à l’instar de L’Invention du voyage en 201311 – afin de combler un besoin anthropologique, celui de penser la confrontation à l’ailleurs et à l’altérité, sans s’encombrer d’effets de palimpsestes. Mais tous les textes n’affichent pas la même candeur et d’aucuns jugent la rhétorique de l’authenticité artificielle et dépassée – rejouant constamment le combat entre les défenseurs optimistes du voyage et ses détracteurs désillusionnés. L’absence de consensus dans le foisonnement de publications atteste ainsi de la vitalité d’un genre qui a encore de beaux jours devant lui, précisément parce qu’il s’actualise au gré des évolutions sociétales et environnementales, que ce soit pour dénoncer les sociétés régies par un « principe de précaution12 », le règne du virtuel ou la croissance du tourisme, qui seraient de nouveaux obstacles à la « véritable » rencontre avec l’altérité.

Vertus du « vrai » voyage : de la difficulté de déjouer les poncifs

5Même lorsqu’ils atténuent le didactisme du titre au moyen de l’adjectif petit – Petit traité sur l’immensité du monde, Petit manifeste en faveur du voyage à pied, Petite causerie sur la nonchalance et les vertus de l’étape13, etc.), un bon nombre d’arts de voyager contemporains tendent à se réclamer d’une conception authentique du voyage, dont leurs auteurs auraient percé le véritable secret. L’éclosion d’une multitude de petites philosophies du voyage est à interpréter, nous semble-t-il, comme une forme de modestie à double tranchant, signifiant qu’il n’est pas question de prétendre à la même forme d’autorité que les écrivains voyageurs patentés, auréolés d’un prestige littéraire, mais que l’on consent alors à reformuler des idées sans grande ambition théorique, tout en s’assurant le succès en librairie. Il est vrai que la rhétorique du « petit » combinée à l’énonciation d’une vérité est une forme courante, un passage quasiment obligé pour asseoir sans emphase la crédibilité d’un écrivain qui voyage ou d’un voyageur qui écrit : on songe au Petit traité de la marche en plaine de Gustave Roud14, publié en 1932, mais aussi à la « Petite morale portative » de Nicolas Bouvier, au « Petit précis d’exotisme » de Jacques Meunier ou au « Petit album nomade » de Kenneth White, publiés dans le manifeste Pour une littérature voyageuse15 en 1992. Mais on reste perplexe face à la capacité de certains opuscules à réasséner les mêmes vérités à quelques décennies de distance : comment ne pas voir dans la récente Petite causerie sur la nonchalance et les vertus de l’étape, qui situe l’intérêt du voyage dans les interstices de ce dernier et affirme que le chemin vaut plus que le but, un remake affadi de L’Usage du monde ? L’explication tient sans doute au fait que les arts de voyager ne sont plus tant du ressort de la littérature que de celui du développement personnel, en pleine expansion éditoriale.

6L’ambition de définir le vrai voyage ou la véritable aventure n’anime certes pas tous les textes. Certains vade-mecum ont une vocation descriptive et visent avant tout à recenser l’état des connaissances sur le voyage, en procédant par entrées thématiques pour permettre une libre circulation dans une mosaïque d’arts de voyager. C’est ainsi que les Miscellanées de Chantal Delterne et Daniel De Bruycker, publiées en 2014 aux éditions Nevicata, échappent à la tentation du dogmatisme en juxtaposant une multitude d’anecdotes, de biographies et de points de vue sur le voyage. Les florilèges de citations et d’expressions lexicalisées alternent avec des extraits d’arts de voyager (occidentaux, mais aussi orientaux) ou des considérations historiques sur l’émergence de la littérature touristique – on y découvre ainsi que la Périégèse de Pausanias est « le tout premier guide de voyage », qui invite « à une découverte lente, à pied le plus souvent, par un cheminement au fil des paysages où l’on apprend à goûter les spectacles qu’offre le monde16 ». Ces Miscellanées proposent en somme un méta-art de voyager, venant réactualiser le panorama déjà offert par Claude Roy en 1964 avec Le Bon Usage du monde17, qui était une recension ludique et poétique de toutes les manières de voyager, des théories les plus abstraites aux situations les plus concrètes, comme la difficulté de se servir des manuels de conversation pour communiquer en voyage18. Mais là où Claude Roy engageait fortement sa subjectivité dans le propos, avec une série de lettres adressées à ses enfants, « explorateurs en partance vers des terres inconnues19 », les auteurs des Miscellanées publiées en 2014 demeurent très en retrait – si ce n’est pour conclure avec un poème écrit à quatre mains : « Marche ! / Tout ce que tu vois / n’attend que de te suivre20. »

