Progression géographique et régression mémorielle dans le De reditu de Rutilius Namatianus
Geographic Progression and Memory Regression in Rutilius Namatianus’ De reditu

Joëlle SOLER

Résumé : Le récit de voyage est intimement lié à la mémoire, dans l’Antiquité, ainsi que le montre l’exemple du De reditu de Rutilius Namatianus. La structure de l’iter, empruntée à la littérature géographique, s’intègre dans une pratique savante, liée aux arts de mémoire, qui permet des repérages sur une carte mentale balisée par des souvenirs littéraires ou historiques communs. Le parcours réel de Rutilius se double ainsi d’un parcours textuel et mémoriel qui le ramène à Rome, et même, sur les traces d’Énée, aux origines de la Ville. Entre progression spatiale et régression temporelle, le poème déploie ainsi un espace paradoxal.

Abstract: The travelogue is intimately linked to memory in Antiquity, as shown in the example of Rutilius Namatianus’ De reditu suo. The structure of the iter, borrowed from geographic literature, is part of a scholarly practice, linked to the arts of memory, which allows location on a mental map marked out by common literary or historical memories. Rutilius’ real journey is thus coupled with a textual and memorial journey which brings him back to Rome, and even, in the footsteps of Aeneas, to the origins of the City. Between spatial progression and temporal regression, the poem thus deploys a paradoxical space.



1Rutilius Namatianus, poète et haut fonctionnaire de l’Antiquité tardive, qui fut préfet de Rome en 4141, nous a laissé le poème de voyage le plus important de la latinité, même si la fin du texte est lacunaire2 : il y décrit en distiques élégiaques, jour après jour et étape par étape, le parcours qui le ramène de Rome dans sa patrie, la Gaule, le long des côtes italiennes3. Rutilius participe sans doute à l’effort de restauration de l’ordre en Gaule, à une époque où il faut superviser l’installation des Wisigoths en Aquitaine4, ce qui l’oblige à quitter la Ville, si chère à son cœur qu’il lui consacre, à son départ, une longue prière élogieuse, (1, 47-164). Il lui semble difficile de dénouer les liens qui l’unissent à elle ; aussi, au fil de son iter, multiplie-t-il les digressions historiques et les allusions littéraires qui le ramènent à elle en pensée. Son parcours réel se double ainsi d’un parcours mémoriel dans le glorieux passé romain, susceptible de lui faire oublier les vicissitudes présentes ainsi que les menaces qui pèsent sur son avenir. Entre progression spatiale et régression temporelle, le poème déploie un espace paradoxal, qu’il est intéressant de parcourir à son tour.

2Il convient d’abord de rappeler le rapport intrinsèque qui existe, dans l’Antiquité, entre l’écriture du voyage et la mémoire culturelle et savante. Rutilius développe, pour en faire la trame unifiante de tout son poème, le motif de l’iter, description détaillée d’un parcours, qui cherche à placer sous les yeux du lecteur non pas précisément chaque lieu, mais l’itinéraire qui les unit, sur une sorte de carte mentale partagée par l’auteur et son public, carte balisée par des références communes. Héritage de la poésie alexandrine, ces parcours de dieux ou de héros sont adaptés à Rome par Ovide et Virgile5. Certaines pièces satiriques de Lucilius, sur sa tournée en Sicile, et d’Horace, sur son célèbre voyage à Brindes, comme l’élégie des Tristes d’Ovide retraçant son voyage d’exil, constituent des exemples d’appropriations originales de ce « petit genre6 ».

3L’itinéraire, ou le périple, la liste poétique de toponymes accompagnés d’épithètes évocatrices, ou remplacés par des périphrases érudites, constitue la clef de voûte de ces textes. L’effet est surprenant : les poèmes ne remplissent pas le programme des récits de voyage modernes. Non seulement, ils ne fournissent pas de description très précise des lieux, et ne cherchent pas à rendre compte d’une découverte de l’espace, fonction dévolue à la géographie, mais ils ne dévoilent rien sur l’intériorité de l’individu, sur les effets que produit sur lui son voyage7. L’écriture romaine antique du voyage poursuit d’autres fins : elle s’attache à représenter un parcours, une ligne géographique qu’elle veut rendre visible dans l’esprit des lecteurs, en sollicitant très fortement leur docte mémoire.

4Tableau complet d’un trajet, l’iter terrestre ou le périple maritime, dans ces œuvres poétiques, utilise pour s’imposer aux regards de l’esprit les techniques rhétoriques de l’enargeia, de l’évidence8. Chaque toponyme est signalé et caractérisé, même brièvement, perdant ainsi un peu de son opacité. Une vignette lui est souvent associée. Grâce à une image « évidente », le lecteur se représentera plus facilement le lieu. Ce n’est pas l’originalité qui prime, dans l’élaboration de cette vignette, mais le fait qu’elle corresponde à une image déjà connue du public, qu’elle fasse appel à une mémoire commune, mythologique, littéraire ou religieuse. Ainsi, Ovide, dépeignant le périple du navire l’emportant en exil vers le Pont-Euxin, dans l’élégie 1, 10 des Tristes, ne manque pas de joindre aux noms de lieux un peu abstraits la mention d’un dieu fondateur ou protecteur d’une cité, ou une scénette mythologique9, comme si la représentation imaginaire de ce dieu, pourvu de ses attributs traditionnels, pouvait rendre un peu de sa substance au lieu évoqué10.

