« Je tiens dans mes bras les morceaux brisés de mon navire1 ». La mémoire naufragée dans les œuvres ovidiennes de la relegatio
« I'm holding in my arms the broken pieces of my ship »: The Wrecked Memory in the Ovidian Works of the Relegatio

Hélène VIAL

Résumé : Cet article prend comme point de départ les évocations de son trajet de Rome à Tomes par Ovide relégué pour analyser l'articulation novatrice entre voyage et mémoire opérée par les Tristes, le Contre Ibis et les Pontiques. Il se fonde sur l’image récurrente du voyage en bateau dans ces trois œuvres et fait l'hypothèse que cette image constitue un objet de mémoire permettant de définir la nature de la transformation existentielle et poétique en train de s’accomplir.

Abstract: This article takes as its starting point the evocations of his journey from Rome to Tomis by Ovid relegated in order to analyze the innovative articulation between travel and memory operated by the Tristia, the Ibis and the ex Ponto letters. It is based on the recurring image of the boat trip in those three works and hypothesizes that this image constitutes an object of memory that allows us to define the nature of the existential and poetic transformation that is taking place.



1Le « poète-narrateur2 » des Tristes, du Contre Ibis et des Pontiques3 est un homme qui ne voyagera plus. Relégué pour toujours (relegatus in perpetuum, pour reprendre les termes de l’édit par lequel Auguste a fait basculer le sort d’Ovide en 8 après J.-C.) aux confins de l’Empire romain, au bord d’une mer qu’on lui interdit de retraverser pour rejoindre Rome ou, à défaut, une terre moins inhospitalière que Tomes, il sait de plus en plus clairement, au fil des années qui s’écoulent entre son départ et sa mort en 17, que les seuls trajets qu’il lui sera désormais possible d’accomplir se feront dans l’espace de sa mémoire et, plus largement, dans un espace mental et esthétique où se rejoignent les souvenirs des voyages réellement vécus par Ovide, la masse mémorielle des voyages fictifs, c’est-à-dire mythologiques, qu’il a racontés dans son œuvre romaine, et l’itinéraire futur – espéré, puis rêvé, puis fantasmé – qui le ramènerait dans sa patrie ou l’en rapprocherait.

2Se dessine ainsi, non seulement au sein du parcours d’homme et de poète d’Ovide, mais aussi dans le champ littéraire, une articulation novatrice entre voyage et mémoire ; articulation qui a tout à voir avec la manière dont l’œuvre, se réinventant sous le choc de la relégation de son auteur, devient un maillon fondamental de la grande chaîne – antique4 et bien au-delà – de l’écriture de l’exil. Le sujet est immense et la critique ovidienne l’a déjà très abondamment abordé5. Aussi est-ce par un angle précis que le présent article reprendra la question, se penchant sur l’image du voyage en bateau6 comme objet de mémoire dans les Tristes, le Contre Ibis et les Pontiques pour tenter de définir la nature de la transformation existentielle et poétique en train de s’accomplir.

3Dans un premier temps, c’est la navigation bien réelle de Rome à Tomes qui sera l’objet de l’analyse, non pas en tant que telle – car, là encore, la bibliographie est déjà d’une richesse pratiquement infinie7 –, mais dans la manière dont ce voyage, par le récit qui en est fait au début des Tristes, vient rétrospectivement absorber et dépasser tous les autres voyages en bateau évoqués par Ovide dans l’ensemble de son œuvre. Puis l’image de l’itinéraire en mer – réel ou fictif – dans les dernières œuvres sera interrogée comme incarnation du naufrage de la mémoire représenté par la catastrophe de la relegatio. Enfin, Tristes, Contre Ibis et Pontiques seront définis comme un voyage scriptural par lequel l’immobilisation physique définitive du poète-narrateur s’inverse symboliquement en une reconstruction du navire brisé de la mémoire8.

4I. « Petit livre – je n’en suis pas jaloux (nec inuideo) – tu iras sans moi à Rome. Hélas ! il est interdit à ton maître d’y aller9». Les premiers mots des Tristes sont pour dire l’impossibilité, désormais, des voyages réels – en l’occurrence le voyage désirable par excellence, le seul, même, qui ait un sens, celui qui (re)conduirait Ovide à Rome – et leur remplacement dramatique, au détour de l’antiphrase nec inuideo, par le seul autre voyage physiquement réalisable, celui du livre10. Un lien se noue donc d’emblée entre déplacement en bateau et processus de l’écriture, lien qui se trouve parachevé, dans l’économie interne de cette première lettre, par le fait que celle-ci est – et se présente ouvertement comme – écrite pendant l’autre voyage, celui, traumatique et haï, de Rome à Tomes, envers absolu de la trajectoire rêvée par Ovide. Les deux derniers vers de l’élégie (Longa uia est, propera ! nobis habitabitur orbis / ultimus, a terra terra remota mea11.) viennent sceller avec désespoir une réalité dont l’ironique cruauté mais aussi la beauté tragique s’incarnent dans la répétition lancinante des a autour de la répétition-variation terra terra résonnant comme un cri : pendant le cheminement maritime qui l’éloigne pour toujours de sa terre, un homme écrit une lettre qui, elle, rejoindra cette terre. Le navire qui amène Ovide de Rome à Tomes est donc aussi le lieu où s’invente, se définit et se construit le seul trajet retour possible dans l’ordre de la réalité : non pas celui de son propre corps, mais celui, métonymique, de ce second corps, issu du premier, qu’est le livre. Et, ironie et beauté supplémentaires, pour que le trajet retour ait lieu, il faut d’abord que le texte accomplisse le trajet aller avec son auteur, non seulement parce que celui-ci est enfermé sur le navire, mais aussi parce que le temps de la traversée est aussi celui, incompressible, de l’écriture du texte et, avec elle, de la réinvention de toute une poétique.

5Ce voyage inédit et ultime qui arrache Ovide à toute sa vie d’avant et rend vitale l’invention d’un nouveau mode d’expression est aussi présenté par la première lettre des Tristes comme un télescopage d’une brutalité inouïe entre la réalité et la fiction et, plus précisément, comme un défi invraisemblablement lancé par la première à la seconde12. En effet, les vers 119-120 de ce même poème, évoquant les Métamorphoses, confient au livre une mission auprès d’elles : « Je te charge de leur dire qu’on peut ranger parmi ces métamorphoses celle du visage de ma fortune ». Contrainte par la relégation à créer une manière neuve d’entrer en dialogue avec elle-même, l’œuvre poétique d’Ovide instaure pendant le temps même du voyage vers Tomes, et en se nourrissant de lui et de son horreur, une circulation mémorielle où la réalité, à commencer par celle même du voyage en cours, rejoint la fiction, en l’occurrence celle des centaines de métamorphoses racontées dans le poème auquel elles ont donné leur nom.