7Dans les arts de voyager contemporains, une telle mise en retrait relève cependant de l’exception, l’exercice consistant généralement à exposer le point de vue très tranché d’un voyageur chevronné. Jean-Claude Guillebaud, journaliste et ancien directeur de Reporters sans frontières, n’hésite pas à nourrir son propos de considérations axiologiques : « le vrai butin d’un voyage n’est pas celui qu’on croit » ; « la véritable alchimie du voyage tient à [un] paradoxe inaugural » ; « Si on fait du principe de rencontre le “vrai” fondement de l’aventure21 », etc. Les petites philosophies du voyage contemporaines réussissent ainsi ce tour de force d’adopter le registre moral des arts de voyager de l’âge classique22, sans pour autant perdre les faveurs du lectorat. Patrice Franceschi, qui est à l’initiative des propositions pour « défendre un certain point de vue sur l’esprit d’aventure et son utilité aujourd’hui23 », dénombre quant à lui quatre « vertus » indispensables au voyageur contemporain : l’anticonformisme, l’aptitude au risque, le besoin de liberté, le désir de connaissance, et il précise que ces « vertus » sont à comprendre « au sens grec d’arété, principe d’excellence des choses24 ». En invoquant ce « principe d’excellence », il ne fait que rejouer l’opposition caricaturale du voyageur et du touriste sans mettre à distance son propre désir de distinction, comme si les analyses développées depuis les années quatre-vingt-dix par Jean-Didier Urbain25 n’avaient eu aucune prise sur une certaine catégorie d’explorateurs très appréciés du grand public : il s’agit toujours et encore de se différencier du « mauvais voyageur » et d’opposer le vrai au faux, la surface à la profondeur. Quelques voix se distinguent cependant par l’autodérision dont elles font preuve, comme Julien Blanc-Gras qui endosse sans mépris la posture du touriste, bien conscient qu’on « est toujours le touriste de quelqu’un » : « Je n’ai pas l’intention de me proclamer explorateur. Je ne veux ni conquérir les sommets vertigineux, ni braver les déserts infernaux. Je ne suis pas si exigeant. Touriste, ça me suffit26. » Mais au-delà de ces îlots de réflexivité, la démarcation entre l’« idiot du voyage » que serait le touriste et le « noble » voyageur continue à structurer un certain nombre de manifestes.

8L’opposition entre le vrai et le faux est complémentaire d’une autre opposition, non moins tenace, entre stéréotype et authenticité. Certains guides de voyage s’efforcent de « dépasser les clichés » pour aller au fond de « l’âme des peuples », titre d’une collection des éditions Nevicata qui décline des présentations de pays par des spécialistes reconnus. Corinne Atlan, traductrice de littérature japonaise, se demande ainsi :

Pourquoi le Japon continue-t-il à faire l’objet de tels clichés simplificateurs, alors que l’offre abondante de traductions, films, expositions, ouvrages de toutes sortes, devrait permettre de l’approcher dans sa vérité et sa complexité ? Sans doute parce qu’il est plus facile de céder à une vision exotique que de transformer notre optique. Car le Japon répond à une logique qui nous échappe : en dépit d’une occidentalisation de façade, la grille occidentale de lecture du monde ne s’y applique pas27.

9De la même manière, la collection « Villes en v.o. » des éditions Atlande souhaite offrir une connaissance locale et approfondie des grandes villes (Rome, New York, Florence, Lisbonne, Buenos Aires) en allant au-delà des clichés, en redonnant vie à des « images figées », grâce à un format certes court mais qui privilégie « la perspective et la profondeur28 ». On voit ce que cette rhétorique peut avoir d’efficace pour s’adresser à des lecteurs qui désirent voyager hors des sentiers battus ; mais on voit aussi à quel point elle peut être attendue dans les discours du xxie siècle sur l’ailleurs et l’altérité. Le risque, à trop vouloir déjouer le cliché, est alors de basculer dans le cliché de l’antimanuel qui s’inscrit en fait pleinement dans une doxa contemporaine, où est de plus en plus valorisé le voyage immobile. En témoigne la façon dont Anne Bécel conçoit L’Invention du voyage, recueil d’entretiens qu’elle a réalisés avec une vingtaine de voyageurs :

Sorte d’antimanuel de voyage, il prend le contre-pied des guides touristiques, approfondit une approche plus spirituelle de l’itinérance et permet à chacun de se découvrir explorateur du quotidien et du lointain29.

Les guides et arts de voyager contemporains seraient-ils désormais de l’ordre d’une « littérature sans estomac30 » ? Il est vrai qu’il y entre une part non négligeable de stratégies commerciales, dont l’introduction de L’Aventure, pour quoi faire est très représentative, avec la mise en scène d’un banquet d’éditeurs, de journalistes ou d’hommes politiques très en vue31 ; mais certains voyageurs écrivent avec la conscience de ce qui les a précédés, et plutôt que de former le projet d’« inventer » le voyage, reprennent des paradigmes pour les interroger, avant de les renouveler.

Instinct nomade, slow travel et partition genrée : dans la continuité du second xxe siècle

10En l’absence de dialogue avec les arts de voyager des siècles ou des décennies précédentes, on est tenté de conclure à une forme de confiance candide dans la capacité du genre à se réinventer de toutes pièces. Il est fréquent de repérer des emprunts et reprises non avoués, comme dans le texte de Jean-Claude Guillebaud qui s’attribuerait pour un peu la paternité de l’expression l’esprit du lieu, tout en paraphrasant les maximes de Bouvier :

Cette immatérielle pépite trouvée et retrouvée sans cesse sur la route, je l’appelle l’esprit du lieu. […] Lorsque s’oublie peu à peu tout le superflu du voyage […], elle demeure au tréfonds de nous32.