5Ces procédés permettant d’actualiser les lieux dans l’espace du poème, et de les placer pour ainsi dire sous les yeux des lecteurs, qui voient ainsi en imagination le parcours du voyageur se dessiner peu à peu, seraient moins efficaces s’ils ne prenaient appui sur une technique répandue dans l’Antiquité, et enseignée à l’école du rhéteur : l’art de la mémoire11. Pour retenir un texte ou un discours, les orateurs préconisent de relier chaque argument ou, dans une narration, chaque élément de l’action, à une image concrète, si possible dotée d’un fort pouvoir de suggestion. Les anciens lettrés étaient donc habitués, pour mieux graver dans leur mémoire un mot ou une idée, à l’associer à une image dont ils étaient familiers, ou qui frappait leur imagination, et qui, bien sûr, présentait une analogie avec l’idée ou le mot en question. Ainsi, dans le plus vieux traité de rhétorique latin qui nous soit parvenu, l’Ad Herennium, le maître d’éloquence conseille de créer « des images actives » (imagines agentes), peu banales, qui suscitent assez d’émotion pour pouvoir être retenues pendant longtemps, et qui « ressemblent » à l’idée qu’elles remplacent12.

6Les ruses de l’artificium memoriae jouent un autre rôle dans les poèmes de voyage, et contribuent à faire voir plus nettement les trajets décrits. En effet, les rhéteurs enseignent, pour mémoriser textes ou discours, à placer les images, que l’on a substituées aux mots ou aux idées, dans des lieux que l’on se représente mentalement. Ces lieux doivent être liés entre eux par un ordre naturel sur lequel on adaptera l’ordre de succession et d’enchaînement des mots ou des idées du texte à mémoriser. Il vaut mieux utiliser à cet effet des lieux familiers : les différentes pièces d’une maison ou d’un bâtiment public. On parcourra ensuite mentalement ces divers emplacements, pour chercher les images qui s’y trouvent, et l’on se souviendra automatiquement du discours qui s’y cache.

7Ce procédé mnémotechnique devait habituer les lecteurs antiques à se représenter les textes selon une configuration spatiale, et à concevoir la lecture, préalable à la mémorisation, comme un cheminement. Les auteurs de poèmes de voyage jouent sans doute sur cette compétence du public. Ils lui présentent de nouveaux parcours possibles, au sein des vastes palais de sa mémoire13. Il est d’ailleurs intéressant que Quintilien propose, comme système de loci, plutôt qu’une maison ou un bâtiment, un « long voyage » (longum iter)14. Comme le note E. W. Leach15, l’organisation des loci dans les arts de mémoire est liée aux périples et aux catalogues géographiques, développés à Rome par Pomponius Méla ou Pline l’Ancien, et dont on trouve une trace dans le chant III de l’Énéide, où Virgile dépeint les navigations de son héros.

8Cette littérature géographique connaît un regain d’intérêt, semble-t-il, dans l’Antiquité tardive. Ainsi, vers 370, Aviénus16 transpose-t-il en vers latins la Description de la terre habitée de Denys d’Alexandrie, un poème périégétique grec datant de l’époque d’Hadrien. Cette description globale de l’oikoumène, sorte de « carte écrite », leçon qui enseigne une géographie ordonnée par un savoir culturel partagé, se présente comme un survol mental de la terre et des mers, accompli par le seul pouvoir des Muses : grâce à une écriture inspirée, le géographe parvient à parcourir le monde entier, en imagination, et à ancrer ce parcours dans l’esprit de ses auditeurs, recourant sans doute aux lieux qui habitent déjà leur mémoire17. Cette entreprise substitue très explicitement le voyage textuel, intelligible et mémorisable, au voyage réel18, comme on peut l’observer aussi chez Rutilius Namatianus, proche, à bien des égards, d’Aviénus, le traducteur de la périégèse19.

