Prochchaï Moskva

Malentendu à Moscou. L’adieu de Simone de Beauvoir à l’Union soviétique ?

Prochchaï Moskva. Malentendu à Moscou. Simone de Beauvoir’s Farewell to the Soviet Union?

DOI : 10.52497/viatica2268

Résumés

Résumé : Cet article s’intéresse à la relation complexe que Simone de Beauvoir entretint avec l’URSS de 1955 à 1968. Il tente d’analyser la chronique de ses séjours dans ce pays telle qu’elle est exposée dans ses mémoires mais aussi dans la novella Malentendu à Moscou (1967), sorte de condensé de ses diverses expériences. Ce qui apparaît dans ces écrits est en fait un long adieu au pays qui avait suscité tant d’espoirs et les avait trahis année après année. La réalité soviétique tua ainsi les rêves idéologiques de la philosophe et romancière.

Abstract: This article delves on the complex relationship Simone de Beauvoir had with the USSR between 1955 and 1968. It attempts to analyse the chronicle of her sojourns in this country as depicted in her memoirs, but also in the short novel Malentendu à Moscou (1967) a sort of synthesis of her various experiences. What appears in these texts is, in fact, a long farewell to a country which had stirred up so many hopes, but which betrayed them year after year. The Soviet reality destroyed the ideological dreams the philosopher and writer ever had.

Index

Mots-clés

Beauvoir (Simone de), URSS, socialisme, voyages, expériences

Keywords

Beauvoir (Simone de), USSR, socialism, travels, experiences

Texte

Dire combien l’Union soviétique compta pour Simone de Beauvoir revient à faire usage d’un truisme flagrant. Si la fascination exista bien avant la Deuxième Guerre mondiale, on peut affirmer que son soutien au pays de Lénine s’affirma pendant l’Occupation et au moment de la Libération. Pour s’en convaincre, il suffit de se plonger dans son roman Les Mandarins (1954), qui narre, en partie, les déchirements d’intellectuels germanopratins hésitant entre adhésion au ou rejet du régime de Moscou. Anne et Robert Dubreuilh – les « doubles » fictionnels de Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre – décideront de se tourner vers les lumières du Kremlin afin de contrer l’impérialisme américain.

Cet attachement profond au pays de l’avenir des peuples ne se démentira guère pendant les vingt années suivantes, et ce malgré les nombreux coups de semonce qui feront trembler les fondations de cet engouement. Il faudra attendre 1967/1968 pour que la rupture soit définitivement consommée. Comme tous les attachements profonds, les trahisons de l’un peuvent bien souvent user l’autre. Les malentendus se font plus nombreux jusqu’à ce que le dialogue entre les deux parties devienne parfaitement impossible. Il est bien question de cela dans le rapport de Simone de Beauvoir avec l’Union soviétique : les espoirs se sont amenuisés au fil des oukases moscovites. Même si le choix du socialisme n’est pas fondamentalement remis en cause, celui de Moscou – et des pays satellites – le sera irrémédiablement. Pour mieux comprendre cette désaffection, cet amour trahi, il nous faut revenir aux sources de cet attachement avant d’aborder cet adieu à l’URSS qui se profile clairement dans la novella Malentendu à Moscou1.

La Révolution russe de 1917 eut un impact considérable sur la génération de Simone de Beauvoir. L’ancien ordre dominant volait enfin en éclats et un avenir nouveau s’ouvrait pour les classes dites laborieuses. Bon nombre de jeunes intellectuels s’étaient engagés au sein du Parti communiste français dans les années 1920 et 1930 : Paul Nizan, l’ami de Jean-Paul Sartre, fut l’un d’eux. Rompant définitivement avec son milieu bourgeois en 1929, Simone de Beauvoir, de son côté, rejeta les valeurs de celui-ci et embrassa celles de la modernité incarnée par les Soviets russes. Il allait lui falloir de nombreuses années avant de fouler le sol soviétique. Le « rêve » se réalisa en 1955, à l’occasion d’un voyage en Chine, lors de deux escales aériennes (à l’aller et au retour), transformées l’une en une visite d’une journée, l’autre en un séjour d’une semaine. À l’aller, elle se jeta dans la ville :

Rien ni personne ne gâcha cette apparition ; avec Sartre pour guide2, je marchai dans les rues du matin jusqu’à l’heure où s’allument sur les tours du Kremlin des étoiles de rubis3.