Mais la convocation des bréviaires des générations précédentes est tout de même présente de manière diffuse dans toute une série de vade-mecum, où planent les figures tutélaires de Bruce Chatwin et Nicolas Bouvier, qui ont fourni de véritables bibles du nomadisme – Le Chant des pistes et L’Usage du monde – encore reconnues comme telles au début du xxie siècle. Le Suisse Blaise Hofmann semble avoir particulièrement intériorisé les petites morales portatives de Nicolas Bouvier lorsqu’il décrit la solitude comme un « sésame » et une « drogue », et la lenteur comme un « luxe33 » ; Olivier Rolin lui rend également hommage en tête de son récit sur la Sibérie, lorsqu’il dit refuser « les facilités de l’exotisme34 » et cite le célèbre passage de L’Usage du monde sur « cette espèce d’insuffisance centrale de l’âme qu’il faut bien apprendre à côtoyer ». Quant à Tristan Savin, il fait preuve d’un souci d’articuler les références marquantes du xxe siècle aux inflexions contemporaines de la réflexion sur les voyages, l’un des enjeux du débat étant le rapport entre le proche et le lointain.

L’humanité a évolué grâce au nomadisme. Il a fallu à Bruce Chatwin des années de voyages et de recherches documentaires pour le démontrer, dans une ode à ces tribus aborigènes héritières du passé, Le Chant des pistes. Et maintenant ? L’aventure est au coin de la rue, me direz-vous35.

11Si les arts de voyager de l’âge classique positionnaient le débat en termes d’utilité ou d’inutilité, il s’agit de savoir aujourd’hui s’il faut condamner les voyages au long cours et privilégier la proximité, ou s’il est encore permis et souhaitable de s’évader aux antipodes. La tendance massive – qui vire à l’obsession dans les entretiens menés pour L’Invention du voyage36, où l’on s’étonne de lire sous la plume d’Anne Bécel que Blaise Hofmann est supposé avoir forgé l’expression « exotisme du proche37 » – semble être en faveur du voyage immobile ou de proximité, venant parachever un changement de regard amorcé en partie par Perec38. Le sociologue Rodolphe Christin encourage largement cette tendance avec son Manuel de l’anti-tourisme39, mais la littérature viatique offre des poches de résistance qui réaffirment le caractère irremplaçable de l’expérience au loin : pour Olivier Rolin, « À suivre les pas de Tchekhov à Nikolaïevsk-sur-l’Amour, on a plus à gagner qu’à traîner à Aire-sur-l’Adour. […] Plus nous sommes étrangers et plus nous risquons d’être “vrais”40. » Jean-Christophe Rufin va dans le même sens, en avançant un autre argument qui est la nécessité de se libérer du poids de la sécurité et du « principe de précaution » qui règne dans notre société de « victimisation généralisée41 ». Plus généralement, tous les auteurs qui dénoncent le règne du virtuel – ce qui est assez nouveau par rapport aux arts de voyager du xxe siècle – opposent à ce dernier les leçons « de plein vent » que seul le vaste monde est capable d’offrir ; il n’y a donc pas de véritable consensus quant à l’idée de privilégier le voyage de proximité, même si la tendance s’accentue.

12Dans la continuité du second xxe siècle, on note aussi la relative absence des femmes dans la production des arts de voyager : si l’on excepte Chantal Deltenre, co-autrice des Miscellanées – mais on a vu que les marques de l’énonciation étaient très faibles dans ce texte – et Isabelle Autissier, interrogée pour L’Invention du voyage, ou encore Anne Bécel qui a coordonné cet ouvrage où elle se trouve en position de passeuse de savoirs plutôt que productrice de ces derniers, les femmes apparaissent comme nettement sous-représentées dans les arts de voyager. Alors même que les femmes autrices de récits de voyage deviennent assez nombreuses au xxie siècle42 – contrairement au xxe où l’on retient surtout David-Néel, Maillard ou Schwarzenbach –, une certaine continuité s’établit avec le xxe siècle, non pas tant au niveau de la reconnaissance éditoriale des récits de voyage écrits par des femmes, qu’en raison de la quasi-absence de vade-mecum qui soient de leur fait. Les traités sur le voyage, aussi « petits » et modestes soient-ils, resteraient-ils une préoccupation ou une prérogative avant tout masculine ? Il existe bien de nombreux blogs sur l’art de voyager seule, mais assez peu de publications dans ce sous-genre des arts de voyager, comme si les femmes voyageuses n’étaient autrices que de conseils à destination de leurs consœurs, là où leurs confrères masculins viseraient à une certaine universalité en matière de réflexion sur le voyage. Tout au plus repère-t-on de petits opuscules humoristiques, comme Le voyage pour les filles qui ont peur de tout d’Ariane Arpin-Delorme et Marie-Julie Gagnon43 ou Comment voyager seule quand on est petite, blonde et aventureuse44 de Katia Astafieff, qui se décline en Comment voyager dans le Grand Nord quand on est petite, blonde et aventureuse45. Dans le récent Appel de la fugue d’Alice Cheron46, le choix du terme de fugue, qui renvoie à l’idée de fuite, mais à une fuite qui ne serait que momentanée, n’est-il pas déjà chargé d’une part dépréciative ? La comparaison avec la pompeuse Théorie du voyage de Michel Onfray47 est à cet égard éloquente, alors même que ce texte ne fait que reprendre les questions les plus élémentaires – sommes-nous nomades ou sédentaires ? Quand commence réellement le voyage ? Faut-il voyager seul ou à plusieurs ? –, ou asséner des avis intempestifs pour se singulariser – il faut prendre l’avion, rien ne sert de privilégier la lenteur. Michel Onfray ne s’embarrasse pas de la rhétorique (certes faussement modeste) de la « petite causerie » ou du « petit propos », il énonce sans ambages sa théorie du voyage.

