« On s’accoutume à tout, même aux tremblements de terre. »

Expérience et écriture du séisme dans quelques récits de voyage en Amérique du Sud (début du xviiie siècle)

“One becomes accustomed to everything, even to earthquakes”. Experiencing and writing the earthquake in some travel narratives to South America at the beginning of the 18th century

DOI : 10.52497/viatica2297

Résumés

Résumé : Les tremblements de terre sont un topos essentiel du récit de voyage en Amérique du Sud. Au début du xviiie siècle, plusieurs voyageurs français font l’expérience des séismes sud-américains pendant leur séjour le long de la cordillère des Andes. L’écriture du tremblement de terre en fait tantôt un événement presque quotidien, tantôt une catastrophe qui offre un spectacle émouvant et pathétique. L’explication religieuse du phénomène naturel n’est pas au cœur de ces récits de voyage, qui mettent en évidence la dimension sociale de la catastrophe et en proposent des explications scientifiques. L’intégration du tremblement de terre dans le récit fait apparaître qu’il est moins souvent le fruit d’une expérience directe que d’une compilation de faits historiques, tirés de livres ou de témoins secondaires. Le séisme devient un objet qui permet d’interroger la valeur testimoniale du récit de voyage et sa rhétorique de la vraisemblance.

Abstract: Earthquakes are an essential commonplace in travel narratives to South America. At the beginning of the 18th century, several French travellers experienced South American earthquakes during their stay along the Andes. Writing the earthquake turns it sometimes into a daily and uneventful event, sometimes on the contrary into a catastrophe which presents a moving and pathetic display. The religious explanation of the natural phenomenon is not central in these travel narratives, which highlight the social dimension of the catastrophe and to propose scientific explanations of it. The way earthquakes are integrated into the narrative often shows that they are much less the result of a direct experience than a compilation of historical events, drawn from books or other eyewitnesses. The subject of earthquakes allows to question the travel narrative’s value of testimony as well as its rhetoric of verisimilitude.

Index

Mots-clés

tremblement de terre, Amérique du Sud, récit de voyage, témoignage, xviiie siècle

Keywords

earthquake, South America, travel narrative, testimony, 18th century

Plan

Texte

Dans le livre VII de son Histoire des deux Indes, au cours d’un chapitre consacré aux mines du Pérou, Raynal détaille la répartition géographique des gisements d’or et d’argent. Les vallées, contrairement aux montagnes, ne contiennent ces métaux que par accident :

Les grosses masses de ces précieux métaux qui s’y rencontrent quelquefois, y ont été transportées par des embrâsements souterreins, des volcans, des tremblemens de terre ; par des révolutions que l’Amérique a essuyées, essuie encore tous les jours1.

L’instabilité géologique de l’Amérique méridionale est un véritable lieu commun largement répandu au xviiie siècle, relayé et amplifié par les voyageurs-explorateurs. Ce caractère presque convulsif du sol américain éveille surtout l’intérêt des voyageurs et des philosophes. Diderot donne à l’Histoire des deux Indes ses pages les plus vibrantes, dans lesquelles les feux volcaniques et les convulsions du sol forment le tombeau infernal des colonisateurs espagnols. De Pauw, quant à lui, utilise ce phénomène comme preuve de la jeunesse géologique de l’Amérique et de son inconstance2.

L’article « Tremblement » du Dictionnaire de Trévoux de 1743 passe d’une définition générale (« Émotion de ce qui n’est point ferme & assuré ») à la mention des tremblements de terre, de leur cause chimique et de leurs effets dévastateurs. Cette entrée se termine sur cette précision : « L’Italie & les pays Orientaux sont sujets aux tremblemens de terre. » Dans son édition de 1718, la Sicile est le seul exemple donné par le Dictionnaire de l’Académie française pour illustrer la définition du tremblement de terre, suivi dans l’édition de 1762 par celui de Lisbonne, quelques années après le fameux désastre. D’Holbach, dans l’Encyclopédie, s’attarde sans surprise sur les tremblements de terre italiens et sur celui de Lisbonne, mais il élargit aussi l’aire géographique en indiquant que les tremblements de terre ne sont pas répartis également sur la surface du globe et que

les pays chauds y paroissent surtout les plus exposés, ce qui vient, soit de ce que la chaleur du climat est en état de faire sortir du sein de la terre un plus grand nombre de vapeurs propres à s’enflammer & à faire des explosions, soit de ce que ces pays contiennent un plus grand nombre de matieres combustibles, & propres à alimenter & à propager les feux souterreins3.

Bien que quelques pays du Nord subissent ce genre de tremblements, leur fréquence et leur magnitude ne sont pas comparables à celles des pays méridionaux : l’Afrique, l’Asie, les pays du sud de l’Europe et surtout l’Amérique du Sud y semblent davantage prédisposés, à cause de leur situation dans la zone torride. Le tremblement de terre apparaît donc comme un phénomène naturel résolument exotique, connu le plus souvent grâce à des observations de voyageurs. L’explication n’est pas géologique comme aujourd’hui, mais climatique et chimique, mêlant à la chaleur du climat la qualité sulfureuse des sols, comme le suggère la situation géographique des zones les plus touchées et la corrélation manifeste entre ces tremblements et la présence de volcans. Même si, comme le rappelle Grégory Quenet, les tremblements de terre ne sont pas un phénomène aussi étranger à la France d’Ancien Régime qu’on pourrait le penser (on en dénombre plusieurs sur une grande partie du territoire entre les xviie et xviiie siècles à des intensités diverses), le séisme reste cependant intimement associé « à un imaginaire de la découverte et de l’exploration » des espaces lointains, imaginaire qui « recoup[e] la figure des prodiges car l’idée d’une localisation préférentielle des monstres dans des régions éloignées de la zone tempérée est fréquemment admise depuis le xvie siècle4. » Si les monstres américains du xvie siècle sont presque en voie d’extinction deux siècles plus tard, bien que certains comme les Patagons continuent d’occuper les esprits, la monstruosité de l’Amérique du Sud demeure un sujet d’interrogation qui passe essentiellement par des considérations sur sa nature, toujours excessive, qu’il s’agisse des qualités du sol, des températures, de l’humidité de l’air ou des phénomènes climatiques – débat philosophique et scientifique connu depuis lors sous le nom de « dispute du Nouveau monde5 ». Le tremblement de terre fait aussi partie de cette sorte de tératologie climatique dont les voyages se font l’écho.