Puis elle put découvrir Moscou plus à sa guise au retour, et ce fut un enchantement renouvelé. Que pouvons-nous retenir de cette première rencontre ? Un coup de foudre après la rigueur chinoise : « après deux mois de pauvreté chinoise, Moscou m’éblouit, comme New York naguère au sortir de la disette européenne4. » On remarquera la comparaison avec la ville-phare américaine, qu’elle avait découverte en 1947. On remarquera également que pour Beauvoir les lumières du Kremlin scintillent aussi gaiement et vivement que celles de l’Empire State Building. La Chine maoïste des premières années est reléguée au rang de l’Europe d’après-guerre. Mais à la lecture de ces deux citations, on ne peut s’empêcher de comprendre que Beauvoir place encore l’Union soviétique au-dessus des États-Unis. Moscou l’éblouit par sa nouveauté et ses promesses d’avenir, alors que New York fait déjà partie de son passé. Ces lignes écrites en 1962 ou 1963 contiennent encore en elles un optimisme réel quant au progrès du socialisme en URSS. Elle relate également que durant ce premier séjour, elle assista à la représentation de la pièce La Punaise de Vladimir Maïakovski, fort critique à l’égard du régime. Néanmoins, la muse du dramaturge décédé, Lili Brik, sœur d’Elsa Triolet, rencontrée dans le public, lui affirma qu’il s’agissait en fait d’une critique d’une certaine hygiène de vie imposée par les premières années de la construction du socialisme. Simone de Beauvoir se contenta de cet éclaircissement « sommaire » qui expliquait, selon elle, le suicide de l’auteur5. Cet épisode en dit long sur les bonnes dispositions de la philosophe envers le régime, qui sortait à peine de la longue période stalinienne. On peut supposer que l’explication elliptique et apologétique de Lili Brik cachait en fait une très grande réserve de la part de celle dont le mari général fut exécuté en 1937 lors des grandes purges anti-trotskistes. L’URSS de 1955 contrôlait étroitement les intellectuels et les manifestations culturelles. Le fait que la représentation d’une telle pièce ait été autorisée semble n’être que purement « cosmétique », car Beauvoir avoue qu’elle fut vite expurgée de sa teneur critique pour ne devenir qu’une vague leçon de morale6.

L’optimisme de Simone de Beauvoir fut ébranlé dès l’année suivante lors de la crise hongroise et de l’intervention des chars soviétiques à Budapest. Les nouveaux maîtres du Kremlin n’acceptaient aucun sursaut d’indépendance de la part de leur peuple, et encore moins de la part des pays « amis ». Elle vécut l’invasion de la Hongrie dans l’incompréhension mais aussi dans le doute quant aux réels motifs de l’insurrection budapestoise. Si l’indignation et la déception l’emportèrent au départ, elles cédèrent vite la place à des soupçons de visées américaines et de déviationnisme. Beauvoir s’étonne dans ses mémoires du fait qu’« [Imre] Nagy annonçait la reconstruction des anciens partis et des élections libres […], répudiait le pacte de Varsovie et revendiquait pour la Hongrie la neutralité […]. » Et elle ajoute : « On voyait apparaître des “immigrés de l’intérieur” : maintenant le socialisme était en danger7. »

Malgré leurs grandes réserves, Beauvoir et Sartre signeront une protestation et Sartre rompra avec le PCF et l’Union soviétique. Toutefois, si le coup est rude, il ne remet pas en cause leur foi dans le socialisme. À la suite d’une conversation avec un journaliste polonais de Trybuna Ludu – l’organe de presse officiel du Parti ouvrier unifié – chez le politologue franco-hongrois François Fejtő, Beauvoir et Sartre admettent hâtivement qu’un glissement à droite aurait eu lieu si la deuxième intervention soviétique ne s’était pas produite8. On sent le désarroi de Simone de Beauvoir, qui tente, sinon d’absoudre le pouvoir soviétique, du moins de pardonner sa décision par la compréhension, quelque peu biaisée, de ses motivations profondes. En réaction à ce désarroi, et afin d’approfondir la compréhension des événements de Budapest, Les Temps modernes publient un numéro triple consacré à la Hongrie en janvier 19579. L’équipe éditoriale, envers et contre tout, y « réaffirm[e] son adhésion au socialisme tel qu’il s’incarn[e] en URSS, malgré les fautes de ses dirigeants10 ».

La tragédie hongroise mit du temps à se dissiper de l’esprit de Simone de Beauvoir. Très prise par la guerre d’Algérie, elle dut attendre le début de l’été 1962 pour retourner en URSS avec Jean-Paul Sartre, sur l’invitation officielle de l’Union des écrivains soviétiques. La raison de ce changement semble résider dans le court dégel initié par Nikita Khrouchtchev. L’atmosphère moscovite de 1962 lui fit oublier l’année noire de 1956, et lui rappela combien elle avait aimé, elle aimait, cette ville :

J’ai retrouvé la place Rouge, le Kremlin, la Moskova, la rue Gorki, le vieux Moscou, les dentelles des isbas, le dédale de ses cours et de ses jardins, ses squares paisibles où des hommes jouent aux échecs. Les femmes étaient vêtues plus gaiement qu’en 55, les étalages – malgré une assez grande pénurie – plus avenants11.

Beauvoir et Sartre séjournèrent en URSS chaque année pendant la période estivale jusqu’en 196612. Leurs visites ne se limitèrent pas à la capitale, et ils parcoururent de nombreuses régions et républiques soviétiques. Ces voyages d’agrément et d’étude devaient, selon eux, leur permettre de suivre l’évolution du pays13. Ainsi avaient-ils renoué avec l’Union soviétique dans l’espoir d’une amélioration du régime. Cependant, cela fut d’assez courte durée, car à l’automne 1962, le Kremlin fit fermer une exposition d’art moderne au Manège. Beauvoir et Sartre parvinrent à la voir in extremis lors de leur deuxième séjour de l’année, pendant les Fêtes. Cela n’annonçait aucunement la libéralisation tant espérée, surtout dans le domaine intellectuel. Néanmoins, Beauvoir ne peut oublier tout ce que l’URSS et sa révolution ont représenté pour elle. Elle le rappelle pour ainsi dire lyriquement alors qu’elle se trouve à Leningrad durant l’été 1962 :

Ma mémoire superposait à [la] merveilleuse majesté [de Leningrad] des images en noir et blanc des Dix Jours qui ébranlèrent le monde et des révoltes qui les annoncèrent […]. L’Amirauté, la forteresse Pierre et Paul. Quelle résonance avaient eu ces mots quand je les avais lus, pour la première fois, aux environs de mes vingt ans14 !

