Jean de Léry cosmopolite ?

Is Jean de Léry a Cosmopolitan?

DOI : 10.52497/viatica2390

Résumés

Résumé : Si Jean de Léry n’a jamais été qualifié de citoyen du monde ou « cosmopolite », certains aspects de son rapport à l’altérité brésilienne paraissent bien correspondre à la définition que ce terme a reçue au fil des siècles. Cet article utilise le concept de cosmopolitisme comme un outil pour interroger le degré d’implication du voyageur français dans la culture tupie, dans différents domaines et à différentes phases de son récit. Faite d’un va-et-vient entre adhésion et rejet, la posture complexe de Léry vis-à-vis des « Indiens » comporte une dimension émotionnelle et sentimentale qui dépasse la seule accommodation cosmopolite.

Abstract: If Jean de Léry was never called a citizen of the world or “cosmopolitan”, some aspects of his relationship to Brazilian alterity seem to correspond quite well to the definition which that term received throughout the centuries. This paper uses the concept of cosmopolitanism as a tool in order to question the degree of Lery’s involvement in the tupi culture, in different areas and at different stages of his story. Léry’s complex posture towards the “Indians”, which moves back and forth between acceptance and rejection, has an emotional and sentimental dimension that goes beyond mere cosmopolitan accommodation.

Index

Mots-clés

cosmopolitisme, curiosité, altérité, adaptation, relativisme.

Keywords

cosmopolitanism, curiosity, alterity, adaptation, relativism.

Plan

Texte

 Au bout de quelques jours le voyageur arrive
En un certain canton, où Téthys sur la rive
Avait laissé mainte huitre ; et notre rat d’abord
Crut voir, en les voyant, des vaisseaux de haut bord.
Jean de La Fontaine, « Le rat et l’huître »

Dans la préface de son édition de l’Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil de Jean de Léry, Paul Gaffarel qualifie ce dernier de « Montaigne des voyageurs1 ». Si cette appellation, qu’il dit emprunter à d’autres l’ayant employée avant lui « avec autant d’esprit que de raison », est motivée essentiellement par les qualités de plume de Léry, il ne faut pas oublier que le premier « Montaigne des voyageurs » est bien Montaigne lui-même2. L’affinité entre les deux auteurs ne porterait-elle donc pas aussi sur leur manière de voyager ? La caractéristique du voyage montaignien le plus souvent relevée est la volonté et la capacité d’adaptation aux pays visités. Ainsi, le Journal de voyage a été lu, au moment de sa publication au xviiie siècle, comme celui d’un « cosmopolite3 ». Ce terme, courant et à la mode durant les Lumières, avait, depuis sa première occurrence en français au xvie siècle4, deux significations, toujours énoncées ensemble dans les dictionnaires au fil du temps. Le cosmopolite est d’abord « celui qui n’adopte point de patrie5 », « qui se considère comme s’il était le citoyen du monde et non d’un État particulier6 », qui « regarde l’univers comme sa patrie7 ». Il ressort de ces définitions que le cosmopolite est un individu qui refuse les frontières et l’attachement à une terre, en particulier au profit de l’universalité du genre humain. La seconde signification met l’accent sur la capacité à se défaire de ses propres usages pour s’adapter avec curiosité à l’altérité. Le cosmopolite est alors un individu qui « se prête aisément aux usages, aux mœurs des pays où il se trouve8 ». Anne Gabriel Meunier de Querlon9, dans le « Discours préliminaire » de son édition du Journal, utilisait le mot dans sa seconde signification pour désigner la manière de voyager de Montaigne, lequel adopte, dans le voyage qui le mène, de juin 1580 à novembre 1581, de Suisse en Allemagne puis en Italie, une posture caractérisée à la fois par un détachement de ses habitudes françaises et par une volonté de s’adapter aux différentes cultures qu’il rencontre. Le terme semble en revanche n’avoir jamais été employé pour qualifier Léry. Pourtant, si celui-ci n’a pas, dans son Histoire, l’ambition d’embrasser le monde entier selon la première définition du cosmopolitisme (bien au contraire, et il s’oppose en cela au cosmographe André Thevet10), il est parti plus loin et plus longtemps que Montaigne et a donc été confronté à une altérité bien plus radicale, face à laquelle il a fait preuve d’une grande capacité d’adaptation, fondée sur un profond intérêt pour la différence. Il s’agira ici non pas d’expliquer pourquoi Léry n’a jamais reçu le qualificatif de cosmopolite, ni de chercher à tout prix à lui attribuer cette étiquette, mais de s’interroger sur l’implication du voyageur dans la culture tupi. Ainsi, la notion de cosmopolitisme sera utilisée comme un outil heuristique qui nous aidera à réfléchir au degré d’adhésion de Léry à la culture visitée, dans différents domaines et à différentes phases de son récit.

« […] moy Jean de Lery : qui tant pour la bonne volonté que Dieu m’avoit donnée dès lors de servir à sa gloire, que curieux de voir ce monde nouveau, fus de la partie11. » C’est ainsi que Léry rend compte des motifs de son engagement dans l’expédition de Villegagnon. Deux raisons qui, on le verra, fondent tout au long du récit son rapport à l’altérité « américaine ». La propagation de la religion chrétienne réformée, première motivation – du moins alléguée après coup – du voyage, figure déjà sur la page de titre (« Pseaume CVIII. Seigneur, je te celebreray entre les peuples, et te diray Pseaumes entre les nations. ») et se trouve plusieurs fois reformulée, notamment dans la dédicace au Comte de Coligny, où la mémoire de cette entreprise missionnaire apparaît comme « l’intention » même de l’Histoire :

Comme doncques mon intention est de perpetuer icy la souvenance d’un voyage fait expressément en l’Amerique pour establir le pur service de Dieu, tant entre les François qui s’y estoyent retirez que parmi les Sauvages habitans en ce pays-la, aussi ay-je estimé estre mon devoir de faire entendre à la posterité combien la louange de celuy qui en fut la cause et le motif doit estre à jamais recommandable12.

Dans cette perspective chrétienne, la « vérité » se trouve du côté des Français tandis que les « Indiens » Tupinamba sont nécessairement dans l’erreur, dont il s’agit de les extraire. Et pourtant, le voyage répond aussi chez Léry à un autre élan : la curiosité « de voir ce monde nouveau13 ». Celle-ci, plusieurs fois mentionnée, porte sur tous les domaines de la vie « indienne » et est motivée par la nouveauté radicale qu’elle représente pour le voyageur. Mais elle repose également sur une conscience, rare à l’époque, de l’ancienneté du « nouveau monde » : Léry relève souvent les « anciennes coutumes » des Tupinamba, celles d’avant l’arrivée des Européens, montrant qu’il prend au sérieux un autre qui n’est pas un enfant à éduquer mais possède une histoire et un passé propres. La curiosité profonde du voyageur se manifeste par une observation attentive, invoquée comme justification du témoignage. Ainsi, Léry y insiste, seuls les objets ayant été réellement observés par lui sont décrits : « Voila, non pas tout ce qui se pourroit dire des arbres, herbes et fruicts de ceste terre du Bresil, mais ce que j’en ay remarqué durant environ un an que j’y ay demeuré14 ». Et il tient à se montrer transparent à ce sujet :

[…] combien que je confesse (nonobstant ma curiosité) n’avoir point si bien remarqué tous les animaux de ceste terre d’Amerique que je desirerois, si est-ce neantmoins que pour y mettre fin j’en veux encor descrire deux15.