Le tremblement de terre, comme les autres catastrophes naturelles (épidémies, incendies, inondations, etc.), interroge d’un point de vue physique et métaphysique : le récit de la catastrophe est toujours à un croisement entre différents modes de pensée et de représentation, articulés ou réajustés selon les circonstances. On notera d’emblée que les récits de voyage étudiés dans cet article ne proposent pas d’interprétation religieuse du tremblement de terre. Il semble tout de même important de rappeler que cela fait davantage figure d’exception que de règle, car le discours sur la catastrophe reste au xviiie siècle très imprégné de religiosité, dans son interprétation comme dans sa description. Le récit du tremblement de terre construit donc un creuset où se rencontrent et se confrontent plusieurs manières de comprendre le rapport entre l’humanité et la nature, et c’est cette pluralité qui fonde l’intérêt d’une étude littéraire de la catastrophe naturelle6.

Le séisme de Lisbonne de 1755 fait figure d’événement majeur du xviiie siècle : catastrophe naturelle de grande ampleur, il secoue véritablement les consciences européennes7. Sa force tient autant à la gravité de l’événement qu’à la portée des textes qui s’y rapportent et qui le constituent en véritable événement philosophique. Mais ce tremblement de terre, aussi intéressant et important soit-il, semble faire oublier les autres manifestations du tremblement de terre qu’on trouve dans la littérature de voyage française de la première moitié du xviiie siècle. Des Voyages de Feuillée et de Frézier (publiés respectivement en 1714 et 1716) jusqu’aux récits des voyageurs de l’expédition géodésique lancée en 1735 (La Condamine et Bouguer) pour déterminer la figure de la Terre, ces voyageurs en Amérique du Sud écrivent sur le tremblement de terre, ses manifestations, ses causes et ses effets, avant qu’il ne devienne l’objet philosophique qu’on connaît. Il s’agit donc de comprendre comment le motif du tremblement de terre sud-américain se lit comme un topos essentiel du voyage qui construit une image de l’espace parcouru et du voyageur lui-même, tout en interrogeant la dimension testimoniale du récit de voyage et son ambition de vraisemblance.

L’expérience du tremblement

Le tremblement de terre n’est jamais traité de manière univoque, d’un récit de voyage à l’autre et même à l’intérieur de chaque récit. Il apparaît tantôt sous sa forme la plus spectaculaire, comme un désastre de la nature, tantôt comme un phénomène régulier noté dans la liste des événements climatiques sans grande importance. C’est notamment le cas dans le Journal de Feuillée, qui se propose dès l’ouverture de son livre d’« observer exactement [les] vents qui regnent, leurs forces et leurs variations, les tremblemens de terre, tous les phenomenes qui me paroîtroient nouveaux8 ». Nouveaux, c’est-à-dire n’ayant été que très peu étudiés par les savants européens. Le tremblement de terre devient un phénomène naturel comme les autres, au même rang que le déplacement des astres, le sens des vents et les précipitations. Feuillée note à la suite de ses observations astronomiques une série de considérations climatiques, comme par exemple en juin 1709 :

Le 14 les vents revinrent au Nord ; nous eûmes le matin un tremblement de terre peu considerable. Le 15 les vents se rangèrent une autre fois au Sud9.

On compte une dizaine de mentions de ces faibles séismes apparemment anodins. Le tremblement de terre, dans ce genre d’observations, frappe paradoxalement par sa banalité. Événement régulier, il vient rythmer la vie quotidienne du voyage sans la troubler. Bouguer peut ainsi écrire que ce phénomène disparaît presque de la conscience du voyageur et des habitants du Pérou :

Il n’est guere de semaine pendant laquelle on ne ressente au Pérou quelques legeres secousses de tremblemens ; si ce n’est pas dans un endroit c’est dans un autres. Le plus souvent on n’y fait aucune attention ; personne ne se charge d’en recueillir les dates & de les marquer10.

Le voyageur se dissocie de ce « on » américain, car, demeurant un homme de science et un Européen, il tâche de consigner et de décrire ces tremblements qui tomberaient sans cela dans l’oubli. Mais les voyageurs savants ne sont pas infaillibles, au point que La Condamine, son collègue, avoue aussi avoir « omis d’en faire mention dans [son] journal11 » du fait de leur fréquence. Pour autant, cette régularité n’entraîne pas nécessairement une insensibilité. Elle oblige les voyageurs français à se familiariser avec l’événement sismique. Aucune trace de la surprise du premier tremblement de terre vécu par ces voyageurs, remplacée par un discours très général sur leur fréquence. Comme l’écrit La Condamine :

On s’accoutume à tout, même aux tremblemens de terre. Ils étoient assez fréquens à Quito, mais peu violens : il y en eut trois en quatre jours ; le 12 [septembre 1740] à cinq heures, le 14 à quatre heures, & le 16 à deux heures du matin. Le premier avoit duré près de deux minutes à diverses reprises12.

