Randa Sabry (dir.), Voyager d’Égypte vers l’Europe et inversement. Parcours croisés (1830-1950), Paris, Classiques Garnier, 2019, 498 p., ISBN 978-2-406-08206-4.

Texte

Cet ouvrage collectif, issu d’un grand colloque qui s’est tenu au Caire en avril 2014, marque un indéniable renouveau dans les études viatiques concernant l’Égypte, tant par son ampleur (vingt-sept contributions) que par sa triple ambition : révéler aux lecteurs francophones onze auteurs égyptiens ayant voyagé ou résidé en France pendant la période considérée1 ; renouveler l’étude d’une dizaine de récits de voyage d’écrivains français ; proposer un focus sur la question des Expositions universelles.

Le volume comprend trois parties : 1. Le voyage en Europe (1830-1950), entre l’héritage de la rihla et l’émergence de nouveaux défis (p. 45-250) ; 2. Le voyage en Égypte, intertextualités et quête de nouvelles images (p. 253-421) ; 3. La représentation de l’Égypte et de l’Orient dans les Expositions universelles (p. 425-454). Il s’ouvre par un judicieux bilan intitulé « Un demi-siècle d’études sur la littérature de voyage en langue française (état des lieux). » François Moureau y redéfinit le genre viatique, souligne sa variété, les formes prises depuis les débuts des modernités en Europe jusqu’à l’époque contemporaine, ainsi que les directions d’étude depuis une vingtaine d’années. L’ouvrage comporte en outre une substantielle bibliographie primaire et secondaire sélective, un index des personnes, un index des lieux et un index des notions et des thèmes.

L’entreprise répond à la volonté de pratiquer une histoire croisée – comme l’indique le sous-titre de l’ouvrage – qui ne soit plus celle des seuls transferts littéraires et culturels en débat parfois délicat dans les écrits arabes comme il est très bien montré ici2, mais également nourrie d’approches revisitant les xixe et xxsiècles français afin d’examiner des croisements fructueux, « l’emmêlement des identités et des cultures » chez certains de ces voyageurs3. François Moureau conclut ainsi son « avant-propos » sur l’« apport considérable » que constituent, pour les études viatiques, les récits arabes qui contribuent « au-delà de la littérature euro-centrée, à la prise de conscience d’une littérature mondiale diversifiée et enfin cohérente » (11).

Précisons d’emblée que les critiques de ce collectif ont le grand mérite de présenter substantiellement les auteurs orientaux qu’ils étudient, égyptiens en quasi-totalité, avant d’en venir à l’étude spécifique de certains de leurs ouvrages, dont la « qualité littéraire » et « l’intérêt interculturel » sont indéniables4, souci précieux pour les lecteurs d’un livre publié en France, et qui était moins nécessaire pour les principaux écrivains français dont il est question (Chateaubriand, Nerval, Schoelcher, Flaubert, Gautier, Fromentin, Lorrain, Loti, Cocteau).

Ajoutons que les approches stylistiques, narratologiques, thématiques, se côtoient pour le meilleur, augmentées d’indispensables commentaires consacrés aux positions éthiques, voire politiques de ces écrivains-voyageurs, tant il est vrai qu’il est important, aujourd’hui, de montrer comment les expériences viatiques ont rendu compte de l’accueil ou non des altérités, voire d’une convergence humaniste visant un universel partageable.

Alors que les études consacrées aux relations de l’Égypte littéraire avec l’Europe ne manquent pas pour les genres arabes traditionnels du pays (poésie, essai) ou importés (roman, théâtre), le récit de voyage arabe, rihla, était quasiment oublié. Or, il s’agit d’un « genre littéraire traditionnel chez les Arabes » depuis le xiie siècle, impliquant une « quête d’aventures, de savoir ou d’étrangeté5 ».

Randa Sabry6, directrice du volume, analyse les réponses données par les voyageurs eux-mêmes à la question : « Pourquoi voyage-t-on en Europe au temps de la Nahda ? », et cela à partir de préfaces (rédigées par les voyageurs ou non), d’épilogues et de commentaires métatextuels figurant dans les récits. Elle y met en avant la présence d’un discours élaboré sur l’Europe, plutôt positif (éducation, libertés individuelles et collectives,…) mais souligne le fait que bien des auteurs ne veulent pas imiter en tout, craignant de perdre leur âme, d’où des excursions nostalgiques en Andalousie, par exemple, et des propos militants, patriotiques, sur l’Égypte nouvelle à construire grâce à « l’emprunt bénéfique » mais également « son propre héritage » revisité (62) afin de « rejoindre en toute urgence la voie de la modernité » tout en allant vers une « réforme de soi » (63). C’est bien ce que l’on retrouve chez tous les écrivains dont l’étude occupe la première partie de cet ouvrage collectif.

Nagwane Marmouche7, relève le défi de comparer les expériences racontées par le jeune imam Rifa’â al-Tahtâwî, dont le séjour date des années 1826-1831 (L’Or de Paris, [Takhlîs al-ibrîz], paraît au Caire en 18358) et celles du diplomate et écrivain Yahyâ Hakki (Un Égyptien à Paris9) qui effectue un voyage touristique en France en 1968 (nourri de souvenirs du poste de Paris, 1949-1951), par ailleurs deux auteurs de premier plan. Certes l’époque contemporaine n’est plus au « récit hybride » dans lequel se côtoyaient récit de voyage, remarques ethnographiques, autobiographiques, historiques, scientifiques, compte rendus d’ouvrages mais également passages de contes et poèmes. Hakkî utilise néanmoins une suite de réflexions avec des objectifs similaires à ceux de Tahtâwî : que « l’ouverture sur le savoir de l’Autre ne porte pas atteinte à l’identité du Moi ni à sa religion » (71). Comme Tahtâwî, Hakkî loue l’organisation sociale et les progrès constants observables en France dans de multiples domaines, en miroir des comportements critiquables de ses compatriotes et continue à espérer en des « valeurs humaines considérées comme universelles » comme la justice liée à l’égalité et la liberté personnelle, les droits politiques (81). L’étude montre ainsi que les débats se sont prolongés sur la longue durée.