9Rutilius lui aussi, bien que son voyage en Gaule ait réellement eu lieu, s’écarte de ce référent pour construire un parcours textuel, qui croise d’autres parcours bien ancrés dans la mémoire de tous, ceux d’Ulysse ou d’Ovide20, mais surtout celui d’Énée. Marchant sur les traces d’Énée, le voyageur retourne mentalement vers Rome, même s’il se rapproche de plus en plus de la Gaule. Ainsi, dès l’hymne à Rome, Rutilius fait référence aux paroles inaugurales et prophétiques de Jupiter, qui, dans l’Énéide, annonçait à Vénus qu’il n’y aurait pas de borne dans l’espace ou le temps à l’empire de Rome : Quae restant nullis obnoxia tempora metis, « les siècles qu’il te reste à vivre ne sont soumis à aucune limite » (1, 137). Ce vers du De reditu reprend la prédiction de Jupiter : His ego nec metas rerum nec tempora pono ; / imperium sine fine dedi, « À ceux-là ni bornes dans l’espace ni durée définie je ne fixe : je leur ai donné un empire sans fin » (Én., 1, 278-79). L’emploi du mot meta signale l’emprunt. À une époque où païens et chrétiens se déchirent pour savoir lequel des deux groupes est responsable de la prise de Rome par les barbares, l’éternité de la Ville est ici fortement réaffirmée21. Il n’y a en fait aucun risque que Rome s’écroule, puisque le principe de sa croissance est de renaître toujours de ses cendres22. Ce destin a été arrêté pour elle par la providence divine. Dès lors, il faut se soumettre à cette temporalité cyclique, à cet éternel retour de la puissance romaine, et accomplir de nouveau, par la mémoire, l’acte fondateur de la Ville. Rutilius, en écrivant son voyage, retrace le chemin qui mène aux origines de Rome. La poursuite d’Énée le conduit à cette époque primordiale. Son texte est donc le lieu où se réalise une sorte de renaissance de Rome, point de départ d’un nouveau développement de la Ville, une renouatio fondée sur la mémoire.

10Un peu plus loin, le voyageur évoque à nouveau le souvenir d’Énée, lorsqu’il arrive à l’endroit où le Tibre se divise en deux : « On évite le bras gauche, dont les sables interdisent l’accès : / il ne lui reste que la gloire d’avoir accueilli Énée23. » Le texte fait surgir le temps mythique des origines, et le juxtapose avec une réalité matérielle moins satisfaisante, l’état relativement dégradé du fleuve. Cette réalité, présentée dans l’hexamètre, est comme effacée, ou compensée, dans le pentamètre, par la gloria véhiculée par la légende d’Énée, qui, elle seule, « demeure », insensible aux contingences et à l’usure du temps. La référence virgilienne se substitue à la description de l’état actuel du lieu. Le lieu littéraire et mythique prend la place du lieu réel, suivant un procédé constant chez Rutilius. Ainsi, les vicissitudes du présent sont abolies par la mémoire, qui sait faire revivre la grandeur des moindres lieux. Le texte retourne donc aux origines, pour ressusciter la puissance de Rome.

11Après le départ du voyageur, d’autres lieux de mémoire24 s’enchaînent, toujours liés à la geste d’Énée et de ses compagnons. De fait, les lieux de la côte ligure, cités par Rutilius, se trouvent aussi dans le catalogue des alliés étrusques de l’Énéide (10, 168-184)25. Le poète tardif les agence autrement, puisque sa liste est un itinéraire qui suit l’ordre de sa progression géographique ; mais il en conserve la patine archaïque et se sert du pouvoir évocateur de ces noms. D’abord apparaît Pyrgi, Pyrgi ueteres chez Virgile, dont Rutilius rappelle qu’« autrefois, ce fut une petite ville » (De red., 1, 224 : oppida parua prius). Puis Céré (Én., 10, 183 ; De red., 1, 225), les « guérets du Munio » (Én., ibid. ; De red., 1, 279), la « malsaine Grauiscae » (Én., 10, 184 : intempestae Grauiscae ; De red., 1, 281, où il est aussi fait mention de l’insalubrité du climat), Cosa (Én., 10, 168 ; De red., 1, 286), Ilva, « riche de ses inépuisables mines des Chalybes » (Én., 10, 173 : insula inexhaustis Chalybum generosa metallis), qui est dite, dans le De reditu, « célèbre par les mines des Chalybes » (1, 351 : Chalybum memorabilis Ilua metallis)26, Populonia (Én., 10, 172 ; De red., 1, 401), et, enfin, Pise, « alphéenne d’origine » (Én., 10, 179 : Alpheae ab origine Pisae ; De red., 1, 571 : Alpheae ueterem contemplor originis urbem). Les toponymes sont donc souvent chargés d’une réminiscence virgilienne. La liste itinéraire de Rutilius est porteuse de sens dans la mention même des noms de lieux. Elle déroule une sorte de géographie historique, qui dispose, dans l’espace dessiné par l’itinéraire singulier, des éléments du passé légendaire de Rome27. L’itinéraire, tel qu’il est présenté, rapproche aussi le voyageur d’Énée : son voyage rassemble les composantes étrusques qui ont fait la force de Rome, en s’alliant au héros fondateur28. Le parcours individuel de Rutilius ranime donc l’entreprise originaire, comme si le poète du ve siècle voulait se pénétrer de la certitude qu’il participe, par ce retour aux sources, à un mouvement de restauration de Rome.