Anthologies et lexiques amoureux : vers une réhabilitation du guide et de l’encyclopédie portative

13Au-delà des questions de genre, il faut enfin interroger la généricité de cet ensemble mal défini de textes que l’on nomme arts de voyager : les guides sont-ils encore perçus comme la forme édulcorée des textes instructifs à vocation plus théorique ? C’est ce que suggèrent certaines présentations de collection, comme la « Petite philosophie du voyage » de Transboréal qui voudrait se situer « aux antipodes des guides de voyage classique48 ». Il en va de même pour la collection « L’âme des peuples » chez Nevicata, qui entend ouvrir « grandes les portes de l’histoire, des cultures, des religions et des réalités socio-économiques que les guides touristiques ne font qu’entrouvrir49 ». C’est aussi une intégration pleine et entière à la littérature de voyage que revendique la collection « Villes en v.o. » chez Atlande, comme en témoigne la présentation du livre sur Lisbonne :

Ce livre de voyage, choix de textes intellectuellement nourrissants, s’apparente moins à un guide touristique qu’aux bréviaires qui réjouissent l’esprit50.

D’autres titres de la même collection, notamment Rome en v.o., assument cependant sans complexe le fait de proposer purement et simplement un guide de voyage. Est-il réellement nécessaire de conjurer le spectre du guide pour affirmer la valeur du « livre de voyage » ? N’est-ce pas une conception étriquée ou dépassée du guide qui mène à se construire en opposition à ce dernier ? Dans son article de la revue Textyles en 1995, Adrien Pasquali n’accordait encore au guide qu’une valeur très anecdotique et limitée :

[…] la multiplication des « guides » semble liée au phénomène de généralisation et de démocratisation des pratiques du voyage, à la nécessité de contrôler et de canaliser ce flux voyageur, de l’inscrire dans un réseau d’itinéraires balisés. La plupart des guides proposent d’aller à la rencontre, non à la découverte, d’un monde diversifié mais confortable, rassurant et utile : un paysage devenu site touristique, un édifice promu monument sont intégrés à un patrimoine culturel planétaire en expansion illimitée, favorisant l’attitude bourgeoise de thésaurisation et de collection51.

14Pasquali accrédite l’idée, largement répandue dans la critique, selon laquelle il ne s’agirait que d’une littérature informative et prescriptive, qui demanderait aux voyageurs de se conformer à des normes. Mais les nouvelles collections de guides qu’on pourrait qualifier de semi-littéraires – parce que ces textes restent en effet informatifs, tout en faisant preuve d’une certaine inventivité formelle – semblent donner raison à l’historienne Ariane Devanthéry qui œuvre à la reconnaissance de ces « mal-aimés souvent bien utiles52 ». Si les historiens, géographes et sociologues y voient désormais des sources précieuses pour aborder l’histoire des territoires et des pratiques touristiques, il semble également possible de leur attribuer une place dans la littérature viatique, où ils n’apportent pas moins de nouveauté que les traités plus théoriques qui voudraient révolutionner la vision du voyage. C’est en ce sens que l’on peut voir une inversion, ou du moins un rééquilibrage de la relation hiérarchique entre les guides – comprenant le vaste ensemble des anthologies et dictionnaires amoureux – et les recueils de préceptes à l’usage du voyageur, l’invention n’étant pas nécessairement là où on l’attend.

15Ariane Devanthéry conçoit le guide comme un « trait d’union de mots entre deux usages du monde53 », faisant le lien « entre les pratiques d’un voyageur-auteur et celles des lecteurs-voyageurs54 », au même titre, en somme, qu’un récit de voyage qui jouit pourtant d’une reconnaissance bien supérieure. Elle invite à chercher la nouveauté non dans le contenu, mais dans la forme, affirmant que « les guides sont infiniment créateurs, proposant des formes et des consultations variées, imaginant des clés de lecture qui leur sont propres et que leurs lecteurs/utilisateurs doivent apprendre pour un emploi efficace55. » C’est ainsi que la collection « Villes en v.o. » d’Atlande, fondée sur le principe de l’anthologie subjective pour inviter à la découverte d’une ville, relève moins de la prescription que de la flânerie littéraire, ce qui ne l’empêche pas d’appartenir au genre peu apprécié des guides de voyage. Peu apprécié, ce genre semble toutefois le rester aux yeux de certains écrivains-voyageurs contemporains, comme les Suisses Blaise Hofmann ou Aude Seigne, qui ne vont aucunement dans le sens d’Ariane Devanthéry dans le collectif que cette dernière a codirigé avec Claude Reichler : Vaut le voyage ? Histoire de guides56, publié en 2019, sorte de méta-guide pour appréhender les guides et faire entendre une pluralité de voix sur la question. Blaise Hofmann intitule son texte « À mort le guide », tandis qu’Aude Seigne propose une réflexion sur l’« Obsolescence programmée », sans doute parce que tous deux s’attaquent au guide entendu en un sens restrictif – un manuel qui serait composé d’un ensemble de rubriques attendues telles que les conseils pratiques aux voyageurs, la présentation du pays, des adresses d’hébergements et de restaurants ainsi que la description des sites à visiter. Contre les guides qui « ferment l’imaginaire » et se ressemblent tous plus ou moins », Blaise Hofmann propose « quatre “guides” d’un tout autre genre, quatre propositions qui ne pèsent rien, et ne coûtent rien57 », réaffirmant les ingrédients du « vrai » voyage contre le tourisme grégaire formaté par les guides : la lenteur, la solitude, la panne, l’instinct. Or la diversité des formes de guides et de vade-mecum laisse à penser qu’il s’agit d’un genre inventif, non dénué de valeur épistémique.