Le processus de familiarisation dont parle le voyageur renforce paradoxalement l’étrangeté ou la peur provoquée par les tremblements de terre. Contrairement aux autres phénomènes naturels ou à d’autres objets de connaissance, le tremblement de terre n’est pas vraiment mesurable ni quantifiable, d’où la difficulté de s’en saisir et de le reproduire dans le récit comme cela peut être le cas pour les observations astronomiques ou les expériences de physique auxquelles se livrent les voyageurs scientifiques. Phénomène régulier mais imprévisible, le tremblement de terre n’est pas cependant identifiable aux autres manifestations climatiques inoffensives observées par les voyageurs. Au contraire, bien que le plus souvent sans dommage pour les hommes ou les habitations, il reste un événement redouté des voyageurs scientifiques : son apparition met en péril les observations astronomiques et physiques, car, s’il ne menace pas souvent les hommes, il endommage régulièrement les instruments. Il oblige les académiciens français, partis mesurer un angle de méridien dans la province de Quito, à contrebalancer l’instabilité du sol en redoublant de prudence et de minutie dans la prise de leurs mesures et dans le soin porté aux instruments, comme Bouguer qui, face à son secteur dérangé par les tremblements de terre successifs, doit faire plusieurs fois les mêmes observations pour s’assurer de leur constance13. Et La Condamine de redoubler d’ingéniosité pour s’assurer que sa lunette astronomique ne dévie pas de son axe :

Pour mieux reconnoître si elle changeroit de situation, soit par quelqu’une des causes qui avoient été soupçonnées, soit par les tremblemens de terre fréquens, soit par quelque autre accident imprévû, j’avois fait sceller à part dans le mur, & tout proche du bout oculaire, une petite plaque d’argent planée, où j’avois marqué de distance en distance des points, et tracé des transversales14.

La mission géodésique – entreprise d’arraisonnement de l’espace, astronomique et géographique, de cette partie de l’Amérique – ne peut souffrir l’inconstance des mesures, qui remettrait en cause l’intégralité du voyage et sa valeur scientifique au retour des académiciens en France.

Le tremblement de terre est une contrainte supplémentaire opposée au voyageur scientifique. Il rejoint la liste des affres du climat et du sol qui frappent avec violence l’Amérique méridionale et qui font de la mission scientifique une véritable prouesse contre la nature – et des voyageurs des héros courageux. Dans l’avertissement qui précède le récit de voyage de Bouguer, on lit que le voyageur luttait pendant ses observations « contre les obstacles que mettoient le Ciel & la Terre conjurés pour ainsi-dire ensemble, le Ciel par ses nuages, & la Terre par ses tremblemens15. » Les récits de Bouguer et de La Condamine concordent sur ce point : les observations menées dans les montagnes de la cordillère des Andes sont une série d’épreuves physiques qui mettent l’homme de sciences aux prises avec une nature hostile et parfois violente. Les nuages empêchent les observations, et s’y ajoutent souvent la pluie et l’orage. La neige des montagnes du Pichincha ou du Cotopaxi rend l’ascension encore plus périlleuse. En observation à Tarqui, La Condamine décrit « le plus triste séjour qu’il soit possible d’imaginer ». Isolé du monde, le lieu de l’observation rend à la fois la vie et le travail impossible par ses conditions climatiques et géographiques :

Pendant le cours de mes observations, les vents y furent continuels & violents : j’y ressentois presque toûjours, & sur-tout la nuit, assez de froid pour désirer du feu : il y pleuvoit des semaines entières sans interruption. Les tremblemens de terre n’étoient pas moins fréquens que les orages : deux Indiens y avoient été tués par le tonnerre en 1739, presque sous nos yeux, & il étoit tombé sur une de mes mules à un jet de pierre de notre logis. Quelquefois la matinée annonçoit un beau jour ; mais à une heure presque réglée, le brouillard épais qui s’élevoit d’un terrein voisin, bas & humide, entroit par une gorge de montagnes, se répandoit sur tout le vallon, et déroboit subitement la vue du ciel et de la terre16.

L’orage et le tremblement de terre apparaissent comme deux phénomènes symétriques, qui se rejoignent par la violence de leur apparition, leur régularité et l’imprévisibilité de leur cible : on touche alors ce que l’avertissement du livre de Bouguer annonçait, à savoir que l’espace montagneux des Andes fait concourir le ciel et la terre pour entraver l’entreprise, voire la vie des hommes de science – ciel et terre qui sont pourtant les objets de l’observation, astronomique, géodésique et géographique.

Montrer et expliquer la catastrophe

Contrairement au spectacle édifiant du tremblement de terre de 1663 donné par Charlevoix dans son Histoire de la Nouvelle France (1744), qui visait à imposer une lecture providentielle de la catastrophe naturelle à travers une réécriture beaucoup plus violente et impressionnante de ses sources17, les voyageurs français en Amérique méridionale ne semblent pas vouloir chercher dans ce phénomène naturel le signe d’une intervention divine quelconque. Seul Frézier, reprenant un tremblement de terre à La Paz en 1581, utilise une expression tirée des Psaumes pour traduire l’image d’un glissement de terrain :

La terre courut & coula sur le païs, l’espace d’une lieue & demie, comme si c’eût été de l’eau ou de la cire fondue18.

La comparaison détonne un peu avec le ton général du récit de voyage qui n’est pas très empreint de religiosité ou de références bibliques – même si l’ingénieur verse parfois dans la critique morale face au spectacle d’un catholicisme qu’il juge dévoyé. La référence biblique n’est pas originale : elle se trouve déjà telle quelle dans le texte d’Acosta, d’ailleurs cité in extenso par Frézier19. En passant du texte du père jésuite à celui de l’ingénieur français, elle conserve une part de rhétorique expressive, sans pour autant chercher l’édification du lecteur. Même Feuillée, de l’ordre des Minimes, se garde de toute interprétation religieuse des tremblements dont il est le témoin. La seule dimension religieuse concerne le fait qu’un séisme le 20 mai 1709 vient perturber le cours régulier de son office20, ou bien que la peur de l’arrivée imminente d’un tremblement ravive momentanément la foi des habitants de Lima :

Cette crainte leur fut salutaire, on vit les Églises remplies de gens contrits & humiliez, & implorant la miséricorde du Seigneur, dans l’attente d’un événement extraordinaire21.

La prière reste un événement social qui apaise davantage les consciences que la colère divine. Feuillée décrit les phénomènes et les attitudes, sans jamais tirer de conclusions sur la cause (physique ou métaphysique) des tremblements de terre. Cela ne l’empêche pas cependant de donner au tremblement de terre une fonction de révélateur social. Témoin direct de deux séismes destructeurs à Lima, Feuillée écrit par deux fois une scène presque identique.