12Même les lieux qui n’appartiennent pas au catalogue virgilien des alliés étrusques sont marqués d’une référence à l’Énéide. Ainsi, Castrum Novum, localité à moitié en ruines, est identifié par Rutilius avec Castrum Inui, et l’on a parfois cru qu’il faisait là une confusion et commettait une erreur topographique29. Or, il n’en est rien. Le poète fait ici une allusion savante à l’ancien nom de cette bourgade, peut-être mentionné par Virgile (Én., 6, 775), suivant une tradition de commentaires dont témoigne Servius30. Il est intéressant de comparer le reste du passage concernant ce Castrum Inui chez Rutilius et Virgile. Dans le chant VI de l’Énéide, Anchise, interrogé par Énée lors de sa descente aux Enfers, lui montre les hommes qui feront la grandeur de sa race. Il cite les noms des villes qu’ils fonderont, dont Castrum Inui, et ajoute : « ce seront alors noms illustres, ce sont maintenant terres sans nom » (776 : Haec tum nomina erunt, nunc sunt sine nomine terrae). Or Rutilius fait une remarque du même genre à propos de ce lieu presque détruit, disant qu’avec le temps, l’ancien nom a disparu (De red., 1, 231). Il semble que le lieu soit redevenu un désert sans nom, comme du temps d’Énée. Le texte ramène le lecteur et le voyageur à cette époque des origines, annonciatrice d’une régénérescence, dont le dieu Inuus, qui « renouvelle les générations mortelles » (235), est peut-être le symbole31.

13De même, la description du port de Centumcellae fait penser à un autre passage de l’Énéide, au moment où les Énéades épuisés abordent aux côtes de la Libye :

Au creux d’une baie profonde, il est un lieu : une île y fait un port en déployant au-devant ses côtes où se brise toute la houle du large, rejetée de part et d’autre vers des criques retirées. À droite, à gauche, des falaises gigantesques, deux cimes menacent le ciel ; sous leur élévation, bien loin, les eaux abritées se taisent32.

Le passage inspire sans doute Rutilius dans sa description du port de Centumcellae : « Et une île artificielle protège d’étroits accès. / Elle dresse ses tours jumelles et ouvre ses deux flancs / aux couloirs resserrés d’un passage double33. »

14On retrouve en effet l’île protectrice, qui permet d’abriter les navires, contre la houle qui se brise des deux côtés. Et les geminae turres de Rutilius sont peut-être un écho des gemini scopuli de Virgile. La précision assez technique de la description du port, qui relève du genre du périple, se double d’un travail minutieux de récriture littéraire, qui superpose sans cesse au parcours de Rutilius celui d’Énée. Ainsi, à Cosa, le voyageur se souvient que Lépidus, après s’être opposé à Scylla et avoir marché contre Rome, fut chassé en ce lieu par les troupes de Catulus et de Pompée. Ce premier rappel est prétexte à une assez longue évocation des méfaits de cette lignée des Lépides, si funeste à Rome. Et la digression historique se clôt sur une référence à l’Énéide : « Quoi qu’il en soit (Quicquid id est), c’est, dans les Annales du Latium, une étrange série de coïncidences / qui ramène si souvent l’attentat armé des Lépides34. » Le début du vers 311 fait songer à un autre vers de l’Énéide, au moment où Laocoon tente de dissuader les Troyens de faire entrer le cheval de bois dans la ville : « Quoi qu’il en soit (Quicquid id est), je crains les Danaens même quand ils portent des offrandes35 » (2, 49). Les ennemis de Rome, traîtres sévissant depuis l’intérieur de la Ville, sont discrètement comparés aux ennemis d’Énée, aux hommes armés cachés à l’intérieur du cheval. La comparaison semble filée par le poème, qui met en parallèle les Romains menacés et les Troyens en fuite. Ainsi, lorsque le voyageur croise au large d’Igilium (l’île de Giglio), il fait son éloge, rappelant son rôle lors du sac de Rome par Alaric, en 410. Les Romains avaient en effet trouvé refuge dans l’île : « C’est elle qui accueillit de nombreux citoyens chassés de la ville mise à sac ; / c’est ici que las, ils cessèrent d’avoir peur et furent assurés de leur salut36. » Ces vers font indéniablement penser au sort des Troyens qui fuient leur cité, s’embarquent, et, épuisés, trouvent parfois une île ou un port accueillants où se reposer37. Les écrivains romains de cette époque, païens ou chrétiens, ont souvent utilisé l’image de la chute de Troie pour décrire la prise de Rome en 41038. Mais ici, la comparaison a encore plus de sens, dans la mesure où elle s’insère dans un plus vaste projet de rapprochement entre le parcours de Rutilius et celui d’Énée. Si l’on déchiffre cette entreprise de récriture de l’Énéide, il apparaît que Rome a été prise, comme Troie avant elle, mais qu’elle va renaître, tout comme Troie, grâce à une fondation, pareille à celle d’Énée, à ceci près qu’il s’agit d’une re-fondation symbolique, d’ordre culturel. Le voyage de Rutilius à travers les textes, comparable à celui d’Énée à travers la Méditerranée, reprend le modèle héroïque, accomplit une fondation, ravivant certains écrits et certains épisodes historiques qui ont fait la grandeur de Rome. Au cours de son poème, le voyageur pourfend des ennemis de Rome qui sont tapis dans l’ombre, à l’intérieur même de l’empire, comme les Achéens à l’intérieur du cheval de Troie. Le traître Stilicon en est l’exemple parfait, lui qui « cacha un ennemi en armes dans les entrailles mises à nues » de Rome (2, 47 : Visceribus nudis armatum condidit hostem), et qui fait l’objet d’une violente invective.