Contrairement à Thevet, il donnera la priorité à l’expérience singulière, sans chercher à embrasser le tout. « Plus voir qu’avoir16 », en somme.

Mais sa curiosité ne se contente pas de la seule observation : elle le pousse à la « pratique » de la vie « indienne » ainsi qu’à une « frequentation » rapprochée des indigènes :

[…] mon intention et mon sujet sera en ceste histoire, de seulement declarer ce que j’ay pratiqué, veu, ouy et observé tant sur mer, allant et retournant, que parmi les sauvages Ameriquains, entre lesquels j’ay frequenté et demeuré environ un an17.

Léry souligne régulièrement cette fréquentation au quotidien ; au début du chapitre VIII, par exemple :

[…] avant que je me rembarque pour retourner en France, je veux aussi discourir, tant sur ce que j’ay observé touchant la façon de vivre des sauvages, que des autres choses singulieres et incognues par deçà, que j’ay veuës en leur pays. En premier lieu doncques […] les sauvages de l’Amerique, habitans en la terre du Bresil, nommez Toüoupinambaoults, avec lesquels j’ay demeuré et frequenté familierement environ un an, n’estans point plus grans, plus gros, ou plus petits de stature que nous sommes en l’Europe, n’ont le corps ny monstrueux ny prodigieux à nostre esgard18.

Alors que l’emploi du terme « sauvages » pouvait faire croire à une mise à distance de l’autre, un renversement se produit quand Léry affirme avoir vécu « familierement » avec ces hommes qui nous sont en réalité très semblables19. La reprise de l’adjectif dans la phrase qui semble leur ôter toute sauvagerie tend à en faire un simple synonyme d’« américain », dénué dès lors de connotation péjorative.

Les « Sauvages » au quotidien

La fréquentation des Tupinamba suppose tout un processus d’adaptation, notamment en matière d’alimentation : « quoy qu’à ce commencement les viandes qu’ils nous avoyent apportées nous semblassent estranges, nous ne laississions pas neantmoins à cause de la necessité, d’en bien manger20 ». Si le sentiment d’étrangeté initial domine encore ici, et si c’est la faim davantage que la curiosité qui motive les voyageurs, l’expérience de la dégustation de lézards est plus réjouissante : « Vray est que du commencement j’avois cela en horreur, mais apres que j’en eus tasté, en matiere de viandes, je ne chantois que de lezards21. » Léry est donc capable de reconnaître des aspects positifs à l’usage étranger, comme en témoigne aussi son jugement sur les hamacs : « je me rapporte à ceux qui en ont fait l’experience, s’il y fait pas meilleur coucher, principalement en Esté, que sur nos licts communs22. » Le voyageur attribue d’ailleurs souvent des qualités aux « Indiens », notamment une grande humanité, même si celle-ci ne lui est apparue qu’avec l’« experience » :

Pour donc prendre ceste matiere un peu de haut, combien que nos Toüoupinambaoults reçoivent fort humainement les estrangers amis qui les vont visiter, si est-ce neantmoins que les François et autres de par-deçà qui n’entendent pas leur langage, se trouvent du commencement merveilleusement estonnez parmi eux. Et de ma part la premiere fois que je les frequentay, […] me voyant tout incontinent environné de sauvages […], non seulement je pensois avoir tout perdu, mais aussi je ne savois où j’en estois. Mais comme l’experience m’a monstré plusieurs fois depuis, ce n’estoit que faute de savoir leur maniere de faire23.

Il semble que la reconnaissance des qualités de l’autre passe ici par un égarement premier, un temps durant lequel le voyageur, déboussolé, perd ses marques, avant d’accéder au « savoir » de l’usage brésilien.

Ailleurs, Léry souligne aussi l’humanité des tupis en les comparant cette fois avec l’inhumanité de Villegagnon, et décrit un quotidien partagé avec les Indiens en parfaite harmonie, chaque partie cherchant la compagnie de l’autre, les Français, visiblement adaptés, circulant parmi les « Indiens » :

Et comme de là nous allions, venions, frequentions, mangions et beuvions parmi les sauvages (lesquels sans comparaison nous furent plus humains que celuy lequel, sans luy avoir meffait, ne nous peut souffrir avec luy), aussi eux, de leur part, nous apportans des vivres et autres choses dont nous avions affaire, nous y venoyent souvent visiter24.

Les deux entités que sont les Tupinamba et les Français ne sont plus nettement distinguées : une scission s’est faite parmi les derniers, l’un d’eux se révélant plus barbare que les premiers. Dès lors, le modèle servant à évaluer les « sauvages » s’effrite, et la vie avec eux devient possible.

La description du tupi et de ses mœurs n’est cependant pas dépourvue de distance critique, et Léry n’hésite pas, régulièrement, à les mettre à distance, à grand renfort d’adjectifs tels que « barbare », « étrange » ou « sauvage », ou par un ton un peu railleur, comme dans la description suivante :

[Tous les hommes tupis] portent [une pierre verte dans la lèvre inférieure] en pensant estre mieux parez : mais pour en dire le vray, quand ceste pierre est ostée, et que ceste grande fente en la levre de dessous leur fait comme une seconde bouche, cela les deffigure bien fort25.

Mais il est rare que la balle ne revienne pas d’une manière ou d’une autre dans le camp des Français. Ainsi, tandis que l’opinion de ces derniers avait, au passage précédent, valeur de vérité, elle se trouve, ailleurs, moquée par les « Indiens » :

[…] les pensans secourir, nous fusmes aussi tost vers eux : les ayans tous trouvez nageans et rians sur l’eau, il y en eut un qui nous dit, Et où allez-vous ainsi si hastivement, vous autres Mairs (ainsi appellent-ils les François) ? Nous venons, dismes-nous, pour vous sauver et retirer de l’eau. Vrayement, dit-il, nous vous en sçavons bon gré : mais au reste, avez-vous opinion que pour estre tombez dans la mer, nous soyons pour cela en danger de nous noyer ? […] Partant les autres […] se prindrent si fort à rire, que comme une troupe de Marsouins nous les voyons et entendions souffler et ronfler sur l’eau26.

Par la comparaison animale, Léry remet un peu les « Indiens » à distance, en même temps qu’il signale leur adaptation exceptionnelle à l’eau. Quant aux habitudes de table, si les Français trouvent « estrange » l’habitude de ne pas boire en mangeant et vice-versa, la perspective se renverse aussitôt :

Et, ce qui est encor plus estrange et à remarquer entre nos Toüoupinambaoults est, que comme ils ne mangent nullement durant leurs beuveries, aussi quand ils mangent ils ne boyvent point parmi leur repas : tellement que nous voyans entremesler l’un parmi l’autre, ils trouvoyent nostre façon fort estrange27.