[20 mai 1709] Le bruit qui les devance, reveille ceux qui dorment le plus profondément, on ne l’entend pas plutôt, que chacun sort promptement de sa maison avec les hardes qui se trouvent sous sa main ; & l’on voit pour lors dans les rues des décorations capables de faire rire dans tout autre temps22.

[21 octobre 1709] Sur les quatre heures du matin un bruit épouventable qui devança de tres-peu un tremblement de terre, nous fit sortir du lit avec beaucoup de précipitation, chacun courut en chemise dans la ruë, de peur d’être enseveli sous les ruines de leur maison. On vit tout-à-coup dans toutes les rues de Lima une décoration grotesque, & capable dans une autre occasion que celle-cy de donner la Comedie23.

Nulle trace du séisme à proprement parler ni d’une traduction des convulsions de la terre ou de l’effroi des habitants, mais au contraire une scène plutôt comique. Le tremblement de terre devient l’occasion de présenter une vision presque théâtrale de la société péruvienne, puisqu’il oblige les habitants à s’enfuir de chez eux presque nus, révélant aux yeux du voyageur étranger une sorte de « comédie humaine » (avant la lettre) liménienne. Le séisme demeure un problème d’ici-bas, qui sort de la terre et touche les corps humains et l’organisation sociale.

Outre ces dernières anecdotes, les épisodes sismiques restent des moments éclairants dans la mesure où ils permettent aussi de mieux faire voir et comprendre la société péruvienne, et plus précisément l’architecture des villes du vice-royaume du Pérou. Dans le journal de La Condamine, le tremblement de terre devient l’occasion de développer quelques remarques sur la manière de construire et de louer les adóbes, briques d’argile et de paille simplement séchées, pour leur résistance face aux diverses catastrophes naturelles qui peuvent frapper la région24. Feuillée explique la raison de la bassesse des constructions par l’apprentissage douloureux des conséquences des tremblements de terre, et par l’intégration progressive des savoirs architecturaux indigènes :

Les Espagnols ont appris à leur dépens l’importance qu’il y a de ne pas bâtir de superbes édifices, & ont enfin reconnu que les Indiens n’avoient pas tort de se moquer d’eux, voyant leurs projets, & de leur dire qu’ils se bâtissoient des sepulchres. Ceux-cy en furent convaincus par l’évenement ; car un tremblement étant survenu, ils furent tous accablez sous les ruines de leurs maisons25.

Ces exemples permettent aussi de voir dans les tremblements de terre l’occasion de collecter et de restituer des connaissances annexes, certes jamais centrales pour l’ordre du récit et sa valeur scientifique, mais au moins curieuses ou plaisantes, capables d’intéresser un public plus large.

Les anecdotes architecturales font aussi du tremblement de terre l’une des causes du paysage américain. Il façonne les reliefs comme les villes selon la fréquence et la violence de ses apparitions, forçant les habitants à des formes d’adaptation. Frézier, à propos d’un tremblement de terre survenu dans la province de Quito en 1692, rapporte une anecdote géographique et judiciaire : les glissements de terrain ont été si violents qu’ils ont désorganisé la division des terres, obligeant les juristes de Lima à procéder à un redécoupage de la propriété privée suite à de nombreuses plaintes26. Cette anecdote insiste non seulement sur le caractère extraordinaire de l’événement, mais permet aussi de le regarder avant tout comme un événement social, au même titre que les peurs des habitants de Lima décrites par Feuillée, qui vient troubler l’ordre et nécessite une réponse politique27.

De la même manière que les suites du séisme obligent à restituer un ordre dans la ville, certains voyageurs comme Bouguer et Frézier ne peuvent pas seulement voir le tremblement de terre comme un phénomène complètement désordonné. Le passage de l’expérience personnelle au récit de voyage oblige à remettre de l’ordre dans le séisme en expliquant quelles peuvent être ses causes. Frézier explique ainsi qu’« [on] ne peut faire attention à des Phénomènes si extraordinaires, sans que la curiosité naturelle nous porte à en chercher la raison28. » Il reprend les explications de Nicolas Lémery qui, dans un mémoire de l’Académie royale des sciences, expliquait avoir déterminé par l’expérience la nature commune des tremblements de terre, des ouragans ou encore des éclairs et du tonnerre. Il s’agirait d’une réaction chimique due à la fermentation de l’eau, du fer et du soufre créant un gaz qui, en s’échappant, ferait trembler la terre sur son passage29. Frézier et Bouguer partagent le même avis : l’observation de la situation géographique des tremblements de terre doit faire penser que l’eau, la proximité des volcans et la composition du sol entrent dans les causes des tremblements de terre, ce que confirmerait la comparaison du Pérou et de l’Italie. Les causes du séisme ne semblent donc plus poser un problème à l’entendement, ce qui n’est pas le cas de la question de leur fréquence, qui interroge davantage Bouger. Afin de résoudre cette question, il s’appuie, pour le déconstruire en grande partie, sur l’ouvrage d’un astrologue prétendant pouvoir prédire une « période tragique30 » propice aux séismes. L’académicien oppose à cette « sçience vaine31 » la complexité du phénomène sismique (sa durée, son étendue, ses manifestations, ses retours), qui ne peut être résolue par une approche monocausale, qui l’expliquerait par la seule influence des astres. Bouguer choisit au contraire de ramener l’explication sur terre en s’intéressant d’abord aux volcans qui jouent de toute évidence un rôle dans l’apparition des séismes et qui présentent un fonctionnement beaucoup plus simple à comprendre. De cette relation entre les volcans et les tremblements de terre, l’académicien tire quelques conclusions : les causes du tremblement de terre sont à trouver du côté de la chaleur du climat et des marées, reprenant les explications de Lémery. Même s’il récuse fortement l’astrologie judiciaire, Bouguer cherche quand même à mettre en évidence une régularité du phénomène dans le chaos apparent, et il semble la trouver dans le cycle des grandes marées de la fin de l’automne, ce qui expliquerait l’augmentation des séismes entre septembre et décembre32. On retrouve à la fin de la démonstration de l’académicien l’idée d’une action des astres, mais bornée à l’influence lunaire sur les marées. Bouguer cherche ainsi à mettre un peu d’ordre dans le phénomène sismique : il vise certes une explication générale, mais fondée sur un effort de précision dans la définition et la circonscription des causes, et il ne prétend pas résoudre le problème de la prédiction, seulement dégager quelques constantes.