15Le travail de récriture de Rutilius représente également en termes virgiliens la navigation, et ses incidents. Ainsi, le début du périple de Rutilius correspond au début du long voyage d’Énée : Progredimur (De red., 1, 219) et Alsia praelegitur tellus Pyrgique recedunt (223) répondent au prouehimur portu terraeque urbesque recedunt de l’Énéide (3, 72). De même, la tempête que le poète gaulois subit à la fin du livre I, les mouvements du sable agité par les flots, sont décrits en des termes qui rappellent la navigation d’Énée près de Charybde39. Enfin, une péripétie du voyage des Énéades est rappelée lorsque le poète fustige les « Harpies » du Trésor, qui pillent les caisses de l’État (1, 609-611)40. Là encore le voyageur tardif revêt le masque d’Énée, pour lutter en paroles contre des ennemis de Rome. L’identification est encore plus nette lorsqu’il contemple, à Pise, la statue de son père Lachanius : « Ici s’offre à mes yeux l’image de mon vénérable père » (De red., 1, 575 : Illic oblata mihi sancti genitoris imago). Le lecteur pense à la vision d’Énée au milieu de Troie en flammes : « l’image de mon père bien-aimé monta devant moi » (Én., 2, 560 : subiit cari genitoris imago). Par sa pietas et l’amour qu’il porte à son père, dont il contemple l’image, Rutilius se montre semblable au fils d’Anchise. Son parcours fait surgir assez brusquement devant ses yeux aussi le souvenir de son père.

16Ce voyage mémoriel vers Rome est également visible dans ce que la critique a coutume de considérer comme des digressions, ces parenthèses parfois assez longues, que Rutilius ouvre après avoir décrit rapidement un lieu, ou après avoir simplement cité le toponyme. M. Squillante41 a bien souligné l’importance de la mémoire du passé dans le De reditu. Nous souhaiterions simplement ajouter que cette « mémoire collective », grâce à la structure de l’iter, s’ancre particulièrement dans les lieux, et a pour objet central Rome. Au cours du voyage, les lieux sont autant d’occasions de se souvenir de Rome : ces souvenirs ne sont pas seulement évoqués, comme dans le genre du périple poétique, de manière allusive, mais ils sont souvent l’objet de ce qui peut apparaître comme des digressions, mais que je tends à prendre, à la suite de M. Roberts42, pour une source essentielle de l’intelligibilité du poème pris dans son ensemble43, son véritable fil directeur : ces digressions expriment la foi du poète en une Rome présente en tout lieu et que tout lieu rappelle.

17S’ouvrant sur un long éloge de la ville, le poème continue d’être dominé par la présence de l’Vrbs, comme si un mouvement persistant ramenait en pensée le poète à Rome : visitant des thermes, il lit sur un écriteau des vers de Messala ; la généalogie de l’auteur le conduit aux origines de la Ville (1, 271-272). Un peu plus loin, près de Portus Herculis, il évoque la fuite du premier des Lépides, et les méfaits, pour Rome, de sa funeste lignée (1, 295-312). Ou bien encore, le voici rappelant le rôle historique d’une île, Igilium, où se réfugièrent de nombreux Romains, lors du sac de 410 (1, 325-336). S’emportant contre un aubergiste juif, il déplore la conquête de la Judée par Pompée et Titus (1, 396). En chaque ami qu’il rencontre, il voit la manifestation des grandes charges politiques romaines. Enfin, au début du livre II, au moment de quitter l’Italie, Rutilius se retourne et, comme par magie, l’Italie lui apparaît. Il la compare à un organe vital, protégé par un réseau montagneux, mais livré à l’ennemi par un traître parricide, Stilicon. Le passage fait penser au moment où Hannibal, selon Tite-Live, montre à ses troupes, du haut des Alpes, l’Italie qu’il leur reste à conquérir44. L’histoire romaine, qui fonctionne ici comme un écrit fondateur, est lue dans le paysage, et prend même la place de la description. Si l’on peut parler de « retour » à propos de cette œuvre, il faut préciser que la destination géographique, le pays natal, importe moins que la finalité symbolique, que le pèlerinage aux sources de la romanité.