Située aux deux extrémités, comme en un chiasme, l’étrangeté, au lieu de séparer les deux peuples, les entoure et les rapproche. Le sens du relatif dont fait preuve ici Léry, sa conscience que l’estrangeté n’est pas absolue mais relative à un point de vue, témoigne de sa capacité à se mettre à la place de l’autre, essentielle pour essayer véritablement ses usages.

Léry se montre même capable d’autodérision, quand il décrit les Français tentant d’imiter les Tupis en mangeant :

Que si entre nous François, les voulans imiter la pensions manger de ceste façon, n’estans pas comme eux stilez à cela, au lieu de la jetter dans la bouche nous l’espanchions sur les joues et nous enfarinions tout le visage : partant, sinon que ceux principalement qui portoyent barbe eussent voulu estre accoustrez en joueurs de farces, nous estions contraints de la prendre avec des cuilliers28.

En plus de montrer avec un humour teinté de tendresse l’effort d’adaptation des Français, ce passage souligne l’importance de l’expérience, qui manque ici encore aux voyageurs. Mais la dure acquisition de celle-ci ne les concerne pas seulement eux, car les « Indiens » sont eux aussi confrontés à des nouveautés apportées par les Européens :

[…] outre la façon que j’ay dit que les Bresiliens ont de cuire la chair de leurs prisonniers, encores que j’estois en leur pays ignoroyent-ils tellement nostre façon de rostir, que comme un jour quelques miens compagnons et moy en un village faisions tourner une poule d’Inde, avec d’autres volailles, dans une broche de bois, eux se rians et moquans de nous ne voulurent jamais croire, les voyans ainsi incessamment remuer qu’elles peussent cuire, jusques à ce que l’experience leur monstra du contraire29.

Les Tupinamba se moquent mais se trompent, et « l’experience » de la pratique française vient les détromper. De la même façon que Léry soulignait le sentiment d’étrangeté ressenti par eux à l’instar des Français, il montre ici que les uns et les autres sont dans une situation similaire face à l’expérience de la nouveauté. Car le monde nouveau, c’est aussi celui qu’on apporte sur les terres américaines.

Ailleurs, la critique de l’usage tupi se trouve relativisée à travers la comparaison avec un usage européen. C’est le cas notamment dans ces lignes consacrées à la nudité :

Ce n’est pas cependant que contre ce que dit la saincte Escriture d’Adam et Eve, lesquels apres le peché, recognoissans qu’ils estoyent nuds furent honteux, je vueille en façon que ce soit approuver ceste nudité : plustost detesteray-je les heretiques qui contre la Loy de nature […] l’ont autresfois voulu introduire par-deça. Mais ce que j’ay dit de ces sauvages est, pour monstrer qu’en les condamnans si austerement, de ce que sans nulle vergongne ils vont ainsi le corps entierement descouvert, nous excedans en l’autre extremité, c’est à dire en nos bombances, superfluitez et exces en habits, ne sommes gueres plus louables30.

La comparaison avec « par-deça » est double, assimilant la nudité indienne à la fois à celle des hérétiques et à l’excès vestimentaire. Deux manières de réhabiliter les sauvages tout en se défendant de le faire. Semblablement, au sujet de la préparation du caouin, Léry « prie » ceux parmi ses lecteurs qui en auront été dégoûtés de « se resouvenir » de celle du vin en Europe :

Car s’ils considerent seulement cecy : qu’és lieux mesmes où croissent les bons vins, les vignerons, en temps de vendanges, se mettent dans les tinnes et dans les cuves esquelles à beaux pieds, et quelques fois avec leurs soulliers, ils foulent les raisins, voire comme j’ay veu, les patrouillent encor ainsi sur les pressoirs, ils trouveront qui s’y passe beaucoup de choses, lesquelles n’ont guere meilleure grace que ceste maniere de machiller, accoustumée aux femmes Americaines. Que si on dit là dessus, Voire mais, le vin en cuvant et bouillant jette toute ceste ordure : je respons que nostre Caou-in se purge aussi, et partant, quant à ce poinct, qu’il y a mesme raison de l’un à l’autre31.

Il y a cette fois, entre les pratiques tupie et européenne, exacte symétrie, selon une équivalence supposée évidente entre dégoûts de la bouche et des pieds.

Boucheries de toutes parts

Ce même mode d’argumentation, fondé sur la comparaison avec les travers européens, permettra à Léry de ne pas rejeter les Tupinamba pour leur anthropophagie. Car, si « curiosité32 » et « plaisir33 » ne sont pas absents des pages sur les combats des « Indiens », c’est malgré tout, devant le spectacle du cannibalisme, l’horreur qui l’emporte. Dans ce domaine, donc, Léry ne s’adaptera pas, même pour faire plaisir à ses nouveaux amis :

[…] ces barbares […] prennent un singulier plaisir de voir que les estrangers, qui leur sont alliez, facent le semblable. Tellement que quand ils nous presentoyent de ceste chair humaine de leurs prisonniers pour manger, si nous en faisions refus (comme moy et beaucoup d’autres des nostres ne nous estans point, Dieu merci, oubliez jusques-là, avons tousjours fait), il leur sembloit par cela que nous ne leur fussions pas assez loyaux34.

Si l’ethos de Léry est sauvé, ce n’est visiblement pas le cas de celui de tous ses compagnons35. L’anthropophagie n’est donc plus propre aux « Indiens ». L’exception ouvre une brèche qui permet d’aller plus loin encore, et Léry montrera qu’il existe en Europe de quoi faire semblablement « dresser à chacun les cheveux en la teste » :

[…] je diray en premier lieu sur ceste matiere, que si on considere à bon escient ce que font nos gros usuriers […] on dira qu’ils sont encores plus cruels que les sauvages dont je parle. […]. Et sans aller plus loin, en la France quoy ? (Je suis François et me fasche de le dire) durant la sanglante tragedie qui commença à Paris le 24. d’Aoust 1572. dont je n’accuse point ceux qui n’en sont pas cause : entre autres actes horribles à raconter, qui se perpetrerent lors par tout le Royaume, la graisse des corps humains (qui d’une façon plus barbare et cruelle que celle des sauvages, furent massacrez dans Lyon, apres estre retirez de la riviere de Saone) ne fut-elle pas publiquement vendue au plus offrant et dernier encherisseur ?36

Ici, Léry ne se contente pas de relativisme : il compare et, tout en se reconnaissant français, tourne le dos à la France. Mais, comme il le faisait plus haut, il ménage une exception, laquelle concerne cette fois les « non-coupables ». Cette rhétorique de la concession a pour effet, en plus de le protéger des réactions de ceux qui se sentiraient visés, de brouiller la séparation entre les parties (« Indiens » d’un côté, Européens de l’autre), lesquelles ne sont plus homogènes. Dans les dernières éditions de l’Histoire, la liste des horreurs pires que celles des Tupinamba gonflera encore, formant un nouveau chapitre à elle seule37. Après cela, ces derniers sembleront bien moins affreux :

Parquoy qu’on n’haborre plus tant desormais la cruauté des sauvages Anthropophages, c’est à dire, mangeurs d’hommes : car puisqu’il y en a de tels, voire d’autant plus detestables et pires au milieu de nous, qu’eux qui, comme il a esté veu, ne se ruent que sur les nations lesquelles leur sont ennemies, et ceux-ci se sont plongez au sang de leurs parens, voisins et compatriotes, il ne faut pas aller si loin qu’en leur pays, ny qu’en l’Amerique pour voir choses si monstrueuses et prodigieuses38.