16Car les guides que les voyageurs du xxie siècle aiment à emporter dans leurs bagages s’apparentent à des encyclopédies portatives qui ne se bornent pas à les orienter dans une ville ou un pays inconnu, mais expriment aussi la conscience du type de connaissance qui est offert au lecteur : il ne peut s’agir que d’un point de vue subjectif et parcellaire en raison de la brièveté du format et de l’impossibilité de faire le tour de la question quand les destinations ont déjà été cernées par maints guides et récits. Les collections « Pavillons poche » de Robert Laffont58, ou encore « Villes en v.o. » d’Atlande, jouent sur un même terrain et s’inscrivent explicitement dans le format des anthologies littéraires ou des dictionnaires thématiques, formats de poche qui connaissent un succès croissant même s’ils existaient déjà au xixe siècle59 et se sont multipliés à la fin du xxe siècle, notamment avec la collection « Bouquins » de Robert Laffont60. En 1995, Adrien Pasquali critiquait ce principe de l’anthologie qui entraînait selon lui une réception biaisée des récits de voyageurs, et l’on peut se demander en effet si le goût pour les « digests » qui perdure aujourd’hui n’est pas à mettre sur le compte d’une modernité superficielle qui ne s’appesantirait pas sur ses objets :

Plus ou moins scientifiques ou spécialisés, de nombreux passages descriptifs ralentissent l’histoire ; dans les rééditions actuelles, leur fréquente mise à l’écart obéit au souci d’adaptation à une modalité privilégiée de la lecture aujourd’hui, sa rapidité. Dès lors, une illusion rétrospective accélère fortement le voyage d’autrefois, quand l’un de ses attraits majeurs serait paradoxalement sa lenteur61.

17Cette analyse peut certes valoir pour les anthologies contemporaines, mais elle risque de ne pas rendre justice à la part d’inventivité et aux ressources spécifiques qui favorisent un rapport plus oblique à la connaissance. Si « Villes en v.o. » propose de « discrets et légers compagnons », c’est également pour laisser une part de liberté au lecteur, dont le rôle est d’activer les potentialités d’un guide ou d’une sélection littéraire nécessairement partielle. Le guide sur Rome, par exemple, revendique le choix du fragmentaire comme la forme la plus à même d’accéder au mythe titanesque de la Ville éternelle. Son autrice a « tenté de compenser l’inévitable arbitraire d’une sélection si courte par la variété des périodes et langues citées, dans un mélange de poésie et de trivialité qui sied si bien à Rome62 », nous laissant le soin de recomposer une totalité. Les extraits d’œuvres littéraires (Nathaniel Hawthorne, George Eliot, Goethe, Chateaubriand…) se mêlent aux descriptions des monuments de la ville et aux considérations plus intimistes sur la pluie, la nuit ou l’ennui à Rome. L’anthologie comprend également un dialogue avec la somme encyclopédique des Promenades dans Rome de Stendhal, considéré comme « le meilleur guide jamais écrit sur Rome63 », dont sont prélevées une ou deux pages sur San Pietro alors que Stendhal en a écrit des dizaines : le guide contemporain est littéralement un « digest », autrement dit un résumé, qui donne un aperçu de l’érudition vertigineuse du romantique sans en imposer tout le poids au lecteur. Si la collection « Villes en v.o. » entend proposer des « dictionnaires thématiques ou amoureux », c’est donc surtout le premier terme de l’alternative qui est actualisé dans des guides où le ton personnel demeure assez discret, alors que la fonction épistémique est très présente.

18La collection qui réunit le mieux ces deux aspects est peut-être celle des « Dictionnaires amoureux » lancée par Plon en 2001 : le livre de Jean-Claude Carrière sur l’Inde met en avant la subjectivité sur un mode très lyrique (« En Inde, le Mahabharata fut mon premier amour64 ») mais n’abandonne pas la dimension descriptive et en ajoute même une autre, d’ordre prescriptif, et c’est en cela que le dictionnaire amoureux se distingue des anthologies, qui sont à la fois subjectives et descriptives, mais plus suggestives que prescriptives. Il permet en quelque sorte de réunir les arts de voyager et le guide pratique, alors que le genre moral du traité de voyage est longtemps resté supérieur. Le récit d’anecdotes personnelles s’accompagne de conseils à destination du voyageur en Inde :

Que le visiteur étranger ne s’engage pas dans cette voie de l’isolement, ce serait mon premier conseil. Qu’il n’aille pas en Inde pour n’aller nulle part. Qu’il accepte la foule, qu’il s’y mêle, qu’il s’y perde65.

Ce caractère prescriptif relativement prononcé tient à une différence notable entre l’anthologie et le dictionnaire amoureux, à savoir que les auteurs choisis par Plon représentent des figures d’autorité, alors que les auteurs choisis pour la collection « Villes en v.o. » ne sont pas des autrices connues, bien qu’elles puissent se prévaloir d’une connaissance intime du pays – cursus souvent universitaire, parfois agrémenté d’un petit atout au charme décalé, comme Delphine Leblanc, cette historienne de formation devenue diamantaire à New York, qui rédige un guide sur la Grosse Pomme. On en revient au constat de la partition genrée : aux femmes, les anthologies au service de grands textes écrits sur chaque ville (« Villes en v.o. » est d’ailleurs une collection dirigée par une femme, Gabrielle Yriarte) ; aux hommes, écrivains reconnus à la longue carrière nomade, les dictionnaires amoureux témoignant d’un regard à la fois large et subjectif, embrassant une forme de totalité : Gilles Lapouge, Michel Del Castillo, Jean-Claude Carrière, Dominique Fernandez, Yann Quéfellec, Philippe Sollers – l’une des rares exceptions étant Danièle Sallenave, autrice d’un Dictionnaire amoureux de la Loire. Mais au-delà de cette répartition des prérogatives, anthologies et dictionnaires amoureux usent des mêmes ressources – celles du manuel portatif, où l’on passe librement d’une entrée alphabétique à l’autre – pour relancer perpétuellement le désir de voyage.