18Le récit de voyage est donc intimement lié à la mémoire, dans l’Antiquité, ainsi que le montre l’exemple du De reditu. La structure de l’iter, empruntée à la littérature géographique, s’intègre dans une pratique savante qui permet des repérages sur une carte mentale balisée par des souvenirs littéraires ou historiques communs. Le parcours réel de Rutilius se double ainsi d’un parcours textuel et mémoriel qui le ramène à Rome, et même, sur les traces d’Énée, aux origines de la Ville, qui va, il n’en doute pas, renaître de ses cendres. Il ne faut pas oublier Rome, prévient-il le lecteur au vers 52 : « personne ne peut être sauf et perdre ton souvenir » (sospes nemo potest immemor esse tui). Le dernier vers de la prière à Rome fait écho à ce thème de la mémoire : le poète s’estimerait bienheureux si Rome daignait se souvenir de lui (vers 164 : semper digneris si meminisse mei). Le rappel des traditions romaines est ce qui fait peut-être barrage à l’oubli chrétien, un oubli lourdement disqualifié (1, 53 : scelerata obliuia). Cette mémoire, réactivée par l’iter de Rutilius, soude les membres de son cercle, un cercle de sénateurs lettrés viscéralement attachés au passé, sur lequel le poème lui-même nous donne des indices, et pour lesquels la lecture, l’écriture de lettres ou de poèmes sophistiqués, le commentaire des grands auteurs, permettent de faire revivre une gloire dont ils sont nostalgiques45.

Notes

1 André Chastagnol, Les Fastes de la préfecture de Rome au Bas-Empire, Paris, Nouvelles éditions latines, 1962, p. 272.

2 Le texte, sinon le voyage, peut maintenant être daté de l’année 417, grâce à la mention du second consulat de Flavius Constance dans l’un des fragments découverts il y a une trentaine d’années. Cf. Mirella Ferrari, « Spigolature bobbiesi II. Frammenti ignoti di Rutilio Namaziano », Italia medioevale e umanistica 16, 1973, p. 13 et p. 15-30. Le voyage a pu avoir lieu en 415 (Francesco Della Corte, « Rutilio Namaziano ad Albingaunum », Romanobarbarica, 5, 1980, p. 97).

3 On utilisera ici l’édition et la traduction française d’Étienne Wolff ((éd. et trad.), Rutilius Namatianus, Sur son retour, Paris, Les Belles Lettres, coll. « CUF », 2007), qui prend en compte les nouveaux fragments. Voir aussi l’édition et le commentaire d’Ernst Doblhofer, De reditu suo sive Iter Gallicum, vol. 1, édition, introduction et notes, vol. 2, commentaire, Heidelberg, Carl Winter Universitätsverlag, 1972 et 1977.

4 Alessandro Fo (Éd.), Rutilio Namaziano, Il Ritorno, Turin, Einaudi, 1992, p. 64.

5 Ovide, F., 4, 461-478 ; Mét., 7, 350 et suiv. ; Virgile, Én., 3, 124-127 ; 270-275 ; 289-293 ; 548-560 ; 687-708.

6 Joëlle Soler, Écritures du voyage. Héritages et inventions dans la littérature latine tardive, Paris, Institut d’Études augustiniennes, coll. « Collection des Études augustiniennes », 2005, p. 93-118. Au sein du présent dossier, on trouvera des remarques sur l’Iter Siculum de Lucilius dans l’introduction de Fabrice Galtier et l’article de Bénédicte Delignon ; sur la satire d’Horace et l’élégie d’Ovide, lire les études respectives de Bénédicte Delignon et d’Hélène Vial.

7 Sur les déceptions de cette première lecture, ibid., p. 20-22.

8 Voir par exemple Cicéron, Lucullus, 17 ; Quintilien, 8, 3, 61 et 62 : L’enargeia est le propre d’un discours qui ne se contente pas de s’adresser aux oreilles, mais qui « met en relief » (exprimere) les faits et les « rend sensibles au regard de l’intelligence » (oculis mentis ostendere). Sur l’histoire de cette notion et sur ses liens avec l’ekphrasis, voir Ruth Webb, « Mémoire et imagination : les limites de l’enargeia dans la théorie rhétorique grecque » et Sandrine Dubel, « Ekphrasis et enargeia : la description antique comme parcours », dans Dire l’évidence. Philosophie et rhétorique antiques, Carlos Lévy et Laurent Pernot (dir.), Paris, L’Harmattan, 1997, p. 229-264.

9 Ainsi Ovide montre-t-il, au moment où il évoque l’Hellespont, entité abstraite pour qui n’a jamais voyagé si loin, une vierge, Hellé, en train de se noyer : per angustas uectae male uirginis undas (1, 10, 27).