6Or, par cet ajout sarcastique et poignant du poète-narrateur au cortège de ses propres personnages, la relegatio est définie comme l’accomplissement d’un voyage d’un nouveau genre – le dernier, physiquement et poétiquement – qui se lie organiquement à tous les voyages maritimes antérieurs, vécus peut-être et, surtout, racontés : non seulement le passage de Rome à Tomes rappelle ces voyages, mais il en devient une variante, une nouvelle incarnation, tellement inimaginable et extrême qu’elle les absorbe, les résume et les dépasse, au point que tous semblent rétrospectivement en être autant de préfigurations. Certes, cette impression troublante, les œuvres d’Ovide nous la donnent à maintes reprises, et le cas le plus parlant est à ce titre celui d’Actéon au livre 3 des Métamorphoses : l’histoire du chasseur transformé et supplicié pour avoir vu quelque chose qu’il n’aurait pas dû voir – la nudité de Diane – semble annoncer de manière prophétique la chute du poète lui-même, et celui-ci, une fois relégué, convoque explicitement cette référence comme une figuration de son destin : « Pourquoi ai-je vu ? Pourquoi ai-je rendu mes yeux coupables ? Pourquoi n’ai-je compris ma faute qu’après mon imprudence ? Ce fut par mégarde qu’Actéon aperçut Diane sans vêtements : il n’en fut pas moins la proie de ses propres chiens. C’est qu’à l’égard des dieux il faut expier même le hasard, et la divinité ne pardonne pas même une offense fortuite13. »

7Phaéthon, Niobé, Marsyas ou encore Myrrha sont aussi nommés dans des passages des Tristes et les Pontiques où leur présence donne lieu au même effet-miroir14 ; mais celui-ci se trouve singulièrement intensifié et approfondi quand le personnage mythologique auquel Ovide veut nous faire penser, cette fois sans le désigner nommément, est un navigateur, du moins au moment de son parcours où le poète a choisi de le montrer, et qu’il apparaît dans des élégies consacrées à la description du voyage de Rome à Tomes. Il s’agit de Céyx, ce roi thessalien qui meurt noyé lors d’une tempête alors que, passant outre les craintes de son épouse Alcyone, il a pris la mer pour aller consulter l’oracle d’Apollon après avoir été témoin de métamorphoses qui l’ont profondément troublé. À cet épisode, Ovide a consacré un long et saisissant récit dans les Métamorphoses15. Or, il le réécrit dans les Tristes, et ce qui attire plus l’attention encore est qu’il le fait non pas en une fois, mais en trois – les élégies 2, 4 et 11 des Tristes16 –, déstructurant ainsi le récit d’origine pour le reconfigurer en fragments qui permettent à la puissance d’évocation de l’épisode de se diffracter dans l’ensemble du livre 1 (dont l’élégie 11 est, précisons-le, la dernière) et, par là même, dans l’ensemble des Tristes et même des œuvres de la relegatio. Pour prendre la mesure du travail de variatio accompli ici par Ovide, et en particulier du changement fondamental apporté par le passage de la troisième à la première personne, lisons deux passages :

L’art est désormais impuissant, les courages fléchissent ; dans tous les flots qui s’approchent les infortunés croient voir autant de morts prêtes à s’élancer et à fondre sur eux. L’un ne peut retenir ses larmes, l’autre est frappé de stupeur ; un autre appelle heureux ceux qui attendent des honneurs funèbres ; celui-ci, en prières, fait des vœux à la divinité et, levant vainement ses bras vers le ciel invisible, il en implore du secours ; celui-là revoit dans sa pensée ses frères et ses parents ; un autre, ses enfants, sa maison et tout ce qu’il a quitté. Céyx ne songe qu’à Alcyone, il n’a à la bouche que le nom d’Alcyone ; il ne regrette qu’elle seule, quoiqu’il s’applaudisse de ne pas l’avoir avec lui. Il voudrait se tourner vers les rivages de sa patrie, adresser à son foyer ses derniers regards ; mais il ne sait de quel côté le chercher, tant est grande l’agitation qui fait tournoyer les flots ; et puis l’obscurité qui tombe des nuages, noirs comme la poix, dérobe à ses yeux le ciel tout entier et rend deux fois plus épaisses les ténèbres de la nuit. Un tourbillon chargé de pluie brise le mât sous son choc ; il brise aussi le gouvernail ; la vague se dresse avec orgueil au-dessus de ces dépouilles en guise de victoire et, courbant sa crête, elle regarde de haut les autres vagues ; aussi lourdement que l’Athos ou le Pinde, qu’on aurait arrachés de leur base pour les jeter tout entiers au large, elle tombe en avant et aussi bien par son poids que par la violence du coup elle engloutit le navire au fond des eaux ; avec lui beaucoup de matelots, submergés sous les masses qui les précipitent dans l’abîme et ne pouvant remonter à l’air, terminent aussi leur destinée ; d’autres s’attachent aux débris du bâtiment fracassé ; Céyx lui-même, de la main dont il tenait le sceptre, tient une épave ; il invoque son beau-père et son père, mais hélas ! vainement ; tandis qu’il flotte au hasard, il a surtout à la bouche le nom de son épouse Alcyone ; c’est à elle qu’il pense, c’est elle qu’il appelle ; il souhaite qu’elle puisse voir son corps rejeté par la mer et que les mains de sa bien-aimée ensevelissent sa dépouille. Il flotte toujours et, chaque fois que la vague lui permet d’ouvrir la bouche, il prononce le nom d’Alcyone absente ; il le murmure encore sous les ondes. Mais voici qu’au-dessus des flots qui le portent s’est élevée une sombre voûte liquide ; elle crève et sous ses débris elle recouvre et engloutit la tête de Céyx17.

Malheureux ! mes paroles impuissantes se perdent sans effet. De lourdes vagues, tandis que je parle, inondent même mon visage ; le terrible Notus dissipe mes paroles et empêche mes prières d’atteindre les dieux auxquels je les adresse. Ainsi les mêmes vents, pour redoubler mon supplice, emportent je ne sais où et mes voiles et mes vœux. Malheureux que je suis ! Quelles montagnes d’eau roulent autour de nous ! On croirait à l’instant qu’elles vont toucher les astres au plus haut du ciel. Quelles vallées se creusent quand la mer s’entrouvre ! On croirait à l’instant qu’elles vont toucher au noir Tartare. Partout où je regarde, il n’y a rien que la mer et le ciel, l’une grosse de vagues, l’autre menaçant de nuages ; entre les deux rugit le furieux grondement des vents. La mer ne sait plus à quel maître obéir : tantôt l’Eurus s’élance de l’orient empourpré, tantôt le Zéphyr souffle, envoyé du fond de l’occident, tantôt le glacial Borée se déchaîne des régions de l’Ourse toujours sèche, tantôt le Notus lutte de front avec lui. Le pilote hésite et ne sait quelle direction fuir ou prendre : dans cette affreuse incertitude, sa science même demeure interdite. C’en est donc fait de nous, il n’est plus d’espoir de salut et, tandis que je parle, l’eau recouvre mon visage. La vague va éteindre mon souffle et ma bouche ouverte pour de vaines prières va recevoir une eau meurtrière. Cependant mon épouse dévouée ne s’afflige que de mon exil ; c’est de mes maux le seul qu’elle connaisse et pleure. Elle ignore que mon corps est le jouet de la mer immense, elle ignore qu’il est poussé par les vents, elle ignore que la mort est là. Il est bien que je ne lui aie pas permis de s’embarquer avec moi. Malheureux ! il m’eût fallu souffrir deux fois la mort ! Mais, si je meurs aujourd’hui, puisqu’elle est à l’abri du danger, je survivrai du moins dans la moitié de mon être. Hélas ! quels rapides éclairs ont sillonné la nue ! De quel fracas retentit la voûte du ciel ! Les vagues n’assaillent pas le bordage avec moins de violence que le pesant boulet de la balliste ne frappe les murailles. Cette vague qui s’avance surpasse toutes les autres vagues ; c’est celle qui suit la neuvième et précède la onzième18.

Le travail de retractatio d’une extrême finesse accompli ici tisse entre ces deux extraits un lien d’autant plus intéressant qu’il n’est pas le seul ; car se projette aussi sur le texte des Tristes, derrière les Métamorphoses, l’ombre de la dix-huitième Héroïde où Léandre, retenu à terre par la tempête qu’il bravera finalement et qui le tuera, écrit à Héro son désir et son impatience de traverser à la nage le bras de mer qui les sépare, et où, en une prophétie inconsciente, il évoque le mythe de Céyx et Alcyone19.