19Dans le débat contemporain qui interroge à nouveaux frais la pertinence du déplacement, les dictionnaires amoureux invitent ainsi à la découverte concrète, à la transformation du lecteur en promeneur – même si rien n’interdit le voyage immobile, qui est en passe de devenir un paradigme dominant. Si la forme de ces guides-bréviaires est inventive et trouve sa place dans la littérature viatique, la perspective sur le voyage apparaît comme assez classique – aller ailleurs pour rencontrer l’Autre – quand on la confronte aux théories alternatives qui prennent de plus en plus d’ampleur dans les arts de voyager actuels. Sur les deux décennies prises en compte (2000-2020), même si de nombreuses voix s’élèvent encore pour défendre la nécessité de l’aventure aux antipodes, la nouvelle éthique du voyageur à l’ère de l’anthropocène semble nettement privilégier le voyage immobile ou de proximité. La tradition du Grand Tour et de la formation de la jeunesse par le voyage est certes revisitée, mais en étant le plus souvent subordonnée à des projets humanitaires ou écologistes : c’est ainsi que Bernard Ollivier propose une méthode thérapeutique pour jeunes délinquants dans Marche et invente ta vie66, là où Thierry Pardo prône une éducation en lien avec les problématiques environnementales dans Les savoirs vagabonds. Une géopoétique de l’éducation67. Des maisons d’édition comme ViaTao font la promotion du voyage équitable, économe et responsable, quand d’autres exaltent les mobilités douces et l’écotourisme frugal : Transboréal a édité des manuels de voyage à vélo, en kayak, à cheval, en train, à pied ou avec un âne, ainsi qu’un éloge de La Vie en cabane68. Le vieux serpent de mer du débat sur l’utilité des voyages reste la toile de fond des arts de voyager, avec un déplacement progressif des enjeux vers le territoire abstrait de l’« écotopie69 », à l’échelle collective, ou de la méditation, au niveau individuel70, à la faveur d’un retour aux fondements du voyage conçu avant tout comme « un acte de l’esprit, une expérience particulière de la pensée et du corps71 », qu’il y ait ou non déplacement dans l’espace : La Vraie vie est ici72 pourrait être la formule de cette nouvelle doxa, qui n’en tire pas moins sa force de la confrontation incessante avec l’appel de l’ailleurs.

Notes

1 Adrien Pasquali, « Récits de voyage et critique : un état des lieux », Textyles, n°12, 1995, [En ligne] URL : http://journals.openedition.org/textyles/1949 [consulté le 29/07/2020].

2 Ibid.

3 Ibid.

4 Voir Alain Guyot et Francine-Dominique Liechtenhan, « Partir : pour quoi faire ? De quelques “méthodes” et “arts de voyager” aux xvie et xviie siècles », Viatica , n°5, 2018, [En ligne] URL : http://revues-msh.uca.fr/viatica/index.php?id=984 [consulté le 01/09/2020].

5 Rodolphe Christin, La vraie vie est ici. Voyager encore ? Montréal, Écosociété, coll. « Polemos », 2020.

6 Alain Borer et al., Pour une littérature voyageuse, Bruxelles, Éditions Complexe, 1992. Pour une étude critique de ce mouvement, voir Jean-Didier Urbain, Ethnologue, mais pas trop, Paris, Payot, 2003, p. 187-194 ; Charles Forsdick, Travel in Twentieth-Century French and Francophones Cultures, New York, Oxford University Press, 2002, p. 159-166 ; et Guillaume Thouroude, La pluralité des mondes. Le récit de voyage de 1945 à nos jours, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, coll. « Imago Mundi », 2017, p. 146-159.

7 Chantal Deltenre et Daniel De Bruycker, Voyage. Miscellanées, Bruxelles, Nevicata, 2014. On verra que ce recueil de pensées est en réalité loin d’être le plus marqué d’un point de vue axiologique.

8 Alain Guyot, art. cit.

9 Voir Ariane Devanthéry, « À la défense de mal-aimés souvent bien utiles : les guides de voyage. Propositions de lecture basées sur des guides de la Suisse de la fin du xviiie siècle et du xixe siècle », Articulo - Journal of Urban Research, n°4, 2008, [En ligne] URL : https://journals.openedition.org/articulo/747 [consulté le 27/07/2020].

10 Sylvain Tesson, « Une école de plein vent », dans Jean-Claude Guillebaud, Sylvain Tesson, Gérard Chaliand… [et al.], L’Aventure, pour quoi faire ?, Paris, Points, 2013, p. 38.