Aziza Saïd revisite une célèbre et monumentale fiction en prose, ‘Alam ad-dîn [Étendard de la Religion], publiée à Alexandrie par Ali Mubârak10 en 1889, en faisant judicieusement l’hypothèse qu’au personnage du jeune Burhân al-dîn11, « adolescent cairote » qui accompagne son père en France, l’auteur a « attribué quelques-unes des expériences qu’il a personnellement vécues lors de sa bourse en France » (84). Dans ce « roman de formation », le jeune musulman Burhân al-dîn est présenté comme voyageant en costume traditionnel tout en étant sensible à l’omniprésence des femmes, y compris au théâtre et dans les bals et les fêtes foraines où il est fasciné et indigné en même temps. Bien d’autres pages proposent des découvertes plus rassurantes pour le jeune homme concernant le savoir scientifique et technique et l’organisation présentée comme exemplaire d’une société moderne.

Muhammad ‘Abduh, le grand réformateur de l’islam au tournant du siècle, qui vécut de nombreuses années éloigné de son pays, est une autre figure majeure, ici abordée par Amani Mostafa12. Ses « Observations du touriste éclairé » (1903) en Sicile sont d’emblée placées sous l’égide d’un célèbre passage du Coran : « Que ne voyagent-ils sur la terre afin d’avoir des cœurs pour comprendre et des oreilles pour entendre ? » (« Le pèlerinage »). Cette Europe qui fut musulmane est l’objet de ce pèlerinage (comme d’autres le firent en Andalousie, Ahmad Sawqî ou Ahmad Zakî par exemple). S’il s’agit bien de visiter « d’anciens monuments arabes que tout Arabe se doit d’avoir vus », de consulter des manuscrits arabes dans les bibliothèques ou de s’entretenir sur la langue avec un moine éditeur d’une grammaire arabe, Muhammad ‘Abduh y ajoute d’amères réflexions sur l’urgence de réformes dans un monde arabe qui a perdu ses valeurs morales et religieuses, d’où des interpellations (« Je t’adresse la parole, toi l’Égyptien qui habites Le Caire ») afin d’éveiller leurs consciences, voyage militant donc, jusqu’au portrait critique des comportements siciliens qu’il met en miroir des mêmes faiblesses chez ses compatriotes13. Cette contribution situe très bien l’originalité de ce récit de voyage. Il était donc intéressant, dans la volonté de brosser un tour d’horizon assez complet, d’étudier ce récit de Muhammad ‘Abdûh. Il en est de même de Sifr al-akhbâr fî-safar al-ahbâr [Ouvrage d’anecdotes sur le voyage des doctes ] (1868), voyage en France de Yûsuf al-Dibs, évêque de Beyrouth, étudié avec finesse par Sohbi Boustani14 et dans lequel l’auteur évoque souvent ce que les Arabes ont donné à l’Occident, souligne le rôle des érudits maronites à cet égard, décrit les monuments de Rome et de Paris en citant la poésie arabe classique.

L’étude de al-Rihla al-thâniya [Le second voyage] de Muhammad al-Muwaylihî15 par Rania Gado est remarquable, en particulier par la qualité de ses micro-analyses textuelles16. Ce récit de la visite de l’Exposition universelle de Paris en 1900, inscrit dans le deuxième volume des Hadîth ‘Isâ ibn Hishâm [Causeries de ‘Isâ ibn Hishâm]17, est centré sur le progrès scientifique et technique, leitmotiv des récits arabes. L’auteur crée trois personnages, ce qui est assez singulier aux yeux de lecteurs occidentaux de récits viatiques : ‘Îsâ plutôt enthousiaste, un pacha ottoman ressuscité (!) assez décontenancé devant ce qu’il découvre et un « ami », auquel s’ajoute un orientaliste français qui va leur servir de guide pour leur étude de la civilisation européenne18. L’omniprésence des innovations en optique (télescopes, prismes, miroirs) retient ici Rania Gado car elles illustrent et métaphorisent en même temps les regards portés sur l’Occident et l’Orient. « La rihla de Muwaylihî entend être une trajectoire viatique non seulement dans un Occident visuel, foyer de la science et des nouvelles technologies19, mais également dans un espace autre » (144), de mises en scènes fascinantes mais qui risqueraient de leurrer le voyageur si une forte conscience du Soi ne guidait pas celui-ci.

Hoda Abaza examine les Mémoires de jeunesse [Mudhakkirât al-shabâb] de l’intellectuel et homme politique Muhammad Husayn Haykal ainsi que divers textes, datant des années 1914-1926, du cheikh Mustafâ ‘Abd al-Râziq20. Elle se concentre sur trois grandes thématiques essentielles dans la Nahda (Renaissance) : « les femmes, la religion et la justice sociale » (157), examinant la visée réformiste des auteurs :

Cette élite semble également en possession d’un modèle de régénération, d’amendement de la société. Ce modèle n’est donc pas ‘‘importé’’ mais il trouve des échos dans la société occidentale de l’époque, qui semble, en partie du moins, répondre aux vœux des deux voyageurs (166).