8À voir se nouer, dès le début des Tristes, une trame si homogène et serrée de relations avec les œuvres antérieures, on réalise, non sans un certain vertige, que la relégation, si elle a brisé l’homme, a exécuté à la perfection le programme du poète. La description de la traversée réelle de Rome à Tomes apparaît alors comme un redoublement, tragiquement ironique du point de vue existentiel mais totalement cohérent et fécond du point de vue esthétique, des voyages en mer fictifs auparavant racontés par Ovide, avec pour centre de gravité l’aventure initiatique et destructrice de Céyx. Quant au bateau allant de Tomes à Rome, il ne sera jamais pris que par le livre et restera dramatiquement, pour le poète-narrateur, dans le règne de la fiction, comme il l’est dans la première élégie des Tristes (« Dieux ! que ne puis-je être aujourd’hui mon livre20 ! ») ; et son double dégradé mais désiré, le bateau qui permettrait au relégué de rejoindre une terre moins affreuse que Tomes21, ne viendra pas non plus, ce qui donne naissance, dans l’élégie 3, 8 des Tristes, à un poignant remplacement de l’image de la navigation par le rêve de voler :

Je désirerais maintenant être sur le char de Triptolème qui déposa la semence inconnue dans la terre qui l’ignorait ; je voudrais maintenant conduire les dragons qui permirent à Médée de s’enfuir, Corinthe, de ta citadelle ; je souhaiterais maintenant prendre et agiter tes ailes, Persée, ou les tiennes, Dédale, pour fendre de mon vol l’air léger et voir soudain le doux sol de ma patrie, l’aspect de ma maison délaissée, mes amis fidèles et surtout les traits chéris de mon épouse. Insensé, pourquoi ces vains souhaits, ces vœux puérils qu’aucun jour n’a vus, ne voit et ne verra s’accomplir ? S’il ne faut former qu’un seul souhait, adore la divinité d’Auguste et prie selon les rites le dieu qui t’a frappé. C’est lui qui peut te donner des ailes et un char volant dans les airs : qu’il t’accorde de revenir, aussitôt tu seras oiseau22.

9II. Ainsi se réalise par la relégation l’unité mémorielle paradoxale d’une œuvre qui sonne comme le récit d’une prophétie et de sa réalisation. Or, dans les Tristes, le Contre Ibis et les Pontiques, cette unité se concentre avec une intensité toute particulière dans l’image du voyage en mer, et celle-ci y devient l’incarnation d’un naufrage personnel qui est aussi et peut-être surtout celui de la mémoire.

10Ainsi le navire fait-il l’objet d’un usage métaphorique et désigne-t-il à de nombreuses reprises le poète-narrateur relégué. L’expression me mare […] iactat23 de la première élégie des Tristes constitue le point de départ d’un passage du sens propre au sens figuré qui se réalise dès les vers 83-86 du même poème : « Le marin argien échappé aux écueils de Capharée détourne toujours ses voiles des eaux de l’Eubée, et ma barque (cumba), battue une fois d’une affreuse tempête, frémit d’aborder des parages où elle fut maltraitée. » À partir de là, l’image revient en de nombreux passages du navire – souvent une cumba – malmené par les éléments, naufragé, voire fracassé ; image dont un exemple particulièrement dense a été donné dès le titre de cet article avec le vers 17 du Contre Ibis : « Je tiens dans mes bras les morceaux brisés de mon navire ». Le bateau bien réel des toutes premières élégies, le « vaisseau d’exilé » (profugae […] rati) de Tristes, 1, 3, 84, entre alors dans le domaine métaphorique et, simultanément, dans la sphère du mythe ; c’est d’ailleurs la fonction de toute l’élégie 1, 3 et du triptyque qu’elle forme avec les deux lettres qui l’encadrent et où le poète-narrateur décrit en temps réel – ou dans une imitation du temps réel – et en multipliant les références mythologiques le naufrage matériel et intérieur du voyage vers Tomes.

11Plusieurs fois donc, Ovide mentionne le bateau de la destinée individuelle. Rarement, il s’agit de celui d’autrui, par exemple un ami qui a connu l’adversité dans Tristes, 1, 9, 42. Le plus souvent, c’est du sien qu’il parle, explicitement ou non : seul, il a fait naufrage, alors que ceux des autres poètes étaient épargnés (Tristes, 2, 469-470) ; il voguait sur une eau calme tant qu’Ovide se trouvait près de son ami (3, 4, 15-16) ; les vents contraires qui l’ont poussé ont resserré les liens de l’amitié (3, 5, 3-4) ; il n’avait pas besoin d’un pilote tel que Tiphys quand la mer n’était pas agitée (4, 3, 77) ; il s’est réfugié dans le port sûr offert par un ami qui a pris les rames (4, 5, 6 et 19-20) ; il aspire à une mer tranquille après la tempête (5, 5, 17-18) ; le vent défavorable qui gonfle ses voiles révèle la pietas de l’épouse d’Ovide (5, 5, 60) ; le port de l’amitié doit continuer à s’offrir à lui, car Palinure n’abandonne pas un navire au milieu des flots (5, 6, 2 et 7) ; il symbolise l’affreuse destinée du poète, ballottée par les tempêtes (5, 12, 5) ; fracassé, il reçoit de deux frères amis accueil et assistance (Pontiques, 1, 10, 39-40) ; naviguant sur des eaux agitées, il rêve d’être recueilli comme Achéménide par les Troyens (2, 2, 25 et 30) ; entouré d’amis tant qu’il était porté par des vents favorables, il a été abandonné de tous une fois brisé (2, 3, 25-28), sauf d’un jeune ami qui le conduit malgré son état (57-60) ; il est la dubiae […] puppis (le « navire incertain ») pour laquelle l’entente du marin et du pilote est naturelle et cruciale (2, 5, 62) ; il espère ne pas être abandonné en mer (2, 7, 83) et être recueilli par une terre hospitalière (2, 9, 9-10) ; maintenant qu’il est en morceaux, il a pour seule ancre l’amitié de Cotta (3, 2, 5-6) ; et, en une variante particulièrement intéressante, la mer sur laquelle il se trouve devient un fleuve infernal (« pour que mon vaisseau sorte des eaux du Styx », 4, 9, 74).

12On notera au passage, par contraste avec toutes ces images – souvent appuyées d’allusions mythologiques – d’un navire perdu et/ou abîmé, la belle description que fait l’élégie 1, 10 des Tristes de celui de la traversée de Cenchrée à Tomes : c’est précisément – et ironiquement – un bon navire, protégé des dieux, presque personnifié, et digne des épisodes mythologiques auxquels Ovide fait allusion dans la lettre qu’il lui consacre.

J’ai – et puissé-je l’avoir encore ! – la protection de la blonde Minerve : son casque est peint sur mon navire et lui a donné son nom. Faut-il aller à la voile, il court merveilleusement à la moindre brise. Faut-il aller à la rame, il avance docile aux rameurs. Il ne se contente pas de vaincre dans sa course rapide les navires qui partent avec lui : il atteint ceux qui sont sortis du port avant lui, quelle que soit leur avance. Il supporte la lame et soutient le choc des vagues qui l’assaillent de loin sans jamais s’entr’ouvrir sous les coups des eaux cruelles. C’est lui qui, depuis la Corinthienne Cenchrée où je l’ai connu, a été le guide et le compagnon fidèle de ma fuite tremblante ; à travers tant d’incidents et de mers soulevées par les vents furieux, la puissance divine de Pallas écarta de lui les dangers. Je prie pour que, maintenant encore, il franchisse sans danger l’entrée du vaste Pont et pénètre dans les eaux du rivage gète, terme de son voyage24.