Cette fascination et cet attachement anciens, s’ils ne poussent pas Beauvoir à excuser les excès et les abus du régime, empêchent que s’efface l’espoir d’un avenir nouveau dans une société plus juste. La philosophe ne soutient pas benoîtement le régime, mais elle soutient la promesse de 1917 :

En URSS l’homme est en train de se faire et même si cela ne va pas sans peine, s’il y a des coups durs, des reculs, des erreurs, toutes les choses autour de lui, toutes celles qui lui arrivent sont lourdes de significations15.

Ce sont bien dans ses souvenirs et ses attentes de jeunesse que nous pouvons trouver l’explication de la position de Simone de Beauvoir. Ce sont également dans ceux-ci que nous trouverons le germe du désenchantement de l’admiratrice trahie ainsi que de la rupture finale avec Moscou.

Dès l’été 1963, la libéralisation escomptée avait fait long feu et le retour en arrière devenait évident. Les représentants soviétiques aux assises du COMES16 à Leningrad attaquèrent violemment l’Occident et sa culture ; comme le souligne Beauvoir, « ce fut un dialogue de sourds17 ». Les convictions du Parti quant à l’influence néfaste de l’Ouest furent confirmées de la bouche même de Khrouchtchev, qui avait convié quelques écrivains dans sa datcha du littoral géorgien. Beauvoir fut abasourdie par la virulence de ses propos devant des invités :

Il nous a invectivés comme si nous avions été des suppôts du capitalisme. Il a exalté les beautés du socialisme ; il a revendiqué la responsabilité de l’intervention soviétique à Budapest18.

La raison de ce coup de sang idéologique à l’encontre d’intellectuels occidentaux, et français en particulier, avait été une discussion que le très stalinien Maurice Thorez – en vacances à quelques kilomètres de là – avait eue avec Khrouchtchev sur l’attitude subversive de ces personnes qui « prétendaient se situer à gauche19 ». De toute évidence, la condamnation de l’invasion soviétique de la Hongrie par Beauvoir et Sartre n’avait pas été pardonnée par le PCF.

Cet incident fut vite oublié et un long périple vit le couple visiter la Crimée, le reste de la Géorgie et l’Arménie. Néanmoins, ce voyage fut rendu difficile par le problème chronique du ravitaillement en Russie et dans les républiques soviétiques. Dans Tout compte fait, publié en 1972, Beauvoir critique vertement ce fléau économique pour la population. De passage à Tbilissi, elle note, presque dix ans plus tard : 

C’était la disette en Géorgie : de longues queues s’étiraient devant les boulangeries, les ménagères grognaient, et pendant deux ou trois jours le pain fit défaut […]. À notre hôtel, il arrivait qu’on ne nous servît à déjeuner qu’une maigre portion de poisson20.

Même lors de la relative lune de miel avec l’URSS en 1962, elle affirmait déjà amèrement :

Les journées des Moscovites sont fatigantes à cause de la rareté des marchandises ; il faut courir les magasins, faire des queues ; et même comme ça on ne trouve pas ce qu’on veut21

En juin 1964, le dégel annoncé n’était plus du tout à l’ordre du jour : le Parti avait repris les rênes de la vie culturelle soviétique. Après des célébrations à Kiev pour le cent cinquantième anniversaire de la naissance du poète ukrainien Taras Chevtchenko, auxquelles Beauvoir et Sartre avaient été conviés, ils retrouvèrent Moscou qui se modernisait à grands pas, pour ne pas dire s’enlaidissait rapidement au détriment des vieux quartiers :

Il y avait encore, dans le quartier où se trouve la maison de Dostoïevski, des rues calmes entièrement bordées de vieilles isbas, mais elles étaient condamnées22.

Beauvoir prend également des notes détaillées sur un sujet qui la fascine :

Le ravitaillement s’était amélioré. Les consommateurs ne pouvaient plus acheter ni farine, ni kacha. Mais au coin des rues de nombreux marchands vendaient des choux, des concombres, des fraises, des tomates, des oranges. Les fruits étaient cependant très chers : au restaurant une grosse orange coûtait autant qu’une grosse portion de caviar23.

On sent à la lecture de ces quelques lignes l’ambivalence grandissante de l’opinion de Beauvoir à l’égard de l’URSS. Elle oscille entre un optimisme mesuré et un pessimisme attristé. Deux ans après ses retrouvailles avec l’URSS, ce qu’elle avait voulu voir comme les signes positifs d’une libéralisation socialiste se heurte à nouveau aux oukases du Kremlin et à une politique économique hasardeuse. Moins de liberté en littérature, au théâtre, au cinéma, mais une urbanisation forcenée et peu maîtrisée, et quelques maigres fruits et légumes sur des étalages privés au coin des rues.