Tremblements de terre, récit de voyage et témoignage

Il n’est pas rare que chaque mention d’une nouvelle ville – Pisco, Arica, Lima, Callao, etc. – comporte très rapidement la mention d’un ou plusieurs tremblements de terre qui ont obligé à la reconstruire partiellement ou totalement. C’est notamment le cas de la ville de Pisco détruite entièrement le 19 octobre 1682 par un tremblement de terre suivi d’un raz-de-marée, et reconstruite plus loin de la mer, événement rapporté par Feuillée et Frézier33. Cet exemple et la récurrence de ce genre de mention apposée aux villes décrites invite à s’interroger sur la valeur testimoniale face au tremblement de terre, problématique au cœur de l’écriture du récit de voyage34. Ni Feuillée ni Frézier n’ont été témoins du tremblement de terre de 1682, et Frézier, bien qu’il les rapporte, n’a pas vu ceux de 1605 à Arica, de 1678 à Lima ou de 1647 et 1657 à Santiago. Les tremblements passés permettent de nourrir le récit de voyage en comblant les lacunes de l’observation du voyageur. On touche ici à une caractéristique du récit de voyage, très souvent dénoncée par ses détracteurs : le voyageur, souhaitant pallier les faiblesses de sa propre expérience, reproduit sans distance critique des discours ou des anecdotes tirés de voyages antérieurs ou de témoins rencontrés, faisant dans le premier cas la compilation d’un voyage essentiellement livresque35. Le cas des récits des tremblements de terre s’insère dans ce mode de composition, à ceci près que leur mention relève toujours un peu de l’expérience vécue, ne serait-ce que parce que c’est la présence d’un voyageur sur place qui rend possible la restitution des témoignages de seconde main. C’est du moins de cette manière que sont présentés ces événements sismiques : ils relèvent d’une connaissance acquise par le voyageur pendant son séjour, qui permet en même temps de rendre plus vraisemblable son discours. On peut lire dans ce passage tiré du journal de La Condamine un exemple assez représentatif de la manière qu’ont les voyageurs de rapporter un événement sismique :

Le 14 juin, à une heure trois quarts après midi, il y eut un tremblement de terre, le plus violent de ceux que j’ai ressentis à Quito : il ne dura que quelques secondes. J’ai déjà dit qu’on y est familiarisé avec cet accident, qui n’a jamais été funeste à cette ville ; quoique celles de Latacunga et d’Hambato [Ambato], qui n’en sont éloignées que de quinze et de vingt-deux lieues, aient été presque entièrement ruinées par un tremblement le 20 juin 169836

La restitution du témoignage sensible et son appréciation (la date, sa force) sont suivies par un propos plus général qui porte sur l’histoire du territoire parcouru, et enfin par une anecdote connexe mais éloignée dans le temps, rapportant un événement généralement plus violent que ceux de l’anecdote personnelle ou que la leçon qui en est tirée (ici, même si Quito n’a jamais été détruite malgré la fréquence des tremblements de terre, les deux autres villes mentionnées n’ont pas eu cette chance). Le témoignage personnel se conclut alors par l’anecdote d’un événement catastrophique dont le voyageur se fait l’historiographe mais non le témoin direct. La Condamine vient ici combler son témoignage personnel par un événement bien plus violent et passé dans les annales – manière peut-être d’ajouter au récit quotidien une forme d’exceptionnalisme tout en restant fidèle à l’exigence de vérité que l’homme de science s’est donné. Ainsi le tremblement de terre, devenu savoir commun sur l’Amérique méridionale, devient-il par la même occasion un topos du récit de voyage américain. Le discours viatique en sort renforcé : le voyageur lie son expérience propre, attestée par la description et une insistance sur la vraisemblance des événements, à une série de faits historiques tangibles qui généralement ont déjà traversé l’Atlantique avant la publication du récit, et qui ne sont donc pas sujets à caution. De la même manière que ces voyageurs racontent l’histoire de l’établissement et de la fondation de certaines villes quand ils les traversent, les tremblements de terre font intégralement partie de cette description à la fois historique et physique de l’espace donné à lire.

Bouguer décrit lui aussi ce même tremblement de terre survenu à Latacunga et qui bouleversa profondément le paysage des montagnes aux alentours :

Il y eut quelque chose de semblable lorsqu’un tremblement furieux renversa la petite ville de Latacunga & plusieurs bourgs ou villages jusqu’à Ambato qui se trouvent vers le tiers de notre Méridienne. Une montagne fort haute presque adjacente à Chimboraço [Chimborazo] s’écroula, de même que d’autres moins élevées qui étoient sur la même ligne & dont les débris ont servi à nos triangles. Il en sortit une si grande quantité d’eau qu’il y eut une forte inondation dans les environs, si l’on peut nommer inondation les terres éboulées qui se delayerent & qui se convertirent en boue ; mais en boue assez liquide pour couler sous la forme de ruisseaux & de rivieres, dont on voit encore divers vestiges. Cargaviraço [Carihuairazo] la plus haute de ces montagnes n’a plus maintenant qu’une hauteur médiocre. D’autres s’écroulèrent en partie ; une moitié tomba & l’autre moitié subsista avec un talud qui la rendit inaccessible du côté de l’éboulement. J’ai eu la curiosité de monter sur une de ces montagnes nommée Pugnalic [Puñalica], au pied de laquelle nous avions un signal ; j’y trouvai une infinité de différentes crevasses qui m’obligeoient de marcher avec précaution, & il me parut que la terre y étoit d’une extrême legereté. Cargaviraço [Carihuairazo] en perdant sa hauteur prit une forme conoïdale très-applatie […]. On vit des champs entiers & plantés d’arbres se détacher & passer à quelques lieues, de distance. Le malheur de Latacunga principalement fut extreme. Les familles entières furent ensevelies sous le meme toît ; & il n’y eut absolument aucune maison où on n’eut à pleurer la mort de quelqu’un. Cette terrible scene arriva le 20 Juin 1698 vers une heure après minuit ; & presque tout le mal fut causé par la première secousse37.