Les Mémoires de jeunesse de Heykal donnent lieu à une autre étude, fort érudite, par Inès el Sérafi, amplement justifiée par l’importance de ce livre, révélée récemment en Égypte même21. Elle s’interroge, à juste titre, sur la notion de Raison qu’elle estime « inséparable d’un mouvement vers l’Occident, d’un rapport à l’Autre que l’Oriental cherche à rendre bénéfique, tout en maintenant son propre système de valeurs » (167-168). Elle s’applique à cerner ce que révèlent ces Mémoires d’une « modernité » (madaniyya) favorisant ce mouvement vers un futur envisagé comme meilleur, en partant d’un examen détaillé du lexique employé par l’auteur pour désigner des idéaux de liberté et d’égalité, y compris pour l’avenir des femmes égyptiennes et des classes défavorisées, compte tenu du fait qu’en Occident le même chemin reste également à parcourir, ce que Heykal ne manque pas de remarquer. Dans les récits des deux premières décennies du xxe siècle, on voit bien que le ressenti subjectif des narrateurs se conjugue toujours et encore avec la volonté d’être les porte-parole d’une conscience égyptienne.

La centralité de Taha Husayn, peut-être le penseur moderniste le plus important du siècle dans le monde arabe, justifiait également que deux études lui soient consacrées. Chérine Chéhata22 se concentre à juste titre sur le troisième volume de son autobiographie, Le Livre des jours, paru en arabe seulement en 1955, et qui relate ses années d’étude en France (1914-1919)23. Elle a raison de souligner le fait que ces années parisiennes, « à la différence de l’expérience viatique vécue par les autres voyageurs de la Nadha », constituent « pour Taha Husayn un tournant majeur de sa vie et de sa pensée, un voyage dont il n’a cessé de reconnaître l’apport décisif dans la plupart de ses écrits » (187). À côté de ce parcours autobiographique se situent, étonnamment pourrait-on dire, l’écriture et la publication, par le même Taha Husayn, de Adîb (1935), roman pessimiste sans doute inspiré, en partie, de la vie d’un Égyptien qui avait accueilli et aidé le tout jeune homme à Paris. Laïla Abdel Latif24 entreprend de montrer les différents moments de « désorientation spatiale » dans ce roman sous-titré L’Aventure occidentale. Le héros, boursier à Paris, va se trouver aux prises avec des espaces de liberté personnelle qui l’enthousiasment mais dans lesquels il va progressivement perdre ses repères d’origine, déniant ses origines, nouant en France des relations féminines qui échouent, et finit par devenir fou25. Introduire cette étude dans le livre collectif est tout à fait justifié car il montre, sur le mode tragique, une destinée personnelle prise dans les ruptures Orient/Occident.

Tout autre, dans sa portée comme dans sa tonalité, est le livre de El-Sayyed wa mirâtuh fî Bârîs [El-Sayyedet son épouse à Paris] de Bayram Ettounsi, étudié par Marwa Chahine26. Il consiste en un recueil de sketches dialogués en arabe dialectal d’Alexandrie, mettant en scène de manière humoristique, satirique parfois même, un couple égyptien à Paris, de condition modeste, El-Sayyed et Sayyeda, observé dans leur vie quotidienne, le premier tentant « d’expliquer à sa femme le code de la vie “civilisée” européenne », avec le zèle du converti mais sans convaincre cette dernière. Sont bien souvent visées, comparaisons implicites ou non, les coutumes jugées dépassées de la population égyptienne. De retour en Égypte, c’est Sayyeda occidentalisée qui fait la leçon à son mari. L’apport de cette communication est de montrer que les questions de l’acculturation européenne « ne se jouent pas seulement au niveau de l’élite intellectuelle et sociale » (233).

Le parcours des Orientaux en France se clôt par l’étude de Noha Abou Sedera27, consacrée au premier voyage en France d’Abdel Rahman Badawi, effectué en 1946, à l’âge de 29 ans, relaté dans son autobiographie (Sîrat hayâtî, Histoire de ma vie). Elle étudie les chapitres que le philosophe spécialiste de l’existentialisme consacre à Paris, à sa fréquentation de nombreux lieux de culture, comment il alterne pointes satiriques contre nombre de contemporains (intellectuels français comme compatriotes résidents), évocations subjectives intimistes et discours encyclopédiques comme dans la rihla du siècle précédent, quoique « la culture de l’autre » ne soit « plus considérée comme autre, mais comme un élément parfaitement assimilé ; qui a participé, avec d’autres sources, à la culture du Moi » (250). Nous avons ici le cas d’un brillant intellectuel polyglotte qui, après une première carrière universitaire en Égypte, s’exile à Paris en 1967. L’étude de Noha Abou Sedera prélude en quelque sorte à un second volume de Voyager d’Égypte vers l’Europe et inversement, et qui porterait sur les décennies les plus récentes.

La seconde partie, consacrée au Voyage en Égypte, déjà très étudié, se devait d’apporter du nouveau, et elle ne déçoit pas. Tout commence par l’approche singulière de Walid el Khachab28, consacrée à Bonaparte présenté comme porteur de plusieurs figures d’une utopie universaliste, à la fois ouverte à la reconnaissance de la culture de l’Autre et impérialiste (Alexandre vs Jules César). Cette approche inédite s’appuie sur les passages relatifs à la campagne d’Égypte, souvenirs de ce voyage aventureux consignés dans le Mémorial de Sainte-Hélène.

Sarga Moussa29 étudie « les conséquences et les enjeux » de la lecture de An Account of the Manners and Customs of the Modern Egypt de l’orientaliste Edward Lane par Gérard de Nerval pour son Voyage en Orient, sujet qu’il estime à juste titre « sous-évalué » (274). À ses yeux, Lane n’est pas seulement l’informateur des us et coutumes mais le « modèle possible d’un rapport à l’Orient fondé sur une connaissance de l’intérieur » (275) comme le tenta, en vain, Nerval au Caire, « un modèle épistémologique par la méthode d’immersion sociale qu’il préconise » (277), impliquant « une mise entre parenthèses de ses propres présupposés culturels » (280). Il a raison de rappeler toutefois qu’il ne faudrait pas oublier que Nerval publie un récit de voyage déceptif, « à caractère autobiographique, avec de surcroît, une dimension romanesque (280) et non un ouvrage ethnographique.