Établissant une sorte d’échelle de l’horreur, sur laquelle il situe différemment Tupinamba et Français, Léry, tout en privilégiant la gradation sur la discrimination, renverse la hiérarchie reçue. Mais le point culminant de son entreprise d’effacement de l’étrangeté de l’autre est sans doute le moment où, lors de la traversée de retour, Léry lui-même se découvre, ainsi que chez ses compagnons, tous pressés par la faim, une inclination à l’anthropophagie :

[…] je puis asseurer veritablement, que durant nostre famine sur mer, nous estions si chagrins qu’encores que nous fussions retenus par la crainte de Dieu, à peine pouvions nous parler l’un à l’autre sans nous fascher : voire qui pis estoit (et Dieu nous le vueille pardonner) sans nous jetter des œillades et regards de travers, accompagnez de mauvaises volontez touchant cest acte barbare39.

L’acte anthropophage n’a rien perdu de sa « barbarie », mais celle-ci concerne désormais aussi les voyageurs français.

Voix « indiennes »

Des viandes, des lits, de la boisson, de la nage, de l’éducation ou encore de la police des « Brésiliens », en allant même jusqu’à l’anthropophagie, Léry tire un apprentissage, sa curiosité l’éloignant de tout jugement ethnocentrique. Il est toutefois un domaine dans lequel il met bien davantage à distance les « Indiens » : la religion. Juste après avoir relativisé la « barbarie » tupi – à la fin du chapitre sur l’anthropophagie –, l’auteur, dans le titre du chapitre suivant, qualifie à nouveau les Tupi de « sauvages40 ». Et pour cause : il va parler de leur religion, ou plutôt de « ce qu’on peut appeler religion entre les sauvages Ameriquains41 ». Car « non seulement ces pauvres sauvages n’en ont point, mais […] aussi s’il y a nation qui soit et vive sans Dieu au monde, ce sont vrayement eux42 ». Les « Indiens » sont alors désignés comme de « pauvres gens » qui vivent « esloignez » de « l’auteur et Createur de toutes ces choses43 » et dont il vaut mieux éviter qu’ils aient un contact trop rapproché avec les Français et risquent ainsi de les détourner de la foi44. Léry tentera bien de récupérer chez eux ce qui pourrait « leur rester encor de lumiere, au milieu des espesses tenebres d’ignorance où ils sont detenus45 » et de les remettre sur le droit chemin, mais rien n’y fera.

La curiosité n’est pas tout à fait absente dans ce domaine, comme l’atteste le récit, au chapitre XVI, de la danse rituelle observée par Léry, lequel affirme qu’il « desiroi[t] de voir [ces hommes qui chantaient] de pres » « à [s]on plaisir46 ». Et le désir de voir existe des deux côtés : ailleurs, « les sauvages du lieu s’est[aient] assemblez pour [les] contempler47 » et « tous, avec grande admiration, prestans l’oreille escoutoyent attentivement48 ». Mais les choses en restent là : tant les « Indiens » qui, après avoir promis de « laisser leur barbarie » pour devenir chrétiens, reviennent à leurs habitudes aussitôt les Français couchés49, que Léry, qui nous assure, s’il en était besoin, que sa foi n’a pas été « esbranlée » mais plutôt consolidée50, demeurent campés sur leurs positions.

En matière religieuse, il n’y a donc pas adaptation, mais tout de même « contemplation » réciproque, considération pour l’autre, laquelle semble tenir à la dimension esthétique des rites ou prières. Voici comment Léry décrit l’effet que produit sur lui le « sabbat » tupi :

Or ces ceremonies ayans ainsi duré pres de deux heures, ces cinq ou six cens hommes sauvages ne cessans tousjours de danser et chanter, il y eut une telle melodie qu’attendu qu’ils ne sçavent que c’est de musique, ceux qui ne les ont ouys ne croiroyent jamais qu’ils s’accordassent si bien. Et de faict, au lieu que du commencement de ce sabbat (estant comme j’ay dit en la maison des femmes), j’avois eu quelque crainte, j’eu lors en recompense une telle joye, que non seulement oyant les accords si bien mesurez d’une telle multitude, et sur tout pour la cadence et le refrein de la balade, à chacun couplet tous en traisnans leurs voix, disans : Heu, heuaüre, heüra, heüraüre, heüra, heüra, oueh, j’en demeuray tout ravi : mais aussi toutes les fois qu’il m’en ressouvient, le cœur m’en tressaillant, il me semble que je les aye encor aux oreilles51.

Certes, le voyageur français n’est pas dénué de préjugés, lui qui part du principe que les « Indiens » ne connaissent pas la musique, mais la suite tend à signifier qu’il n’avait cette opinion qu’avant de les avoir « ouys ». Certes, encore, le fait qu’il ne fasse que retranscrire le chant sans le traduire équivaut à présenter au lecteur européen une suite de sons incompréhensible, renforçant l’effet d’étrangeté et tenant les Tupinamba à distance. Pourtant, cette suite contient un ordre, une cadence, une paronomase, des répétitions et des inversions : le chant tupi n’est pas désordonné. Et son effet sur Léry, après la « crainte » initiale, est de l’ordre du ravissement, de la dépossession de soi, processus qui rappelle le passage de l’estonnement à l’égarement au moment de la première rencontre avec les « sauvages52 ». Il semble alors que la perte d’une partie de soi à l’écoute de ces chants ait pour contrepartie le gain d’une marque indélébile : le souvenir vivant et bouleversant de cette musique d’outre-océan53. Quelques pages plus loin, ce sont cette fois des « Indiens » qui sont ravis par le chant chrétien qu’entonne le voyageur54. La musique permet donc un plaisir partagé, une communication, même partielle, à laquelle Léry paraît vouloir faire participer son lecteur en intégrant dans la troisième édition de 1595 les portées musicales des chants tupis en annexe de son Histoire55.

En plus de ces partitions qui donnent une autre dimension, auditive, à la représentation des « Indiens », Léry inscrit aussi dans son texte un « colloque » (chap. XX), qui fait également une place à la voix de l’« Indien » dans le texte, la communication étant cette fois fondée sur la traduction56. Même si Léry ne semble pas avoir atteint un très bon niveau en langue tupi57, il affirme en tout cas avoir tenté de l’apprendre58. Et si, contrairement à Montaigne qui rédige une partie de son Journal en italien, Léry n’écrit pas son Histoire en tupi, il prétend du moins en avoir écrit les esquisses avec de l’« ancre de Bresil59 ». Bien qu’il rédige en français, donc, son écriture est un peu brésilienne60, à l’instar des chemises lavées par l’un de ses compagnons qui

[…] se voulut un jour mesler de blanchir [leurs] chemises, ayant (sans se douter de rien) mis des cendres de Bresil dans sa lescive : au lieu de les faire blanches, […] les fit si rouges que quoy que [ils] les sceu[rent] laver et savonner apres, il n’y eut ordre de leur faire perdre ceste teinture, tellement qu’il les [leur] fallut vestir et user de ceste façon61.