11 Anne Bécel (dir.), L’Invention du voyage, Paris, Pocket, 2013. L’avant-propos commence par ces lignes pour le moins stupéfiantes, où l’autrice présente comme une découverte personnelle inédite le fait de pouvoir envisager un voyage sans déplacement dans l’espace : « Pour autant que l’on sache, jamais, de mémoire d’homme, on n’était parvenu à voyager sans se déplacer. […] La surprise allait être de taille. […] Quoi que l’on puisse dire, quelque étonnant que cela puisse paraître, le nomadisme ne se limite pas à l’acte de nomadisation. Certains attributs nomades peuvent-ils se maintenir dans l’immobilité du sédentaire ? Cela me parut concevable. De ce jour, ma vie changea. Rien de moins. Désormais, nous pouvions voyager sans bouger et rapatrier, jusque dans notre salon, l’esprit du voyage. Sacrilège ! » (p. 9-10). Sacrilège ou découverte bien tardive d’une idée stéréotypée, qui remonte a minima au Voyage autour de ma chambre de Xavier De Maistre ?

12 Jean-Christophe Rufin, « Esprit d’aventure et principe de précaution. L’aventure est un droit humain », dans L’Aventure, pour quoi faire ?, op. cit., p. 61-69.

13 Voir Sylvain Tesson, Petit traité sur l’immensité du monde, Paris, Pocket, 2008 ; Emeric Fisset, L’Ivresse de la marche. Petit manifeste en faveur du voyage à pied, Paris, Transboréal, coll. « Petite philosophie du voyage », 2012 ; Patrick Manoukian, Le Temps du voyage. Petite causerie sur la nonchalance et les vertus de l’étape, Paris, Transboréal, coll. « Petite philosophie du voyage », 2019.

14 Gustave Roud, Petit traité de la marche en plaine [1932], Paris, Fario, 2019.

15 Alain Borer et al., Pour une littérature voyageuse, op. cit., p. 45-56, 141-151 et 167-196.

16 Chantal Deltenre et Daniel De Bruycker, op. cit., p. 71.

17 Claude Roy, Le Bon usage du monde, Lausanne, Rencontre, coll. « L’Atlas des voyages », 1964.

18 Ibid., p. 77-81.

19 Ibid., p. 10.

20 Chantal Deltenre et Daniel De Bruycker, op. cit., p. 268.

21 Jean-Claude Guillebaud, « Vers l’autre et vers soi-même », dans L’Aventure, pour quoi faire ?, op. cit., p. 20, 22 et 23.

22 Voir Daniel Carey, Gábor Gelléri et Anders Ingram, « The Art of Travel (1500-1850) database », Viatica, n°7, 2020 [En ligne] URL : http://revues-msh.uca.fr/viatica/index.php?id=1370 [consulté le 01/09/2020]. Il y est rappelé que des débats étaient organisés à Lyon ou Marseille au xviiie siècle, sur les questions suivantes : « Les voyages peuvent-ils être considérés comme un moyen de perfectionner l’éducation ? » ou encore : « Comment peut-on, en même temps, rendre les voyages utiles à soi-même et à sa patrie ? »

23 Patrice Franceschi, « Il était une fois… », dans L’Aventure, pour quoi faire ?, op. cit., p. 12.

24 Id., « Et si l’aventure, c’était l’esprit d’aventure ? », dans L’Aventure, pour quoi faire ?op. cit., p. 177.

25 Voir Jean-Didier Urbain, L’Idiot du voyage. Histoires de touristes [1991], Paris, Payot, coll. « Petite bibliothèque Payot », 2002.

26 Julien Blanc-Gras, Touriste [2011], Paris, Le Livre de poche, 2013, p. 12.

27 Corinne Atlan, Japon. L’empire de l’harmonie, Bruxelles, Nevicata, coll. « L’âme des peuples », 2016, p. 10.

28 Présentation de la collection qui sert de préface à chaque numéro.

29 Anne Bécel (dir.), op. cit., p. 11-12.

30 Voir Pierre Jourde, La Littérature sans estomac [2002], Paris, Pocket, 2003.

31 Patrice Franceschi, « Il était une fois… », op. cit., p. 9-13.

32 Jean-Claude Guillebaud, op. cit., p. 21.

33 Blaise Hofmann, « Robinson et les cigognes », dans L’Invention du voyage, op. cit., p. 75.

34 Olivier Rolin, Sibérie, Paris, Verdier, coll. « Verdier poche », 2016, p. 13.

35 Tristan Savin, « Le lion de Belfort », dans L’Aventure, pour quoi faire ?, op. cit., p. 153.

36 Anne Bécel (dir.), op. cit.

37 Exotisme du proche, ethnologie du proche : expression devenue un paradigme à part entière dans la littérature et les sciences humaines et sociales. En témoignent les travaux de Marc Augé en anthropologie (Pour une anthropologie des mondes contemporains, Paris, Aubier, coll. « Critiques », 1994) ; Jean-Didier Urbain en sociologie (Ethnologue, mais pas trop : ethnologie de proximité, voyages secrets et autres expéditions minuscules, Paris, Payot, 2003) ; Laurent Matthey en géographie (« L’exotisme du proche : réinvestir les centres pour partir un peu », Revue économique et sociale, 2007, vol. 65, no 4, p. 109-122). Voir aussi la collection « Terre humaine », qui fait le trait d’union entre littérature et discours scientifique : Georges Condominas, L’Exotique est quotidien, Paris, Plon, coll. « Terre humaine », 1966. En pratique, dans les récits de voyage, cette tendance s’est largement répandue dans les années 2010 : voir Le Dépaysement de Jean-Christophe Bailly (Paris, Seuil, coll. « Fiction et Cie », 2011) ou Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson (Paris, Gallimard, 2016).