May Farouk30 a raison d’écrire que L’Égypte en 1845, récit de voyage de Victor Schoelcher est « curieusement peu connu » (283), ce qu’elle s’emploie à corriger dans une longue étude consacrée à la manière dont « le voyage sert la conception idéologique de l’auteur » (283), un combat anti-esclavagiste qui l’a rendu célèbre, tout en étant porteur de préjugés moins humanistes. Elle examine en détail un nombre important de passages dénonçant les situations de plus ou moins grandes servitudes de nombre d’Égyptiens et d’Égyptiennes de l’époque de son voyage mais souligne très bien les conclusions de l’auteur qui préconise rien moins qu’une colonisation européenne pour « régénérer » le pays, discours orientaliste alliant savoir et pouvoir aujourd’hui fortement dénoncé.

Névine Magued31 consacre son étude à l’évolution d’une poétique de l’incipit du Voyage en Égypte à partir de Chateaubriand, Nerval, Flaubert et Gautier. S’y conjuguent les effets de véracité référentielle, les annonces concernant la forme de l’écrit (journal de bord ou pas) et les appels séduisants ou dramatiques incitant le lecteur à suivre les pérégrinations. Elle montre très bien l’évolution de ces stratégies d’une génération à l’autre tout comme la persistance de certains invariants, ainsi l’effet d’une rhétorique du spontané et du naturel, les volontés de produire une œuvre littéraire à part entière ne manquant pas, les signes de fictionnalisation transparaissant dans certains de ces incipits.

Jean-Pierre Dubost32 étudie les notes du voyage en Égypte de Fromentin, que l’auteur ne transforma pas en livre33, alors qu’il « peindra une bonne quarantaine de tableaux en rapport avec ce voyage en Égypte », utilisant des photographies comme points de départ (324)34. Les « notes », quant à elles, reflètent certes la déception du voyageur qui est pris dans le tourbillon des cérémonies de l’inauguration du Canal de Suez en 1869 et se trouve réduit aux notations de ce qu’il voit. L’hypothèse convaincante est que ces fragments mêmes de sensations, éphémères mais marquantes, relèvent d’une esthétique non orientaliste, d’un voyage dans un « lieu au milieu duquel on est » tout simplement, humains sur la terre (336)35.

Héba el Sabbagh36 étudie le processus de « désenchantement » devant le spectacle d’une Égypte se modernisant à l’européenne chez Louise Colet (Les Pays lumineux. Voyage en Orient, 1879) et Pierre Loti (La Mort de Philae, 1909). Invitée aux cérémonies de l’inauguration du canal de Suez en 1869 (comme Gautier et Fromentin également étudiés dans ce collectif), Louise Colet, tout à ses désirs d’Orient romantique, se lance dans une critique acerbe de tous les signes de ce qu’elle estime une imitation servile de l’Europe. Quant à Loti, quarante ans plus tard, c’est l’angoisse de voir le patrimoine antique disparaître et la vie islamique traditionnelle menacée sous occupation anglaise qui guide ses observations et réflexions pessimistes. Héba el Sabbagh conclut que l’un comme l’autre « refusent de percevoir l’utilité du développement et des progrès réalisés en Égypte surtout à partir de 1850 […] ils désirent découvrir l’Autre, qui pour se conformer à leur attente doit rester autre » (353), compte tenu cependant du fait que chez Loti, la « désolation » est accompagnée d’une interpellation directe aux Égyptiens de « rester fidèles à leur héritage » (355) par un écrivain qui connaissait bien la situation politique du pays en 1909-1910 et ses acteurs.

Heidi Zaki37 étudie la partie du Désert que Pierre Loti consacre au Sinaï traversé en 1894, excursus peu étudié du corpus du Voyage en Égypte. Elle montre, par des analyses textuelles très précises, combien ces pages de journal attestent d’une fascination du dépaysement comme d’une inquiétude métaphysique. Le récit s’y fait documentaire pour les paysages, la flore et la faune, les rencontres des Bédouins, en des descriptions rejouant parfois les stéréotypes de l’exotisme mais également marquées d’une sensibilité toute picturale. Elle a raison de présenter Loti comme habité par la recherche déçue d’un sublime qui aurait animé ces immensités vides, l’auteur n’ayant pas centré son propos sur les réels habitants de ce désert38.

Aziza Awad39 revient sur le célèbre Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell, œuvre romanesque qui a suscité de très nombreux commentaires depuis sa publication en 1962. L’approche géocritique des espaces représentés s’avère tout à fait fructueuse, en l’occurrence ceux de la ville d’Alexandrie, où l’auteur a vécu pendant la guerre, espaces physiques et sociaux en tension avec le désert environnant, espaces contemporains européanisés surtout (la critique égyptienne sera sévère sur ce point), espaces palimpsestes depuis l’antiquité, des personnages aux relations tumultueuses évoluant dans ces espaces, comme transformés par ceux-ci.

Maalesh de Jean Cocteau, récit du séjour de l’auteur en Égypte, déclencha une telle polémique à sa parution en 1949, tant le portrait du pays et de ses habitants y est négatif, que le livre fut interdit de diffusion40. Se détournant d’une analyse politique de l’ouvrage, Rania Fathy41 soutient, à juste titre, que le livre « devrait être lu » en s’attachant surtout à son sous-titre : Journal d’une tournée théâtrale. Elle se concentre en conséquence sur « le rapport de réflexivité entre voyage et théâtre », sur une « Égypte théâtralisée » (396). Elle montre en détail comment l’imaginaire du dramaturge conduit toutes les descriptions et évocations, ce qui n’atténue nullement la sensation de malaise devant un déferlement de stéréotypes défigurant l’Autre mais permet de comprendre comment ont pu se nouer idéologie et esthétique.