Ce qui allait beaucoup heurter Beauvoir est la méfiance permanente des autorités soviétiques à l’égard des étrangers, même des invités de marque. Nous y reviendrons lorsque nous aborderons Malentendu à Moscou en tant que condensé fictionnel de ce long adieu à l’URSS. Il nous semble néanmoins important de faire mention des difficultés constantes auxquelles Beauvoir et Sartre durent faire face durant certains de leurs déplacements. Les obstacles auxquels ils furent confrontés quand ils voulurent se rendre en République socialiste soviétique d’Estonie constituent un exemple significatif des tracasseries et des directives, souvent illogiques, de l’État soviétique :

Nos amis nous avaient conseillé un beau voyage : nous rendre à Tallin [sic] […] en passant par la vieille ville russe de Pskov et par la ville universitaire de Tartou : nous reviendrions en bateau à Leningrad d’où nous irions à Novgorod. Ce plan n’était pas réalisable, nous a expliqué l’Intourist, parce que nous étions des étrangers. Dans les États baltes, seules les capitales leur sont accessibles : impossible de passer par Tartou. On n’avait le droit d’aller à Tallin qu’à partir de Leningrad et par le train. Pourquoi ? Nous ne l’avons même pas demandé24.

Ces tracasseries étaient permanentes dans l’empire soviétique. Beauvoir remarque ironiquement dans ses mémoires qu’une nouvelle de Franz Kafka fut traduite cette année-là mais que le projet de traduction du Procès n’eut aucune suite ; ou bien que Bertolt Brecht était considéré comme suspect25. Il faudrait ainsi croire que le Pragois et le Berlinois faisaient sans doute trop écho aux absurdités apparentes du régime.

Cette absurdité se poursuit lors de ces petites vacances estoniennes. Si la ville de Tartou était interdite comme point d’entrée aux étrangers, Beauvoir parvint à détourner ce refus catégorique de la manière la plus simple, comme elle l’explique dans le passage suivant :

Nous n’avions pas le droit d’entrer en Estonie par Tartou ; mais il n’y avait rien d’illégal à ce que de Tallin les écrivains estoniens nous y conduisent. Ç’a été une belle promenade d’environ deux cents kilomètres à travers une campagne plate mais plaisante : des prairies, des bois, des maisons de paysans, basses et longues26.

Fidèle à son optimisme et à sa détermination, Beauvoir réussit à visiter ce qu’elle avait planifié de voir et, avant son retour à Moscou, finit son périple à Novgorod.

En juillet 1965, la situation en Union soviétique avait encore changé avec le départ forcé de Khrouchtchev. Beauvoir note avec un certain plaisir que la chute du premier secrétaire « avait eu sur le plan culturel d’heureuses conséquences. Novy Mir publiait des nouvelles de Soljenitsyne, des poèmes d’Akhmatova, [une] partie des mémoires d’Ehrenbourg […]. On rééditait Pasternak27 ». Mais elle regrette malgré tout que Kafka ne soit toujours pas traduit28. Si le domaine culturel pouvait sans doute un peu mieux respirer, rien n’était gagné puisque de nombreux artistes et écrivains étaient encore interdits, censurés ou bannis, comme le fameux poète Joseph Brodsky.

Cette année-là, Beauvoir et Sartre se rendirent à nouveau dans les pays baltes occupés puis annexés depuis 1945 par l’URSS. Ils choisirent la Lituanie, qui « fêtait » le vingtième anniversaire de sa réintégration au pays, mais « avec si peu d’enthousiasme que l’Intourist a[vait] hésité avant de [les] autoriser à [s’]y rendre29 ». Beauvoir décrit assez rapidement cette république officiellement fermée aux étrangers. Ces cinq jours lituaniens seront immortalisés par le grand photographe Antanas Sutkus, le plus fameux cliché représentant les deux intellectuels sur la dune venteuse de Parnidis à Nida30. Après cette visite assez libre selon les critères soviétiques – malgré une omniprésente délégation d’intellectuels lituaniens –, le retour en Russie fut une nouvelle fois presque gâché par des tracasseries non expliquées aux intéressés. Alors qu’ils voulaient se rendre à Pskov de Leningrad, le voyage, qui avait été auparavant agréé par l’Intourist, faillit être annulé au dernier moment. Il fallut toute la conviction de leur interprète et guide Lena Zonina pour que l’autorisation leur fût finalement accordée31. Aucune raison ne fut jamais donnée, si ce n’est que la route de Pskov était fermée.

En mai 1966 débuta le dernier voyage de Simone de Beauvoir en URSS mais elle ne le savait pas encore. La situation des intellectuels s’était encore détériorée et le « scandale » Siniavski-Daniel avait éclaté. Les deux écrivains avaient été accusés d’avoir publié à l’étranger des textes prétendument antisoviétiques. Ils furent tous deux condamnés à de lourdes peines de travaux forcés. Ce fut le début de la véritable dissidence en Union soviétique. Beauvoir et Sartre s’inquiétèrent de la situation mais décidèrent néanmoins de se rendre une nouvelle fois dans le pays. Ce fut encore un long périple dans différentes régions. L’idée première de Beauvoir avait été de découvrir l’Asie centrale soviétique au printemps. Un tremblement de terre ravagea l’Ouzbékistan et ils décidèrent, pour des raisons évidentes, de ne pas s’envoler pour Samarcande32. Ils retrouvèrent donc Yalta et la Crimée en fleurs. Ils rejoignirent en bateau la ville portuaire d’Odessa en RSS d’Ukraine. Beauvoir y retrouva ses souvenirs cinématographiques de la Révolution russe et tout ce que cela comportait d’espoir :

Odessa. Pour moi c’était d’abord le fameux escalier du Cuirassé Potemkine. D’en haut il ne fait pas grand effet ; d’en bas, bien qu’on ait supprimé quelques marches pour construire la route qui longe les docks et qu’il ne plonge plus dans la mer, il est aussi important que dans le film33.

