Tous les numéros

Berliner Strandleben

Le motif de la baignade a inspiré de nombreux artistes qui se sont faits les peintres, les écrivains, les photographes et cinéastes de cette pratique ancienne souvent encouragée pour ses vertus hygiéniques, cathartiques ou thérapeutiques, voire miraculeuses dans le cas de la piscine probatique (Lucio Massari, Le Tintoret, Murillo) et des fontaines de jouvence (Hans Sebald Beham, Lucas Cranach, Ron Howard), quoique parfois réprouvée pour la corruption des mœurs qu’on la soupçonne de favoriser.


Illustration : Henri Lemoine, Champs de course, personnages, 1894

Après plusieurs décennies de réticence vis-à-vis d’un outil critique venu d’outre-Atlantique et plus rapidement accueilli par certains de nos voisins (l’Angleterre et la Suisse, par exemple), les études de genre semblent désormais s’installer dans la recherche littéraire française. Plusieurs types d’enquête se sont en effet répandus, qui croisent littérature et genre : étude de la littérature comme lieu de représentation de la différence des sexes et de leurs relations ; examen du rôle de la littérature dans la construction des représentations sexuées ; description des poétiques littéraires selon le sexe des auteurs ; analyse des processus de canonisation ; etc.


George Emmanuel Opitz, Le restaurant d'huîtres au Palais Royal, 1831,

À coup sûr, le topos du repas se prête à une étude sociopoétique… à la fois parce qu’il concerne un moment essentiel de la vie sociale, et parce qu’il présente un lien consubstantiel avec la littérature de tous les temps, et de tous les mondes. Le repas c’est à la fois manger et parler ensemble. Dès lors, « pour le meilleur et pour le pire, mets et mots sont liés », remarque Nathalie Peyrebonne. En effet, les plaisirs de bouche suscitent une alliance joyeuse – et quelque peu convenue – entre « la fourchette et le stylo » : les cartes des restaurants rivalisent en inventions poétiques, et la métaphore alimentaire se présente tout naturellement sous la plume des écrivains.


Couverture numéro 2

Il est frappant de voir le vêtement devenu dans ces dernières années un sujet d’analyse universitaire particulièrement redondant. Nous en sommes il est vrai partie prenante avec les deux colloques organisés au Centre National du Costume de Scènes (le CNCS de Moulins), un dictionnaire du dandysme, mais aussi on le voit dans diverses publications comme le premier numéro de la revue roumaine Meridian Critic ou encore l’ouvrage de Virginie Geisler, Victor Hugo, chiffonnier de la littérature. « Je ne sais pas écrire avec une épingle**» ou les trois volumes dédiés à Liana Nissim dont nous faisons plus loin le compte rendu par exemple. C’est que la littérature est d’emblée inscrite dans le vêtement.


La sociopoétique s’attache à examiner comment l’écriture travaille, consciemment ou moins consciemment, les représentations sociales et permet d’appréhender ces dernières « comme éléments dynamiques de la création littéraire » (A. Montandon, (dir.), Sociopoétique de la danse, Paris, Anthropos, 1998, p. 1).