Élodie Gaden42 se consacre à l’étude spécifique des textes concernant les voyages figurant dans la presse (récits viatiques mais pas seulement), voie encore trop peu empruntée alors qu’elle est riche d’enseignements43. Elle s’intéresse en l’occurrence aux contributions de Marcelle Capy et d’Alice Poulleau dans la très importante revue L’Égyptienne (1925-1940), mensuel féministe édité par Hoda Shaarawi au Caire. Après un très substantiel parcours des formes que prend le voyage dans l’ensemble de la revue, elle en vient aux expériences des deux auteures, par ailleurs grandes voyageuses humanistes et engagées politiquement dont elle précise l’éthique viatique, qui correspond parfaitement au programme de défense et illustration de « la découverte de l’autre, [du] décentrement de soi, et [d’]une pensée universelle des libertés féminines » (421) de ce périodique.

Le volume s’ouvre à une troisième partie, comportant seulement deux études, ce qui transforme plutôt la partie en section, consacrée à « la représentation de l’Égypte et de l’Orient dans les Expositions universelles. » La question n’est en réalité pas secondaire tant il est vrai que ce pays cherchait sa place lors de ces grands moments internationaux. Mercedes Volait44 montre parfaitement, à partir des élaborations matérielles (choix architecturaux et esthétiques notamment, organisation des vitrines et catalogues), que les reconstitutions créées pour ces expositions se sont révélées des moyens pour les autorités politiques égyptiennes, ayant fait appel à des savants de diverses disciplines, à des personnalités éminentes, de faire connaître les aspects du pays qu’ils souhaitaient le plus mettre en valeur, l’antiquité certes mais surtout l’art islamique médiéval et moderne, à Paris en 1867 et, plus encore à Vienne en 1873, ce que journalistes et écrivains n’ont guère retenu. Jean Lorrain publie certes ses chroniques des expositions comme une sorte d’invitation au « voyage des civilisations » (443)45, mais Rania Aly46 montre très justement que cet écrivain, d’abord enthousiaste devant les Expositions de 1889 et de 1900, est rapidement exaspéré par une « grande foire cosmopolite et babylonienne », exprimant le sentiment d’un inquiétant envahissement de Paris par des Orients de pacotille. Où l’on voit qu’il y eut loin des volontés objectives de mise en scène d’un Soi égyptien par des Égyptiens (et associés), des réactions subjectives de Français lettrés nourris par leurs lectures et leurs rêveries orientalisantes.

Comme ce collectif nous le révèle, « voyager d’Égypte vers l’Europe » n’a pas seulement généré ce qu’il est convenu d’appeler des « récits de voyage » au sens classique du terme47 mais, bien souvent, des écrits polygénériques, et la tentation, voire le passage à la fictionnalisation romanesque à base autobiographique. Associant différents types de textes et de multiples discours (descriptifs mais aussi narratifs et argumentatifs), le récit viatique, qui vise certes à dire le réel, se prêtait à cette évolution, d’où des récits mettant en scène des intervenants fictifs (des personnages donc) et glissant vers la fiction narrative48. D’une manière générale, la « Renaissance arabe » (Nahda) doit beaucoup à ces voyageurs et à ces résidents, car voyages et séjours ont influé sur le destin littéraire de plusieurs d’entre eux.

Ne sont pas envisagés les récits de voyage de l’Égypte vers la France et inversement après 1950, quoique certaines études débordent déjà ce cadre temporel, eu égard notamment aux dates d’édition des souvenirs49. Cela pourrait être l’objet d’un second volume qui serait tout aussi passionnant, celui de l’époque de l’Indépendance, avec tous ses bouleversements, car des contemporains ont continué de Voyager d’Égypte vers l’Europe et inversement après la guerre de Suez (1956) et d’écrire ces voyages, invitation « à la découverte de perspectives nouvelles dans le champ des études interculturelles et de la littérature comparée50 ».

1 L’absence de l’important voyageur Ahmâd Zakî s’explique par le fait que Randa Sabry lui avait déjà consacré une étude : « L’

2 Randa Sabry écrit qu’il faut « s’interroger sur les écarts de positions entre auteurs voyageurs vis-à-vis de la civilisation

3 Id., p. 15.

4 Randa Sabry, « Introduction », p. 14.

5 Nada Tomiche : « De l’utilité du voyage dans la littérature arabe moderne », Revue de littérature comparée, I, janvier-mars 1994, p

6  « Pourquoi voyage-t-on en Europe au temps de la Nahda ? », p. 45-63.

7 « Deux voyages à Paris, entre choc et fascination », p. 65-82.

8 L’Or de Paris. Relation de voyage, 1826-1831, traduit de l’arabe, présenté et annoté par Anouar Louca, Paris, Sindbad, 1988. Voir

9 Titre original : Une valise à la main d’un voyageur (Haqîba fi yadd musâfir), traduction partielle et présentation par A. 

10 Ce militaire, devenu homme d’État, préoccupé par l’éducation, a séjourné de 1844 à 1848 en France pour étudier les sciences et les

11 « Le roman de formation d’un adolescent :
Burhân al-dîn à la découverte de l’Occident », p. 83-94.

12 « Rihla fî Siqilliya [« Voyage en Sicile »] de Muhammad ‘Abduh ou le réformiste voyageur », p. 95-113.

13 Anouar Louca écrit à juste titre : « Et la Sicile, à mi-chemin entre l’Égypte et l’Europe, – sur le plan géographique et social, –

14 « L’Europe sous la plume d’un ecclésiastique libanais Sifr al-akhbâr fî-safar al-ahbâr de Yûsuf al-Dibs », p. 115-128.

15 Ce lettré, formé dans les écoles chrétiennes plurilingues du Caire, effectue de premiers séjours en France entre 1884 et 1887.