Beauvoir se plut dans cette ancienne ville cosmopolite qui symbolisait à la fois l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire russe et soviétique et les vestiges d’un « passé qui semblait se survivre34 ». Ce cosmopolitisme de l’Europe orientale qui fut balayé par la Première Guerre mondiale, la Révolution d’Octobre, la Deuxième Guerre mondiale et la Shoah se survivait ainsi dans un faubourg miséreux où « [d]es nuées de petits Kafka aux yeux très noirs jouaient sur les trottoirs35 ».

Puis ce fut la RSS de Moldavie, l’une des nouvelles républiques soviétiques aux côtés des pays baltes. Les voyageurs traversèrent de beaux paysages bucoliques avant d’atteindre Kichinev (Chişinau), la ville-phénix, qui avait été reconstruite lentement après 1945, et où « quelques maisons de bois peint […] [avaient] subsisté36 ». De là, ils repartirent pour la RSS d’Ukraine et la ville de Lvov (Lviv). Beauvoir y retrouva indirectement sa jeunesse puisque son amie Stépha – la gouvernante des frères et sœurs de Zaza (Élisabeth) Lacoin, la camarade décédée, inspiration des Mémoires d’une jeune fille rangée – en était originaire et lui en avait souvent vanté le charme et la beauté. Beauvoir y fut sensible, car « la ville s’apparentait à l’Europe centrale plutôt qu’à la Russie. Les monuments étaient bâtis dans le style baroque autrichien, avec de beaux toits verts bistournés37 ». Mais une fois encore le séjour est gâché par une interdiction bureaucratique. Avant leur arrivée à Lviv, Beauvoir et Sartre avaient désiré faire une excursion dans les Carpates galiciennes. Quatre heures de route en lacets que Lena Zonina ne pouvait supporter. Beauvoir suggéra une halte à mi-chemin qui fut formellement refusée car « les étrangers [n’avaient] pas le droit de mettre pied à terre avant le col38 ». Cela dut en être trop pour Beauvoir, qui laisse libre cours à son irritation dans ses mémoires, tout en tentant de trouver une réponse : 

[les] interdits auxquels nous nous étions heurtés, leur absurdité nous confondait […]. L’épisode de Pskov avait démontré l’inanité de ces règlements […]. La méfiance des Russes à l’égard des étrangers remont[ait] loin. Les Soviétiques renou[aient] avec une ancienne tradition39.

Et il y avait plus grave encore à ses yeux : la dégradation complète de la vie intellectuelle en Union soviétique et les procès faits à certains écrivains.

En 1967, Beauvoir et Sartre refusèrent de se rendre au congrès annuel de l’Union des écrivains, en réaction aux condamnations lourdes à l’encontre de Siniavski et Daniel. Puis vint le Printemps de Prague et son écrasement sans pitié. Le 21 août 1968, alors qu’ils se trouvaient à Rome, Beauvoir et Sartre apprirent l’entrée des chars soviétiques en Tchécoslovaquie :

Sartre a aussitôt donné une interview au journal communiste Paesa Sera ; il y traitait les Soviétiques de « criminels de guerre » : nos rapports avec l’URSS se trouvaient définitivement brisés40.

C’est à ce moment précis de la chronologie des rapports de Beauvoir avec l’URSS que nous nous devons d’introduire sa novella Malentendu à Moscou. Cette œuvre fut rédigée entre 1966 et 1967 et devait être incluse dans le recueil La Femme rompue (1968). Elle en fut retirée et ne parut qu’en 1992 dans la revue Roman 20-50, comme le rappelle Éliane Lecarme-Tabone dans sa préface à l’édition que L’Herne fit finalement paraître en 201341.

Lors d’un voyage privé en URSS en 1966, un couple d’intellectuels vieillissants soutenant de manière parfois critique le régime de Moscou se trouve aux prises avec des questionnements d’ordre personnel et politique. L’intérêt de cette nouvelle dépasse l’analyse littéraire car elle contient des commentaires que Beauvoir développera dans Tout compte fait cinq ans plus tard. Il semblerait donc qu’elle ait utilisé ce texte comme l’une des matrices de ses mémoires officiels. On ignore encore exactement pourquoi cet écrit fut retiré du recueil. Les deux personnages principaux, André et Nicole, ressemblent étrangement à Sartre et Beauvoir. La fille d’André, Macha, à qui ils rendent visite à Moscou, est un double troublant de Lena Zonina, guide et interprète du couple, mais aussi maîtresse russe de Sartre42. Certes, au-delà de ces détails biographiques, Terry Keefe affirme que le retrait tardif de la novella du recueil aurait eu pour raison le fait que Beauvoir ne désirait pas que l’URSS soit présentée sous un jour trop favorable alors qu’elle avait pour ainsi dire rompu avec le pays43. Nous ne pouvons cependant entièrement abonder en ce sens car l’histoire reste assez critique et l’on ressent déjà la fêlure idéologique et personnelle. Toujours est-il que cette novella ne fut pas publiée comme prévu, pour des raisons qui, selon nous, sont d’ordre personnel et sont liées à la relation de Sartre avec Zonina. Son grand intérêt se situe dans la description humaine de la vie soviétique, principalement par les yeux de Nicole. Comme le souligne Ursula Tidd, Malentendu à Moscou se présente donc comme un condensé des expériences de Simone de Beauvoir en Union soviétique de 1962 à 196644. C’est sur cet aspect spécifique que nous aimerions nous pencher.