Bouguer utilise là deux modalités complémentaires du spectacle terrifiant : le récit de l’inondation et de l’éboulement qui saisit par sa violence, et l’observation des conséquences visibles du tremblement de terre plusieurs années plus tard, qui constitue un paysage désolé et dangereux. Mais on n’apprend qu’à la fin du passage que ce tremblement de terre a eu lieu plusieurs décennies avant l’arrivée de Bouguer, qui n’a donc jamais pu en être le témoin. Le récit est pourtant saturé de la présence du « je » qui semble rapporter systématiquement cet événement à sa présence dans les Andes : les « débris » des montagnes servent aux académiciens, il voit encore les « vestiges » de la catastrophe, tel un voyageur visitant des ruines, l’épisode sismique se superpose avec l’ascension du Puñalica pendant les opérations de mesure. On glisse du « on voit » propre à l’expérience vécue à un « on vit », et dans le passage du discours présent au récit passé apparaît l’insertion d’un témoignage dont le voyageur ne rend pas compte.

L’écriture du tremblement de terre apparaît donc comme indissociable d’un « on », dans ce que l’emploi du pronom peut avoir de plus retors. Il ne va pas toujours de soi de déceler s’il sert seulement à mêler un « je » et un « nous » (le « on y est familiarisé » et les « on voit » ou « on vit » des témoignages de La Condamine et de Feuillée incluent de toute évidence ces voyageurs sans faire apparaître la marque de la subjectivité) ; s’il s’agit plutôt d’opérer une généralisation qui porterait sur un savoir établi et commun ; ou bien encore s’il s’agit de rapporter un témoignage lointain dont le « je » ne peut pas être le seul garant. Cet usage labile du « on » se relève particulièrement chez Frézier qui l’utilise généralement pour rapporter des événements passés qu’il n’a pas pu voir. Relatant un tremblement de terre à Arica en 1605, il note qu’« on voit encore les vestiges des rues, qui s’étendent à près d’un quart de lieue de l’endroit où elle est aujourd’hui38. » Pour celui de Lima en 1682, il rapporte que, « si l’on en croit la voix commune », celui-ci aurait été annoncé par un religieux exhortant les habitants à la pénitence39. Le terrible tremblement survenu dans la province de Quito en 1691

émut tellement la terre qu’il en détacha de grandes portions qu’on vit couler toutes entières à trois & quatre lieues loin de l’endroit où elles étoient, & transporter ainsi les campagnes, avec les arbres & maisons debout […]40.

Ce pronom vient en quelque sorte lisser l’énonciation du récit de voyage. Il permet à la fois d’effacer un « je » pour tendre vers un discours délivrant une vérité générale et de rapporter sous la même forme des événements ou des discours qui n’ont aucun lien avec le voyage de l’auteur. Le « on vit » de la description du séisme de 1691 cache le sujet réel, à savoir les témoins oculaires dont le voyageur ne fait évidemment pas partie. Frézier ne relate aucune expérience personnelle du tremblement de terre, qui n’apparaît qu’à travers des remarques très générales, comme dans sa description de Lima dans laquelle l’ingénieur se plaint que le bonheur de vivre dans cette ville soit « troublé par les frequens tremblemens de terre41 ». Cette absence est comme palliée par l’abondance des tremblements de terre anciens ajoutés aux descriptions des villes de Pisco, Arica, Lima ou Santiago42. Mais de cette manière le récit de Frézier fait état d’un double manque : de témoignage direct, d’abord, mais aussi d’explicitation des relais grâce auxquels il a eu accès aux informations relatives aux tremblements de terre arrivés avant son voyage. L’accumulation des événements sismiques semble pouvoir fonder l’autorité et la véracité du discours du voyageur, moins subordonnées à l’observation individuelle et présentées comme une succession de faits historiques dont la connaissance est établie et partagée. Mais elle se révèle aussi être une manière de détourner l’ordre du récit pour y inclure des épisodes spectaculaires, voire terrifiants, soutenus par un artifice énonciatif qui joue avec la place du narrateur-voyageur à l’intérieur de ce spectacle, tantôt compilateur érudit, tantôt témoin fictif du désastre.

Le récit de voyage de Frézier pousse à l’extrême cette technique de compilation, qu’on retrouve plus subtilement chez La Condamine et Bouguer. La compilation d’observations et d’événements détachés du voyage individuel est une pratique courante du récit de voyage à l’époque moderne. Elle permet au voyageur de montrer un savoir acquis (ou emprunté) tout en s’assurant du plaisir de lecture produit par des éléments relevant d’un exotisme attendu. Le passage à l’écriture permet de rectifier l’aventure personnelle en y agrégeant tout ce que le voyageur, devenu auteur, s’autorise à vivre – et à faire vivre à son lecteur – par procuration. À défaut d’être des observateurs héroïques du séisme, les voyageurs se constituent eux-mêmes comme les dépositaires d’un savoir sur l’Amérique du Sud, fondé empiriquement (c’est le voyage même qui autorise le discours), qu’ils organisent et restituent. Les récits de Feuillée, de Bouguer et de La Condamine impliquent que même le séisme vécu n’existe ou n’a de valeur que dans la mesure où il est consigné par écrit. Ainsi l’expérience personnelle et la connaissance secondaire du tremblement de terre semblent-elles se confondre dans l’écriture du récit de voyage : l’événement sismique n’existe donc que dans et par le récit que le voyageur en propose.