Tandis que la compagnie revêt alors sans le vouloir la couleur du Brésil, il semble que l’adoption par Léry d’un nouveau nom tupi relève quant à elle d’une décision tout à fait volontaire :

[…] le truchement m’ayant adverti [que les tupis] desiroyent sur tout de savoir mon nom, mais que de leur dire Pierre, Guillaume ou Jean, eux ne les pouvans prononcer ni retenir (comme de faict, au lieu de dire Jean ils disoyent Nian), il me falloit accommoder de leur nommer quelque chose qui leur fust cognue : cela (comme il me dit) estant si bien venu à propos que mon surnom Lery, signifie une huitre en leur langage, je leur dis que je m’appellois Lery-oussou : c’est à dire une grosse huitre62.

Le voyageur change de nom et se fait ainsi un peu « indien ». Mais il reste encore lui-même, puisque ce nom, « Lery », mot qui existe en tupi, était déjà le sien. Peut-être avait-il déjà une part d’altérité en lui ? Si cette scène peut faire penser à une sorte de nouveau baptême, il est significatif que ce ne soient pas les indigènes qui renomment Léry mais lui-même qui, avec l’aide essentielle du truchement, pour s’« accommoder » à « leur langage », se choisit une nouvelle identité. Se faisant animal, il efface définitivement la frontière entre la prétendue animalité américaine et l’humanité européenne. Il sera une « grosse huitre », portée par les flots jusqu’au rivage américain, auquel elle s’accroche, adaptant la forme de sa coquille à celle de ses voisines ou de l’environnement rocheux, mais toujours protégée par sa coquille de ce qui l’entoure63. Sa coquille, Léry la garde alors même qu’il est entouré de corps nus, cette sorte de naturalisation de l’habit permettant peut-être aux Tupis de comprendre qu’il soit vêtu. Car certains animaux le sont bien.

À côté de la musique et des mots en langue tupi, la troisième inscription importante de la voix « indienne » dans le récit est constituée par le fameux discours du vieillard64, qui atteste la volonté de Léry à la fois d’aller vers l’autre en s’adaptant à lui65 et de relativiser sa « barbarie66 ». Faire une place, et non des moindres, à la parole de l’« Indien », c’est lui reconnaître, plus qu’une humanité, le droit à l’expression, au même titre et au même lieu que l’écrivain lui-même. C’est donc, d’une certaine manière, signifier que cet indigène pourrait bien le remplacer. Plus haut, Léry avait déjà donné la parole à un « Indien », dont il rapportait le récit au discours direct. L’homme s’exprimait en ces termes au sujet d’un « gros poisson » qui tentait de « renverser » sa barque :

Ce que voyant, disoit-il, je luy couppay soudainement la main avec une serpe, laquelle main estant tombée et demeurée dans nostre barque, non seulement nous vismes qu’elle avoit cinq doigts, comme celle d’un homme, mais aussi de la douleur que ce poisson sentit, monstrant, hors de l’eau une teste qui avoit semblablement forme humaine, il jetta un petit cri67.

Ce regard d’un indigène sur l’animal, auquel le voyageur nous donne accès, est très semblable à celui que Léry portait lui-même sur le gros lézard rencontré un jour dans la forêt : « J’ay pensé depuis, suyvant l’opinion de ceux qui disent que le lezard se delecte à la face de l’homme, que cestuy-là avoit prins aussi grand plaisir de nous regarder que nous avions eu peur à le contempler68 ». L’« Indien » qui, dans cette nature, observe l’animal et lui reconnaît des caractéristiques humaines, est du côté de l’homme plus que de la bête. Et il ressemble finalement beaucoup à Léry lui-même.

 

On a constaté, dans l’Histoire, une alternance entre mise à distance des « sauvages » et rapprochement voire adhérence à la culture tupi. Léry est dans doute allé le plus loin qu’un chrétien de son époque pouvait aller dans l’adhésion à cette culture nouvelle. Son texte se termine certes par une prière à Dieu, mais celle-ci semble laisser la porte ouverte à une prise en compte de la relativité culturelle, indispensable à l’ouverture cosmopolite : « Or au Roy des siecles immortel et invisible, à Dieu seul sage soit honneur et gloire eternellement, Amen69. » Si Dieu est le « seul sage » et que l’ordre du monde résulte de cette sienne sagesse, cela ne fait-il pas de lui une sorte d’entité relativiste, un point surplombant à partir duquel le plus étrange paraît prendre sens ? Face à lui, en effet, que vaut la prétendue sagesse des Européens dénonçant la « barbarie » indienne ? Plus haut, Léry le suggérait déjà :

Parquoy toutes les fois que l’image de ce nouveau monde, que Dieu m’a fait voir, se represente devant mes yeux ; et que je considere la serenité de l’air, la diversité des animaux, la varieté des oyseaux, la beauté des arbres et des plantes, l’excellence des fruicts : et brief en general les richesses dont ceste terre du Bresil est decorée, incontinent ceste exclamation du Prophete au Pseaume 104. me vient en memoire. O Seigneur Dieu que tes œuvres divers/ Sont merveilleux par le monde univers : / O que tu as tout fait par grand sagesse ! / Bref, la terre est pleine de ta largesse70.

Reconnaissant la volonté de Dieu dans toutes ces merveilles de la terre du Brésil, peu s’en faut qu’il n’y inclue les indigènes eux-mêmes, dont la culture se trouve alors justifiée par la Providence divine. Mais « ce nouveau monde » que Dieu a « fait voir » au voyageur ne reste pas pour lui un simple exemple de la diversité universelle : vingt ans après son voyage, son empreinte sur lui est encore si forte qu’elle semble s’exercer sur ses sens, l’ouïe, on l’a vu, mais aussi l’odorat :

Et lors ceste farine ainsi crue, comme aussi le suc blanc qui en sort, dont je parleray tantost : a la vraye senteur de l’amidon, fait de pur froment long temps trempé en l’eau quand il est encore frais et liquide, tellement que depuis mon retour par-deça m’estant trouvé en un lieu où on en faisoit, ce flair me fit ressouvenir de l’odeur qu’on sent ordinairement és maisons des sauvages, quand on y fait de la farine de racine71.

L’équivalence de mœurs fonctionne ici comme un indice mémoriel : un seul effluve suffit à transporter les « maisons des sauvages » dans la France de Léry. Mais les réminiscences se manifestent aussi par la vision, « l’image de ce nouveau monde […] se représent[ant] devant [ses] yeux72 », tout autant que ses habitants :

Finalement combien que durant environ un an, que j’ay demeuré en ce pays-là, je aye esté si curieux de contempler les grands et les petits, que m’estant advis que les voye tousjours devant mes yeux, j’en auray à jamais l’idée et l’image en mon entendement : si est-ce neantmoins, qu’à cause de leurs gestes et contenances du tout dissemblables des nostres, je confesse qu’il est malaisé de les bien representer, ni par escrit, ni mesme par peinture. Par quoy pour en avoir le plaisir, il les faut voir et visiter en leur pays73.