38 Voir Georges Perec, L’Infra-ordinaire, Paris, Seuil, coll. « La librairie du xxie siècle », posth. 1989.

39 Rodolphe Christin, Manuel de l’anti-tourisme, Montréal, Écosociété, coll. « Polemos », 2017.

40 Olivier Rolin, op. cit., p. 12.

41 Jean-Christophe Rufin, op. cit., p. 67.

42 Voir par exemple Priscilla Telmon, Himalayas. Sur les pas d’Alexandra David-Néel (Paris, Actes Sud, 2010) ; Caroline Riegel, Du Baïkal au Bengale I : Soifs d’Orient, et II : Méandre d’Asie (Paris, Phébus, 2008 et 2009), Elodie Bernard, Le Vol du paon mène à Lhassa (Paris, Gallimard, coll. « Le sentiment géographique », 2010), Marianne Paul-Boncour et Patrick de Sinety, Voyage au pays des Gagaouzes (Paris, Cartouche, 2007), Sylvie Lasserre, Voyage au pays des Ouïghours (Paris, Cartouche, 2010), Aude Seigne, Chroniques de l’Occident nomade (Genève, Zoé, 2011). Textes mentionnés par Guillaume Thouroude, op. cit., p. 14-15.

43 Ariane Arpin-Delorme et Marie-Julie Gagnon, Le Voyage pour les filles qui ont peur de tout, Paris, Michel Lafon, 2015.

44 Katia Astafieff, Comment voyager seule quand on est petite, blonde et aventureuse, Paris, Pocket, 2018.

45 Id., Comment voyager dans le Grand Nord quand on est petite, blonde et aventureuse, Éditions du Trésor, 2020.

46 Alice Cheron, L’Appel de la fugue, Paris, Leduc.s, 2020.

47 Michel Onfray, Théorie du voyage, Paris, Le Livre de poche, coll. « Biblio Essais », 2007.

48 Site internet de Transboréal : https://www.transboreal.fr/collection_librairie.php?codecoll=philosophie [consulté le 01/09/2020]

49 Présentation de la collection en ouverture de chaque numéro.

50 Lisbonne en v.o., Paris, Atlande, coll. « Villes en v.o. », 2018, p. 21.

51 Adrien Pasquali, art. cit.

52 Ariane Devanthéry, « À la défense de mal-aimés souvent bien utiles : les guides de voyage. Propositions de lecture basées sur des guides de la Suisse de la fin du xviiie siècle et du xixe siècle », op. cit.

53 Ibid.

54 Ibid.

55 Ibid.

56 Ariane Devanthéry et Claude Reichler (dir.), Vaut le voyage ? Histoire de guides, Genève, Slatkine, 2019.

57 Blaise Hofmann, « À mort le guide », dans ibid., p. 135.

58 La collection, qui n’est pas constituée uniquement de livres de voyage, propose à partir de 2017 des « escapades littéraires » à Saint Pétersbourg, Rome, New York et Berlin en 2017 ; à Madrid et Séville en 2018 ; à Barcelone et Lisbonne en 2019 ; en Sicile en 2020.

59 Les quatre volumes du Voyage dans les Alpes (1776-1779) de Saussure, par exemple, ont été abrégés sous le titre de Voyage pittoresque dans les Alpes (1829).

60 Cette collection proposait des anthologies de textes en fonction des destinations – Le Voyage en Orient, Les Indes florissantes, Le Voyage en Asie centrale et au Tibet, etc.

61 Adrien Pasquali, art. cit.

62 Mary Baldo, Rome en v.o., Paris, Altande, p. 16.

63 Ibid., p. 163.

64 Jean-Claude Carrière, Dictionnaire amoureux de l’Inde [2001], Paris, Plon, coll. « L’Abeille », 2020, p. 13.

65 Ibid., p. 8.

66 Bernard Ollivier, Marche et invente ta vie, Paris, Arthaud, 2015.

67 Thierry Pardo, Les Savoirs vagabonds. Une géopoétique de l’éducation, Montréal, Écosociété, coll. « Parcours », 2019.

68 Daniel Lefèvre, La Vie en cabane, Petit discours sur la frugalité et le retour à l’essentiel [2001], Paris, Transboréal, 2018.

69 Voir Vincent Dubail, Kit pour voyager en écotopie, Paris, Tana, 2020 : ce livre se veut un guide pour partir à la rencontre d’une France transformée par l’utopie écologique avec pour bagage un kit de voyage en Écotopie (boussole, montre, carte, encyclopédie de la nature, couteau suisse et sac de couchage). Par cet appel à l’aventure, Vincent Dubail, écologiste engagé au sein d’EELV, propose un projet politique écologique dans une radicalité assumée qui repense notre société de croissance, productiviste et capitaliste et redonne à l’homme les clés de son destin et sa place de citoyen dans la cité.

70 Voir Anne Bécel (dir.), L’Invention du voyage, op. cit.

71 Rodolphe Christin, La vraie vie est ici, op. cit., p. 16.

72 Ibid.


Pour citer ce document

Liouba BISCHOFF, «Nouveaux bréviaires du voyageur », Viatica [En ligne], n°8, mis à jour le : 24/03/2021, URL : https://revues-msh.uca.fr:443/viatica/index.php?id=1708.

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Quelques mots à propos de :  Liouba BISCHOFF

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