1 Guillaume-Thomas Raynal, Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens avec les deux Indes [1770], Genève

2 « […] les nombreux volcans des Cordellieres & des rochers du Mexique, les tremblements qui ne cessent jamais dans l’une ou dans l’autre branche des

3 Paul Thiry D’Holbach, article « Tremblemens de terre, Encyclopédie, t. XVI, 1765, p. 583a.

4 Grégory Quenet, Les Tremblements de terre aux xviie et xviiie siècles : la naissance d’un risque, Seyssel, Champ Vallon, 2005, p. 210-211.

5 Voir Antonello Gerbi, The Dispute of the New World: the history of a polemic, 1750-1900 [1955], trad. Jeremy Moyle, Pittsburgh, University of

6 Sur la question de la catastrophe naturelle et de son discours, voir Anne-Marie Mercier-Faivre et Chantal Thomas (dir.), L’Invention de la

7 Pour une étude récente et approfondie des représentations et des conséquences politiques et philosophiques du tremblement de terre de Lisbonne

8 Louis Feuillée, Journal des observations physiques, mathématiques et botaniques faites par ordre du roi sur les côtes orientales de l’Amérique

9 Ibid., p. 419.

10 Pierre Bouguer, Relation abrégée du voyage fait au Pérou, dans La Figure de la terre, Paris, Imprimerie royale, 1749, p. lxxv.

11 Charles-Marie de La Condamine, Journal du voyage fait par ordre du roi à l’équateur, Paris, Imprimerie royale, p. 142.

12 Ibid., p. 97.

13 Bouguer, op. cit., p. 259.

14 La Condamine, op. cit., p. 113-114.

15 Bouguer, op. cit., s.p. (p. 5-6 de l’avertissement).

16 Pour les deux dernières citations, La Condamine, op. cit., p. 178.

17 Pierre Berthiaume, « Le Tremblement de terre de 1663 : les convulsions du verbe ou la mystification du logos chez Charlevoix », Revue d’histoire

18 Amédée Frézier, Relation du voyage de la mer du Sud aux côtes du Chili, du Pérou et du Brésil […] [1716], Amsterdam, Pierre Humbert, 1717, p. 366.

19 José de Acosta, Histoire naturelle et morale des Indes, trad. Robert Regnauld, Paris, Adrian Tiffaine, 1616, livre III, chap. 26, p. 126.

20 Feuillée, op. cit., p. 411.

21 Ibid., p. 410.

22 Ibid., p. 411.

23 Ibid., p. 444.

24 La Condamine, op. cit., p. 142.

25 Feuillée, op. cit., p. 426.

26 Frézier, op. cit., p. 366.

27 Voir à ce propos l’article de Nicolas de Ribas sur la dimension discursive et politique du tremblement de terre : « Le Tremblement de terre de

28 Frézier, op. cit., p. 367.

29 Nicolas Lémery, « Explication physique et chymique des Feux souterrains, des Tremblemens de Terre, des Ouragans, des Éclairs & du Tonnerre »,

30 Bouguer, op. cit., p. lxxii, c’est l’auteur qui souligne.

31 Ibid.

32 Bouguer, op. cit., p. lxxiv.

33 Feuillée, op. cit., p. 393-394 et Frézier, op. cit., p. 319.

34 Sur l’observation personnelle (ou autopsie, au sens étymologique de perception individuelle) dans l’écriture de l’histoire et du voyage, voir

35 Voir notamment à ce propos : Percy Guy Adams, Travelers and Travel Liars 1600-1800, Berkeley/Los Angeles, University of California Press, 1962 ;

36 La Condamine, op. cit., p. 115.

37 Bouguer, op. cit., p. lxxi-lxxii.

38 Frézier, op. cit., p. 261.

39 Ibid., p. 365.

40 Ibid., p. 366.

41 Ibid., p. 406.

42 Ibid., p. 174-175 (Santiago), p. 260-261 (Arica), p. 319 (Pisco), p. 365-367 (Lima).

Notes

1 Guillaume-Thomas Raynal, Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens avec les deux Indes [1770], Genève, Pellet, 3e éd. 1780, t. II, livre VII, chap. XXX, p. 226.

2 « […] les nombreux volcans des Cordellieres & des rochers du Mexique, les tremblements qui ne cessent jamais dans l’une ou dans l’autre branche des Andes, prouvent que la terre n’y est pas encore en repos de nos jours », Cornélius De Pauw, Recherches philosophiques sur les Américains, t. I, Berlin, Jacques Decker, 1768, p. 102.

3 Paul Thiry D’Holbach, article « Tremblemens de terre, Encyclopédie, t. XVI, 1765, p. 583a.

4 Grégory Quenet, Les Tremblements de terre aux xviie et xviiie siècles : la naissance d’un risque, Seyssel, Champ Vallon, 2005, p. 210-211.

5 Voir Antonello Gerbi, The Dispute of the New World: the history of a polemic, 1750-1900 [1955], trad. Jeremy Moyle, Pittsburgh, University of Pittsburgh Press, 1973.

6 Sur la question de la catastrophe naturelle et de son discours, voir Anne-Marie Mercier-Faivre et Chantal Thomas (dir.), L’Invention de la catastrophe au xviiie siècle : du châtiment divin au désastre naturel, Genève, Droz, 2008 ; François Walter, Catastrophes. Une histoire culturelle, xvie-xxie siècles, Paris, Seuil, 2008 ; Françoise Lavocat (dir.), Pestes, incendies, naufrages. Écritures du désastre au dix-septième siècle, Turnhout, Brepols, 2011 ; Thierry Belleguic (dir.), Penser la catastrophe à l’âge classique : dispositifs, modèles, figures, Paris, Hermann, 2014.