13Mais quand, dans les vers 35-36 de l’élégie 4 des Tristes, l’image revient du bateau récent, plus résistant, par opposition à celui qui, usé par le temps, « se disloque au moindre orage » (vers 36) ; quand dans les vers 17-18 de l’élégie 8 du même livre sont évoqués les vieux vaisseaux que l’on conduit à l’arsenal « pour qu’ils ne se disloquent pas d’aventure en pleine mer » (vers 18) ; quand, dans la première élégie des Pontiques, les vers 69-70 décrivent un navire rongé par les vers ; quand, dans les vers 17-18 de la quatrième, on voit se défaire celui que l’on a laissé en mer au lieu de le mettre à sec ; dans tous ces passages qui nous parlent d’embarcations qui résistent ou ne résistent pas à l’adversité, c’est du poète-narrateur qu’il s’agit, et de son âme que la relegatio désagrège et dissout comme le navire oublié en mer de l’élégie 1, 1 des Pontiques :

Il n’est donc pas étonnant que mon âme se désagrège et se dissolve comme la neige qui se fond en eau. Comme le navire est rongé et endommagé par d’invisibles tarets, comme l’onde marine creuse les rochers, comme la rouille rugueuse attaque le fer abandonné, comme un livre enfermé est dévoré par les mites, ainsi mon cœur ressent la perpétuelle morsure des soucis qui l’accablent sans fin25.

La présence du livre rongé par les mites dans ce passage nous rappelle, s’il le fallait, que c’est aussi de l’identité du poète en lui qu’Ovide décrit la désagrégation redoutée. Les « restes brisés » (quassa […] membra) qu’évoque le vers 17 du Contre Ibis sont l’effet d’une dislocation mémorielle qui est existentielle et poétique, et c’est cette dislocation qu’enregistrent avec une acuité exceptionnelle, dans les dernières œuvres, les images de navires et plus largement de voyages marins. Ainsi ces élégies qui reviennent encore et encore sur le passé construisent-elles une plainte qui dit à la fois la peur d’être oublié, comme homme et comme poète, et la peur au moins aussi grande d’oublier en soi l’homme et le poète.

14La peur d’être oublié est omniprésente, et c’est bien elle que l’on lit dans tous les passages, évoqués plus haut, où un navire se trouve en proie à la possibilité ou à la réalité de sa destruction, de sa disparition. C’est elle qui se dit explicitement dans un passage de l’élégie 1, 2 des Tristes (vers 51-56) où Ovide exprime sa hantise de mourir en mer et, par conséquent, de ne pas obtenir les monumenta, les formes matérielles et symboliques du souvenir, qu’il espère. C’est elle aussi que manifeste l’élégie 1, 5 (vers 17-24) quand, évoquant une amitié qu’a portée au grand jour l’adversité du « navire » d’Ovide, elle évoque – mémoire littéraire donc, car mythologique – la manière dont Pirithoüs, Pylade et Nisus ont accédé à la célébrité ; et l’on remarque que le fait d’être oublié est évité à tous points de vue : pour le poète-narrateur et pour son ami, existentiellement et poétiquement. Dans le même poème, au vers 36, Ovide nomme sa relégation naufragio […] meo (« mon naufrage »), et c’est un naufrage de la mémoire, comme le montrent les vers 99-102 de l’élégie 2 (« C’est la fin qui me perd : une seule tempête plonge au fond de la mer ma petite barque tant de fois sauve. Ce n’est pas une petite vague qui m’a maltraité ; ce sont tous les flots, c’est l’Océan qui ont fondu sur ma tête. »), significativement placés juste avant les vers où Ovide compare sa faute à celle d’Actéon26. C’est un homme – et un poète – « perdu » (perditus) sur des rivages inconnus et hostiles que nous montre le vers 23 de l’élégie 3, 5 ; et, dans les Pontiques, c’est un nageur épuisé, abandonné en pleine mer, qu’il s’agit de sauver ou de perdre en 2, 3, 39-40 et 2, 6, 9-14.

15Cette hantise d’être oublié se double de celle d’oublier : tout au long de ses trois dernières œuvres, Ovide dit qu’il craint de laisser s’effacer de sa mémoire non seulement sa vie passée et l’image des siens, mais aussi et peut-être surtout l’homme et le poète qu’il a été – et les trois objets de mémoire dont l’évocation est alors suscitée par l’effroi de les perdre sont Rome, la langue latine et l’acte d’écrire. Or, une image marine singulière et récurrente est peut-être lisible comme une métaphore de cette peur : celle de la mer gelée. Certes, à plusieurs reprises27, Ovide décrit la mer comme ce qui le bloque, l’arrête, physiquement et dans son destin ; au vers 2 de l’élégie 3, 6 des Pontiques (mittit ab Euxinis hoc breue carmen aquis, « C’est <Nason> qui des eaux de l’Euxin envoie ce court poème »), c’est même comme s’il se trouvait dans ces eaux, comme si sa poésie se trouvait enfermée par elles (comme le suggère la disposition ab Euxinis hoc breue carmen aquis), et cette notation est ici d’autant plus intéressante qu’il s’agit d’un poème consacré à l’interdiction faite à Ovide par son correspondant d’écrire le nom de celui-ci. Mais cette hantise de ne plus pouvoir, savoir ou vouloir écrire les noms et convertir en poésie, donc en vie, la mémoire que l’on a d’eux, franchit un cran supplémentaire dans les passages où Ovide décrit la vision inédite et morbide de la mer gelée. À Tomes, il le dit souvent, le froid règne pendant une grande partie de l’année ; or, ce froid s’empare même de l’élément marin, et l’élégie 2 des Tristes place dans une contiguïté significative l’image de la mer en proie au gel et celle de la domination romaine qui s’arrête : « Il n’y a rien (nihil) au-delà sinon le froid, les ennemis et l’eau de la mer prise par le gel qui la saisit. Ici s’arrête la domination romaine sur la rive occidentale du Pont-Euxin28 ». Dans ce « rien » que vient matérialiser le figement de la mer par le froid, c’est la glaciation de la mémoire que l’on entend, cette mémoire d’un Romain terrifié par la perspective d’être objet et sujet de l’oubli, comme homme et comme poète. C’est ce que nous lisons aussi dans les vers 37-50 de l’élégie 3, 10, où Ovide fait cette fois une longue description de ce phénomène et où il adopte un mode récurrent dans son œuvre, celui de l’adynaton, réveillant ainsi une mémoire scripturale qui vient se concentrer dans l’allusion mythologique à Léandre des vers 41-42 (« Si tu avais eu jadis un tel détroit, Léandre, un bras de mer ne serait pas accusé de ta mort. »). Ainsi, en une inversion ironique et tragique, ce qui aurait permis à Léandre de rester en vie est aussi la cause de la mort symbolique et, un jour, physique d’Ovide ; et la mer gelée, dont l’image revient en 3, 12, 29 et en 5, 10, 2, accueille la dimension mémorielle de cette mort.

