Piere Schoentjes, Nos regards se sont croisés. La scène de la rencontre avec un animal

Marseille, Le mot et le reste, 2022, 166 p.

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Piere Schoentjes, Nos regards se sont croisés. La scène de la rencontre avec un animal, Marseille, Le mot et le reste, 2022, 166 p.

Texte

Tout en rappelant que le contact avec les animaux se fait plus rare dans nos civilisations citadines, l’auteur retrouve celui-ci dans une littérature de plus en plus friande à l’évocation des bêtes. Nostalgie ? Culpabilité ? ou encore, ainsi que le pense l’auteur, quête d’une identité humaine que le contact avec l’animal peut apporter ? Nous nous définissons comme êtres humains à travers la compréhension qui nous lie à lui et qui nous différencie, écrit-il, c’est du moins ce que la littérature rapporte. Ce n’est pas sans raison que Jérôme Meizoz est cité : « Les bêtes nous manquent. La distance qu’elles mettent entre nous éveille le sentiment de quelque chose de perdu. »

Partant de la célèbre étude de Jean Rousset Leurs yeux se rencontrèrent, il s’agit moins ici de rencontres que d’échanges bien asymétriques. Les regards se croisent, mais se rencontrent-ils ? Bien peu en témoignent en dépit de poussées anthropomorphiques indéniables car à l’évidence il n’est guère d’échange avec un vivant irrémédiablement autre et indifférent à l’homme.

À cela s’ajoute le fait que le sens de la vue s’il est primordial chez l’homme, ne l’est généralement pas chez l’animal pour qui la rencontre est tout aussi sonore, olfactive et sensible. Ce petit ouvrage aurait pu être bien plus étoffé en ne se limitant pas à la seule perspective humaine du visuel, mais en prenant compte de ce qui constitue l’éventail des rapports possibles de l’animal. Sans devoir rappeler les travaux fondamentaux d’Uexküll, il est certain que l’asymétrie des facultés perceptives entre les animaux et l’homme conditionnent des rencontres aussi aléatoires que problématiques. Il s’agit plus de contacts que de la rencontre par le regard entre « individus qui ne se reconnaissent pas pour autant ».

Entre les yeux de biche du roman de Colette et l’absence de regard de l’anguille chez Patrick Svensson, on en revient à ces yeux de verre des animaux empaillés, fort justement cités, qui ne font que refléter sentiments et projections humains. Cela ne veut pas dire que les yeux des animaux ne sont pas sans expression, spécialement au moment de leur mort, comme le souligne Pierre Gascar.

À travers nombre d’écrivains, cette plaquette veut conduire le lecteur à la question de savoir « qui nous sommes pour les animaux. Existons-nous à leurs yeux et comment ? ». On reste finalement sans réponse, sans réponse aussi de savoir ici ce que la littérature apporte spécifiquement à ces interrogations universelles.

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Référence électronique

Alain MONTANDON, « Piere Schoentjes, Nos regards se sont croisés. La scène de la rencontre avec un animal », Sociopoétiques [En ligne], 8 | 2023, mis en ligne le 03 novembre 2023, consulté le 20 février 2024. URL : http://revues-msh.uca.fr/sociopoetiques/index.php?id=2096

Auteur

Alain MONTANDON

CELIS, Université Clermont Auvergne

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