Une curiosité, un zèle dans la contemplation de l’autre tels que les images qu’il garde des indigènes de « ce pays-là » resteront intactes à jamais et lui procureront du plaisir à lui seul, parce qu’il en a fait l’expérience et qu’aucun discours ne saurait les saisir de manière satisfaisante, comme l’atteste la mobilité de ses appréciations sur les Tupinamba. Tels, aussi, qu’il lui reste une nostalgie, accompagnée d’une dernière prise de distance vis-à-vis de la France :

[…] pour dire ici Adieu à l’Amerique, je confesse en mon particulier, combien que j’aye tousjours aimé et aime encores ma patrie : neantmoins voyant non seulement le peu, et presques point du tout de fidelité qui y reste, mais, qui pis est, les desloyautez dont on y use les uns envers les autres, et brief que tout nostre cas estant maintenant Italianisé, ne consiste qu’en dissimulations et paroles sans effects, je regrette souvent que je ne suis parmi les sauvages, ausquels (ainsi que j’ay amplement monstré en ceste histoire) j’ay cogneu plus de rondeur qu’en plusieurs de par-deça, lesquels à leur condamnation, portent titre de Chrestiens74.

Expression d’un attachement et d’un manque tout comme d’un rejet de la société française de l’époque, ce passage d’une force et d’une modernité étonnantes semble, de même que l’invitation au voyage qui clôt le précédent, vouloir inciter le lecteur à rêver, lui aussi, de se retrouver « parmi les sauvages ».

Si, comme chez Montaigne, la curiosité, la volonté d’accommodation profonde, la capacité à prendre de la distance vis-à-vis de son appartenance française, à reconnaître la supériorité de certains usages étrangers, le souhait de maîtriser la langue, mais aussi le changement de nom, la marque indélébile de l’encre rouge, des images, odeurs et sons brésiliens, tirent Jean de Léry du côté d’un cosmopolitisme d’ouverture à la différence et d’adaptation à l’altérité, il semble que la direction prise par son texte dans sa dernière version change un peu la donne. Dans la cinquième édition de 1611, en effet, la perspective se fait plus universelle :

[…] comme tous [les hommes] sont issus d’Adam (ce que nul ne doibt revoquer en doute) et nonobstant la difformité que le peché y a apporté, tant y a qu’ils symbolisent encores, non seulement en ce que tous ont forme humaine […] mais aussi, sans que les uns sçeussent rien des autres, comme il est du tout vray semblable, ils se sont rencontrez et s’accordent en certain cas, quoy que rarement ; ce que je me suis estudié de representer, et reconsilier en quelque sorte les peuples qui couvrent maintenant toute la face de la terre, quoy qu’espars et esloignez en divers lieux. Tellement que les matieres que je traite touchant les Sauvages Tououpinambaoults, entre lesquels j’ay conversé pres d’un an estans par la facilitées, on ne trouvera plus si estrange ce que j’en ay escript que plusieurs ont fait par cy devant75.

Léry s’éloigne de son expérience brésilienne pour considérer, en prenant de la distance, la terre dans son ensemble et insister sur l’unité du genre humain, se rapprochant cette fois d’un cosmopolitisme de type universaliste76. Et pourtant, cet élargissement est au service du récit singulier, en ce qu’il contribue à rendre son objet assimilable par le lecteur européen : plus la « conference » des cultures sera étendue, moins les Tupinamba paraîtront étranges. Une tentative supplémentaire, donc, pour rapprocher ces derniers des lecteurs, comme il s’est lui-même senti proche d’eux. Car c’est là sans doute la singularité de Léry : son rapport aux « Indiens » dépasse, par sa dimension sentimentale, l’adaptation du cosmopolite capable de s’intégrer dans tous les milieux et qui, on peut le penser, se serait au retour parfaitement réadapté à la France sans garder une marque indélébile et nostalgique des terres brésiliennes. En cela, Léry se distingue de Montaigne, dont le cosmopolitisme est avant tout une position philosophique et une posture réfléchie de voyageur. Tandis que le caméléon périgourdin change de couleur dans chaque nouveau milieu, l’huître adapte sa forme une fois pour toutes au rocher auquel elle s’attache.

1  Paul Gaffarel, « Préface », dans Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, éd. Paul Gaffarel, Paris, Alphonse Lemerre, 1853

2  Peut-être Gaffarel pense-t-il à Ferdinand Denis, pour qui Léry était « le Montaigne des vieux voyageurs » (voir Frank Lestringant, « Ferdinand 

3 « Montaigne au reste avait toutes les qualités nécessaires à un Voyageur. Naturellement sobre et peu sensible au plaisir de la table, […] il s’

4  [Guillaume Postel,] De la République des Turcs : & là où l’occasion s’offrera, des meurs & loy de tous Muhamedistes, par Guillaume Postel cosmopo

5  Dictionnaire de l’Académie française, Quatrième édition, Paris, Bernard Brunet, 1762, p. 409.

6  Ibid., Huitième édition, 1932-1935, Paris, Hachette, t. I, p. 306.

7  Ibid., Sixième édition, 1835, Paris, F. Didot, t. I, p. 418b.

8  Ibid., t. I, p. 418b.

9  Montaigne n’avait pas écrit son journal dans l’intention de le publier. Il disparut pendant deux siècles et fut découvert en 1770 par l’abbé Joseph

10 L’universalité se trouve d’ailleurs proclamée dès le titre de l’œuvre de Thevet, la Comographie universelle (1575).

11 Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil (1578), éd. Frank Lestringant, Paris, LGF, 1994,p. 111-112. Toutes mes citations

12 Ibid., p. 47.

13 Ibid., p. 111-112.

14 Ibid., p. 333.

15 Ibid., p. 273.

16 Devise apparaissant en conclusion d’un sonnet liminaire de l’auteur ajouté dans la quatrième édition de 1585 (ibid., p. 56).

17 Ibid., p. 105-106.

18 Ibid., p. 210-211.

19 Sur l’importance de l’immersion et de l’observation participante à la Renaissance et notamment chez Léry, voir Grégoire Holtz, « De l’“

20 Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, p. 151.

21 Ibid., p. 267.

22 Ibid., p. 446.

23 Ibid., p. 449-450.

24 Ibid., p. 196.

25 Ibid., p. 149.

26 Ibid., p. 299-300. Je souligne.

27 Ibid., p. 250. Je souligne.

28 Ibid., p. 240.

29 Ibid., p. 365.

30 Ibid., p. 235-236.

31 Ibid., p. 255-256.

32 Cf. ibid., p. 346-347 : « comme un autre François et moy, en danger que nous eussions esté prins ou tuez sur le champ, d’estre mangez des Margajas

33 Cf. ibid., p. 351 : « je diray, qu’encores que j’aye souvent veu de la gendarmerie, tant de pied que de cheval, en ces pays par-deçà, que

34  Ibid., p. 370.

35 Céder à cette incitation à l’anthropophagie reviendrait sans doute, pour Léry, à s’ensauvager, risque encouru lors de toute immersion dans la

36 Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, p. 374-376.