16Comment résister à ce froid qui envahit tout l’être et l’empêche de naviguer comme autrefois sur les eaux profondes d’une écriture entièrement fondée sur la mémoire ? La question ne cesse d’être posée tout au long des œuvres de la relegatio. Mais elle contient sa propre réponse : cette écriture est tout ce qui reste, et le comprendre est le moyen unique et infaillible du salut. L’élégie 4, 2 des Pontiques le dit admirablement en ses vers 15-46, d’autant plus qu’elle comporte, dissociées, les images du rivage marin, de l’eau empêchée de couler et du froid :

Mon esprit cependant ne m’obéit plus comme autrefois, mais c’est un rivage aride que je laboure avec un soc stérile. Sans doute, comme la boue obstrue les veines des ondes et comme l’eau empêchée s’arrête quand on contient sa source, ainsi mon cœur est souillé par la boue des malheurs et mes vers coulent d’une veine appauvrie. Homère lui-même, placé sur cette terre, serait lui aussi, crois-moi, devenu Gète. Pardonne mon aveu, j’ai aussi relâché mon ardeur et mes doigts tracent rarement des lettres. L’enthousiasme sacré qui nourrit le cœur des poètes et que jadis j’avais toujours en moi a disparu. Ma Muse vient avec peine jouer son rôle, avec peine elle pose presque par force une main paresseuse sur la tablette (tabellae) que j’ai prise ; la joie que j’ai à écrire est bien faible, pour ne pas dire nulle, et je n’ai aucun plaisir à soumettre des mots au rythme, soit parce que, loin de me procurer aucun avantage, c’est l’origine de mes maux, soit parce que c’est danser dans les ténèbres qu’écrire des vers qu’on ne lit à personne : l’auditeur excite le zèle, les éloges accroissent le mérite et la gloire est un grand éperon. À qui lirais-je ici mes écrits, sinon aux blonds Coralles et aux autres peuples qui vivent sur les bords de l’Hister barbare ? Mais que faire tout seul et comment perdre de malheureux loisirs et gaspiller le temps ? Car, comme je n’ai ni la passion du vin ni celle des jeux de hasard trompeurs qui font à l’ordinaire passer le temps inaperçu, et comme – ce que je désirerais, si la guerre cruelle le permettait – je n’ai pas le plaisir de rénover la terre par la culture, que me reste-t-il, sinon les Piérides, froide consolation, déesses qui n’ont pas bien mérité de moi ?

Même gagnée par le froid, la poésie survit à la perte de tout le reste et empêche l’oubli de soi, résumé par la hantise de devenir Gète, appliquée à cet objet de mémoire littéraire par excellence qu’est Homère. Alors les tabulae du naufrage (celles, par exemple, de Tristes, 1, 2, 47, cité plus haut, mais aussi celles du vers 18 du Contre Ibis : naufragii tabulas […] mei, les « planches de mon naufrage29 ») deviennent la tabella de Pontiques, 4, 2, 27, et celle-ci se transforme en un inventaire où fusionnent mémoire existentielle et mémoire littéraire, et, ce faisant, en un voyage inédit.

17III. De cette fusion caractéristique des dernières œuvres d’Ovide, et de l’importance cruciale du travail d’auto-transformation rendu nécessaire et possible par la relegatio, témoigne en particulier l’élégie 1, 11 des Tristes, trop longue pour être citée ici, dans laquelle Ovide se replace (vers 2) dans le sollicito tempore […] uiae, littéralement « le temps tourmenté du voyage30 », de Rome à Tomes et explique pourquoi il a continué d’écrire même alors, soulignant avec fierté le caractère exceptionnel de cette attitude : « En composant des vers au milieu des grondements furieux de la mer je crois avoir frappé de stupeur les Cyclades Égéennes. » Ce renversement du destin, qui s’opère d’emblée, au milieu même de la mer en furie, d’autres élégies le disent, et en particulier la première du livre 4 des Tristes, magnifique déclaration d’amour à la poésie où la mer est évoquée pour décrire la consolation vitale apportée par la Muse (vers 19-22 : « Moi aussi, la Muse me console dans mon voyage vers le Pont, lieu qui m’est assigné ; elle est demeurée la seule compagne de mon exil ; elle seule est sans peur au milieu des embûches, et ne craint ni l’épée du soldat, ni la mer, ni les vents, ni la barbarie31. ») et où le marin figure dans la liste des êtres qui, comme le poète-narrateur, chantent pour détourner leur âme de leurs malheurs (vers 7-8 : « Ainsi chante, courbé en avant et prenant appui sur le sable fangeux, celui qui hale à contre-courant le lent radeau »).

18Un texte peut-être plus fondamental encore dans la perspective de cet article est l’élégie 3, 3 des Tristes32. Ovide y fait l’étymologie du nom Tomis en rappelant que c’est sur cette terre que Médée a découpé – en grec τέμνω – les membres de son frère Absyrtos pour retarder son père qui tentait de l’empêcher de fuir avec Jason la Colchide (autrement dit le monde barbare) afin de rejoindre le monde grec (la civilisation) : « Le pays s’est donc nommé Tomis parce qu’une sœur, dit-on, y découpa les membres de son frère » (v. 33-34). Dans ce poème où il décrit un trajet inverse du sien, Ovide nous dit que la poésie représente symboliquement, pour le relégué, le retour qui lui est interdit matériellement, et il réalise en temps réel ce voyage par le biais d’un geste mémoriel puissant, qui décrypte le mystère des noms en puisant leur sens dans le savoir mythologique du poète, c’est-à-dire dans la possession mentale qu’il a de sa propre œuvre antérieure. Le dernier voyage d’Ovide sera littéraire, et il prendra pour matière première sa mémoire, seul bien qui lui reste. Alors le vers 17 du Contre Ibis cité dans le titre de cet article (cumque ego quassa meae complectar membra carinae) peut se lire autrement, et plutôt que les « morceaux brisés <du> navire », c’est le geste d’embrassement du verbe complectar, placé à la césure, qui nous apparaît comme le terme le plus important, nous signalant qu’est à l’œuvre une entreprise consistant à rassembler les parties du navire de la mémoire, disloqué par la relégation, pour le reconstruire autre et éternel : « les morceaux brisés de mon navire, je les tiens dans mes bras ».

19Or, cette réappropriation esthétique passe précisément par la fragmentation mémorielle. Les dernières œuvres d’Ovide sont en effet le lieu d’une mutation formelle qui passe par une esthétique des quassa […] membra (brièveté de la lettre dans les Tristes et les Pontiques, multiplication vertigineuse d’exempla tenant en quelques mots dans le Contre Ibis) allant de pair avec une temporalité elle-même décalée, disloquée, hachée, apte à rendre l’altération du temps par la relégation. Les membra qui ainsi s’accumulent et jouent les uns avec et contre les autres sont autant de fragments de la mémoire d’homme et de poète d’Ovide, qui recombine son contenu pour reprendre le voyage arrêté et lui donner une identité nouvelle, métamorphose de l’ancienne. Et, une fois encore, le motif du voyage en mer a dans ce processus un rôle important, car les Tristes, le Contre Ibis et les Pontiques reconstituent par éclats un cortège unique de navigateurs réels et fictifs qui offrent à la transformation en train de se faire un reflet et un creuset symboliques et poétiques.