Cette histoire, d’un cachet assez simple, est également un condensé des rapports de plus en plus tièdes que la narratrice entretient avec l’URSS, sur fond de malentendus de couple et d’interrogations sur ses relations avec André. Si le couple survivra au malentendu du titre, il n’est pas certain qu’il en aille de même des relations de la narratrice avec le pays de Lénine. Nicole et André reviennent à Moscou en 1966, après un premier séjour trois ans auparavant qui les avait éblouis. Ils sont accueillis par Macha, la fille d’André, née d’une première union. Macha s’est installée en URSS pour « échapper au monde capitaliste45 ». Elle a épousé un Soviétique et est mère d’un petit garçon. Elle est traductrice – comme l’était Lena – et se plaît dans ce pays malgré les difficultés de la vie quotidienne et la politique du Kremlin. André est un compagnon de route du communisme qui « [a] été élevé dans le culte de Lénine46 ». Pour lui, « l’URSS détenait les clés de l’avenir, donc de cette époque et de son propre destin. Cependant jamais, même dans les années noires du stalinisme, il n’avait eu l’impression de si mal la comprendre47 ». Nous en revenons à la situation confuse que Simone de Beauvoir décrit dans Tout compte fait. L’opacité du régime, la fin du dégel et les difficultés intérieures grandissantes ne facilitent en rien l’adhésion des convertis à l’Internationale socialiste. Nous avions développé dans un article paru en 2015 l’idée que Nicole et André représentaient sans doute le devenir possible d’Anne et Robert Dubreuilh se débattant avec le dilemme moral et politique de la découverte des camps soviétiques au sortir de la guerre dans Les Mandarins, mais décidant de continuer à soutenir « critiquement » le régime48. Nicole et André vont rapidement s’irriter des interdits et des absurdités. Nous allons souvent retrouver transposés les problèmes auxquels Beauvoir et Sartre furent confrontés. Tout commence par l’interdiction de se rendre à Vladimir en auto, où l’on ne peut aller que par le train. Nicole est alors assise en « marche arrière », ce que son estomac ne peut supporter. Elle passe ainsi le voyage à genoux sur son siège49. Cette mésaventure est décrite de manière similaire dans Tout compte fait et appelle le commentaire suivant de Simone de Beauvoir :

En URSS, consommateurs et usagers sont traités sans prévenance ; je m’en étais aperçue, mais je l’ai particulièrement déploré quand nous sommes partis pour Vladimir. Le train arrive dans un sens, repart dans l’autre sans qu’on se soucie de retourner les wagons […]. Comme je ne supporte pas de rouler à reculons, je suis restée pendant trois heures agenouillée sur mon siège50

Cette route fermée aux étrangers est expliquée dans la novella par la méfiance des Russes envers eux, ce que Beauvoir développe dans ses mémoires :

Les Soviétiques renouent avec une ancienne tradition. Dans une des églises de Vladimir, une fresque – œuvre d’un inconnu – nous a paru significative. Elle représente le Jugement dernier. À droite du Seigneur c’est la cohorte des anges et des élus en longues robes sans âge ; à gauche, voués à l’enfer, on voit des gentilshommes […] : des catholiques ; derrière eux, il y a des hommes enturbannés ; des musulmans. La discrimination se fonde sur la religion. Mais la différence des religions se recoupe avec celle des nationalités. Tous les étrangers vivent dans l’erreur et sont damnés51.

Cette description est pour ainsi dire similaire à celle, « fictionnelle », de la novella52, ce qui prouve que les mémoires se sont largement inspirés de cette histoire « d’invention », qui fut aussi rédigée comme un vague carnet de voyage. On y retrouve également le paradoxe de l’Union soviétique, qui voulait unifier les peuples de son empire disparate et du monde mais qui, bien souvent, les considérait avant tout comme des « non-Russes ». Beauvoir s’insurge par exemple contre le racisme ouvert des autorités et de la population envers les étudiants africains des nations amies, qui étaient nombreux en URSS53. Elle est aussi choquée par l’antisémitisme ambiant, qui touchait de nombreux intellectuels, et en particulier Lena Zonina, malgré son athéisme et son « intégration » dans la société soviétique54.

Le problème du ravitaillement est bien entendu abordé dans Malentendu à Moscou. Toujours en visite à Vladimir, Nicole et André sont surpris de constater que la veille ils ont eu du mal à s’alimenter mais qu’en ce jour de la Fête des Bouleaux de nombreuses denrées comestibles sont disponibles à volonté. Macha leur explique alors que le pays est sclérosé et la bureaucratie incompétente, mais elle ajoute que le gouvernement fait de son mieux pour enrayer cet état de fait55. De la sorte, elle tente non pas de justifier l’incurie du gouvernement, mais de croire encore à la victoire du socialisme, dont André commence à douter devant l’embourgeoisement idéologique du régime face aux révolutionnaires chinois56. Il est intrigant de constater qu’André regrette l’influence croissante de la Chine dans la construction du socialisme, quand on sait que Beauvoir et Sartre se tourneront avec sympathie (et circonspection, il est vrai) vers Pékin après leur rupture avec l’URSS57.