16 « Autour de l’optique dans Trois Égyptiens à Paris de Muwaylihî. Perspectives », p. 129-145.

17 Traduit en français et commenté par Randa Sabry sous le titre Trois Égyptiens à Paris, préface de Richard Jacquemond, Clichy

18 Voir l’analyse de ce Second voyage par Anouar Louca, Voyageurs et écrivains égyptiens en France…, op. cit., p. 228-234.

19 Voir l’excellente étude de l’historien des sciences Pascal Crozet, Les Sciences modernes en Égypte. Transfert et appropriation

20 « L’Odyssée de deux Égyptiens : Muhammad Husayn Haykal et Mustafâ ‘Abd al-Râziq », p. 147-166. Muhammad Husayn Haykal, Mémoires de

21 « Ce qu’être moderne signifie pendant la Nahda.Mudhakkirât al-shabâb [Mémoires de jeunesse] de Muhammad Husayn Haykal », p. 167-183. Le

22 « Taha Husayn en France et la conquête d’une nouvelle vision », p. 185-200.

23 La Traversée intérieure, traduit par Guy Rocheblave, Préface d’Étiemble, Paris, Gallimard/ NRF, 1992.

24  « La problématique de la désorientation spatiale dans Adîb de Taha Husayn », p. 201-215.

25 Lorsque le livre paraît en traduction française à Paris en 1988 (traduit de l’arabe par Amina et Moënis Taha-Hussein, Éditons

26 « Un voyage humoristique dans la ville Lumière El-Sayyed wa mirâtuh fî Bârîs [“El-Sayyedet son épouse à Paris”] de Bayram

27 « Abdel Rahman Badawi, philosophe égyptien à Paris : Entre propos encyclopédique et omniprésence du moi », p. 235-250. Il ne

28 « Utopies de l’Universel et la Conquête de l’autre comme Voyage. Bonaparte en Égypte », p. 253-267.

29 « Nerval lecteur de Lane. Médiation et résistance dans Les Femmes du Caire », p. 269-281.

30 « L’Égypte en 1845 ou le périple idéologique de Victor Schœlcher », p. 283-301.

31 « L’incipit des récits de voyage en Orient au xixe siècle », p. 303-319.

32 « “J’aurai dans l’esprit des lambeaux singuliers.
Les notes du voyage en Égypte de Fromentin », p. 321-336.

33 Éditions posthumes : « Voyage en Égypte (1869) », dans Eugène Fromentin, peintre et écrivain, Louis Gonse (dir.), Paris, Quantin

34 Reproduction de quatre de ces photographies dans le collectif, h. t.

35 Pour une approche complémentaire voir Guy Barthèlemy : « Le carnet du Voyage en Égypte de Fromentin (1869) : un atelier de peintre

36 « Pierre Loti et Louise Colet. Le désir d’exotisme déçu », p. 339-355.

37 « Le Sinaï entre enchantement et déception. Une lecture du Désert de Loti », p. 357-373.

38 Pour un ensemble de textes permettant de comprendre les réalités humaines, voir Deborah Manley & Sahar Abdel-Hakim (eds), Tr

39 « L’esprit des lieux dans Le Quatuor d’Alexandriede Lawrence Durrell. Une approche géocritique », p. 375-394.

40 Il serait intéressant, à cet égard, d’étudier un autre récit, dont l’auteur était reconnu à son époque en France : Palace-Égypte (1933) de

41 « Maalesh de Jean Cocteau ou l’Égypte théâtralisée », p. 395-403.

42 « Voyageuses et militantes. Les contributions de Marcelle Capy et d’Alice Poulleau à la revue L’Égyptienne. Féminisme

43 Un effort, Images, L’Égypte nouvelle, La Semaine égyptienne, attendent leurs chercheuses et chercheurs, pour ne parler que de

44 « Égypte représentée ou Égypte en représentation ? La participation égyptienne aux Expositions universelles de Paris (1867) et de

45 Réunies sous le titre Mes Expositions universelles, Philippe Martin-Lau (éd.), Paris, Honoré Champion, 2002.

46  « Mes Expositions universelles (1889-1900) de Jean Lorrain. Exotomanie et cosmopolitisme », p. 443-454.

47 Par ailleurs, d’autres ouvrages, peu ou pas étudiés, sont importants pour reconstituer une histoire littéraire s’appuyant sur des

48 Sur cette question générale, voir Philippe Antoine, « Préface », Roman et récit de voyage, Marie-Christine Gomez-Géraud et

49 On y trouverait avec profit, dans les années 1960, des chapitres de Tout compte fait de Simone de Beauvoir, de Là où tu iras de

50 Tel est bien le souhait formulé par Randa Sabry dans son « Introduction », p. 15.

Notes

1 L’absence de l’important voyageur Ahmâd Zakî s’explique par le fait que Randa Sabry lui avait déjà consacré une étude : « L’Exposition universelle de 1900 au regard de deux écrivains égyptiens ; Muwaylihî et Ahmâd Zakî », Cahiers d’histoire des Littératures romanes, vol. 3, n° 3/4, 2012, p. 285-300. Voir aussi Ahmâd Zakî, L’Univers à Paris. Un lettré égyptien à l’Exposition universelle de 1900, Mercedes Volait (dir.), traduction de l’arabe et annotation du texte de Zakî par Randa Sabry, Paris, Éditions Norma, 2015.

2 Randa Sabry écrit qu’il faut « s’interroger sur les écarts de positions entre auteurs voyageurs vis-à-vis de la civilisation occidentale », « Introduction », p. 15.

3 Id., p. 15.

4 Randa Sabry, « Introduction », p. 14.

5 Nada Tomiche : « De l’utilité du voyage dans la littérature arabe moderne », Revue de littérature comparée, I, janvier-mars 1994, p. 5.