20Les navigateurs réels, ce sont ceux qui, contrairement à Ovide, peuvent prendre la mer et dont il peut vivre les itinéraires par procuration et écouter avidement les récits. Ainsi, dans Tristes, 3, 12, 31-50, ce marin qui, peut-être, viendra d’Italie maintenant que « la mer n’est plus un bloc de glace » et que la parole, porteuse de mémoire – en l’occurrence la mémoire de la romanité, portée par la langue grecque ou latine –, peut elle aussi connaître un dégel libérateur :

Quelques navires cependant vont commencer à naviguer jusqu’ici et un vaisseau étranger mouillera au rivage du Pont. Je m’empresserai à la rencontre d’un matelot et, l’ayant salué, je lui demanderai le but de son voyage, son nom et le pays d’où il vient. Très certainement il viendra d’une contrée proche et n’aura parcouru, sans courir un danger, que les eaux voisines. Rarement un marin venant d’Italie franchit une telle étendue de mer, rarement il aborde à ces rivages privés de ports. Cependant, qu’il sache parler le grec ou le latin, langue assurément qui me sera plus agréable (il est possible aussi que, venu de l’entrée du détroit et des eaux de la longue Propontide, quelqu’un ait jusqu’ici livré ses voiles à un Notus assuré), quel qu’il soit, il peut rapporter les nouvelles dont il se souvient (memori rumorem uoce referre), il peut prendre part aux rumeurs et les propager. Qu’il puisse, je le demande, connaître et raconter les triomphes de César et les vœux acquittés à Jupiter Latin et ta tête, Germanie rebelle, tristement posée sous les pieds d’un grand capitaine ! Celui qui me rapportera ces événements, dont je déplorerai de n’avoir pas été témoin, sera aussitôt l’hôte de ma demeure.

C’est cette même memori […] uoce qu’appellent les vers 69-70 de l’élégie 4, 2 (« À peine se trouvera-t-il quelqu’un venu du lointain Latium à l’autre bout du monde pour satisfaire ma curiosité par son récit. ») ; et c’est une voix porteuse de souvenirs personnels et mythologiques entrelacés que l’on entend en 5, 27-40 quand la fumée de l’encens offert par Ovide pour l’anniversaire de son épouse est emportée par le vent vers l’Italie et qu’il combine cette vision, l’évocation d’Étéocle et Polynice, une allusion à Callimaque (par ailleurs modèle affiché du Contre Ibis) et l’invraisemblance devenue réalité de la relégation :

Rien n’est assuré pour l’homme : qui aurait pensé que je pusse un jour célébrer cette fête au milieu des Gètes ? Vois cependant comme le vent emporte la fumée de l’encens vers l’Italie et dans une direction propice. Les nuages produits par le feu sont donc doués de sentiments. C’est à dessein, Pont, qu’ils fuient ton ciel. C’est à dessein que, dans un sacrifice commun célébré sur l’autel en l’honneur des deux frères qui périrent par la main l’un de l’autre, la fumée noire, en désaccord avec elle-même, se sépare, comme par leur ordre, en deux colonnes. Jadis, il m’en souvient, je prétendais la chose impossible et j’accusais de mensonge le fils de Battos. Je crois tout maintenant, puisque tu as délibérément tourné le dos à l’Arctos, fumée, te dirigeant vers l’Ausonie.

21Parfois aussi, le navigateur réel est Ovide lui-même, et nous sommes alors plongés directement dans les souvenirs des voyages qu’il a faits autrefois pour s’instruire ou se divertir, seul peut-être dans Tristes, 1, 2, 75-80 (« Ce n’est point par un désir d’amasser sans fin des richesses et pour échanger des marchandises que je sillonne la vaste mer ; je ne me rends pas à Athènes, comme autrefois pour étudier, ni dans les villes d’Asie, ni dans des lieux autrefois visités ; mon but n’est pas d’aborder à la célèbre ville d’Alexandre pour y voir, Nil joyeux, tes réjouissances. ») et, dans Pontiques, 2, 10, 21-42, avec le poète Cn. Pompeius Macer, en un voyage qu’il revisite avec nostalgie en hybridant les souvenirs amicaux et mythologiques :

Sous ta conduite, j’ai visité les villes magnifiques d’Asie, sous ta conduite, j’ai découvert la Trinacrie ; nous avons vu le ciel resplendir des flammes de l’Etna, que vomit la bouche du géant enseveli sous la montagne, et le lac d’Henna, et le marais fétide de Palicus, et Cyané à qui l’Anapus mêle ses eaux, non loin de la nymphe qui, fuyant le fleuve de l’Élide, court encore aujourd’hui cachée sous les eaux de la mer. J’ai passé là une grande partie du cours d’une année. Hélas ! combien ce pays ressemble peu à celui des Gètes ! Et ce n’est qu’une petite partie de ce que nous avons vu tous deux dans ces voyages que tu me rendais si agréables, que nous ayons sillonné les ondes azurées sur notre vaisseau aux vives couleurs ou qu’une voiture nous ait portés sur ses roues rapides. Souvent l’échange de propos nous fit paraître la route brève, et nos paroles, à les compter, furent plus nombreuses que nos pas ; souvent le jour dura moins que nos causeries et les lentes heures des jours d’été ne suffirent pas à nos entretiens.

Ces nautae réels, qu’ils appartiennent à un avenir désiré ou à un passé amèrement regretté, qu’ils se confondent ou non avec Ovide – ou du moins avec le poète-narrateur de ses dernières œuvres –, entrent, on le voit, dans une sphère mémorielle plus vaste que celle de la temporalité humaine et de la biographie/autobiographie : ils sont emportés dans une reconstitution qui fait se rejoindre réalité et fiction. L’« Ovide » qui découvrit les merveilles de l’Asie Mineure ou de la Sicile avec son ami Macer, les nymphes Cyané et Aréthuse – deux personnages du livre 5 des Métamorphoses – dont ils ont croisé la rémanence mythologique lors de leurs voyages et le relégué qui, du fond de son malheur, évoque l’un et les autres appartiennent désormais au même univers, de nature poétique avant tout. C’est donc naturellement que les fragments consacrés aux voyageurs marins réels sont mêlés à d’autres qui, eux, relèvent de la fiction mythique et agissent comme autant d’échos internes au sein de l’œuvre ovidienne. C’est, dans les vers 297-298 de l’élégie 2 des Tristes, Io chassée par Junon à travers les mers. Plus loin dans cette même élégie (vers 439-440), ce sont, implicitement, les passagers du navire Argo dans les élégies de P. Terentius Varro Atacinus, aussi dangereuses pour leur auteur que l’Art d’aimer – au moins – pour Ovide ; dans Pontiques, 1, 3, 75-76, c’est le chef seul de ce même navire, Jason, qualifié au vers 75 d’Exul, « exilé », et placé parmi d’autres exilés qu’énumèrent les vers 61-80 ; Jason auquel, dans les vers 23-46 de l’élégie 1, 4, Ovide attribue des peines moins lourdes que les siennes en concentrant le rapprochement sur le voyage en mer (citons ici les vers 35-38 : « J’ai sillonné la mer immense sur un fragile vaisseau : le navire qui porta le fils d’Éson était solide. Je n’eus pas Tiphys pour pilote, et le fils d’Agénor ne m’enseigna pas les routes à éviter et à suivre. ») ; Jason dont le premier vers du livre 4 dit qu’il fut le premier à naviguer sur la mer Noire (« Mer que Jason frappa le premier de ses rames »). C’est aussi Protésilas abordant le premier, pour sa perte, au rivage troyen (Tristes, 5, 57), ou Achéménide recueilli par une poupe troyenne (Pontiques, 2, 2, 25). C’est, bien sûr, Ulysse, auquel, comme à Jason, Ovide se compare longuement dans les vers 57-80 de l’élégie 1, 5 des Tristes, confrontant notamment avec mauvaise foi le périmètre étroit des voyages du héros et l’étendue de sa propre traversée (« Il a erré de longues années dans un cercle étroit entre les demeures de Dulichie et d’Ilion : moi, j’ai parcouru des mers que séparent tous les astres », vers 59-60) et concluant dans les vers 79-80 sur une confrontation trompeuse, et formulée de manière délibérément étrange, entre fiction et réalité (« De plus, la plupart de ses peines ne sont que fiction tandis qu’il n’entre point de fable dans mes malheurs. ») ; Ulysse que l’on retrouve, dans la même perspective, au vers 60 de l’élégie 2, 7 des Pontiques ; puis, secouru par Leucothée, en 3, 6, 19-20 ; puis à nouveau présenté, en 4, 10, 9-30, comme un homme heureux, notamment dans ses voyages, par contraste avec le sort du poète-narrateur, décrit jusqu’au vers 64 avec une forte dominante marine ; et, significativement, dans les vers 13-14 de la dernière élégie des Pontiques, comme objet de poésie (et d’une poésie qui fait écho à l’œuvre ovidienne, puisqu’il s’agit d’une lettre d’Ulysse à Pénélope écrite par Sabinus en réponse à la première Héroïde).