37  Cf. ibid., « Appendice I » (chapitre XVbis), p. 571-595.

38 Ibid., p. 377.

39 Ibid., p. 536.

40 Plus loin, il relativisera tout à fait leur « sauvagerie » : « les ayant experimentez, je me fierois, et me tenois de fait lors plus asseuré entre

41 Ibid., p. 377. Même si l’anthropophagie, dans la culture tupi, n’est pas séparée de la religion, il semble que Léry soit capable de relativiser la

42 Ibid., p. 92.

43 Ibid., p. 335.

44 Cf. ibid., p. 70.

45 Ibid., p. 385.

46 Ibid., p. 399.

47 Ibid., p. 410.

48 Ibid., p. 412.

49 Cf. ibid., p. 412-413.

50  Cf. ibid., p. 422.

51 Ibid., p. 403.

52 Ibid., p. 449-450.

53 Sur ce passage, voir Michel de Certeau, L’Écriture de l’Histoire, Paris, Gallimard, 1975, p. 221-222, Frank Lestringant, Jean de Léry ou l’

54 Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, p. 418 : « mes trois sauvages et la femme qui marchoient derriere moy, y prindrent

55 Cf. ibid., « Appendice V », p. 610-611.

56 L’insertion de ce colloque peut toutefois aussi être vu comme un geste de dépossession de la voix « indienne », la « mise en scène d’une prise de

57 Voir les notes de Frank Lestringant dans Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, p. 480-481.

58  Voir ibid., p. 380.

59 Ibid., « Preface », p. 61.

60 Voir à ce sujet la préface par Marie-Christine Gomez-Géraud et Frank Lestringant dans D’encre de Bresil. Jean de Léry, écrivain, op. cit., p. 5-9.

61 Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, p. 309-310.

62  Ibid., p. 450. Voir le commentaire de Frank Lestringant dans Jean de Léry ou l’invention du sauvage, op. cit., p. 29-33.

63 Friedrich Wolfzettel (Le Discours du voyageur. Le récit de voyage en France du Moyen Âge au xviiie siècle, Paris, PUF, 1996) commente ce passage

64 Sur ce discours, voir Frank Lestringant, Jean de Léry ou l’invention du sauvage, op. cit., p. 100-102 et Frédéric Tinguely, « L’apprenti voyageur 

65 Cf. Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, p. 311 : « m’accommodant tousjours à luy parler des choses qui luy estoyent

66  Cf. ibid., p. 312.

67 Ibid., p. 300-301.

68 Ibid., p. 269. Sur ce passage, voir Frédéric Tinguely, « Le lézard et le nourrisson », dans Le Voyageur aux mille tours, op. cit., p. 155-168.

69 Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, p. 552.

70 Ibid., p. 334.

71 Ibid., p. 238.

72 Ibid., p. 334.

73 Ibid., p. 233-234.

74 Ibid., p. 507-508.

75 « Advertissement de l’Autheur » (1611), dans ibid., « Appendice II », p. 599-600.

76 Par sa dimension « mondiale », son entreprise ressemble alors, paradoxalement, à celle de son adversaire Thevet, à la différence près, importante

Notes

1  Paul Gaffarel, « Préface », dans Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, éd. Paul Gaffarel, Paris, Alphonse Lemerre, 1853, p. XVIII.

2  Peut-être Gaffarel pense-t-il à Ferdinand Denis, pour qui Léry était « le Montaigne des vieux voyageurs » (voir Frank Lestringant, « Ferdinand Denis, inventeur de la France Antarctique du Brésil », Travaux de littérature n° 24, 2011, p. 219-234, ici p. 220.)

3 « Montaigne au reste avait toutes les qualités nécessaires à un Voyageur. Naturellement sobre et peu sensible au plaisir de la table, […] il s’accommodoit partout de ce qu’il trouvoit ; il se conformoit sans peine au goût, aux usages différens de tous les lieux qu’il rencontroit : cette variété même étoit un plaisir de plus pour lui. Véritable Cosmopolite, qui regardoit tous les hommes comme ses concitoyens naturels, il n’était pas moins accommodant, moins aisé dans le commerce de la vie. » (« Discours préliminaire », dans Michel de Montaigne, Journal de voyage [1580-1581, publié en 1774], éd. François Rigolot, Paris, PUF, 1992, p. 313.)

4  [Guillaume Postel,] De la République des Turcs : & là où l’occasion s’offrera, des meurs & loy de tous Muhamedistes, par Guillaume Postel cosmopolite, Poitiers, Enguibert de Marnef, 1560. Sur le cosmopolitisme à la Renaissance, voir Grégoire Holtz, « ‘Cosmopolite’ ? La redécouverte d’un concept antique dans la France du xvie siècle », dans La Renaissance au grand large. Mélanges en l’honneur de Frank Lestringant, Véronique Ferrer, Olivier Millet et Alexandre Tarrête (dir.), Genève, Droz, 2019 ; Dorine Rouiller, « Le caméléon et le hérisson : Cosmopolitisme et élargissement des horizons géographiques à la Renaissance (Montaigne, Charron) », Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, vol. LXXVII, n° 3, 2015, p. 559-572.

5  Dictionnaire de l’Académie française, Quatrième édition, Paris, Bernard Brunet, 1762, p. 409.

6  Ibid., Huitième édition, 1932-1935, Paris, Hachette, t. I, p. 306.

7  Ibid., Sixième édition, 1835, Paris, F. Didot, t. I, p. 418b.

8  Ibid., t. I, p. 418b.

9  Montaigne n’avait pas écrit son journal dans l’intention de le publier. Il disparut pendant deux siècles et fut découvert en 1770 par l’abbé Joseph de Prunis, qui en confia l’édition à Anne Gabriel Meunier de Querlon, gardien des manuscrits de la bibliothèque du roi.

10 L’universalité se trouve d’ailleurs proclamée dès le titre de l’œuvre de Thevet, la Comographie universelle (1575).

11 Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil (1578), éd. Frank Lestringant, Paris, LGF, 1994, p. 111-112. Toutes mes citations renverront à cette édition.

12 Ibid., p. 47.

13 Ibid., p. 111-112.

14 Ibid., p. 333.

15 Ibid., p. 273.

16 Devise apparaissant en conclusion d’un sonnet liminaire de l’auteur ajouté dans la quatrième édition de 1585 (ibid., p. 56).

17 Ibid., p. 105-106.

18 Ibid., p. 210-211.

19 Sur l’importance de l’immersion et de l’observation participante à la Renaissance et notamment chez Léry, voir Grégoire Holtz, « De l’“ensauvagement” à l’observation participante : archéologie d’une catégorie anthropologique », Clio@Themis, n° 16, 2019 [En ligne], URL : https://journals.openedition.org/cliothemis/485 [consulté le 02/10/2022].

20 Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, p. 151.