7 Pour une étude récente et approfondie des représentations et des conséquences politiques et philosophiques du tremblement de terre de Lisbonne, voir les contributions contenues dans Theodore E. D. Braun et John B. Radner (dir.), The Lisbon earthquake of 1755 : representations and reactions, Oxford, Voltaire foundation, 2005, et notamment celle de Grégory Quenet, « Déconstruire l’événement. Un séisme philosophique ou une catastrophe naturelle ? », dans The Lisbon earthquake of 1755 […] op. cit., p. 127-144.

8 Louis Feuillée, Journal des observations physiques, mathématiques et botaniques faites par ordre du roi sur les côtes orientales de l’Amérique méridionale […], Paris, Pierre Giffart, 1714, p. 6.

9 Ibid., p. 419.

10 Pierre Bouguer, Relation abrégée du voyage fait au Pérou, dans La Figure de la terre, Paris, Imprimerie royale, 1749, p. lxxv.

11 Charles-Marie de La Condamine, Journal du voyage fait par ordre du roi à l’équateur, Paris, Imprimerie royale, p. 142.

12 Ibid., p. 97.

13 Bouguer, op. cit., p. 259.

14 La Condamine, op. cit., p. 113-114.

15 Bouguer, op. cit., s.p. (p. 5-6 de l’avertissement).

16 Pour les deux dernières citations, La Condamine, op. cit., p. 178.

17 Pierre Berthiaume, « Le Tremblement de terre de 1663 : les convulsions du verbe ou la mystification du logos chez Charlevoix », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 36, no 3, 1982, p. 375-387. L’extrait étudié par Pierre Berthiaume est : Charlevoix, Histoire et description générale de la Nouvelle France […], Paris, Nyons fils, 1744, p. 363. Voir aussi Lynn Berry, « “Le Ciel et la Terre nous ont parlé.” Comment les missionnaires du Canada français de l’époque coloniale interprétèrent le tremblement de terre de 1663 », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 60, no 1-2, 2006, p. 11-35.

18 Amédée Frézier, Relation du voyage de la mer du Sud aux côtes du Chili, du Pérou et du Brésil […] [1716], Amsterdam, Pierre Humbert, 1717, p. 366. « Les montagnes fondent comme la cire/devant le Maître de toute la terre » (Psaume 97 [96], La Bible de Jérusalem, Paris, Éditions du Cerf, 2000, p. 981).

19 José de Acosta, Histoire naturelle et morale des Indes, trad. Robert Regnauld, Paris, Adrian Tiffaine, 1616, livre III, chap. 26, p. 126.

20 Feuillée, op. cit., p. 411.

21 Ibid., p. 410.

22 Ibid., p. 411.

23 Ibid., p. 444.

24 La Condamine, op. cit., p. 142.

25 Feuillée, op. cit., p. 426.

26 Frézier, op. cit., p. 366.

27 Voir à ce propos l’article de Nicolas de Ribas sur la dimension discursive et politique du tremblement de terre : « Le Tremblement de terre de Lima de 1746 : témoignages, actions et pensées de la catastrophe naturelle », e-Spania, no 12, 2011 [En ligne] URL : https://journals.openedition.org/e-spania/20760 DOI : https://doi.org/10.4000/e-spania.20760 [consulté le 07/09/2021].

28 Frézier, op. cit., p. 367.

29 Nicolas Lémery, « Explication physique et chymique des Feux souterrains, des Tremblemens de Terre, des Ouragans, des Éclairs & du Tonnerre », Mémoires de mathématique et de physique de l’Académie royale des Sciences, 1700, p. 101-110 [En ligne] URL : https://hal.archives-ouvertes.fr/ads-00104243 [consulté le 07/09/2021].

30 Bouguer, op. cit., p. lxxii, c’est l’auteur qui souligne.

31 Ibid.

32 Bouguer, op. cit., p. lxxiv.

33 Feuillée, op. cit., p. 393-394 et Frézier, op. cit., p. 319.

34 Sur l’observation personnelle (ou autopsie, au sens étymologique de perception individuelle) dans l’écriture de l’histoire et du voyage, voir François Hartog, Le Miroir d’Hérodote. Essai sur la représentation de l’autre [1980], Paris, Gallimard, 2001 ; Carole Dornier, « Le témoignage et sa critique au 18e siècle », Dix-huitième siècle, no 39, 2007, p. 3-22 [En ligne] URL : https://www.cairn.info/revue-dix-huitieme-siecle-2007-1-page-3.htm DOI : https://doi.org/10.3917/dhs.039.0003 ; Carole Dornier, « La Rhétorique de l’autopsie dans le Journal de voyage aux Indes orientales de Robert Challe (1721) », Dix-huitième siècle, no 39, p. 161-174 [En ligne] URL : https://www.cairn.info/revue-dix-huitieme-siecle-2007-1-page-161.htm DOI : https://doi.org/10.3917/dhs.039.0161. Sur la question du témoignage concernant l’Amérique, voir Jorge Cañizares-Esguerra, How to Write the History of the New World. Histories, Epistemologies, and Identities in the Eighteenth-Century Atlantic World, Stanford, Stanford University Press, 2001.

35 Voir notamment à ce propos : Percy Guy Adams, Travelers and Travel Liars 1600-1800, Berkeley/Los Angeles, University of California Press, 1962 ; et Christine Montalbetti, Le Voyage, le monde et la bibliothèque, Paris, PUF, 1997.

36 La Condamine, op. cit., p. 115.

37 Bouguer, op. cit., p. lxxi-lxxii.

38 Frézier, op. cit., p. 261.

39 Ibid., p. 365.

40 Ibid., p. 366.

41 Ibid., p. 406.

42 Ibid., p. 174-175 (Santiago), p. 260-261 (Arica), p. 319 (Pisco), p. 365-367 (Lima).

Citer cet article

Référence électronique

Matthias SOUBISE, « « On s’accoutume à tout, même aux tremblements de terre. » », Viatica [En ligne], 9 | 2022, mis en ligne le 28 février 2022, consulté le 04 octobre 2022. URL : http://revues-msh.uca.fr/viatica/index.php?id=2297

Auteur

Matthias SOUBISE

École Normale Supérieure de Lyon, Université de Neuchâtel

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