22Ces navigateurs mythologiques, nous les retrouvons tous dans le Contre Ibis, et avec eux bien d’autres : l’homme désespéré du vers 17, qui tient dans ses bras les débris de son bateau, est rejoint par Jason permettant à l’Argo de franchir les Symplégades (celui sur les conseils duquel une colombe fut envoyée pour ouvrir la voie au navire palladien et le guider », vers 265-266), puis par Ulysse sauvé par Leucothée (« l’homme ingénieux qui / agrippé aux débris de son navire / fit pitié à la sœur de Sémélé », vers 277-278), par ses marins (« ceux que la vorace Scylla / et en face de Scylla Charybde / arrachèrent / épouvantés / au vaisseau dulichien », vers 385-386), ou encore par Thésée revenant à Athènes avec ses voiles noires (« celui qui vit les voiles trompeuses du navire de Thésée », vers 495). Il est rejoint par tous les personnages dont nous savons qu’ils ont été en mer et, souvent, que la mer les a fait souffrir ou même mourir. Il l’est, au-delà, par toutes les figures évoquées de manière fugitive et énigmatique dans ce poème conçu comme une mosaïque dont les tesselles, qu’elles soient empruntées à l’Histoire ou, surtout, à la mythologie, servent à composer le portrait d’un personnage unique : un naufragé qui, pour parvenir à survivre, prend dans ses bras les morceaux de son navire et en construit un autre fait de sa propre mémoire existentielle et littéraire.

23Ainsi se définit dans les Tristes, le Contre Ibis et les Pontiques une esthétique nouvelle faite pour compenser l’horreur du voyage de Rome à Tomes, sublimer l’arrêt des voyages réels et réaliser poétiquement l’impossible traversée « retour » de Tomes à Rome. Le seul vrai navire, en ce sens, est celui de l’écriture poétique, et c’est Ovide lui-même qui nous livre cette métaphore quand, dans le vers 548 de l’élégie 2 des Tristes, il affirme, faisant allusion aux Fastes et aux Métamorphoses : « souvent j’ai mis à mon vaisseau de grandes voiles ». Et ce navire est fait de langage, comme le dit l’élégie 3, 9 des Tristes, citée plus haut, qui donne l’étymologie de Tomis, ce nom grec parmi les noms barbares (« Il y a donc ici aussi – qui le croirait ? – des villes grecques parmi des noms barbares qui n’ont rien d’humain », vers 1-2). C’est lui qui a fait naufrage (2, 469-470 : « Je ne craignais pas, je l’avoue, là où voguaient tant de barques, de voir la mienne seule faire naufrage quand toutes étaient sauves. ») ; c’est lui qu’Ovide craint de voir se dégrader à force d’être maintenu hors de l’eau (Tristes, 5, 12, 27-28 : « Elle ramollit, pourrit et se fend, la barque longtemps hors de l’eau, son élément. ») ; c’est lui qui porte encore malgré tout des argumentations pleines de l’espoir de recevoir de l’aide (5, 14, 44 : « je déploie mes voiles, bien que le navire avance à la rame. » ; Pontiques, 1, 6, 33-34 : « C’est elle [Spes, l’Espérance] qui fait que le naufragé, sans voir aucune terre alentour, nage au milieu des flots. ») ; et c’est lui qui, surtout, ose retourner en mer quand la passion de l’écriture prend chez le poète-narrateur le dessus sur le souvenir du mal qu’elle lui a fait (5, 7, 35-36 : « ainsi le navire grec naguère endommagé par les flots de l’Eubée ose affronter les eaux de Capharée ? » ; Pontiques, 1, 5, 39-42 : « Le naufragé déclare qu’il n’aura plus rien de commun avec les flots de la mer, et il manie bientôt les rames sur l’onde où il vient de nager. » ; 4, 14, 21-22 : « Me tourné-je de nouveau vers les écueils de jadis et vers les eaux dans lesquelles un naufrage brisa ma poupe ? »).

24Le voyage de Céyx au livre 11 des Métamorphoses a été, pour Ovide, prophétique jusqu’au bout, jusqu’à l’éternité des époux devenus alcyons, parce que les tabulae du naufrage qu’était pour lui la relegatio ont été métamorphosées par lui en tabellae sur lesquelles écrire – et, dans le Contre Ibis, en une tabella defixionis, une tablette de défixion vouée à exprimer contre un ennemi aussi fictif que réel la rage d’être relégué. Par cette transformation dont la nature et les voies ont été d’ordre mémoriel, le livre a pleinement accompli, selon le souhait formulé dans la toute première élégie des Tristes, le voyage désormais interdit à son auteur. S’il a pu l’accomplir, c’est parce qu’il est la part la plus personnelle de lui, « <s>es propres entrailles » (uiscera nostra), comme il appelle les Métamorphoses au vers 20 de l’élégie 1, 7 des Tristes après les avoir qualifiées au vers 11 de maior imago (« plus grand portrait ») de lui. Mais, justement parce qu’il est nourri de toute l’identité d’un homme, c’est-à-dire de toute sa mémoire, c’est un voyage qui va bien au-delà de Rome, comme le disent – encore avec une image marine – les vers 23-24 de l’élégie 4 des Tristes : « Je serai entendu au-delà des terres, au-delà des mers profondes, et le ton de mes plaintes ira croissant. »

Notes

1 Traduction personnelle du v. 17 (cumque ego quassa meae complectar membra carinae) du Contre Ibis d’Ovide, texte établi et traduit par Jacques André, Paris, Les Belles Lettres, coll. « CUF », 2003 (1963). Dans cet article seront utilisées, pour le Contre Ibis, cette traduction inédite en vers libres et sans ponctuation, à paraître aux éditions William Blake and Co., et pour les autres œuvres d’Ovide les traductions de la « CUF ». Les textes seront cités majoritairement en français, le latin n’étant convoqué que lorsque l’analyse le requiert.

2 L’expression est de Gilles Tronchet, La Métamorphose à l’œuvre. Recherches sur la poétique d’Ovide dans les Métamorphoses, Louvain-Paris, Peeters, coll. « Bibliothèque d’Études Classiques », 1998, p. 36 ; par commodité, elle sera employée sans guillemets dans la suite de cet article.

3 Pour rappel, la critique s’accorde globalement pour situer l’écriture des Tristes entre 8 et 12 après J.-C., celle du Contre Ibis entre 10 et 12 et celle des Pontiques entre 13 et 16.

4 Cf. notamment Jo-Marie Claassen, Displaced Persons. The Literature of Exile from Cicero to Boethius, Londres, Duckworth, 1999.