21 Ibid., p. 267.

22 Ibid., p. 446.

23 Ibid., p. 449-450.

24 Ibid., p. 196.

25 Ibid., p. 149.

26 Ibid., p. 299-300. Je souligne.

27 Ibid., p. 250. Je souligne.

28 Ibid., p. 240.

29 Ibid., p. 365.

30 Ibid., p. 235-236.

31 Ibid., p. 255-256.

32 Cf. ibid., p. 346-347 : « comme un autre François et moy, en danger que nous eussions esté prins ou tuez sur le champ, d’estre mangez des Margajas, fusmes une fois, par curiosité, accompagner nos sauvages lors en nombre d’environ quatre mille hommes, en une escarmouche qui se fit sur le rivage de la mer, nous vismes ces barbares combatre de telle furie, que gens forcenez et hors du sens ne sçauroyent pis faire. »

33 Cf. ibid., p. 351 : « je diray, qu’encores que j’aye souvent veu de la gendarmerie, tant de pied que de cheval, en ces pays par-deçà, que neantmoins je n’ay jamais eu tant de contentement en mon esprit, de voir les compagnies de gens de pied avec leurs morions dorez et armes luisantes, que j’eu lors de plaisir à voir combatre ces sauvages. »

34  Ibid., p. 370.

35 Céder à cette incitation à l’anthropophagie reviendrait sans doute, pour Léry, à s’ensauvager, risque encouru lors de toute immersion dans la culture visitée. Il y a donc des limites à la volonté d’adaptation de Léry… D’ailleurs, celui-ci critique les truchements normands qui, pour « s’accommoder » aux indigènes, « ne se polluoyent pas seulement en toutes sortes de paillardises et vilenies parmi les femmes et les filles […], mais aussi, surpassans les sauvages en inhumanité, j’en ay ouy qui se vantoient d’avoir tué et mangé des prisonniers » (ibid, p. 370). Voir à ce sujet Grégoire Holtz, « De l’“ensauvagement” à l’observation participante : archéologie d’une catégorie anthropologique », op. cit., p. 7-10.

36 Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, p. 374-376.

37  Cf. ibid., « Appendice I » (chapitre XVbis), p. 571-595.

38 Ibid., p. 377.

39 Ibid., p. 536.

40 Plus loin, il relativisera tout à fait leur « sauvagerie » : « les ayant experimentez, je me fierois, et me tenois de fait lors plus asseuré entre ce peuple que nous appellons sauvages, que je ne ferois maintenant en quelques endroits de nostre France » (ibid., p. 464). Je souligne.

41 Ibid., p. 377. Même si l’anthropophagie, dans la culture tupi, n’est pas séparée de la religion, il semble que Léry soit capable de relativiser la « barbarie » de l’acte anthropophage en lui-même mais incapable d’accepter qu’il y ait relativité dans le domaine de la croyance, convaincu qu’il est de la Vérité chrétienne.

42 Ibid., p. 92.

43 Ibid., p. 335.

44 Cf. ibid., p. 70.

45 Ibid., p. 385.

46 Ibid., p. 399.

47 Ibid., p. 410.

48 Ibid., p. 412.

49 Cf. ibid., p. 412-413.

50  Cf. ibid., p. 422.

51 Ibid., p. 403.

52 Ibid., p. 449-450.

53 Sur ce passage, voir Michel de Certeau, L’Écriture de l’Histoire, Paris, Gallimard, 1975, p. 221-222, Frank Lestringant, Jean de Léry ou l’invention du sauvage. Essai sur l’Histoire d’un voyage faict en la terre du Bresil, Paris, Classiques Garnier, 2016, « La chorégraphie des Indiens, ou le ravissement de Jean de Léry », p. 149-173 et Frédéric Tinguely, Le Voyageur aux mille tours. Les ruses de l’écriture du monde à la Renaissance, Paris, Honoré Champion, 2014, chap. XI (« L’apprenti voyageur »), p. 169-180.

54 Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, p. 418 : « mes trois sauvages et la femme qui marchoient derriere moy, y prindrent […] grand plaisir (c’est-à-dire au son, car au demeurant ils n’y entendoyent rien) ».

55 Cf. ibid., « Appendice V », p. 610-611.

56 L’insertion de ce colloque peut toutefois aussi être vu comme un geste de dépossession de la voix « indienne », la « mise en scène d’une prise de parole forcée » : voir Marie-Christine Gomez-Géraud, « Un colloque chez les Tououpinambaoults ou du bon usage du modèle », dans D’encre de Bresil. Jean de Léry, écrivain, Frank Lestringant et Marie-Christine Gomez-Géraud (dir.), Orléans, Paradigme, 1999, p. 147-162.

57 Voir les notes de Frank Lestringant dans Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, p. 480-481.

58  Voir ibid., p. 380.

59 Ibid., « Preface », p. 61.

60 Voir à ce sujet la préface par Marie-Christine Gomez-Géraud et Frank Lestringant dans D’encre de Bresil. Jean de Léry, écrivain, op. cit., p. 5-9.

61 Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, p. 309-310.

62  Ibid., p. 450. Voir le commentaire de Frank Lestringant dans Jean de Léry ou l’invention du sauvage, op. cit., p. 29-33.

63 Friedrich Wolfzettel (Le Discours du voyageur. Le récit de voyage en France du Moyen Âge au xviiie siècle, Paris, PUF, 1996) commente ce passage ainsi : « On serait tenté d’interpréter ce nom comme l’expression d’un retour à la nature qui correspond parfaitement à l’expression d’une société naturelle ; aux hommes cuirassés du type des premiers explorateurs qui comprenaient l’initiation comme une infraction et un viol, Léry oppose ainsi l’idéal du mollusque qui s’incruste dans le milieu ambiant tout en gardant sa coquille » (p. 99).

64 Sur ce discours, voir Frank Lestringant, Jean de Léry ou l’invention du sauvage, op. cit., p. 100-102 et Frédéric Tinguely, « L’apprenti voyageur », dans Le Voyageur aux mille tours, op. cit., p. 169-180.

65 Cf. Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, p. 311 : « m’accommodant tousjours à luy parler des choses qui luy estoyent cognues. »

66  Cf. ibid., p. 312.

67 Ibid., p. 300-301.

68 Ibid., p. 269. Sur ce passage, voir Frédéric Tinguely, « Le lézard et le nourrisson », dans Le Voyageur aux mille tours, op. cit., p. 155-168.

69 Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, p. 552.

70 Ibid., p. 334.

71 Ibid., p. 238.

72 Ibid., p. 334.

73 Ibid., p. 233-234.

74 Ibid., p. 507-508.

75 « Advertissement de l’Autheur » (1611), dans ibid., « Appendice II », p. 599-600.

76 Par sa dimension « mondiale », son entreprise ressemble alors, paradoxalement, à celle de son adversaire Thevet, à la différence près, importante, que celle de Léry se fonde non pas sur l’autopsie prétendue d’un seul mais sur une pluralité de témoignages singuliers.

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Référence électronique

Dorine ROUILLER, « Jean de Léry cosmopolite ? », Viatica [En ligne], HS 5 | 2022, mis en ligne le 01 décembre 2022, consulté le 02 février 2023. URL : http://revues-msh.uca.fr/viatica/index.php?id=2390

Auteur

Dorine ROUILLER

Universität Basel / FNS

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