10 Ainsi, Lampsaque est associée à Priape (26), Apollonie à Apollon (35), Dionysopolis à Bacchus (38).

11 L’art de la mémoire est traité dans l’Ad Herennium, 3, 28-40, dans le De oratore de Cicéron, 2, 351-359 et dans l’Institution oratoire de Quintilien, 11, 2. Pour un bon aperçu de la question, on peut consulter Frances Amelia Yates, L’Art de la mémoire, Paris, Gallimard, 1975 (éd. originale anglaise, 1966), p. 13-61. Sur le lien entre art de mémoire et enargeia, voir Perrine Galand-Hallyn, « L’enargeia de l’Antiquité à la Renaissance », dans Les Yeux de l’éloquence. Poétiques humanistes de l’évidence, Orléans, Paradigme, 1995, p. 99-121 (p. 100).

12 Ad Her., 3, 21. De même Cicéron (De or., 2, 358) conseille d’employer des « images saillantes, à vives arêtes, caractéristiques, qui puissent se présenter d’elles-mêmes et frapper aussitôt notre esprit ».

13 Ces remarques doivent beaucoup aux travaux de Christian Jacob sur la géographie antique, notamment à son analyse du poème de Denys le Périégète comme voyage de mémoire : Géographie et Culture en Grèce ancienne. Essai de lecture de la « Description de la terre habitée » de Denys d’Alexandrie, Paris, Thèse d’État EHESS, 1987.

14 Quintilien, 11, 2, 21. Le lien entre les itinéraires poétiques et l’art de la mémoire est peut-être illustré par un texte de l’Anthologie Grecque (14, 121), si ce texte, comme on le suppose, est bien de Métrodore de Skepsis, un virtuose de l’art de mémoire, d’après Cicéron (De or., 2, 88, 360), connu pour sa Mnémonique. En effet, ce poème est un itinéraire-problème, qui, sur la base d’indications géographiques, exige de calculer des distances d’un point à un autre. Pour concevoir mentalement le problème, il faut se représenter mentalement chaque lieu sur un itinéraire de Gadès à Rome : le texte suppose donc des compétences intellectuelles typiques de celles qui sont développées par les arts de mémoire.

15 Eleanor Winsor Leach, The Rhetoric of Space. Literary and Artistic Representations of Landscape in Republican and Augustan Rome, Princeton, Princeton University Press, 1988, p. 78.

16 Le texte grec de Denys et sa traduction latine se trouvent dans Charles Müller, Geografi Graeci Minores, Paris, éd. Firmin Didot, 1882, t. II. Sur Aviénus, voir l’introduction de : Aviénus, Les Phénomènes d’Aratos, éd. Jean Soubiran, Paris, Belles Lettres, 1981, p. 7-89. L’édition de référence de la Descriptio orbis terrae est celle de Paul Van de Woestijne, Bruges, De tempel, 1961.

17 Voir l’introduction de Christian Jacob, La Description de la terre habitée de Denys d’Alexandrie ou la leçon de géographie, Paris, Albin Michel, 1990, p. 11-76.

18 Jacob (n. 17), p. 105.

19 Amedeo Raschieri, « Da Avieno a Rutilio Namaziano : spettatori e poeti del mondo tardo-antico », Cahiers du Centre Glotz, 18, 2007, p. 389-402.

20 Soler (n. 6), p. 276-280 et p. 292-295.

21 Albert Dufourcq (« Rutilius Namatianus contre Saint Augustin », Revue d’histoire et de littérature religieuse, 10, 1905, p. 488-482) croit même que le De reditu constitue une réponse des païens à la Cité de Dieu d’Augustin. S’il est difficile, selon nous, d’être aussi précis, il est clair que le poème de Rutilius s’inscrit dans le contexte de ces débats autour de l’éternité de Rome. Voir Pierre Courcelle, Histoire littéraire des grandes invasions germaniques, Paris, Études augustiniennes, 1964.

22 De red., 1, 140 : Ordo renascendi est crescere posse malis, « pouvoir s’accroître des malheurs qui la frappent est la loi de sa renaissance ».

23 De red., 1, 181-82 : Laeuus inaccessis fluuius uitatur arenis : / Hospitis Aeneae gloria sola manet.

24 Nous employons ici cette expression dans l’acception réduite, spatiale, que lui donna Maurice Halbwachs, dans Les Cadres sociaux de la mémoire, Paris, Albin Michel, 1994 (1ère éd. 1925). On pourrait aussi formuler le propos en tenant compte du développement des études sur la mémoire identitaire, dans le sillage des Lieux de mémoire de Pierre Nora, Paris, Gallimard, 3 tomes, 1984-1992. Pour un très bon état de la question, voir les propos introductifs d’Anne Gangloff et François Jequier, dans Lieux de mémoire en Orient grec à l’époque impériale, Anne Gangloff (dir.), Berne, Peter Lang, 2013, p. 1-21 et p. 23-33.

25 Le fait est signalé par Fo (n. 4), p. 80.

26 Dans ce dernier exemple, Rutilius récrit plusieurs passages de l’Én., notamment la description du travail des Cyclopes (8, 418-21, 445-46, 453). Voir Fo (n. 4), p. 94.