6  « Pourquoi voyage-t-on en Europe au temps de la Nahda ? », p. 45-63.

7 « Deux voyages à Paris, entre choc et fascination », p. 65-82.

8 L’Or de Paris. Relation de voyage, 1826-1831, traduit de l’arabe, présenté et annoté par Anouar Louca, Paris, Sindbad, 1988. Voir aussi l’excellente édition anglaise très longuement et très savamment introduite et commentée par Daniel L. Newman, An Imam in Paris. Al-Tahtawi’s Visit to France (1826-1831), London, Saqi, 2004.

9 Titre original : Une valise à la main d’un voyageur (Haqîba fi yadd musâfir), traduction partielle et présentation par A. Abul Naga sous le titre Un Égyptien à Paris, [Alger], S.N.E.D. ; Paris, S.E.D.A.G., 1973, 96 p. Il serait intéressant de savoir pourquoi un peu plus de la moitié seulement des chapitres sont publiés, en français et en Algérie, alors jeune nation indépendante sortant d’une guerre avec… la France.

10 Ce militaire, devenu homme d’État, préoccupé par l’éducation, a séjourné de 1844 à 1848 en France pour étudier les sciences et les techniques.

11 « Le roman de formation d’un adolescent :
Burhân al-dîn à la découverte de l’Occident », p. 83-94.

12 « Rihla fî Siqilliya [« Voyage en Sicile »] de Muhammad ‘Abduh ou le réformiste voyageur », p. 95-113.

13 Anouar Louca écrit à juste titre : « Et la Sicile, à mi-chemin entre l’Égypte et l’Europe, – sur le plan géographique et social, – donnait lieu à des observations plus saisissables et plus applicables aux bords du Nil. Même dans l’espace, cet Égyptien [‘Abdûh] appréciait la proximité de son pays, dont il restait, à chaque pas, un fidèle réformateur », Voyageurs et écrivains égyptiens en France au xixe siècle, Paris, Didier, 1970, p. 145.

14 « L’Europe sous la plume d’un ecclésiastique libanais Sifr al-akhbâr fî-safar al-ahbâr de Yûsuf al-Dibs », p. 115-128.

15 Ce lettré, formé dans les écoles chrétiennes plurilingues du Caire, effectue de premiers séjours en France entre 1884 et 1887.

16 « Autour de l’optique dans Trois Égyptiens à Paris de Muwaylihî. Perspectives », p. 129-145.

17 Traduit en français et commenté par Randa Sabry sous le titre Trois Égyptiens à Paris, préface de Richard Jacquemond, Clichy, Éditions du Jasmin, 2008.

18 Voir l’analyse de ce Second voyage par Anouar Louca, Voyageurs et écrivains égyptiens en France…, op. cit., p. 228-234.

19 Voir l’excellente étude de l’historien des sciences Pascal Crozet, Les Sciences modernes en Égypte. Transfert et appropriation, 1805-1902, Paris, Geuthner, 2008.

20 « L’Odyssée de deux Égyptiens : Muhammad Husayn Haykal et Mustafâ ‘Abd al-Râziq », p. 147-166. Muhammad Husayn Haykal, Mémoires de jeunesse (Mudhakkirât al-shabâb), Le Caire, 2006. Al-Chaykh Mustafâ ‘Abd al Râziq. ‘Aql Mustanîr taht al-imâma (Le Cheikh Mustafâ ‘Abd al Râziq et ses mémoires. Un esprit éclairé coiffé du turban), Ahmad Zakariyya al-Shalq (éd.), Le Caire, 2006. Haykal poursuit des études de 1909 à 1912 ; ‘Abd al Râziq de 1909 à 1911 à Paris puis de 1911 à 1914 à Lyon.

21 « Ce qu’être moderne signifie pendant la Nahda.Mudhakkirât al-shabâb [Mémoires de jeunesse] de Muhammad Husayn Haykal », p. 167-183. Le nombre de futurs écrivains de premier plan qui ont fait leurs études supérieures en France, à Montpellier, à Lyon et bien sûr à Paris, est impressionnant, entre autres : Ahmad Sawqî (1887-1892), Muhammad Taymûr (1910-1913), Taha Husayn (1914-1919), plus tard Tawfick Al-Hakim (1925-27). Sur les liens personnels noués en France par quelques-uns de ces jeunes hommes, voir la belle étude de Ed. de Moor : « Egyptian Love in a cold Climate : Egyptian Students in Paris at the beginning on the 20th Century », in The Middle East and Europe : Encounters and Exchanges, G. J. van Gelder and E. de Moor (dir.), Amsterdam, Rodopi, 1992, p. 147-166.

22 « Taha Husayn en France et la conquête d’une nouvelle vision », p. 185-200.

23 La Traversée intérieure, traduit par Guy Rocheblave, Préface d’Étiemble, Paris, Gallimard/ NRF, 1992.

24  « La problématique de la désorientation spatiale dans Adîb de Taha Husayn », p. 201-215.

25 Lorsque le livre paraît en traduction française à Paris en 1988 (traduit de l’arabe par Amina et Moënis Taha-Hussein, Éditons Clancier-Guénaud), Étiemble parle d’un « livre aussi passionnant que surprenant », d’une sorte de « biographie inversée de son auteur » (La Quinzaine littéraire, n° 525, 1-15 février 1989). Moins violent mais mettant tout autant en avant les risques encourus par le long séjour européen, se situe le roman L’Oiseau d’Orient de Tawfiq al-Hakim (‘Usfûr min al-Charq, 1938, traduit de l’arabe par l’écrivain Horus W. Schenouda au Caire (éditions Horus, 1941).

26 « Un voyage humoristique dans la ville Lumière El-Sayyed wa mirâtuh fî Bârîs [“El-Sayyedet son épouse à Paris”] de Bayram Ettounsi », p. 217-233.