Alors que la novella se poursuit, les doutes s’installent. Des doutes d’ordre idéologique de la part d’André, qui ne comprend pas toujours les décisions « capitalistes » du gouvernement. Macha lui rétorque très justement que « le socialisme est fait pour les hommes, et non l’inverse […]. On doit un peu se soucier de leurs intérêts à court terme58 ». Pour Nicole, qui est forcée de rester plus longtemps à Moscou, ce qui est à l’origine du malentendu personnel, les doutes sont d’ordre pragmatique : impossibilité de voyager librement, absurdité bureaucratique, mauvais ravitaillement, austérité de la vie moscovite et soviétique. Nicole est une femme libre qui se sent flouée par le « paradis » soviétique et ses nombreux interdits. Peut-être moins politisée qu’André, elle ne peut supporter ces contrariétés constantes. De plus, Beauvoir lance un pavé dans la mare par la voix de Nicole : « En URSS non seulement elle n’avait pas de racines, mais elle ne l’avait pas aimée à distance comme l’Italie et la Grèce59. » Serait-ce à dire que le rêve du socialisme ne peut égaler les beautés latines et helléniques ? Sans aucun doute, quand on sait combien l’Italie compta tout au long de la vie de Beauvoir et combien elle fut transportée lors de son premier voyage en Grèce en 1937. L’attachement idéologique ne peut dépasser, transcender un attachement culturel et esthétique ancré dans un passé à la fois collectif et personnel60. Peut-on véritablement aimer un endroit qui ne renvoie à rien qu’à sa « nouveauté » révolutionnaire ? Peut-on absolument faire table rase du passé, des influences extérieures, sans y perdre le sens de l’humain qui devait être au centre du projet socialiste ?

André affirme que tant de choses lui ont échappé, que cela empêche une compréhension correcte du pays et que « ce voyage [les] a tous deux un peu déçus61 ». Il s’agit d’un euphémisme car bien avant l’aveu de Nicole lors de leur réconciliation, il avait pensé que le vrai socialisme, celui dont il avait rêvé, il ne le verrait pas car « […] son malaise avait un nom, un nom qu’il n’aimait pas mais qu’il était obligé d’employer : déception62 ». Déception profonde vis-à-vis du socialisme soviétique que cette novella annonce quelques années avant la chronique officielle de ce désenchantement dans Tout compte fait.

Lorsqu’on a si fortement espéré la réussite d’un projet humain et politique si passionnant, lorsqu’un tel attachement idéologique a été trahi, les adieux sont de rigueur. Si Simone de Beauvoir les avait faits en filigrane, et de manière très personnelle, dans Malentendu à Moscou avant de les retirer, ils ont été transcrits au grand jour, de manière plus didactique, dans Tout compte fait. En 1972, elle affirme clairement que « [les Soviétiques] ont définitivement découragé tous [leurs] espoirs63 ». Elle va même plus loin en concluant fermement que « rien de ce qui se passe dans les pays socialistes européens ne [lui] para[ît] réconfortant64 », déplaçant de la sorte son espoir (confus) vers la Chine maoïste – pays qu’elle n’avait pas entièrement compris en 195565. Mais cet avenir nouveau et incertain ne peut aucunement faire oublier la désaffection envers l’URSS. Rupture consommée, mais qui, comme souvent dans les ruptures, laisse la place, après l’amertume, à un sentiment de tristesse : « je crois, non sans regret, que je ne reverrai jamais Moscou66 ». Nicole, quant à elle, fait ses adieux symboliques à la capitale soviétique dans les dernières pages de la novella : « Elle dominait la Moskova, derrière laquelle on apercevait une vaste plaine, et Moscou, au loin67. »

Прощай Москва !

1 Prochchaï Moskva : Adieu Moscou.

2 Jean-Paul Sartre avait été invité en Union soviétique en 1954.

3 Simone de Beauvoir, La Force des choses, t. 1 [1963], Paris, Gallimard, « Folio », 1998, p. 79-80.

4 Ibid., p. 80.

5 Ibid., p. 82.

6 Ibid.

7 Ibid., p. 112.

8 Ibid., p. 116.

9 Voir le sommaire du no 129 des Temps Modernes, 1er janvier 1957 [En ligne] URL : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/

10 Simone de Beauvoir, La Force des choses, t. 1, op. cit., p. 118.

11 Ibid., p. 464.

12 Ibid., p. 387.

13 Ibid.

14 Ibid., p. 478.

15 Ibid., p. 483.

16 Communauté européenne des écrivains.

17 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, Paris, Gallimard, « Folio », 1995 [1972], p. 396.

18 Ibid., p. 398.

19 Ibid., p. 400.

20 Ibid., p. 406-407.

21 Simone de Beauvoir, La Force des choses, t. 1, op. cit., p. 482.

22 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 416.

23 Ibid., p. 416-417.

24 Ibid., p. 422-423.

25 Ibid., p. 417.

26 Ibid., p. 426.

27 Ibid., p. 429.

28 Ibid.

29 Ibid., p. 432.

30 Voir https://www.whitespacegallery.co.uk/artist/antanas-sutkus/ [consulté le 23/09/2020].

31 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 435.

32 Ibid., p. 441.

33 Ibid., p. 442.

34 Ibid.

35 Ibid., p. 443.

36 Ibid.

37 Ibid., p. 444.

38 Ibid.

39 Ibid., p. 445.

40 Ibid., p. 452.

41 Simone de Beauvoir, Malentendu à Moscou, Paris, L’Herne, 2013, p. 5.

42 Sur le parallèle entre Nicole et Macha d’une part, Simone et Lena d’autre part, voir Terry Keefe, « Malentendu à Moscou », Simone de Beauvoir

43 Ibid., p. 31.

44 Ursula Tidd, Simone de Beauvoir, Londres, Reaktion Books, 2009, p. 125.

45 Simone de Beauvoir, Malentendu à Moscou, op. cit., p. 29.

46 Ibid., p. 19.

47 Ibid.

48 Éric Levéel, « Malentendu à Moscou. Un nouveau chapitre détourné de l’autobiographie beauvoirienne ? », French Studies in Southern Africa, n° 45

49 Simone de Beauvoir, Malentendu à Moscou, op. cit., p. 35.

50 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 420.