27 Domenico Lassandro, « Descrizione geografica e rievocazione storica nel De reditu suo di Rutilio Namaziano », dans Geografia e storiografia nel mondo classico, Marta Sordi (dir.), Milan, Pubblicazioni dell’Università cattolica del Sacro Cuore, 1988, p. 113-123.

28 On peut voir aussi une référence à la légende mise en œuvre par Virgile dans la façon qu’a Rutilius de désigner l’Étrurie par son ancien nom mythique de Corytus (De red., I, 600 ; Én., 9, 10).

29 Dans son introduction à l’édition des Belles Lettres, Jules Vessereau pense que Rutilius confond cette bourgade avec le Castrum Inui qui se trouve au Sud de Rome (Rutilius Namatianus Retour en Gaule, Jules Vessereau et François Préchac (éd. et trad.), Paris, Les Belles Lettres, 2017 (1ère éd. 1933), p. XV).

30 Voir Fo (n. 4), p. 82, qui cite le commentaire de Servius au vers 775 du chant VI de l’Énéide : una est in Italia ciuitas, quae Castrum Nouum dicitur : de hac autem ait Castrum Inui, id est Panos, qui illic colitur.

31 On peut noter la présence diffuse des divinités de la fécondité et de la régénération, dans le De reditu : Pan et Faunus (234 : « il renouvelle (renouat) les générations mortelles (mortalia semina) par d’abondantes naissances »), Osiris (375-376 : « Osiris enfin ressuscité (reuocatus) fait lever les fécondes semences (germina laeta) pour des moissons nouvelles (in fruges nouas) »). Cela rejoint le thème de la renaissance de Rome (1, 140 : ordo renascendi), affirmée dans l’hymne initial.

32 Én., 1, 159-164 : Est in secessu longo locus ; insula portum / efficit obiectu laterum, quibus omnis ab alto / frangitur inque sinus scindit sese unda reductos. / Hinc atque hinc uastae rupes geminique minantur / in caelum scopuli, quorum sub uertice late / aequora tuta silent.

33 De red., 1, 240-242 : Angustosque aditus insula facta tegit. / Attolit geminas turres bifidoque meatu / Faucibus artatis pandit utrumque latus.

34 De red., 1, 311-312 : Quicquid id est, mirus Latiis annalibus ordo / Quod Lepidum toties reccidit ense malum.

35 Le rapprochement est signalé par Fo (n. 4), p. 90.

36 De red., 1, 331-332 : Haec multos lacera suscepit ab urbe fugatos ; / Hic fessis posito certa timore salus.

37 Voir par exemple Én., 3, 78-79 : Huc feror, haec fessos tuto placidissima portu / accipit (Délos) ; et aussi 3, 85, 276 ; 5, 41, 615, 717.

38 Pierre Courcelle, « Les lecteurs de l’Énéide devant les grandes invasions germaniques », Romanobarbarica, 1, 1976, p. 25-56.

39 De red., 1, 639-640 : « Nous vîmes la mer jaunir des sables soulevés et recouvrir les terres en vomissant des torrents d’eau » (Vidimus excitis pontum flauescere arenis / Atque eructato uertice rura tegi) et Én., 3, 557 : « les fonds bouillonnent et le flux est mêlé de sable » (exsultant uada atque aestu miscentur harenae).

40 Une invective semblable, contre les fonctionnaires des finances, Harpies du Trésor, se trouve dans le Querolus, 59. Cf. Én., 3, 212-218.

41 Marisa Squillante, Il viaggio, la memoria, il ritorno. Rutilio Namaziano e la trasformazioni del tema odeporico, Naples, D’Auria, 2005, p. 157-237.

42 Michael Roberts, « The Treatment of Narrative in Late Antique Literature. Ammianus Marcellinus (16.10), Rutilius Namatianus and Paulinus of Pella », Philologus, 132, 1988, p. 181-195.

43 Soler (n. 6), p. 302-303.

44 Tite-Live, 21, 35, 7-9.

45 Hagith Sivan, « Rutilius Namatianus, Constantius III and the Return to Gaul in Light of New Evidence », Mediaeval Studies, 48, 1986, p. 522-532. On a parlé, pour qualifier ces groupes, « d’élites païennes », en « réaction » avec l’évolution chrétienne de l’Empire, et cherchant à restaurer la tradition ancestrale : Pierre de Labriolle, La Réaction païenne. Étude sur la polémique anti-chrétienne du ierau vie siècle, Paris, Cerf, coll. « Patrimoines », 2005 (1ère éd. 1934).


Pour citer ce document

Joëlle SOLER, «Progression géographique et régression mémorielle dans le De reditu de Rutilius Namatianus», Viatica [En ligne], n°HS4, mis à jour le : 03/05/2021, URL : https://revues-msh.uca.fr:443/viatica/index.php?id=2051.

Auteur

Quelques mots à propos de :  Joëlle SOLER

Laboratoire d’études sur les Monothéismes (UMR 8584), Sorbonne Université – Faculté des Lettres