5 Sur les Tristes, le Contre Ibis et les Pontiques, la bibliographie est monumentale et aborde de manière quasiment permanente, ensemble ou séparément, les questions du voyage et de la mémoire. Pour ne pas alourdir cet article, je me bornerai à citer ici, parmi les plus stimulants, les travaux, dans leur ensemble, de Jo-Marie Claassen, Rita Degl’Innocenti Pierini et Aldo Luisi, ainsi que Gareth D. Williams, « Ovid’s Exilic Poetry : Worlds Apart », dans Brill’s Companion to Ovid, Barbara Weiden Boyd (dir.), Leyde-Boston-Cologne, Brill, 2002, p. 337-381 et « Ovid’s exile poetry : Tristia, Epistulae ex Ponto and Ibis », dans The Cambridge Companion to Ovid, Philip R. Hardie (dir.), Cambridge-New York, Cambridge University Press, 2002, p. 233-245, et Sergio Casali, « Quaerenti plura legendum : on the Necessity of “Reading More” in Ovid’s Exile Poetry », Ramus, 26 (1), 1997, p. 80-112, p. 103.

6 Cf. Andrea Cucchiarelli, « La nave e l’esilio (allegorie dell’ultimo Ovidio) », Materiali e discussioni per l’analisi des testi classici, 38, 1997, p. 215-224, et Eleonora Tola, « La metáfora de la nave en Tristia y Epistulae ex Ponto o la identidad fluctuante en la escritura ovidiana del exilio », Cuadernos de Filologia Clásica. Estudios Latinos, 21, 2001, p. 45-55.

7 Je me borne à citer ici, parce que sa relecture m’a été utile pour la réflexion préalable à l’écriture de cet article, celui de Rita Degl’Innocenti Pierini « Diuersa per aequora. Il viaggo dell’esule », dans Multa per aequora, Silvana Rocca (dir.), Gênes, Compagnia dei Librai, 2004, p. 111-128.

8 Sur la mémoire et son écriture dans la latinité, cf. Hélène Casanova-Robin et Perrine Galand (dir.), Écritures latines de la mémoire de l’Antiquité au xvie siècle, Paris, Classiques Garnier, coll. « Rencontres. Lectures de la Renaissance latine », 2010.

9 Tr., 1, 1-2, texte établi et traduit par Jacques André, Paris, Les Belles Lettres, coll. « CUF », 2008 (1968).

10 Sur ce motif du livre, ou de la lettre, qui prend la mer à la place du poète-narrateur, cf. aussi Tr., 3, 1 et 14 ; 5, 4 (notamment 1-2, où la lettre évoque son propre épuisement) ; Pont., 1, 1 et 4, 5 (notamment 1-8), ainsi que 4, 11, 15-16, où Ovide évoque le temps mis par les lettres à parvenir à leur destinataire.

11 « La route est longue, hâte-toi ! Pour moi, je vais habiter, aux confins de l’univers, une terre éloignée de ma terre. » (Ibid., 127-128).

12 Cf. aussi Pont., 4, 51-55 : « Si on m’avait dit : “Tu iras sur les rives de l’Euxin, et tu redouteras les atteintes d’un arc gète”, j’aurais répondu : “Va, bois les sucs qui purgent l’entendement et tout ce que produit Anticyre entière”. C’est pourtant ce que j’ai enduré », texte établi et traduit par Jacques André, Paris, Les Belles Lettres, coll. « CUF », 2002 (1977).

13 Ibid., 2, 103-108 ; cf. aussi 3, 5, 49-50 et 6, 27-28.

14 Respectivement : ibid., 1, 1, 79-80, 3, 4, 29-30 et 4, 3, 65-66 (Phaéthon) ; ibid., 5, 1, 57-58 et Pont., 1, 2, 29-30 et 34 (Niobé) ; Tr., I, 3, 73-74 (Marsyas) ; ibid., I, 1, 19 et 3, 89 (Myrrha).

15 Mét., 11, 410-748. Cf. Elaine Fantham, « Ovid’s Ceyx and Alcyone : The Metamorphosis of a Myth », Phoenix, 33 (4), 1979, p. 330-345 ; Alan H. F. Griffin, « The Ceyx Legend in Ovid, Metamorphoses, Book XI », CQ, N. S., 31 (1), 1981, p. 147-154.

16 Cf. aussi Tr., 4, 10, 106-108 ; 5, 2b, 17-18 ; 5, 3, 12 ; Pont., 2, 7, 29-30 et 57-60.

17 Ibid., 11, 537-569.

18 Tr., 1, 2, 13-50.

19 Hér., 18, 81-82 : « Les alcyons seuls, fidèles à l’amour de Céyx, me semblèrent pleurer doucement je ne sais quoi. », texte établi par Henri Bornecque et traduit par Marcel Prévost, édition revue, corrigée et augmentée par Danielle Porte (1991), Paris, Les Belles Lettres, coll. « CUF », 2005 (1928).

20 Ibid., 1, 1, 58.

21 Cf. Tr., 1, 5, 35-36 ; 4, 4, 87-88 ; 5, 29-32 (où le poète-narrateur dit accepter même l’idée de mourir par la mer pour être ailleurs qu’à Tomes) ; Ib., 27-28 ; Pont., 4, 14, 9-10.

22 Tr., 3, 8, 1-16.

23 « Je suis, moi, le jouet de la mer » (Tr., 1, 1, 42).

24 Ibid., 1, 10, 1-14.

25 Pont., 1, 1, 67-74.

26 Tr., 2, 103-108 : « Pourquoi ai-je vu ? Pourquoi ai-je rendu mes yeux coupables ? Pourquoi n’ai-je compris ma faute qu’après mon imprudence ? Ce fut par mégarde qu’Actéon aperçut Diane sans vêtements : il n’en fut pas moins la proie de ses propres chiens. C’est qu’à l’égard des dieux il faut expier même le hasard, et la divinité ne pardonne pas même une offense fortuite. »

27 Ibid., 4, 4, 55-58 ; 5, 2, 29 ; 5, 10, 13-14 ; 5, 13, 21 ; Pont., 1, 3, 53-54 ; 2, 7, 8 ; 3, 1, 15-16 ; 4, 9, 1-2 ; 4, 31-64.

28 Tr., 2, 195-198 ; il est utile de parcourir les v. 179-206 pour prendre la pleine mesure de l’articulation soulignée ici.

29 Sur cette image, cf. Grazia Maria Masselli, Il Rancore dell’esule. Ovidio, l’Ibis e i modi di un’invettiva, Bari, Edipuglia, coll. « Scrinia », 2002, p. 87, n. 147, et C. Battistella, « Momenti intertestuali nell’Ibis », Studi Italiani di Filologia Classica, 8 (12), 2010, p. 179-202, p. 194-199.

30 Jacques André traduit « pendant un voyage tourmenté ».

31 Cf. aussi Tr., 4, 1, 49-52, où ce sont les Muses elles-mêmes qui ont pris le bateau : « J’ai donc le droit de vénérer ces déesses qui soulagent mes maux, compagnes de mon exil, venues inquiètes de l’Hélicon, qui sur mer ou sur terre ont daigné suivre mes traces en navire ou à pied. »

32 Cf. Rita Degl’Innocenti Pierini, « Cicerone a Tomi ? : rileggendo Ovidio Trist. 3.9 », Prometheus, N. S., 3, 2014, p. 215-223.


Pour citer ce document

Hélène VIAL, «« Je tiens dans mes bras les morceaux brisés de mon navire1 ». La mémoire naufragée dans les œuvres ovidiennes de la relegatio», Viatica [En ligne], n°HS4, mis à jour le : 04/05/2021, URL : https://revues-msh.uca.fr:443/viatica/index.php?id=2025.

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Quelques mots à propos de :  Hélène VIAL

CELIS, EA 4280, Université Clermont Auvergne