51 Ibid., p. 445.

52 Simone de Beauvoir, Malentendu à Moscou, op. cit., p. 41-42.

53 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 420.

54 Ibid., p. 413.

55 Simone de Beauvoir, Malentendu à Moscou, op. cit., p. 45.

56 Ibid., p. 50.

57 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 568.

58 Simone de Beauvoir, Malentendu à Moscou, op. cit., p. 61.

59 Ibid., p. 130.

60 Voir Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 129.

61 Simone de Beauvoir, Malentendu à Moscou, op. cit., p. 131.

62 Ibid., p. 94-96.

63 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 461.

64 Ibid., p. 556.

65 Voir Simone de Beauvoir, La Longue Marche. Essai sur la Chine, Paris, Gallimard, 1957.

66 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 461.

67 Simone de Beauvoir, Malentendu à Moscou, op. cit., p. 129.

Notes

1 Prochchaï Moskva : Adieu Moscou.

2 Jean-Paul Sartre avait été invité en Union soviétique en 1954.

3 Simone de Beauvoir, La Force des choses, t. 1 [1963], Paris, Gallimard, « Folio », 1998, p. 79-80.

4 Ibid., p. 80.

5 Ibid., p. 82.

6 Ibid.

7 Ibid., p. 112.

8 Ibid., p. 116.

9 Voir le sommaire du no 129 des Temps Modernes, 1er janvier 1957 [En ligne] URL : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Revue-Les-Temps-Modernes/Les-Temps-Modernes531 [consulté le 09/09/2020].

10 Simone de Beauvoir, La Force des choses, t. 1, op. cit., p. 118.

11 Ibid., p. 464.

12 Ibid., p. 387.

13 Ibid.

14 Ibid., p. 478.

15 Ibid., p. 483.

16 Communauté européenne des écrivains.

17 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, Paris, Gallimard, « Folio », 1995 [1972], p. 396.

18 Ibid., p. 398.

19 Ibid., p. 400.

20 Ibid., p. 406-407.

21 Simone de Beauvoir, La Force des choses, t. 1, op. cit., p. 482.

22 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 416.

23 Ibid., p. 416-417.

24 Ibid., p. 422-423.

25 Ibid., p. 417.

26 Ibid., p. 426.

27 Ibid., p. 429.

28 Ibid.

29 Ibid., p. 432.

30 Voir https://www.whitespacegallery.co.uk/artist/antanas-sutkus/ [consulté le 23/09/2020].

31 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 435.

32 Ibid., p. 441.

33 Ibid., p. 442.

34 Ibid.

35 Ibid., p. 443.

36 Ibid.

37 Ibid., p. 444.

38 Ibid.

39 Ibid., p. 445.

40 Ibid., p. 452.

41 Simone de Beauvoir, Malentendu à Moscou, Paris, L’Herne, 2013, p. 5.

42 Sur le parallèle entre Nicole et Macha d’une part, Simone et Lena d’autre part, voir Terry Keefe, « Malentendu à Moscou », Simone de Beauvoir Studies, n° 11, 1994, p. 30.

43 Ibid., p. 31.

44 Ursula Tidd, Simone de Beauvoir, Londres, Reaktion Books, 2009, p. 125.

45 Simone de Beauvoir, Malentendu à Moscou, op. cit., p. 29.

46 Ibid., p. 19.

47 Ibid.

48 Éric Levéel, « Malentendu à Moscou. Un nouveau chapitre détourné de l’autobiographie beauvoirienne ? », French Studies in Southern Africa, n° 45, 2015, p. 188.

49 Simone de Beauvoir, Malentendu à Moscou, op. cit., p. 35.

50 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 420.

51 Ibid., p. 445.

52 Simone de Beauvoir, Malentendu à Moscou, op. cit., p. 41-42.

53 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 420.

54 Ibid., p. 413.

55 Simone de Beauvoir, Malentendu à Moscou, op. cit., p. 45.

56 Ibid., p. 50.

57 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 568.

58 Simone de Beauvoir, Malentendu à Moscou, op. cit., p. 61.

59 Ibid., p. 130.

60 Voir Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 129.

61 Simone de Beauvoir, Malentendu à Moscou, op. cit., p. 131.

62 Ibid., p. 94-96.

63 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 461.

64 Ibid., p. 556.

65 Voir Simone de Beauvoir, La Longue Marche. Essai sur la Chine, Paris, Gallimard, 1957.

66 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 461.

67 Simone de Beauvoir, Malentendu à Moscou, op. cit., p. 129.

Citer cet article

Référence électronique

Éric LEVÉEL, « Prochchaï Moskva », Viatica [En ligne], 9 | 2022, mis en ligne le 17 février 2022, consulté le 22 mai 2022. URL : http://revues-msh.uca.fr/viatica/index.php?id=2268

Auteur

Éric LEVÉEL

Université de Stellenbosch

Droits d'auteur

Attribution 4.0 International (CC BY 4.0)