27 « Abdel Rahman Badawi, philosophe égyptien à Paris : Entre propos encyclopédique et omniprésence du moi », p. 235-250. Il ne rassemble ses notes qu’en 2000 pour l’édition de ses mémoires.

28 « Utopies de l’Universel et la Conquête de l’autre comme Voyage. Bonaparte en Égypte », p. 253-267.

29 « Nerval lecteur de Lane. Médiation et résistance dans Les Femmes du Caire », p. 269-281.

30 « L’Égypte en 1845 ou le périple idéologique de Victor Schœlcher », p. 283-301.

31 « L’incipit des récits de voyage en Orient au xixe siècle », p. 303-319.

32 « “J’aurai dans l’esprit des lambeaux singuliers.
Les notes du voyage en Égypte de Fromentin », p. 321-336.

33 Éditions posthumes : « Voyage en Égypte (1869) », dans Eugène Fromentin, peintre et écrivain, Louis Gonse (dir.), Paris, Quantin, 1881. Nouvelle édition par Jean-Marie Carré, professeur au Caire (1929-1933), chez Aubier en 1935 puis dans les Œuvres complètes, Guy Sagnes (éd.), Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1984. Édition contemporaine, sous le titre Voyage en Égypte. Journal publié d’après les carnets manuscrits, Toulouse, Ombres, 1998.

34 Reproduction de quatre de ces photographies dans le collectif, h. t.

35 Pour une approche complémentaire voir Guy Barthèlemy : « Le carnet du Voyage en Égypte de Fromentin (1869) : un atelier de peintre ? », Viatica, n° 5, 2018, [En ligne] URL : https://revues-msh.uca.fr/viatica/index.php?id=873.

36 « Pierre Loti et Louise Colet. Le désir d’exotisme déçu », p. 339-355.

37 « Le Sinaï entre enchantement et déception. Une lecture du Désert de Loti », p. 357-373.

38 Pour un ensemble de textes permettant de comprendre les réalités humaines, voir Deborah Manley & Sahar Abdel-Hakim (eds), Traveling Through Sinaï. From the Fourth to the Twenty-first Century, Cairo/New York, The American University in Cairo Press, 2006, 257 p., et Cécile et Daniel Lançon (éd.), Le Voyage au Sinaï. Anthologie de textes de 1700 à 1914, Paris, Éditions Geuthner, 2014, 305 p.

39 « L’esprit des lieux dans Le Quatuor d’Alexandriede Lawrence Durrell. Une approche géocritique », p. 375-394.

40 Il serait intéressant, à cet égard, d’étudier un autre récit, dont l’auteur était reconnu à son époque en France : Palace-Égypte (1933) de Francis Carco, voyage réel de l’auteur (envoyé en enquête par un grand journal) mais très profondément fictionnalisé, comportant de nombreux portraits à charge d’une aristocratie européanisée désœuvrée.

41 « Maalesh de Jean Cocteau ou l’Égypte théâtralisée », p. 395-403.

42 « Voyageuses et militantes. Les contributions de Marcelle Capy et d’Alice Poulleau à la revue L’Égyptienne. Féminisme, sociologie, art (1925-1940) », p. 405-421.

43 Un effort, Images, L’Égypte nouvelle, La Semaine égyptienne, attendent leurs chercheuses et chercheurs, pour ne parler que de périodiques francophones publiés sur une longue durée, entre 1925 et 1956.

44 « Égypte représentée ou Égypte en représentation ? La participation égyptienne aux Expositions universelles de Paris (1867) et de Vienne (1873) », p. 425-439, avec deux illustrations h. t.

45 Réunies sous le titre Mes Expositions universelles, Philippe Martin-Lau (éd.), Paris, Honoré Champion, 2002.

46  « Mes Expositions universelles (1889-1900) de Jean Lorrain. Exotomanie et cosmopolitisme », p. 443-454.

47 Par ailleurs, d’autres ouvrages, peu ou pas étudiés, sont importants pour reconstituer une histoire littéraire s’appuyant sur des récits de qualité et prenant en compte les contemporains rencontrés : pour le voyage vers l’Égypte : deux livres de Maurice Pernot (1913 et 1927), La Promenade égyptienne (1934) de Claude Aveline, Au coin du désert (1938) d’Alexandre Vialatte, El Arab, l’Orient que j’ai connu (1946) de Lucie Delarue-Mardrus…

48 Sur cette question générale, voir Philippe Antoine, « Préface », Roman et récit de voyage, Marie-Christine Gomez-Géraud et Philippe Antoine (dir.), Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2001, p. 5-8.

49 On y trouverait avec profit, dans les années 1960, des chapitres de Tout compte fait de Simone de Beauvoir, de Là où tu iras de Jean Blot, de Égypte de Raymond Morineau (Lausanne, Éditions Rencontre, 1964)… On pourrait également y étudier textes et contextes de la quatrième édition en arabe de L’Or de Paris en 1958, année où une Association Tahtâwî organise un voyage, non pas en France… mais en Haute-Égypte (avec visite de la bibliothèque du grand lettré à Sohag) et conférences sur son œuvre de pionnier.

50 Tel est bien le souhait formulé par Randa Sabry dans son « Introduction », p. 15.

Citer cet article

Référence électronique

Daniel LANÇON, « Randa Sabry (dir.), Voyager d’Égypte vers l’Europe et inversement. Parcours croisés (1830-1950), Paris, Classiques Garnier, 2019, 498 p., ISBN 978-2-406-08206-4. », Viatica [En ligne], 8 | 2021, mis en ligne le 24 March 2021, consulté le 06 December 2021. URL : http://revues-msh.uca.fr/viatica/index.php?id=1741

Auteur

Daniel LANÇON

UMR Litt&arts, Université Grenoble Alpes

Articles du même auteur

Droits d'auteur

Attribution 4.0 International (CC BY 4.0)